Ralph Nelson (1916-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Messagepar AtCloseRange » 8 nov. 06, 17:53

Quand je disais qu'il n'avait pas été diffusé, je pouvais pratiquement l'assurer sur les 20 dernières années. Après, il fallait que j'aille chercher mon carbone 14 :mrgreen:

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Messagepar AtCloseRange » 19 janv. 08, 13:28

Soldat Bleu
Western qui affiche tous les signes de son époque: une héroïne digne du MLF, une métaphore du Vietnam, une violence exacerbée (le final reste estomaquant, on est proche de l'esprit des films d'exploitation de l'époque). Le film assure ses ruptures de tons: marivaudage pendant les 2/3 du film entre la "délurée" Candice Bergen et l'"innocent" Peter Strauss encadré par 2 massacres qui se font échos au début et à la fin du film. A noter la présece de l'excellent Donald Pleasance.
C'est un plaisir de redécoiuvrir le film dans une copie magnifique au format sur Z1.
Un petit bémol pour la BO: tout d'abord elle n'est pas particulièrement inspirée (on sent même quelques vagues plagiats ici et là) et elle a parfois tendance à sonner déformée.
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Re: Ralph Nelson

Messagepar Ubik » 27 févr. 08, 13:00

Je ne trouve rien sur ce Soldat Bleu que je serais impatient de voir. Ca existe quelque part en DVD ? :D

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Re: Ralph Nelson

Messagepar Ubik » 27 févr. 08, 13:05

Je fais les questions et les réponses.

Merci le topic DVDclassik : viewtopic.php?f=2&t=25375&st=0&sk=t&sd=a&hilit=soldat+bleu

Et donc comme indiqué plus haut on trouve bien le film sur le site de VOD MK2 : http://vod.mk2.com/films/western/soldat ... eo-429.htm :D

C'est largement mieux qu'une k7 ! :idea:

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Re: Ralph Nelson

Messagepar Max Schreck » 7 oct. 08, 12:31

Soldier blue, Ralph Nelson, 1970
Ce western pro-indien fit sensation à sa sortie notamment par son ultra-violence graphique (au point d'en devenir un argument de vente comme le montre l'affiche). Cet aspect est en fait circonscrit aux deux scènes de massacre qui ouvrent et ferment le récit, la première étant du fait des Cheyennes, la seconde des Yankees (il s'agit de la "bataille" de Sand Creek). Nelson profite apparemment d'une certaine libéralisation des moeurs et de la censure pour trousser effectivement un spectacle plutôt jusqu'au-boutiste qui, aujourd'hui encore, n'a pas perdu grand chose de son caractère choquant. Je vais pas faire l'inventaire des horreurs filmées mais c'est assez inventif et pas avare en effets gores. Sur ce plan, on sent que le réalisateur s'inscrit dans le sillon préalablement tracé par Peckinpah, même si son montage est bien plus conventionnel.

Entre ces deux moments clairement pensés pour stupéfier le spectateur, le film dans sa majeure partie emprunte curieusement un tout autre ton, qui l'apparente pratiquement à un buddy movie. On suit en effet les pérégrinations dans le désert de Candice Bergen, jeune femme au caractère bien trempé qui a passé deux années chez les Indiens, et Peter Strauss, jeune soldat bleu qui abandonnera progressivement sa naïveté et ses idées reçues sur les Peaux-rouges. Gags, confrontations et péripéties s'enchaînent dans un environnement assez bucolique. Le duo semble assez facilement se remettre des événements atroces qui les ont réunis. Le personnage de Bergen jure et rote, et on devine que c'était une façon de titiller les limites de la censure de l'époque (ce qui me fait penser au Carnal knowledge de Mike Nichols — où Bergen jouera l'année suivante — qui de ce point de vue-là également semblait prendre le pouls d'une permissivité nouvelle). Le film veut réveiller les consciences et sans doute que l'intention était de préparer le contraste avec le dernier acte qui verse dans le cauchemar, mais j'ai trouvé ces scènes un peu trop artificielles dans leur écriture. C'est au final assez destabilisant, donnant presque l'impression de ne pas vouloir suffisamment assumer l'atmosphère sombre qui aurait du peser sur tout le récit. Nelson conserve également tout le long du film un point de vue du côté des blancs, et j'ai trouvé un peu dommage que sa représentation des indiens reste à ce point distante, sans chercher à rendre un peu compte d'une culture qu'il s'agissait de défendre et d'en montrer l'humanité.

La musique composée par Roy Budd est assez étonnante dans le sens où elle reste pauvrement illustrative, avec des thèmes western sans grande originalité. Très belle chanson-titre par contre sur le générique, interprétée avec émotion par Buffy Ste-Marie.
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Messagepar Nestor Almendros » 24 nov. 09, 08:52

Lord Henry a écrit :Incidemment, il s'était fait un nom en dirigeant pour la télévision en direct une dramatique de Rod Serling, Requiem for a Heavyweight (avec Jack Palance), dont il devait signer lui-même l'adaptation cinématographique quelques années plus tard (avec cette fois-ci Anthony Quinn):

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Ce que tu dis là ("dramatique en direct à la tv") ne m'étonne guère puisqu'après avoir vu ce REQUIEM POUR UN CHAMPION je me disais qu'une adaptation théatrâle ne serait pas difficile à faire. C'est assez statique dans l'ensemble (quelques efforts visuels au tout début et puis c'est tout) et le scénario n'offre que très peu de surprises. Ca se laisse regarder mais on reste tout le temps dans une histoire à peu près attendue aux rebondissement très classiques et au ton foncièrement mélodramatique. Un peu plus de subtilité dans l'émotion n'aurait d'ailleurs pas fait de mal. Le tout est sensiblement rattrapé par un personnage principal très attachant: un boxeur usé par la vie et une certaine solitude, victime d'un enfermement trop long dans une carrière instable. Cette masse musculaire au grand coeur est franchement bien interprétée par un Anthony Quinn extrêmement touchant et qui vaut, à lui seul le détour.

Master Sony très correct.

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Chip » 24 nov. 09, 13:39

A quand le dvd de " fate is the hunter" (le crash mytérieux)(1964) ? ce film à la distribution alléchante( glenn ford, rod taylor,jane russell, mark stevens, dorothy malone, constance towers,etc...) n'est resté qu'une semaine à l'affiche lors de sa sortie parisienne au cinéma Triomphe, diffusé une seule fois à la télévision,dans le cadre des " dossiers de l'écran",il y a fort longtemps.....

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar AtCloseRange » 16 déc. 09, 12:59

Charly (1968)
Enfin découvert cette première adaptation du livre "Des Fleurs pour Algernon" et un peu déçu. La première heure est sans faille avec une réalisation sobre laissant la part belle aux interprètes (Cliff Robertson et la magnifique Claire Bloom) et puis soudain le réalisateur se rappelle qu'on est en 68 et on a droit à une scène absolument invraisemblable où Charly fait l'expérience hippie pendant 5 minutes comme un vidéo-clip sous ecstasy (avec Harley Davidson, barbe et filles peu farouches en tenue indienne filmés en split screen et avec divers filtres colorés). Le film ne s'en relévera pas totalement (voir les confrontations ultérieures entre Charly et son double) sans parler d'une fin expédiée et abrupte.
Dommage parce que la scène
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de la tentative de "viol"
(qui précède ce trip psyché) aurait pu entraîner le film dans une direction plus sombre assez surprenante.
Si je le compare avec l'adaptation télé récente avec Julien Boisselier, je me surprends à préférer cette version française qui malgré un traitement télévisuel assez plat a le mérite d'être plus émouvante et l'interprétation de Boisselier me semble plus forte que Robertson (qui ne démérite cependant pas).
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Re: Ralph Nelson

Messagepar O'Malley » 6 févr. 10, 18:38

Max Schreck a écrit :Ce western pro-indien fit sensation à sa sortie notamment par son ultra-violence graphique (au point d'en devenir un argument de vente comme le montre l'affiche). Cet aspect est en fait circonscrit aux deux scènes de massacre qui ouvrent et ferment le récit, la première étant du fait des Cheyennes, la seconde des Yankees (il s'agit de la "bataille" de Sand Creek). Nelson profite apparemment d'une certaine libéralisation des moeurs et de la censure pour trousser effectivement un spectacle plutôt jusqu'au-boutiste qui, aujourd'hui encore, n'a pas perdu grand chose de son caractère choquant. Je vais pas faire l'inventaire des horreurs filmées mais c'est assez inventif et pas avare en effets gores. Sur ce plan, on sent que le réalisateur s'inscrit dans le sillon préalablement tracé par Peckinpah, même si son montage est bien plus conventionnel.

Entre ces deux moments clairement pensés pour stupéfier le spectateur, le film dans sa majeure partie emprunte curieusement un tout autre ton, qui l'apparente pratiquement à un buddy movie. On suit en effet les pérégrinations dans le désert de Candice Bergen, jeune femme au caractère bien trempé qui a passé deux années chez les Indiens, et Peter Strauss, jeune soldat bleu qui abandonnera progressivement sa naïveté et ses idées reçues sur les Peaux-rouges. Gags, confrontations et péripéties s'enchaînent dans un environnement assez bucolique. Le duo semble assez facilement se remettre des événements atroces qui les ont réunis. Le personnage de Bergen jure et rote, et on devine que c'était une façon de titiller les limites de la censure de l'époque (ce qui me fait penser au Carnal knowledge de Mike Nichols — où Bergen jouera l'année suivante — qui de ce point de vue-là également semblait prendre le pouls d'une permissivité nouvelle). Le film veut réveiller les consciences et sans doute que l'intention était de préparer le contraste avec le dernier acte qui verse dans le cauchemar, mais j'ai trouvé ces scènes un peu trop artificielles dans leur écriture. C'est au final assez destabilisant, donnant presque l'impression de ne pas vouloir suffisamment assumer l'atmosphère sombre qui aurait du peser sur tout le récit. Nelson conserve également tout le long du film un point de vue du côté des blancs, et j'ai trouvé un peu dommage que sa représentation des indiens reste à ce point distante, sans chercher à rendre un peu compte d'une culture qu'il s'agissait de défendre et d'en montrer l'humanité.

La musique composée par Roy Budd est assez étonnante dans le sens où elle reste pauvrement illustrative, avec des thèmes western sans grande originalité. Très belle chanson-titre par contre sur le générique, interprétée avec émotion par Buffy Ste-Marie.

Bon, j'en pense à peu près la même chose. Assez déroutant dans son alliage farce-drame (même si ce mélange donne incontestablement une identité forte au film), souvent maladroit dans son traitement (les deux personnages principaux restent dessinés à gros traits, les situations s'enchainent sans convaincre totalement),mise en scène un peu lourde (le drapeau américain piétiné par la cavalerie, le colonel Iverson portant un chapeau colonial) néanmoins, l'ensemble conserve une certaine fraicheur et le film reste courageux et efficace dans son propos. Donald Pleasence, en colporteur, est comme toujours extraordinaire et Candice Bergen, sexy en diable... :oops: Au final, à défaut d'être réussi totalement , Soldat bleu reste un joli film, important au sein du genre et dans sa manière de traiter le génocide indien, sans plus aucune complaisance vis à vis du drapeau étoilé...

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Supfiction » 15 sept. 13, 18:19

Je viens enfin de voir ce fameux Soldat bleu que je devais voir depuis des années.
J'en ressors avec une impression très mitigée (et le regret de l'avoir vu dans une VF souvent ridicule). La dernière séquence est essentielle et à elle seule justifie que ce film existe.
Néanmoins toute la majeure partie du film est beaucoup moins intéressante, avec une Candice Bergen qui joue à fond la vulgarité, et un Peter Strauss trop benêt.
Bref on a très peu de sympathie pour les personnages, ce que je trouve pénalisant. Même les indiens sont trop superficiels dans leur description, le film aurait été beaucoup plus fort si le réalisateur s'était davantage attardé sur la vie des cheyennes. Kevin Costner a à mon sens réussi (20 ans après certes) là où ce soldat bleu ne fut (et c'est déjà pas mal) qu'un pavé dans la mare.

Finalement j'en ressort un peu comme j'étais sorti de Requiem pour un massacre.. L'impression d'avoir vu quelque-chose de marquant et d'important mais qui laisse un goût amer. Bon difficile de prendre son pied en voyant de tels films mais je ne sais pas, il y a un côté froid et didactique qui fait qu'on verrait plutôt ces films dans des salles de classe que chez soi (de même que je préfère Danse avec les loups à Soldat bleu, je privilégie Le vieux fusil à Requiem ..).

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Rick Blaine » 7 mai 16, 11:25

Notre western du WE : La bataille de la vallée du diable sorti en DVD chez MGM.

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 30 mars 18, 02:01

Soldat bleu (1970)

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Une colonne de l'armée américaine escortant un important convoi de fonds est attaquée par des Cheyennes. La bataille vire au massacre : les militaires sont impitoyablement exterminés. Seuls survivent un jeune soldat fraîchement incorporé, Honus Gent, et Cresta Maribel Lee, jadis enlevée par les Cheyennes, relâchée par le chef de la tribu (qui l'avait prise pour femme), dans le but de rejoindre son fiancé, un officier d'état-major.

Soldat bleu est un sommet du western dit "pro-indien" apparu dans les années 50 avec notamment La Flèche brisée de Delmer Daves (1950). La première vague de ce courant était une manière d'humaniser les indiens autrefois réduits à des silhouettes barbares et d'évoquer la possibilité ou l'impossible rapprochement entre les peuples dans des œuvres aussi différentes que Bronco Apache (1954) de Robert Aldrich ou La Rivière de nos amours de Howard Hawks (1955). La donne est assez différente avec les westerns américains des années 70 nettement où les indiens sont parfois plus l'instrument d'une idéologie pacifiste que des personnages à part entière. Little Big Man de Arthur Penn contribue ainsi à un cliché de l'indien vieux sage malicieux et mystique (qu'on retrouve entre autres dans un personnage de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood (1976) et avec Soldat bleu le vrai massacre de Sand Creek (le 29 novembre 1864) est une analogie explicite à la Guerre du Vietnam contre laquelle se révolte alors la jeunesse hippie et pacifiste de gauche.

Le film fonctionne sur une curieuse construction où une ouverture et une conclusion choc encadre un déroulement assez bucolique. L'ouverture, c'est le massacre d'un convoi de fond par une horde de cheyennes dépeinte avec une violence et cruauté appuyée. Les seuls rescapés représentent finalement deux versants opposés de cette guerre opposant l'homme blanc à l'indien. D'un côté le jeune soldat novice Honus Gent (Peter Strauss) et de l'autre Cresta Maribel Lee (Candice Bergen) jeune femme autrefois enlevée par les indiens et qui s'apprêtait à être ramenée à la civilisation auprès de son fiancé. Une longue errance picaresque sert ainsi l'opposition et le rapprochement des deux personnages dans une dimension intime et politique à la fois. Honus est un fils de bonne famille se montrant aussi prude et gêné dans sa proximité forcée avec Cresta que naïf dans sa vision du conflit avec les indiens. A l'inverse un passé douloureux et son passage chez les indiens auront rendu Cresta plus cynique, détachée et débrouillarde dans l'errance commune. La pure comédie de situation alterne ainsi avec les réflexions cinglantes, le parallèle avec les manières rustres de Cresta (qui crache, rote, jure comme un charretier et se ballade dénudée sans complexe) et la gaucherie de Honus se prolongeant dans la vision manichéenne de ce dernier face à la lucidité de sa compagne d'infortune. Dépité par le massacre d'introduction, Honus ne voit dans les indiens que des brutes sanguinaires et Cresta devra plus d'une fois lui rappeler que l'armée américaine fait autant voir pire. Les rencontres même et les dilemmes qui en découlent (la rencontre avec le personnage aussi farfelus que dangereux joué par Donald Pleasence) participent à cette confrontation lorsqu'ils se déchireront face à la possibilité de laisser ou empêcher une livraison d'arme aux cheyennes.

L'isolement et la promiscuité est offre aussi la possibilité d'un rapprochement et d'un dépassement de cette caractérisation initiale. Présenté comme un pleutre, Honus s'avère d'une remarquable résistance dans l'adversité que ce soit dans un affrontement avec un indien Kiowa qui le défiait ou dans une scène amusant où il montrera une relative aptitude à la chasse. La revêche Cresta s'avèrera une jeune femme plus sensible et fragile qu'il n'y parait. Les grands espaces traversés soulignent le fossé qui les sépare quand de jolis moments intimistes resserrent l'horizon et autorisent la romance, une couverture partagée, un détachement de lien cocasse puis l'intérieur d'une grotte favorisant l'expression de leur amour. La scène de la grotte est d'ailleurs emblématique, la vulnérabilité physique de Honus blessé autorisant sa tendre déclaration à Cresta qui elle s'abandonne à une vulnérabilité morale pour accepter cette amour au-delà de leur différence. Ces instants romantiques constituent une parenthèse enchantée, un paradis perdu qui ne peut survivre au retour à la réalité de cette guerre où les clivages doivent ressurgir malgré eux.

La dernière partie confronte donc le couple à l'horreur avec l'illustration particulièrement barbare et graphique du massacre de Sand Creek où l'armée décime femmes et d'enfants, commet de viols et mutilations et ce alors que les cheyennes se sont présentés avec le drapeau blanc de paix. Si la scène à une force visuelle et émotionnelle indéniable, la manière de l'introduire dans cette volonté anti-belliciste est assez maladroite. L'émotion finale ne fonctionne que sur la violence insoutenable mais l'on n'aura guère eu l'occasion d'observer, de s'attacher et s'imprégner de ces indiens qui ne dépassent pas la silhouette guerrière ou sacrificielle. D'un simple point de vue de cohérence, voir le personnage de Spotted Wolf (Jorge Rivero) soudainement désireux de paix face à ses lieutenants et se présenter naïvement avec son drapeau blanc jure complètement avec l'ouverture où on l'a vu se montrer tout aussi gratuitement féroce. Drôle d'idée d'utiliser le personnage dans les deux scènes. Au final une œuvre bien ancrée dans son époque (la chanson-titre folk de Buffy Sainte-Marie) et intéressante mais dont l'aura doit tout de même beaucoup à ses écarts de violence. 4/6

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Rick Blaine » 30 mars 18, 09:45

Je serais surement encore un peu plus sévère que toi, mais avec les mêmes réserves : cette fin est ratée, lourde et maladroite. Et l'ensemble du film manque quand même de subtilité.

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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 30 mars 18, 09:48

Je vais le revisionner sous peu mais à priori je serais encore plus sévère que vous deux. Ralph Nelson a fait mieux avec son western précédent, La Bataille de la vallée du diable.
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Re: Ralph Nelson (1916-1987)

Messagepar Rick Blaine » 30 mars 18, 10:01

Jeremy Fox a écrit : Ralph Nelson a fait mieux avec son western précédent, La Bataille de la vallée du diable.

Ah oui, je suis d'accord