Rouben Mamoulian (1897-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Ann Harding
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Ann Harding » 12 oct. 11, 11:43

Summer Holiday est la version musicale de Ah Wilderness! (1935, C. Brown), tiré d'Eugene O'Neill où Mickey Rooney joue déjà un petit rôle. En tous cas, ce Mamoulian paraît bien sympathique.

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daniel gregg
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar daniel gregg » 5 oct. 12, 19:10

Tom Peeping a écrit :
Beule a écrit :
Tom Peeping a écrit :elle tournait (aussi avec Chevalier) le sublime Love Me Tonight de Mamoulian.


Revu hier. C'est un bonheur indescriptible 8) .

Par le truchement d'un découpage et d'un montage particulièrement novateurs ce Mamoulian s'autorise toutes les digressions les plus imprévisibles(le numéro isn't it romantic), s'autorise les expérimentations visuelles les plus folles (accélérations et ralentissements du rythme de défilement dans une pure quête poétique), les sous-entendus sexuels les plus impertinents (irrésistible Mirna Loy en contesse nymphomane à l'esprit bien aiguisé) et les compositions les plus surréalistes (fondu sur un daim endormi dans une chaumière pour clôre une séquence de chasse à cours). Plus éblouissante encore, l'utilisation qui est faite du son, qui permet au cinéaste d'utiliser les bruits de source en support de la rythmique des chansons composées par Rodgers et Hart, toutes délicieuses: voire ainsi la formidable séquence d'ouverture sur le réveil de Paris (The song of Paree).

Tout est mis en oeuvre pour satisfaire à l'enivrement des sens, et la cible est atteinte avec maestria et bonheur. Effectivement à mon sens aussi jouissif, sinon plus, que One hour with you.


Oui, le sujet d'opérette (prétexte du film), donne à Mamoulian la possibilité de jouer avec tout ce que la technique cinématographique lui offre à l'époque. En regardant Love Me Tonight, on a vraiment la sentiment de voir un réalisateur en liberté. Léger, inventif et entraînant. Que demander de plus ? Le DVD de chez Kino (Z1), est un peu cher, mais il est plus que recommandé. Le genre de film qu'on se repasse régulièrement, pour le plaisir.


Voilà tout est dit ici.
Ces 85 minutes de légèreté absolue appellent à la béatitude.
Je ne connaissais pas cette facette de Mamoulian évoquant par instants Lubitsch, mais un Lubitsch qui prendrait le temps de respirer sereinement.
Cette collection des étoiles Universal est une bénédiction ! :D

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Profondo Rosso
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 23 nov. 12, 01:23

Le Signe de Zorro (1940)

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1820. Escrimeur émérite, Don Diego Vega quitte Madrid pour rejoindre sa Californie natale, où il découvre que son père, jusqu'alors gouverneur, a été remplacé par un despote local du nom de Quintero. Don Diego feint de ne pas s'intéresser aux problèmes économiques et politiques, et tombe amoureux de la belle Lolita. Mais la nuit venue, il devient un mystérieux vengeur masqué appelé Zorro...

The Mark of Zorro est un remake du film éponyme de Fred Niblo (1920) et représente pour la Fox une tentative tardive de concurrencer les grands films d'aventures et de capes et d'épées à succès de la Warner comme Robin des Bois ou Capitaine Blood. Le célèbre héros créé par Johnston McCulley offre un écrin idéal pour un film enlevé et spectaculaire et le studio met tous les atouts de son côté avec la star maison Tyrone Power dans le double rôle Don Diego de la Vega Zorro, Basil Rathbone mémorable méchant de Robin des Bois et Capitaine Blood reprend ici du service en antagoniste coriace et le quota romantique est assuré par une toute jeune et débutante Linda Darnell (17 ans et son 4e film).

Si les films Warner faisait se croiser swashbuckler et film médiéval avec le genre cape et d'épée, on a ici plutôt des relents d'atmosphère western avec ce cadre Californien ensoleillé. La narration est un modèle du genre dans sa façon d'introduire de manière limpide les aptitudes de Don Diego de La Vega, le contexte historique et sa vocation de justicier tout cela en 20 minutes à peine. On découvre ainsi Tyrone Power jeune cadet surdoué de l'armée espagnole rappelé dans sa Californie natale et qui découvre sur le chemin du retour la misère et la terreur dans laquelle vit le peuple tyrannisé par le gouverneur corrompu Quinteron et son redoutable homme de main Capitaine Esteban Pasquale (Basil Rathbone). Pas d'atermoiements ou de sur explicatif inutile, l'introduction a suffi et notre héros masqué revêt aussitôt son costume pour défendre la veuve et l'orphelin. Il faut d'ailleurs savourer ce moment car Tyrone Power n'enfile le masque que 10/15 minutes sur toute la longueur du film qui aurait aussi bien pu s'intituler Don Diego de Vega que Zorro.

Zorro est surtout ici un symbole, d'espoir pour le peuple et de crainte pour les tyrans qui une fois qu'il a démontré ses capacités est même en son absence une menace abstraite pouvant frapper à tout moment. Tout le film joue là-dessus avec la photo d'Arthur C. Miller jouant grandement sur les ombres, les effets de pénombres dans les décors où la créature de la nuit Zorro peut se dissimuler, surgir et frapper comme un spectre. Cette aura surnaturelle est marqué dans les apparitions où effets de montage qui le font toujours apparaître de manière inattendue pour ses ennemis terrorisé. Même les scènes en plein jour le présentent comme une silhouette noire furtive qui traverse l'écran dans un éclair (Batman n'est pas loin). Malgré tout on peut quand même regretter que Tyrone Power ne soit pas plus souvent en costume tant il a de l'allure avec. L'acteur s'amuse par contre comme un petit fou en surjouant le masque frivole et superficiel de Don Diego de La Vega, et est assez tordant dans sa préciosité de dandy égocentrique (le moment où il arrive en retard au dîner parce que "son bain était trop tiède" :mrgreen: ). Les moments romantique ont tout autant de panache notamment la première rencontre avec Linda Darnell où elle lui ouvre son cœur alors qu'il est déguisé en prêtre.

Il n'y a que l'aspect purement spectaculaire qui déçoit un peu. Le film aurait gagné à être un peu plus long pour approfondir les enjeux et la tension dramatique. Malgré son excellente interprétation, Tyrone Power ne parvient pas à atteindre la noirceur que parvient à insuffler un Errol Flynn sous la légèreté car l'enchaînement d'évènement trop rapide ne lui en laisse pas le temps. Du coup un seul vrai grand duel à l'épée à se mettre sous la dent, mais assez extraordinaire entre Tyrone Power et Basil Rathbone où les deux acteurs s'avèrent des bretteurs de premier ordre (on savait déjà pour Rathbone), la mise en scène virtuose de Mamoulian découpant au minimum leur joute bien agressive. Le final révolutionnaire est plus attendu mais assez spectaculaire bien que trop bref. Après ce galop d'essai, la Fox produira des films d'aventures à l'identité plus marquée où Power saura apporter la profondeur attendue à ses héros notamment avec Henry King à la réalisation sur les excellents Le Cygne Noir, Capitaine de Castille ou Echec à Borgia. Sans égaler la cultissime série tv Disney ou la récente relecture Le Masque de Zorro (mais mieux que la très moyenne version de Duccio Tessari où Delon sauve le film à lui seul), une transposition tout de même très plaisante du personnage. 4/6

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Fritz
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Fritz » 1 déc. 12, 21:11

Le Dr. Jekyll and Mr. Hyde de Rouben Mamoulian est pour moi une réussite à plusieurs niveaux. Un remarquable travail de caméra et d'ingénieuses trouvailles de toutes sortes.

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Profondo Rosso
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 3 janv. 17, 01:58

Arènes sanglantes (1941)

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Fils de torero, Juan Gallardo rêve de gloire et d’endosser l’illustre habit de lumières à l’image de son père mort dans l’arène. Vivant pauvrement à Séville avec sa famille, il quitte la maison pour faire carrière à Madrid dans la tauromachie. Après quelques années, il réussit à se faire un nom auprès d’aficionados. Auréolé de gloire, il retourne à Séville, retrouve sa famille et son amie d’enfance, Carmen. Ils se déclarent leur amour et se marient. Réalisant de spectaculaires corridas, Juan est maintenant à son apogée. Encensé par tous, il est remarqué par la troublante séductrice Doña Sol, une superbe aristocrate habituée au milieu mondain.

Arènes sanglantes participe à la démarche hollywoodienne de réviser ses classiques les plus spectaculaires du muet à l'aune du parlant. Rouben Mamoulian pour son premier film à la Fox avait donné l'année précédente une relecture à succès du Signe de Zorro de Fred Niblo avec Tyrone Power et Linda Darnell. C'est donc tout naturellement que la même équipe est reconduite à nouveau pour remaker Fred Niblo et sa première adaptation du roman de Vicente Blasco Ibáñez en 1922. Mamoulian poursuit d'ailleurs en plus réussi sa démarche du Signe de Zorro où il retardait et limitait le spectaculaire pour s'attarder sur le contexte et les sentiments qui guidaient les actions des personnages. Ainsi au départ Arènes sanglantes avec son Technicolor flamboyant, son casting prestigieux et le faste de ses décors semble verser dans une pure vision épique et romanesque de ce monde de la tauromachie. Au contraire Mamoulian en contrepoint de ce visuel pétaradant va proposer un film étonnement introspectif.

Cette démarche ne se devine que progressivement tant le film donne dans le portrait plein de panache de Juan Gallardo. L'intrépidité juvénile, le panache et le charme de Juan marquent dès l'adolescence où il est déjà sûr de son talent, de son destin et de ses amours avec Carmen (Linda Darnell). Cette insouciance continue à rendre le personnage attachant dans son ascension où le mépris des autres appuient sa détermination à réussir, tout en nous amusant quand il se voit trop beau et trop vite (hilarante scène où il se croit acclamé à la gare). Pourtant à bien y regarder on constatera finalement la nature assez elliptique de la réussite de Juan, les obstacles venant plus de son orgueil blessé que de son réel apprentissage (et la sagesse possiblement acquise) pour devenir un matador accompli. Juan est poseur et vaniteux alors qu'il n'est rien (la scène où il arrive en maître dans son ancien quartier et distribue les cadeaux) et accentuera ces traits de caractère une fois parvenu au sommet, une nouvelle fois sans apprendre (il restera illettré jusqu'au bout). Le film ne traite pas d'une figure héroïque mais plutôt de la faiblesse du caractère humain face à une adulation publique versatile. Le journaliste joué par Laird Cregar méprisant ou adulant Juan au gré des évènements représente bien cela mais c'est dans les scènes de tauromachie que Mamoulian l'exprime le mieux. Les postures martiales et l'attitude fière de Juan ont toute leur raison d'être dans cet environnement grandiose, le découpage de Mamoulian soulignant autant la grâce que le danger de tous les instants de la joute. Si Juan est magnifié dans son élément, les inserts sur le public trahissent l'hypocrisie du public plus grisé par la mort omniprésente que la prouesse, Mamoulian l'exprimant autant par la beauté (l'admiratrice jouée par Rita Hayworth) que le grotesque (ce spectateur dégustant son steak en pleine joute). Le toréador ne vaut finalement pas mieux que la viande de sa victime que se partagent les spectateurs après le spectacle. Ce sera bientôt son tour d'être symboliquement dévoré.

Tyrone Power si dominateur dans son arène est littéralement happé par le luxueux et rococo gigantisme de la demeure de Doña Sol de Muire (Rita Hayworth). Les scènes de séduction font preuve d'un raffinement aussi forcé et factice que le sourire de Rita Hayworth qui s'est trouvé un nouveau jouet. Tout cela contribue à rendre Juan étranger à son élément, Mamoulian faisant subtilement passer la déchéance progressive de notre héros. La déchéance morale se dévoile par un simple motif visuel (la bague qui révèle son adultère) puis simplement en escamotant les scènes de tauromachie qui n'ont plus lieux d'être. La poursuite vaine de la gloire et adrénaline de l'arène se révèlera aussi par ses victimes collatérales présentes (le personnage de John Carradine reportant toujours ses adieux pour le pire) ou future avec le trop ambitieux Anthony Quinn. A l'inverse c'est lorsqu'il convoque magnifiquement l'iconographie religieuse que Mamoulian humanise ses personnages, Mamoulian reconnaissant l'inspiration de Velázquez dans les somptueuses compositions de plan où Juan se recueille avant le combat, ou dans les séquences d'agonie ou les toréadors adoptent des poses de martyrs. Alors que la construction du récit s'avère finalement très classique dans son rise and fall, c'est la finesse du traitement et de l'illustration du réalisateur qui rendent Arènes sanglantes si prenant. 4,5/6

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Jeremy Fox
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 31 mars 17, 08:15

Le Cantique des cantiques (The Song of Songs) - 1933

Jolie surprise que ce film porté à bout de bras par une Marlène Dietrich championne de la transformation, aussi convaincante en jeune fille fraiche et innocente qu'en femme tombée dans les 'bas fonds' de la société berlinoise. Son visage est très expressif et son interprétation est vraiment superbe tout comme celle de Brian Aherne dans la peau de l'artiste qui va tomber amoureux de son modèle ; Alison Skipworth en tante pas commode et portée sur l'alcool ainsi que de Lionel Atwill dans un rôle de vieux militaire libidineux à la Stroheim ne sont pas en reste. Le film n'est jamais mièvre et même au contraire plutôt moderne et sensuel pour l'époque, la mise en scène constamment inventive et l’esthétique souvent splendide avec notamment cette scène champêtre d'un lyrisme absolument extraordinaire. De plus l'écriture étant rigoureuse, on ne s'ennuie jamais même si la seconde partie m'a un peu moins captivé. En bonus Marlene chantant un Lieder de Schubert, ce n'est quand même pas tous les jours.

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Alexandre Angel
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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Alexandre Angel » 1 avr. 17, 22:48

Retenu, merci!

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Re: Rouben Mamoulian (1897-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 13 janv. 20, 07:36