William Dieterle (1893-1972)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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cinephage
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2010

Messagepar cinephage » 18 oct. 10, 21:46

bruce randylan a écrit :
cinephage a écrit :Je suis actuellement en pleine découverte de William Dieterle, dont l'oeuvre se révèle jonchée de pépites encore inconnues de moi.

Tiens, moi c'est presque l'inverse. Je n'en ai vu que 3-4 (The accused ; The crash ; Juarez et son Bossu de notre dame ) et ca ne me motive que moyennement à en faire d'autre.

Bon Jenny me tente bien quand même et j'ai scarlett dawn dans mon stock.


Qu'est-ce que tu reproches au Bossu de Notre-Dame (que personnellement, j'avais adoré) ?
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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bruce randylan
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2010

Messagepar bruce randylan » 19 oct. 10, 00:24

Mon souvenir se fait vieux mais j'avais l'impression que les qualités du film viennent plus de la direction artistique (décor et photo) que la réalisation même.
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Lord Henry
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2010

Messagepar Lord Henry » 24 oct. 10, 14:09

Il a été programmé - dans sa version longue - sur Ciné Cinéma Classic.
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Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2010

Messagepar Profondo Rosso » 27 oct. 10, 01:34

Le Portrait de Jennie de William Dieterle (1949)

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Eben Adams (Joseph Cotten) est un peintre fauché qui rencontre Jennie (Jennifer Jones), une petite fille dans Central Park portant des vêtements d'un autre âge. De mémoire, il fait d'elle un beau croquis qui impressionne ses marchands d'art. Cela lui inspire un portrait - le "Portrait Of Jennie". La revoyant grandie, il s'éprend alors de celle qui semble n'être qu'une apparition appartenant au passé...

Sans une des plus fascinantes production O Selznick que ce méconnu Portrait of Jennie qui mérite amplement sa place parmi les plus beaux drame romantique teintés de fantastique. Les premières images donnent le ton avec une vision céleste et aérienne où la caméra traverse les nuages avant de nous dévoiler une perspective irréelle de tandis qu'en voix off sont déclamés ses vers de John Keats :

« Who Knoweth If To Die
Be But To Live...
And That Called Life
By Mortals
Be But Death? »

« Beauty is truth, truth beauty, that is all ye know on earth, and all ye need to know. »


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Cette voix off lourde de sens prend bientôt les intonations plus humaines du personnage de Joseph Cotten. Peintre doué mais dénué de l'âme et de la flamme qui donnera vie à ses oeuvres, il végète misérablement et tente de survivre en écoulant modestement quelques tableaux. Tout change lorsqu'il fait la rencontre de Jennie, étrange petite fille dont les références et les vêtements semblent la faire croire issue d'une autre époque. L'échange est aussi bref que magique et Jennie après lui avoir fait promettre de ne pas l'oublier et d'attendre qu'elle grandisse disparaît mystérieusement de la vue de Eben Adams mais certainement pas de son esprit. Le film joue ainsi constamment de cette interrogation, Jennie est elle une création issue de l'esprit de Cotten afin de lui donner inconsciemment l'étincelle créatrice qui lui manque ou alors une réelle apparition surnaturelle ayant traversée le temps, l'espace ou l'au delà pour vivre une déroutante passion?

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Le mystère reste entier notamment grâce à l'incroyable réussite esthétique du film. Tout semble véritablement se dérouler dans un rêve éveillé y compris dans les séquences dénué de surnaturel, et lorsque celui ci se manifeste l'éblouissement et l'envoûtement se fait constant. Réputé pour sa maîtrise et son inventivité visuelle, William Dieterle réalise là une véritable prouesse en matière d'esthétique vaporeuse et onirique. Chaque moment précédent les apparitions de Jennie voit évoluer Joseph Cotten dans un cadre où la caméra est soudain comme voilée, figeant l'instant à la manière d'un tableau. Les rencontres du couple sont nimbée d'une photo d'un blanc de plus en plus immaculé au film de l'avancée du récit, la première rencontre dans un Central Park assombri (puis légèrement illuminé par l'arrivée de Jennie) succédant à des instants réellement flamboyant comme le passage où Cotten rend visite à Jennie au couvent. Cette tonalité rejoint la thématique profonde du film, notamment à travers Jennifer Jones dont la présence toujours plus évanescente obéit autant à la nature fantasmée de son personnage qu'à la séparation inéluctable d'avec Joseph Cotten. Joseph August (habitué de Dieterle puisque à l'oeuvre sur son Quasimodo et Tout les biens de la terre et qui magnifiera quelque John Ford comme Le Mouchard ou Marie Stuart) délivre une imagerie hypnotique donnant des vues stupéfiante de New York.

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L'interprétation habitée des deux protagonistes joue énormément sur la puissance émotionnelle du récit, sans quoi la réussite serait uniquement plastique et sans vie. Joseph Cotten en peintre blasé et taciturne soudainement gagné par la passion amoureuse offre l'une de ses prestation les plus fortes. Et que dire de Jennifer Jones, tour à tour gamine espiègle, adolescente passionnée et amoureuse transie dont le jeu intense répond toujours à la facette rêvée que cherche à lui donner la mise en image offrant ainsi un équilibre idéal puisque Jennie nous semble aussi proche que lointaine, aussi charnelle que irréelle. Le choix pour la réelle histoire d'amour peut d'ailleurs être vue dans la dernière partie, le seul enjeu de finir le tableau étant dépassé par la perspective de retrouver Jennie pour l'éternité. Le final est ainsi un incroyable tour de force où la virtuosité technique de Dieterle s'associe à la puissance romanesque typique de David O Selznick. Le ton intimiste ayant dominé jusque là disparait dans un final spectaculaire où les amants tentent de défier le destin cherchant à les séparer et se présentant sous la forme d'un titanesque raz de marée. Un très grand moment de cinéma où soudainement la couleur fait son apparition avec des teintes vertes puis rougeâtres comme transcender l'instant. Si l'interprétation du rêve est vaguement maintenue dans les dernières minutes, une explication plus terre à terre sous forme de foulard vient la balayer mais c'est surtout la dernière image où le technicolor vient immortaliser le portrait de Jennie qui nous fait que cette histoire d'amour était bien réelle. 6/6 Moi qui n'avait pas trop apprécié à la première vision il y a bien longtemps j'ai pris une bonne claque et la copie du zone 1 MGM est somptueuse !

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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2010

Messagepar someone1600 » 27 oct. 10, 02:37

J'avais bien apprécié aussi pour ma part, un excellent film avec une photographie magnifique.

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Ann Harding
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Ann Harding » 3 nov. 10, 11:26

Blockade (1938) avec Madeleine Carroll, Henry Fonda, John Halliday et Vladimir Sokoloff

Marco (H. Fonda) un simple paysan espagnol a pris les armes pour défendre son village. Il est confronté à la belle Norma (M. Carroll), une réfugiée russe qui semble être une espionne...

Pierrick avait mentionné ce film de Dieterle dans un topic consacré à la Guerre d'Espagne. Avec un tel sujet brûlant d'actualité, on aurait pu espérer un film autrement plus prenant que celui-ci. Il faut dire que le casting est assez étrange. Henry Fonda n'a rien d'un paysan espagnol et la blonde Madeleine Carroll semble toujours sortir d'un institut de beauté. On a aussi la désagréable impression que le film n'avait qu'un petit budget et le tournage dans un petit studio étriqué n'aide pas. Le film n'arrive jamais à appeler un chat un chat. On ne saura jamais si Fonda est un républicain en lutte contre les Franquistes. Néanmoins, cela semble être la solution la plus logique. L'histoire d'amour greffée sur fond de guerre n'est pas très convaincante. La photo de Rudolf Maté était certainement remarquable, mais, cette production Walter Wanger semble être libre de droits, ce qui signifie que les éditions DVD sont plutôt médiocres. Mais, j'ai reconnu dans les seconds rôles quelques acteurs sympathiques qui apportaient une touche de fantaisie. En particulier, Reginald Denny en journaliste anglais excentrique qui voyage avec une valise pleine de boîtes de conserve. Mais, Leo Carillo en fait des tonnes en berger flutiste. Un film somme toute peu convaincant, malgré ses louables intentions.
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riqueuniee
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar riqueuniee » 3 nov. 10, 12:16

Fonda est bien un républicain (peut-être pas très à gauche,mais il y a eu des républicains anti-franquistes qu'on pourrait qualifier ,disons,de "centristes",alors...).Le problème ,c'est que la représentation de la guerre d'Espagne est tout aussi romanesque que celle de la résistance française dans les films US des années 40 qui abordent le sujet (y compris Casablanca.L'intrigue autour du personnage de Madeleine Carroll est très conventionnelle et pourrait figurer dans n'importe quel film d'aventures.
Pour le reste,le film prend nettement parti (voir le discours face caméra de Fonda,à la fin) .Et il contient quelques bons moments.De plus,le sujet a été très rarement abordé dans une fiction hollywoodienne (à part évidemment,Pour qui sonne le glas.

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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Profondo Rosso » 2 janv. 11, 04:29

Tout les biens de la terre (1940)

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Un fermier américain échange son âme contre sept années de bonheur, jusqu'au jour où il commence à éprouver des remords...

Après dix ans au sein de la Warner à essayer d'imposer sa vision et son engagement dans le cadre strict qui lui était imposé, William Dieterle lançait enfin sa société de production dont The Devil and Daniel Webster serait l'oeuvre inaugurale. A tout point de vu, le film constitue une fusion idéale du passé et présent du réalisateur puisque le sujet offre une variation du mythe de Faust dans un cadre américain. Dieterle encore jeune premier a joué dans la version muette de Murnau et cette influence de l'expressionnisme allemand est omniprésente mais le film se pare néanmoins d'un ancrage tout américain en adaptant la nouvelle de Stephen Vincent Benét et en mettant en scène une authentique figure historique avec Daniel Webster. Ce dernier, politicien américain majeur la période pré Guerre de Sécession était réputé pour ses talents d'orateur exceptionnels et servira donc de caution morale au récit.

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L'histoire dépeint donc le labeur mal récompensé de Jabez Stone, jeune fermier sur lequel le sort s'acharne désespérément. Acculé par les dettes et victime d'un énième coup du destin il jure dans un moment d'égarement de vendre son âme au diable pour deux cents afin que ses malheurs cessent. Surgit alors le Malin en la personne de Mr Scratch (Walter Huston) qui lui fait signer le terrible contrat lui assurant prospérité en échange de son âme dans sept ans. Dieterle lui même issu d'un milieu rural confère une vraie chaleur et authenticité malgré les malheurs à cette famille et le jeu très direct et sans distance des principaux protagonistes accentue la tonalité de fable morale. James Craig en Jabez Stone s'avère touchant dans son désespoir de la première partie et pitoyable quand il cède à ses mauvais instincts ensuite mais sans que l'empathie s'atténue et Anne Shirley est la simplicité dévouée même en épouse aimante, tout comme la mère incarné par Jane Darwell (déjà en mère courage dans Les raisins de la colère de Ford).

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Il en va tout autrement du Diable sous les traits de Walter Huston (engagé par Dieterle sur les conseil de son fils John Huston collaborateur privilégie) à l'interprétation fabuleuse. Affable, rigolard et farceur il est surtout extrêmement dangereux sous ses airs clownesque avec un sourire carnassier dissimulant toujours de noirs dessein. Dieterle en fait véritablement une incarnation du mal absolu dans ce qu'il a de plus insidieux et omniscient en le mêlant constamment aux évènements, décors et ambiances même passé le pacte et Walter Huston se délecte à donner diverses variantes à son jeu lorsque le Diable se plaît se mêle aux hommes dans ses attitudes décontractées. A l'opposé Edward Arnold, incarnation de la droiture morale impose une présence stoïque et autoritaire atténuée par la bonhomie de son apparence ses manières truculentes comme son fort penchants pour la boisson. Tout comme le souligne le titre original, entre ces deux là c'est l'éternel combat entre le Bien et le Mal qui se joue avec comme enjeu l'âme du malheureux Jabez.

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Les penchants européens de Dieterle se manifeste dans la mise en image imprégné de l'expressionnisme allemand, notamment les jeux d'ombres saisissants lors des apparitions de Mr Scratch (la première d'où il surgit du fond de la grange entouré d'un halo inquiétant après l'imprécation de Jabez est mémorable) l'aura érotique et démoniaque de Belle (vénéneuse Simone Simon pour le rôle du retour à Hollywood et qui allait devenir La Féline pour son rôle suivant à la RKO) que l'on découvre sur fond de flammes infernales la mine vicieuse. Le sommet de cette facette fantastique est bien évidemment atteint lors du procès final avec l'apparition d'un jury de damnés d'outre tombe chargé de déterminer le sort de Jabez. Auparavant on aura déjà eu l'occasion de basculer dans le pur cauchemar lors dde deux séquences de bal, la première montrant le basculement définitif de Jabez dans la folie sous les accords dissonants de Bernard Herrmann (magnifique score lyrique et ténébreux à la fois et où on reconnaît un futur motif de celui de Vertigo) et le seconds plus terrifiants encore où une réception peuplée d'une armée de spectre nous montrera le sort peu enviable de celui amené à perdre son âme.

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Pour l'aspect plus authentiquement américain, c'est dans le cadre même du récit qu'il faut chercher. Ses fermiers accablés par les dettes et cherchant désespérément à s'organiser renvoie au plaies encore vivaces de la Grande Dépression et à travers eux c'est l'américain moyen ruiné qu'il est fait écho. Daniel Webster se fait donc le champion de tout ses opprimés dans une inoubliable tirade finale en forme de droit à la seconde chance, de constat sur la faiblesse humaine et de l'Amérique toute puissante veillant sur ses concitoyens. Un grand moment dont l'issue positive est à relativiser si on mêle la réalité à la fiction puisque le vrai Daniel Webster n'a jamais accédé à la présidence à force de compromis ce que lui annonce Walter Huston défait mais toujours aussi jovial. Et puis que dire de cette ultime scène où le Diable repart feuilletant son carnet avant de pointer du doigt le spectateur comme s'il avait trouvé en nous la prochaine victime de ces infâmes tentations... 5,5/6

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Père Jules
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Père Jules » 3 janv. 11, 20:42

Dernier plan sur Walter Huston qui m'a fait comme beaucoup je pense immédiatement fait penser à ça

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Cathy
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Cathy » 15 janv. 11, 22:19

Tout les biens de la terre, The Devil and Daniel Webster (1940)

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Jabez Stone un fermier endetté vend son âme au malin qui lui promet sept années de richesse en échange de son âme.

Le diable a toujours beaucoup inspiré la litterature, l'Opéra et naturellement le cinéma. Si Faust est la légende la plus connue, ici nous avons une nouvelle histoire autour de l'achat d'une âme par le malin. Tout de suite le spectateur sait que le diable cherche une proie nommée Jabez Stone, ce qui est assez bien vu est l'arrivée du malin, par un simple juron banal du fermier qui invoque le diable sans réellement l'invoquer. Mais le film est assez bancal, la première partie est lourde, pesante, convenue, le héros est peu sympathique et finalement le spectacteur s'émeut peu de ce qui peut lui arriver. Il sera plus sensible au sort de son épouse et de sa mère. Le film bascule à l'arrivée de la servante du diable, Belle qui joue de sa beauté, de son charme et sera la main armée du malin. La dernière partie est bien meilleure avec ce procès totalement surnaturel, où des traitres sans doute célèbres pour les américains viennent juger du bien fondé du pacte, naturellement comme dans toute histoire de diable, celui-ci s'avoue vaincu ! Le personnage de Daniel Webster pourtant figurant dans le titre apparaît presque secondaire, hormis dans son rôle d'avocat de la victime. Edward Arnold prête sa bonhommie au personnage, par contre James Craig est assez fade en Jabez Stone et ne suscite que fort peu d'empathie, Walter Huston est à la fois convaincant et dérangeant en Scratch, sans doute à cause ou grâce à ce sourire "démoniaque". Mais c'est aux deux vedettes féminines que le film doit son charme, Anne Shirley en premier lieu qui ressemble étonnamment à la Olivia de Havilland de Mélanie, avec sa natte tombante, notamment dans la scène de l'accouchement (à noter que la riche demeure de Jabez Stone ressemble elle aussi étonnamment à Tara), elle est touchante, et naturellement Simone Simon incarnation vivante du mal qui crève littéralement l'écran dès son apparition. Maintenant si on admire la maîtrise de Dieterle dans les scènes de danse, dans le bal "imaginé" par Jabez Stone, dans les différentes apparitions de Scratch qui joue parfaitement son rôle de main, et naturellement dans ce procès final, le film reste bancal et quelque peu décevant.

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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Profondo Rosso » 17 janv. 11, 02:00

Le Songe d'une nuit d'été de Max Reinhardt et William Dieterle (1935)

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Thésée, duc d'Athènes, va épouser Hippolyta, la reine des Amazones. Des comédiens répètent, sous la direction de Quince, le spectacle qui sera joué le soir des noces. Autour du couple royal, un imbroglio sentimental rapproche ou oppose Lysandre et Démétrius, l'un et l'autre amoureux d'Hermia, qui a élu le premier alors que le second est le favori d'Hélèna. Espérant résoudre leurs querelles, les jeunes gens se réfugient dans une forêt où, la nuit venue, la réalité bascule dans le rêve...

Quelques années après l'accueil en grandes pompe de Murnau pour la réalisation de L'Aurore, Hollywood déroulait le tapis rouge à un autre artiste germanique avec le metteur en scène de théâtre Max Reinhardt accueillit pour réaliser cette fastueuse adaptation de Shakespeare. N'ayant aucune expérience du cinéma on lui adjoint en co réalisation William Dieterle qu'il connaît bien puisqu'il contribua a lui donner ses premiers rôles au théâtre en Allemagne quand celui ci n'était encore qu'acteur. Installé alors depuis quelques années déjà aux Etats-Unis et maîtrisant mieux les mécanisme du système hollywoodien, Dieterle sera chargé de traduire de manière cinématographique les idées de mise en scène de Reinhardt, s'occupant aussi des aspect plus techniques comme la photographie et les effets spéciaux.

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Le film est réellement un triomphe de direction artistique à tout les niveaux où on sent le raffinement de Reinhardt qui prolonge ses expérimentations visuelles scéniques sur grand écran, magnifiée par Dieterle. La musique est notamment un réarrangement par Erich Wolfgang Korngold (pour son premier grand ouvrage à Hollywood) de la suite pour violon composée pour la scène par Mendelssohn et inspirée de la pièce de Shakespeare. D'autres pièces musicales de Mendelssohn seront utilisée comme la Symphonie écossaise, la Symphonie 4 dite italienne ou Romance sans paroles. Les chorégraphies sont signée de la maîtresse de ballet russe Bronislava Nijinska tandis que le casting prestigieux se partage entre acteurs "sérieux" comme Ian Hunter,Verree Teasdale et Anita Louise dans les rôles des puissants (Duc D'Athènes, Hippolyte et Reine des Elfes) d'autres qu'on aurait pas attendu dans le registre shakespearien comme James Cagney ou Dick Powell et des débutants appelés à de grandes choses tel Olivia De Havilland (pour son premier rôle à l'écran) ou un tout jeune Mickey Rooney.

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Dès les premières images sur l'arrivée d'Hippolyte et Thésée à Athènes, force est de constater que cette somme de talent est réellement payante. Le gigantisme et la recherche extrême des décors, l'originalité des costumes, la musique et la mise en scène ample forme d'emblée un tout cohérent et époustouflant. On est également vite rassuré sur le fait que la tonalité frivole de la pièce ne sera pas sacrifiée au service de la réussite esthétique avec un quatuor qui s'en donne d'emblée à coeur joie dans ses amours contrarié avec notamment une merveilleuse Olivia De Havilland en Hermia, Dick Powell très à l'aise en Lysandre (pourtant sa performance semble décriée) et l'autre couple Helena/Demetrius incarné par Jean Muir et Ross Alexander est tout aussi remarquable dans la comédie enlevée. L'autre aspect du texte de Shakespeare, la mise en abyme avec une pièce dans la pièce créée par le peuple pour les noces est tout aussi réussie. Les portraits brossés de ces apprentis acteurs sont irrésistibles surtout James Cagney hilarant en Bottom égocentrique et exalté et aussi Joe E. Brown (plus connu pour le fameux "Nobody's Perfect !" de Certains l'aime chaud beaucoup plus tard) absolument génial dans son interprétation placide et ahurie de flûte. Tout ce petit monde est amené à se réfugier en forêt soit pour répéter, soit pour résoudre ses conflits amoureux et la vraie magie peut alors commencer.

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La séquence d'éveil du royaume des fées est un extraordinaire moment de cinéma où le grotesque le plus pur côtoie la magie la plus pure. La nature semble s'animer d'elle même à mesure que le jour s'éteint et alors nymphes drapées en blanc, licornes, diablotins et autres créatures étranges surgissent dans un grand tourbillon de chants et de danse magnifié par des effets visuels d'une inventivité et d'une poésie envoutante. On pense grandement au futur Bambi de Disney durant ce moment, l'ambiance dionysiaque païenne en plus. On découvre alors le désaccord opposant Titania la Reine des Fées (Anita Louise magnifique de charme et de présence éthérée) et son époux Oberon (ténébreux et hiératique Victor Jory dont Gilliam reprendra le look à l'identique pour le méchant de son Bandits Bandits) quand à la destinée d'un jeune chérubin indien à leur soin. Leur conflit amènent ainsi à se lancer une suite de sortilèges dont seront victimes nos amoureux et la troupe de théâtre ce qui prolongera dans un cadre surnaturel le marivaudages et la comédie pure déployées au début. Les différents basculement de sentiments au sein des couples et les envolées de surjeu qui s'ensuivent sont constamment drôle et percutante, tandis que la grâce et le ridicule se bouscule durant la drôle d'histoire d'amour entre Cagney transformé en âne (la maquillage est réellement fabuleux) et Titania.

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Le lien entre légèreté et féérie se fait par le personnage de Puck extraordinairement joué par le tout jeune Mickey Rooney. Cabot, bondissant et innocent dans le jeu insouciant qu'il se fait des sentiments d'autrui, il est clairement l'âme omnisciente et omniprésente du récit qu'il traverse dans un grand éclat de rire. L'esthétique du film aura une influence considérable par les nombreuses idées qu'il développe et son utilisations des effets spéciaux. L'usage des fondus enchaînés pour les transformations, la photo qui se voile d'une aura diaphane (avec l'usage de tulle devant la caméra que Dieterle réutilisera dans Le Portrait de Jennie) lors des séquences en forêt (magnifique travail de Hal Mohr), le costume de Oberon se mettant en scintiller, les effets de fumées, les effets de montage toute la poésie du film résiste à l'épreuve du temps. L'apothéose est atteinte lorsque s'effacent les elfes alors que les premières lumières du jours percent dans une grande procession baroque totalement hypnotique. Les humains peuvent alors reprendre leurs destin en main lors de l'épilogue farceur, se moquant de leur aventures qu'ils ont pris pour le songe d'une nuit d'été. 6/6

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Ann Harding
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Ann Harding » 21 juin 11, 12:48

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Jewel Robbery (1932, William Dieterle) avec Kay Francis, William Powell, Henry Kolker et André Luguet

A Vienne, Teri (K. Francis) est mariée à un riche baron (H. Kolker) avec lequel elle s'ennuit profondément. Alors qu'elle est dans une bijouterie avec son mari, le magasin est mis à sac par un gentleman cambrioleur (W. Powell)...

Cette comédie sophistiquée signée William Dieterle est un Pre-Code délicieusement immoral. William Powell est un voleur de très grande classe qui arrive dans une bijouterie avec ses complices, tous tirés à quatre épingles, pour vider le contenu des vitrines avec un soin méticuleux tout en écoutant Le beau Danube bleu de Strauss sur un phonographe. Il repère immédiatement (et elle aussi) la charmante Kay Francis. Leurs dialogues sont cousus de sous-entendus risqués. Ils s'amusent tous deux comme des fous à ce marivaudage sophistiqué. Le film a un rythme sautillant et c'est vraiment une vraie bouffée de bonheur. Certaines scènes sont absolument hilarantes comme lorsque Powell offre une cigarette au bijoutier. Cette cigarette contient une drogue qui provoque une crise d'hilarité chez le fumeur. Les cigarettes seront ensuite essayées par le chef de la police qui va lui aussi totalement perdre la tête. Le gentleman-cambrioleur s'introduit ensuite chez Kay Francis qui trouve l'aventure terriblement excitante (bien entendu, sans l'avouer). Une série d'actes manqués sont là pour signaler le désir qui anime les deux personnages : elle coince la bas de sa robe dans la porte de sa chambre qu'elle a vérouillée et elle lui fait tomber un révolver sur le pied. La belle Kay est ensuite emmenée dans la garçonnière de Powell (en lui faisant croire que c'était la police qui l'emmenait) qui a prévu un petit souper galant. Le film se termine sur une pirouette avec la belle Kay qui va aller rejoindre son gentleman-cambrioleur sur la Côte d'Azur. Le dialogue est absolument délicieux et les deux interprètes jouent leurs scènes avec un talent et un charme remarquables. Un des meilleurs films de la période des Pre-Codes.

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feb
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar feb » 21 juin 11, 13:34

Tu nous gates avec tes chroniques de films Pré-Code Ann :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Ann Harding
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Ann Harding » 21 juin 11, 13:43

Merci. J'adore les Pre-Codes. 8) Je n'en reviens pas tous les films de 1932 que j'ai regardés ces derniers temps: 5 d'un coup !

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Cathy
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Re: William Dieterle (1893-1972)

Messagepar Cathy » 24 juin 11, 16:37

Jewel Robbery (1932) - William Dieterle

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Une baronne qui vient d'être victime d'un cambriolage dans une bijouterie s'éprend de son voleur !

Jewel Robbery est un film typiquement pré-code, totalement immoral et totalement savoureux ! Le film débute par une scène qui explique comment les coffres peuvent être protégés et en même temps on annonce le nouveau cambriolage d'une bijouterie. On s'en va alors vers une jeune femme en train de prendre son bain et qui joue avec son savon, elle parle de son amant librement et annonce que son mari doit lui acheter une bague au diamant exceptionnel, il y a aussi les discours entre les deux amies qui pronent visiblement un amour libre entre amant et mari clairement affichés. Le réalisateur nous entraine alors dans la bijouterie et là alors que l'on se dit que plus rien ne va se passer arrive toute une armée entourant un cambrioleur qui veut être appelé cambrioleur et non voleur arrive. Ce brigand est fort séduisant, une sorte d'Arsène Lupin qui agit à découvert et charme totalement sa victime féminine au point qu'elle fera un faux témoignage. Elle passera aussi la nuit avec lui. Les sous-entendus sexuels sont évidents entre la nuit passée, la chambre de la femme ou le lit du cambrioleur clairement montré ! Il y a toute cette grande scène entre le cambrioleur et sa victime, cette grande déclaration d'amour à peine voilée, cette femme qui est bien femme et montre son attrait pour les bijoux. On voit clairement que le Code Hayes n'était pas en place, le coupable n'étant pas chatié et comment peut-il l'être quand il a le charme et l'élégance de William Powell. Kay Francis quant à elle est absolument craquante en baronne légère qui tombe totalement sous le charme de son cambrioleur. Ils sont résolument modernes contrastant avec le côté "burlesque" et plutôt daté de l'arrivée des policiers dans la demeure du brigand ou encore de la scène entre le procureur et le policier qui se prennent pour Napoléon. On notera aussi la présence d'André Luguet dans un rôle secondaire. Le film est donc hautement immoral, on y montre même des cigarettes droguées, mais le duo Francis/Powell est une petite merveille d'humour, de charme et font que ce Jewel Robbery est une véritable réussite du genre !

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PS moi qui ne suis absolument pas pré-code, j'ai beaucoup aimé celui-ci et surtout j'ai découvert Kay Francis absolument irresistible en baronne totalement libre !