King Vidor (1894-1982)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Ann Harding
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Ann Harding » 21 janv. 11, 14:44

J'ai trouvé The Citadel nettement plus intéressant que Bruce. J'avais des doutes, sachant qu'il s'agissait d'une adaptation de Cronin, un auteur que je trouvait vieillot. Mais, j'avais été heureusement surprise. Le film a un message réellement révolutionnaire en 1938: tout citoyen britannique riche ou pauvre devrait avoir accès à des soins gratuits. Le 'National Health Service' britannique ne verra le jour que qu'après la Seconde Guerre Mondiale. C'est vrai que le film n'a pas une mise en scène flamboyante et tourne un peu parfois au théâtre filmé. Mais, j'avais été emballée par l'interprétation de Robert Donat et de Ralph Richardson qui pour moi donnaient un ton totalement réaliste à cette histoire.

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bruce randylan
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar bruce randylan » 21 janv. 11, 18:29

Le discours et l'interprétation m'avaient vraiment plu dans la première partie mais l'enthousiasme n'a pas fait long feu.
Par contre, je ne connaissais pas la situation médicale anglaise de l'époque. Ca me donne envie d'être un peu moins lapidaire après coup. Mais bon, ça ne rattrape pas tous les défauts de la tournure du scénario et la platitude de la mise en scène (même si la fin était assez plus réussie).
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"

Alligator
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Alligator » 27 mars 11, 19:40

The Texas Rangers (La légion des damnés) (King Vidor, 1936)

Image

http://alligatographe.blogspot.com/2011/03/texas-rangers.html

Pendant une bonne première partie, le numéro de clown couinant et grimaçant de Jack Oakie m'a copieusement cassé les gonades. Je l'ai trouvé usant, pas drôle, répétitif. Je suppose que le comédien jouissait à l'époque de la connivence du public. En ce qui me concerne, je le connais à peine pour goûter ses simagrées.

Fred McMurray se tient en retrait, tendant les perches à son camarade. Ce n'est que sur la deuxième partie qu'il prend une place plus importante, au moment où le film devient enfin intéressant et où il noue une relation romantique charmante avec la pimpante Jean Parker.

Jusque là le film se caractérisait surtout par un style très difficile à saisir, entre le western moraliste et le comique. Les premières images font craindre le pire : une voix pleine de solennité fait l'historique du Texas et se lance dans un panégyrique pompeux des Texas Rangers, institution grandiose parmi toutes qui aurait garanti à l'État sa pérennité, et bla bla bla... Il y est fait l'éloge de la probité morale qui habite le cœur pur de ces hommes courageux, luttant contre délinquants et criminels avec la fougue et la foi des hommes justes.

Là dessus, on suit les péripéties contraires et malhonnêtes d'un groupe d'hommes, dont Oakie et McMurray, qui finissent par intégrer le corps des Texas Rangers afin de mieux organiser leurs futurs mauvais coups. Bien entendu, ils vont connaitre les affres de dilemmes moraux mais dont ils ne sortiront pas indemnes.

Si dans un premier temps le film adopte un ton léger et humoristique, le drame et un certain suspense s'immiscent de manière brutale dans le récit à plusieurs reprises ébranlant les certitudes du spectateur. Assez déroutant mais pas désagréable, le contraste est quand même amené avec violence, trop lourdement pour donner au film une pleine linéarité.

Fort heureusement, si les aléas du scénario me laissent par moments dans une drôle d'expectative, la réalisation de King Vidor est souvent bluffante. Techniquement, il parvient à créer des cadres somptueux où deux actions simultanées se déroulent sans encombre sous nos yeux, donnant un incroyable souffle à ces séquences ainsi qu'une parfaite fluidité au récit. C'est vraiment bien conçu et filmé, très agréable à l'œil.

J'ai été également très surpris par la restitution sonore. Le film date de 1936 et pourtant on entend clairement le chant insistant des oiseaux, le moindre bruissement en fond. Ce n'est pas quelque chose que j'ai l'habitude de prendre en compte. Je ne sais pas vraiment pas pourquoi cela m'est apparu comme particulièrement remarquable. Étrange. En tout cas, cela compense un peu la mauvaise compression du dvd ultra-granuleux sur les plans très lumineux.

Un bon petit western, pas grandiose mais mignon.

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Tancrède » 29 mars 11, 12:04

mon TOP FIVE de ce très grand cinéaste:

1. Duel au soleil
2. Notre pain quotidien
3. L'homme qui n'a pas d'étoile
4. H.M Pulham Esq.
5. Hallelujah

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Tancrède » 29 mars 11, 12:29

Tain, j'ai oublié Le rebelle dans mon top!
Du coup je fais un top 8:

6. Le rebelle
7. La foule
8. Cappriciosa

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allen john
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar allen john » 10 avr. 11, 11:20

Love never dies (King Vidor, 1921)

On connait mal l'oeuvre de King Vidor antérieure à The big parade. Ce dernier étant un classique, un film à l'aube d'une impressionnante carrière, on peut comprendre cette prépondérance. mais des copies de certains films plus anciens ont heureusement été retrouvées. Parmi les films ainsi redécouverts, on peut citer Bud's recruit, The jack-knife man, Peg o'my heart, ou le mélodrame Wild oranges qui préfigure beaucoup d'autres Vidor, et non des moindres. Love never dies est donc un autre de ces films des années de formation du grand metteur en scène, très précisément son huitième long métrage. Il a été produit par Thomas Ince, et les copies disponibles ne sont pas complètes; il y a en particulier vers la fin des sautes de continuité qui sont assez embarrassantes...

John est un ingénieur dont l'avenir est sans doute tout tracé, mais sa mère est une prostituée, ce qui l'empêche d'avancer. Un jour, il rencontre Tilly, lui cache la vérité et se marie avec elle. Quand le père de Tilly apprend la vérité, il enlève sa fille. john croit que celle-ci l'a quitté, s'enfuit et se fait passer pour mort. Mais l'envie de revenir en arrière est trop forte...

On le voit, c'est du mélodrame patenté, et les invraismeblances et les coups de théâtres simplistes se succèdent à un certain rythme. le film a de la valeur, pourtant, au-delà de ses scories et de ses raccourcis incroyables (John! Ca alors! tu n'es donc pas mort dans le déraillement du train?? Viens donc prendre le thé à la maison!), par la façon dont Vidor oppose déjà à la succession d'évènements ahurissants des notations justes sur la sensibilité des personnages, comme ce moment durant lequel le héros rentre chez lui et ne trouve pas son épouse. Le vide de la maison est rendu par l'insert d'un chaton qui miaule ostensiblement, puis John s'effondre sur le lit, cherche sous l'oreiller de son épouse. il y trouve ce qui est probablement la chemise de nuit de la jeune femme, et la serre contre son coeur, intrusion intéressante d'une véritable sensualité. Le final du film voit Vidor filmer une poursuite sur l'eau, dans les rapides, avec chute d'eau et sauvetage in extremis, au plus près des corps, et le déraillement nocturne du train est lui aussi un beau moment du film, meilleur que celui de The road to yesterday de DeMille, en 1925... Oui, cette comparaison est franchement déloyale...

Si Vidor, en matière de mélo, fera évidemment mieux, en particulier dans Wild Oranges dand lequel il réduira le nombre de personnages et se reposera sur la tension érotique, et le suspense des situations. Ici, c'est encore une commande honnête, mais terriblement conventionnelle.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 97073.html

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feb
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar feb » 15 mai 11, 11:55

Pour info, Orange CinéGéants diffuse 2 films de King Vidor ce mois-ci :

L'Oiseau de paradis (Bird of Paradise - 1932) avec Dolores del Río et Joel McCrea
Lundi 16/05 à 10:15
Jeudi 19/05 à 12:50
Mardi 24/05 à 8:05
Jeudi 26/05 à 19:10

La Grande Parade (The Big Parade - 1925) avec John Gilbert et Renée Adorée
Jeudi 19/05 à 02:05
Mardi 24/05 à 23:40

Envie de découvrir enfin The Big Parade même si j'ai l'impression que CinéGéants diffuse une version plus courte que la durée originale (IMDb annonce 141 min pour celle-ci/130 pour une ressortie US/126 pour la version TCM). Un spécialiste "silent film" (Ann, allen john :wink: ) pourra sans doute apporter des infos.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Ann Harding » 15 mai 11, 13:11

Pour le moment, il n'existe qu'une seule version diffusée sur TCM : elle dure 2h01 (version diffusée sur TCM France). Je crois qu'il est question de faire une nouvelle restauration. mais, elle n'a encore jamais été diffusée.

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar riqueuniee » 15 mai 11, 13:17

Très beau film que cette Grande Parade, découvert je crois au Cinéma de minuit. La durée généralement annoncée pour ce film est de 141 minutes.

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feb
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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar feb » 15 mai 11, 13:22

OK merci Ann. CinéGéants doit sans doute diffuser la version identique à celle diffusée sur les chaines TCM.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar allen john » 15 mai 11, 14:18

riqueuniee a écrit :Très beau film que cette Grande Parade, découvert je crois au Cinéma de minuit. La durée généralement annoncée pour ce film est de 141 minutes.


Les douze bobines du film sont parfois montrées à 24 i/s, ce qui a par exemple été le cas de la copie du film montrée dans le cadre du cycle Vidor sur TCm il y a quelques années. La version (Thames Silents) montrée par Brownlow et Gill, diffusée à 20 i/s, et diffusée je crois sur Arte il y a douze ans, devait avec exactement le même métrage avoisiner les 140 mn.

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Tancrède » 16 mai 11, 10:26

feb a écrit :Pour info, Orange CinéGéants diffuse 2 films de King Vidor ce mois-ci :

L'Oiseau de paradis (Bird of Paradise - 1932) avec Dolores del Río et Joel McCrea
Lundi 16/05 à 10:15
Jeudi 19/05 à 12:50
Mardi 24/05 à 8:05
Jeudi 26/05 à 19:10

La Grande Parade (The Big Parade - 1925) avec John Gilbert et Renée Adorée
Jeudi 19/05 à 02:05
Mardi 24/05 à 23:40

Envie de découvrir enfin The Big Parade même si j'ai l'impression que CinéGéants diffuse une version plus courte que la durée originale (IMDb annonce 141 min pour celle-ci/130 pour une ressortie US/126 pour la version TCM). Un spécialiste "silent film" (Ann, allen john :wink: ) pourra sans doute apporter des infos.


d'avance, je vous préviens: L'oiseau de Paradis, c'est nul.

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Cathy » 11 juin 11, 19:09

La Citadelle, The Citadel (1938)

Image

Un jeune médecin fait ses premières armes dans les villes industrielles et minières de l'Angleterre avant de succomber aux sirènes de l'argent facile à Londres.

King Vidor adopte ici le roman éponyme de Cronin sur le milieu médical du 20ème siècle et le portrait qu'en dresse l'auteur et que relaie le réalisateur est terrible. Entre les cités minières, où les médecins ne servent que des certificats de complaisance, mais n'essayent pas de soigner les malades réellement, et la ville où des médecins sans scrupules extorque des sommes énormes à une clientèle aisée. Le film montre admirablement la misère sociale de ces miniers et l'évolution de ce jeune médecin en médecin arrogant qui perd ses illusions. On s'aperçoit qu'avec un réalisateur du calibre de King Vidor Rosalind Russell aurait pu faire une superbe carrière d'actrice dramatique loin de la mégère arrogante qu'elle interprètera souvent dans sa carrière, quant à Robert Donat, il prête ses traits à la candeur du médecin, on remarque dans un second rôle un Rex Harrison tout jeune qui montre déjà son "flegme" britannique légendaire. Si le tout début du film se traine, dès que le médecin sauve le bébé, le rythme est prenant et le film s'avère passionnant que ce soit dans la partie minière et noire ou dans la partie londonienne sans doute plus traditionnelle mais tout aussi intéressante, par contre la fin est expéditive avec ce procès qu'on ne voit pas arriver réellement ! Sans être un chef d'oeuvre, La citadelle est un beau portrait d'homme !

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar Ann Harding » 19 août 11, 10:25

feb a écrit :Envie de découvrir enfin The Big Parade même si j'ai l'impression que CinéGéants diffuse une version plus courte que la durée originale (IMDb annonce 141 min pour celle-ci/130 pour une ressortie US/126 pour la version TCM). Un spécialiste "silent film" (Ann, allen john :wink: ) pourra sans doute apporter des infos.


J'ai maintenant en main les deux versions de 121 min et 138 min de The Big Parade. En les comparant hier, je me suis rendue compte que c'est en fait exactement la même copie qui tourne à des vitesses différentes. Mais, ce qui est plus grave, la musique de Carl Davis a été également accélérée sur la version rapide de TCM (121 min). Cela signifie que l'on entend une partition distordue: les tempi sont plus rapides et sans aucun doute, les notes ont grimpé d'un ton ou d'un demi-ton. Franchement, je ne comprends pas pourquoi TCM a accéléré la cadence.... :roll:
Dernière édition par Ann Harding le 19 août 11, 17:42, édité 1 fois.

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Re: King Vidor (1894-1982)

Messagepar daniel gregg » 19 août 11, 10:31

Ann Harding a écrit :
feb a écrit :Envie de découvrir enfin The Big Parade même si j'ai l'impression que CinéGéants diffuse une version plus courte que la durée originale (IMDb annonce 141 min pour celle-ci/130 pour une ressortie US/126 pour la version TCM). Un spécialiste "silent film" (Ann, allen john :wink: ) pourra sans doute apporter des infos.


J'ai maintenant en main les deux versions de 121 min et 138 min de The Big Parade. En les comparant hier, je me suis rendue compte que c'est en fait exactement la même copie qui tourne à des vitesses différentes. Mais, ce qui est plus grave, la musique de Carl Davis a été également accélérée sur la version rapide de TCM (121 min). Cela signifie que l'on entend une partition distordue: les tempi sont plus rapides et sans aucun doute, les notes ont grimpées d'un ton ou d'un demi-ton. Franchement, je ne comprends pas pourquoi TCM a accéléré la cadence.... :roll:



Petite précision technique, à la différence d'aujourd'hui (enfin plus pour très longtemps ! :evil: ), les appareils de projection ne tournaient pas systématiquement en 24 images/ secondes.
Et sur la durée d'un film de 138 mn, en tournant en 25 images / secondes comme on peut encore le faire aujourd'hui, on gagne déjà 6 à 8 mn, alors en tournant un poil plus vite, tu imagines bien les différences.