Clarence Brown (1890-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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feb
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 28 sept. 11, 00:17

Romance - Clarence Brown (1930)

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Harry (Elliott Nugent), petit-fils de l'évêque Tom Armstrong (Gavin Gordon), veut épouser une actrice. Ce dernier essaie de l'en dissuader en lui racontant une partie de sa propre vie : alors qu'il était encore révérend, il avait rencontré une prima donna du nom de Rita Cavallini (Greta Garbo) dont il était tombé amoureux dès leur première rencontre. Très vite, il veut se marier avec la jeune femme mais voit son rêve brisé lorsqu'il découvre que celle qu'il aime n'a pas eu la vie sage et rangée qu'il imaginait mais qu'elle a été la maitresse de nombreux hommes dont Cornelius Van Tuyl (Lewis Stone). Il décide de la rejeter et de l'oublier...

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2ème film parlant de Greta Garbo, après Anna Christie déjà réalisé par Clarence Brown, Romance souffre encore d'un problème de rythme et surtout de cette désagréable sensation que les marques du muet sont toujours présentes mais plus celles négatives que positives : l'unité de lieu se limite à 2 pièces, les textes, un peu trop lourds, semblent encore un peu trop récités et le rythme général est quasi-inexistant. Lorsque l'on voit Romance, on ne peut s'empêcher de penser à Anna Christie qui lui aussi souffrait des mêmes maux et surtout de remarquer que Clarence Brown, réalisateur des 3 premiers parlants de Garbo, était plus à l'aise avec les 2 muets que sont Flesh and the Devil ou A woman of affairs (tout deux avec John Gilbert) ou plus tard avec Conquest et Anna Karenine.

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Garbo trouve ici un rôle qui va la suivre dans la grande majorité de ses films parlants, celui de la femme européenne liée à un homme plus âgé et riche mais qui va se laisser séduire et tomber amoureuse d'un homme plus jeune. Ne souhaitant pas le voir souffrir et réalisant qu'elle est hors de portée pour lui, elle doit refuser son amour et lui demander de l'oublier....Susan Lenox, Inspiration, Camille et même Mata Hari sont basés sur un principe similaire. Dans Romance, Garbo, chanteuse lyrique italienne, s'éprend d'un jeune évêque (Garbo voulait Gary Cooper mais il était retenu par la Paramount pour tourner Morocco avec sa rivale allemande) qui va littéralement tomber amoureux de la jeune femme avant de voir son rêve de mariage brisé lorsqu'il apprend qu'elle a été la maitresse de Van Tuyl. Le rôle de Tom Armstrong est tenu par Gavin Gordon, dont c'est l'un des premiers films, et se révèle assez bon face à l'actrice même si elle l'eclipse un peu. Le 2nd rôle masculin est tenu par Lewis Stone, qui retrouve la Divine pour la 3ème fois, avec toujours autant de professionnalisme. Si Romance est considéré comme étant le film le plus faible de Greta Garbo -d'après la biographie de Barry Paris- il reste un film, certes mineur, mais pas désagréable à regarder (surtout si on apprécie l'actrice). Clairement en dessous des meilleurs parlants qui vont suivre dans sa carrière ou des meilleurs muets que sont Love ou The mysterious lady, Romance doit être regardé en gardant à l'esprit que cette période post-muet n'est pas la meilleure période de Garbo et qu'il vaut mieux privilégier les films tourné après L'inspiratrice (considéré par beaucoup comme un Romance II). Il faut également noter que malgré une caméra assez peu friande en gros plan (et c'est bien dommage de la part de Clarence Brown), la photo signée William Daniels et les tenues signées Adrian permettent quand même de "profiter" de Garbo qui capte, une fois de plus, magnifiquement la caméra.

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Une scène finale où Rita repousse une dernière fois l'homme....
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Certaines captures sont tirées du blog http://garbolives.blogspot.com/2005/10/ ... brown.html
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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feb
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 23 oct. 11, 17:28

L'Inspiratrice (Inspiration) - Clarence Brown (1931)

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Yvonne Valbret (Greta Garbo), courtisane et également modèle pour de nombreux artistes, tombe amoureuse du jeune André Montell (Robert Montgomery) lors d'une soirée parisienne. Naïf et fou amoureux de la jeune femme, dont il ne connait pas le passé, André va très vite déchanter en découvrant que Yvonne est entretenue par un homme et que sa vie a été riche de plusieurs hommes. Abattu par cette vérité, il préfère la quitter et l'oublier.
Quelques temps après, il croise de nouveau la route de la jeune femme qui vit dans une modeste chambre de bonne et ne peut subvenir à ses besoins; il décide de lui offrir une maison de campagne et lui annonce qu'il va bientôt se marier. Yvonne l'implore de ne pas l'abandonner et le futur diplomate prend la décision de tout abandonner pour elle....


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Après Anna Christie (tourné entre octobre et novembre 29) et Romance (tourné entre mars et mai 30), Greta Garbo retrouve pour la troisième fois (dans sa période parlante) le réalisateur Clarence Brown pour Inspiration (tourné entre octobre et novembre 30 mais sorti en janvier 31). Le film reprend une trame déjà entrevue dans le précédent film du réalisateur et qui annonce également ce que sera le magnifique Camille de George Cukor. En effet, Garbo y est une fois de plus une courtisane éprise d'un jeune homme naïf, devant faire face à un passé où les prétendants se bousculent et gérer l'amour sincère que lui porte ce nouvel amant. Si Romance était encore fortement marqué par le statisme des débuts du parlant, Inspiration semble avoir été tourné bien plus tard alors qu'il n'y a que 5 mois qui séparent les deux métrages. Même si le film n'offre pas encore le dynamisme d'un film comme Susan Lennox, Clarence Brown propose une mise en scène bien moins coincée que son prédécesseur et se permet même...

...un plan en caméra subjective (Raymond Delval (Lewis Stone) rentre chez Yvonne pensant la trouver et découvre un lit vide).
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...un plan où la caméra accompagne le couple sur les 3 étages qui les séparent de la chambre du jeune homme et de leur première nuit ensemble.
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...2 scènes en décors naturels qui marquent un début de "rupture" avec les films précédents.
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Il est intéressant également de noter que le réalisateur puise dans le cinéma muet avec la scène du suicide de la jeune Liane Latour qui se déroule dans un silence complet et sur un seul plan de caméra...

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...ou pour la scène finale qui voit Yvonne rédiger une lettre expliquant qu'elle préfère le quitter plutôt que de le voir ruiner sa carrière pour elle. Clarence Brown fait démarrer la scène sur le feu de cheminée éteint, sans musique, sans texte avec des inserts sur la lettre jouant le rôle d'intertitres.

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Les scènes extérieures permettent de profiter du travail de William H. Daniels sur la lumière (et sur les plans mettant en scène l'actrice bien entendu) mais elles ne peuvent pas, malgré tout, cacher le fait que ce film est encore un peu trop lié au studio et à sa mise en scène statique. Clarence Brown, qui doit également travailler avec une histoire assez sommaire tournant vite en rond (les 2 personnages se rencontrent, s'aiment, se séparent et se retrouvent pour mieux se séparer à la fin), se débrouille néanmoins bien mieux que dans Romance et dans le soporifique Anna Christie et permet à Inspiration de se démarquer des débuts laborieux de Garbo dans le parlant.

Si le couple Garbo/Montgomery n'est pas des plus réjouissants (Robert Montgomery est à sa place en jeune amoureux pret à tout sacrifier pour celle qu'il aime mais ne peut faire oublier le rôle tenu par Robert Taylor dans Camille), il reste supérieur à celui de Romance et permet au film de se maintenir au-dessus des 2 précédents films du duo Garbo/Clarence Brown. Cependant le film souffre encore d'un statisme qui peut rebuter et d'une histoire trop faible pour offrir un film agréable à suivre du début à la fin. C'est la raison pour laquelle je reste sur ma position concernant les 3 premiers parlants de l'actrice : il est intéressant de les regarder lorsque l'on souhaite découvrir toute sa filmo mais ils sont clairement dispensables et ne font pas partie de la liste des films à découvrir en priorité...

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Profondo Rosso
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 3 nov. 11, 04:11

La Mousson (1939)

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En Inde, Tom Ransome, un haut fonctionnaire bourgeois mène une vie opulente entre ses conquêtes et son ancienne épouse Lady Edwina Esketh. Celle-ci fait la connaissance d'un jeune médecin indien, le major Rama Safti, et s'éprend de lui. La ville de Ranchipur est dévastée par un tremblement de terre, des inondations et d'une épidémie de peste.

Voilà du grand et beau mélodrame romanesque dont Clarence Brown a le secret avec ce superbe The rains came qui le voyait adapter le roman à succès de Louis Bromfield paru deux ans plus tôt. Comme le titre l'indique, c'est bien le climat qui détermine la tonalité du récit qu'on peut ainsi diviser entre sécheresse et mousson. La sécheresse de la première partie est autant due à la température qu’au cœur des personnages qui se dissimulent derrière des masques. On découvre ainsi le quotidien de la communauté étrangère établie dans cité de Ranchipour. Entre réception et dîners mondain, les personnalités se distinguent. Le blasé jouisseur Tom Ransom (George Brent) qui va croiser la route d'une ancienne amante Edwina (Myrna Loy, rôle au départ prévu pour Marle Dietrich) désormais mariée, le médecin indien dévoué à sa cause Rama Safti (Tyrone Power) ou encore la jeune Fern (Brenda Joyce) rêvant d'une vie plus excitante. Le destin va lier ces quatre être lorsqu'Edwina va tenter de séduire Safti par jeu et que Fern va tomber amoureuse du pourtant peu recommandable Ransom.

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Toute ces relations sont vouées à l'échec tant chacun semble ancré dans ses certitudes bonnes ou mauvaise et le film déroule une ambiance lascive et sensuelle (le doux échange dans l'obscurité entre Myrna Loy et George Brent, le regard de ce dernier qui change sur Fern lorsqu'elle apparaît plus femme en mettant une tenue épousant ses formes) moite. Le tournage qu'on devine pour large part effectué en studio rend vraiment bien l'atmosphère indienne si particulière dépeinte par Louis Bromfield et s'équilibre bien entre pittoresque et respect du cadre dépeint que ce soit par la direction artistique somptueuse de William S. Darling et George Dudley ou la prestation pleine de noblesse de Tyrone Power (tout à fait crédible en jeune indien) et Maria Ouspenskaïa plus vraie que nature en charismatique Maharani. On est ainsi loin de la vision colonialiste et impérialiste d'autres film de cette période se déroulant dans ce cadre comme Gunga Din ou Les Trois Lanciers du Bengale, sans être appuyé.

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Une extraordinaire séquence de catastrophe naturelle fait basculer l'intrigue. Un moment apocalyptique et terrifiant filmé avec virtuosité par Clarence Brown où d’impressionnants effets spéciaux nous montrent une population locale décimée par un tremblement de terre puis une inondation dévastatrice. La mousson est là et avec elle les carcans imploser pour révéler la vraie nature des personnages dans l'adversité. C’est un torrent de sentiments qui se déchaîne à travers le doux rapprochement entre Ransom baissant la garde face au regard admiratif de Fern et surtout la passion aussi intense que platonique de Tyrone Power et Myrna Loy. Celle-ci, si hautaine et détachée dans la première partie devient bouleversante dans son sacrifice total à celui qu'elle aime et qui lui fait découvrir la satisfaction à secourir autrui.

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Quand à Tyrone Power, son masque de perfection s'estompe peu à peu pour le rendre plus humain quand il s'abandonne enfin voyant son amour lui échapper. Les contradictions qui animent les personnages entre devoir et aspirations personnelles, détachement et sincérité sont magnifiquement capturées par la mise en scène de Brown. Toutes les nuances de la photographie (qui devient immaculée sur le visage de Myrna Loy à l'agonie) ou des choix de mises en scène rendent finalement ces moments dramatiques plus intenses que le morceau de bravoure qui donne son titre au film. La chanson lourde de souvenirs revenant lors du couronnement final indique un retour de ce romanesque vers u nouveau règne des apparences mais le visage troublé et ému de Tyrone Power laisse comprendre que quelque chose a changé. Entre temps, la mousson est passée... 5/6

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Sybille
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Sybille » 20 avr. 12, 14:24

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Sadie McKee
Clarence Brown (1934) :

Joan Crawford est tout d'abord la fille unique d'une cuisinière de grande maison. D'ambition modeste, elle ne rêve que d'amour et de fidélité dans les bras d'un modeste ouvrier un peu louche. Mais diverses épreuves vont finir par lui faire contracter un mariage avec l'un des hommes les plus riches du pays.
Mélodrame traversé par différents courants : un aspect social toujours mis en avant, que ce soit par la fuite des amoureux à New York, constamment obligés de surveiller leurs dépenses, ou ensuite par la démesure fastueuse qu'elle connaît grâce à la fortune de son mari.
Egalement une histoire d'amour, d'amitié et de jalousie relativement inattendue, aux caractères contrastés, aux directions moins conventionnelles qu'il n'y paraît. Car les multiples soupirants de Sadie McKee, la tonalité variée des relations qu'elle poursuit avec chacun d'eux, font que la résolution finale, tout au long du film, n'apparaît jamais - fait assez rare - totalement évidente. De la surprise donc, un suspense bienvenu.
Crawford est ici l'héroïne parfaite, faisant preuve de tendresse, d'émotion, en même temps que d'une ironie franche, d'une combativité bravache constante. A ses côtés, Gene Raymond, Franchot Tone et Edward Arnold sont corrects, en particulier ce dernier, finalement attachant en époux alcoolique, toujours partagé entre grotesque et dignité. Esther Ralston, que je ne connaissais pas, s'impose immédiatement : elle possède dans ce film un visage qui lui donne une allure étonnamment moderne, et son attitude narquoise, celle d'une vamp sans scrupule, lui permet de faire jeu égal face à Crawford.
L'histoire est plutôt agréable à suivre, tandis que le luxe discret de la MGM en un ensemble très bien orchestré par Clarence Brown, suffisent à assurer la séduction. 6,5/10

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feb
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 20 avr. 12, 14:51

Critique à laquelle j'adhère à 100% :wink: (même si j'aurais mis un poil plus sur la note :mrgreen: ).
Peut être le film MGM où Crawford est la plus belle avec Chained, Forsaking all other et Possession...un pur festival Adrian.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Ann Harding » 12 oct. 12, 20:51

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The Signal Tower (Le veilleur du rail, 1924) de Clarence Brown avec Rockcliffe Fellowes, Virginia Valli et Wallace Beery

David Taylor (R. Fellowes) est aiguilleur dans une zone isolée des montagnes de Californie. Il vit avec sa femme Sally (V. Valli) et son fils près du poste d'aiguillage. Son vieux collègue Pete part à la retraite et il est remplacé par Joe Standish (W. Beery) qui semble très intéressé par Sally...

Disons-le d'emblée, ce film de Clarence Brown produit par la Universal est un petit chef d'oeuvre de suspense et de construction filmique. A partir d'un sujet somme toute assez banal, il a réalisé un film qui conjugue suspense, intelligence dans les relations humaines et beauté des extérieurs. Pour le réaliser, il est parti dans les montagnes de Californie avec toute son équipe et ils ont même construit un poste d'aiguillage au bord d'une voie ferrée. Dans ce cadre réel, il nous plonge dans la vie d'un aiguilleur. David Taylor vit une vie tranquille entre son vieux collègue Pete, qui loge chez lui, son épouse et son fils. Mais, tout cela va changer avec le départ de Pete. Dès l'arrivé de son remplaçant, on comprend que tout va se compliquer. Joe Standish (sous les traits d'un Wallace Beery gouailleur en surface, mais en fait très inquiétant) arrive dans un costume bien trop élégant pour son travail et des chaussures vernies qui dénotent un séducteur sans scrupules. Le spectateur est convaincu qu'il va rendre la vie difficile à David. Et c'est le cas. Brown commence en fait par quelques scènes comiques où la cousine Gertie fait tout ce qu'elle peut pour attirer Joe, qui l'ignore totalement. Mais, le film prend un tour de thriller après son départ. Une nuit de tempête, David va devoir affronter les pires dangers et un dilemme effroyable: doit-il sauver son épouse des griffes de l'affreux Joe ou empêcher la collision inéluctable entre des wagons fous et l'express qui arrive à toute vapeur ? La dernière partie du film n'a rien à envier aux meilleurs films d'Alfred Hitchcock. Le suspense devient insoutenable alors que David tente désespérément de faire dérailler les wagons fous sous une pluie battante et qu'en même temps, Sally tente de se défendre face à Joe. Tout cela est entrecoupé par des images prises depuis les wagons qui dévallent la montagne. Ce montage parallèle atteint son paroxysme lorsque Sally saisit un révolver pendant que David détruit l'aiguillage à coups de masse. L'engrenage infernal montre un sens dramatique remarquable. Brown a réalisé dans ces années-là parmi ses tous meilleurs films avec The Goose Woman (1925) et Smouldering Fires (1925) qui offrent tous deux de superbes portraits de femme. Son passage à la MGM va faire de lui un excellent metteur en scène de studio, mais il aura moins de marge de manoeuvre qu'il en avait dans ses années-là, à la Universal. Il est fort dommage que Clarence Brown soit essentiellement connu dans sa période MGM. Il faut espérer qu'un jour ces trois bijoux de la Universal seront enfin disponibles en DVD.

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Frances
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Frances » 12 févr. 13, 00:28

- Flesh and the devil La chair et le diable - 1926 - Clarence Brown - Greta Garbo, John Gilbert, Lars Hanson, Barbara Kent, George Fawcett.
Clarence Brown suit le schéma conventionnel du mélodrame mais force est de reconnaitre que sa réalisation est très inspirée. Le film bénéficie d’un esthétisme de qualité et de très belles idées de mise en scène. Une fois encore on est en présence d’un triangle amoureux (qui prend par instant des la forme d’un quatuor) doublé d’une amitié fraternelle qui intensifie d’autant plus le scénario.

Plot : Une femme séduit deux hommes amis d'enfance.

Je me demande si à l’époque cela a frappé les foules mais le traitement imposé à l’héroïne - Felicitas /Greta Garbo - est terrible. La figure féminine est littéralement accablée, coupable de tous les maux. Faisant chuter les hommes, mentant, les manipulant et brisant les liens d’amitié scellés depuis l’enfance. A y bien regarder ses actions ne bénéficient d’aucune excuse. Elle sème la destruction et une fois encore la rédemption sera synonyme de mort. Si cette « configuration » a déjà été explorée dans d’autres films (The tempress par exemple) ici elle est accrue par le poids de la religion particulièrement présent.

- Le thème du jardin d’Eden (lieu de la tentation et du pêché qui revient à trois reprises dans trois scènes clé.)

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Au cours du bal Felicitas ouvre le passage qui conduit vers le lieu de pêché.


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On la retrouve avec Leo sur l'ïle de l'amitié ou elle lui avoue son désir de le revoir.


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Felicitas convainc Leo de leur impossibilité à vivre l'un sans l'autre et le fait à nouveau succomber. (Feuillage en arrière plan)


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- L’omniprésence du pasteur qui veille, met en garde, tente d’éveiller la conscience de Leo, condamne.


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- La demeure de Leo présentée comme une église, les femmes s’éclipsent, libérant l’espace pour les deux amis et le prêtre. Figure du prêtre qui accable. « Aren’t you afraid of what she can do to you a second time ?”. “Yes pastor, I am afraid.”


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Plus tard à l’église faisant un sermon. Avec Dieu pour témoin.


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- Felicitas apparaissant dans une lumière quasi divine.


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- L’église lieu du sermon et des interdits où Felicitas et Leo s’affichent cependant côte à côte à leur arrivée. Provocation / transgression ?


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Transgression encore. Felicitas déplaçant le calice pour poser ses lèvres sur l'empreinte de celles de Leo.


- Enfin des mains jointes pour la prière... et la supplication.


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Les symboles sont forts, appuyés, récurrents. Le scénario s'efforce de nous faire entendre que Felicitas est une figure négative séduisant les hommes pour mieux leur faire endurer les affres du désir. Sa noiceur est renforcée par le côté positif dont bénéficie tous les autres protagonistes. Leo et Ulrich protégés par leur amitié indéfectible, Hertha qui incarne la pureté du coeur et la beauté de l'âme. La mère de Leo bonne et aimante. Ce traitement trop manichéen nuit un peu au film qui aurait gagné à montrer des personnages plus complexes. Cette réserve mise à part "Flesh and devil" demeure une belle réussite selon l’archétype du mélodrame hollywoodien.

:arrow: Anecdotes – Autour de Flesh and the devil - Source : commentaire audio du dvd.

Lars Hanson (qui interprète le rôle d’Ulrich – ami d’enfance de Leo et second mari de Felicitas) était suédois comme Greta Garbo. Ils avaient déjà joué ensemble dans « La légende de Gosta Berling » et furent très heureux de se retrouver sur le tournage.

John Gilbert rejoint la MGM en 1924. Il touchait alors 10 000 € / semaine.

Greta Garbo ne souhaitait pas enchaîner « Flesh and the devil » après « The tempress » (rôle trop similaire) mais L.B. Mayer insista et menaça de rompre son contrat si elle ne cédait pas.

A l’époque il existait différents type d’héroïnes à Hollywood répondant à des stéréotypes. On trouve ainsi :
- La vierge pure et innocente (Lilian Gish, Mary Pickford)
- Les femmes vertueuses (Florence Vidor), trop matures et ennuyeuses pour passionner le public.
- Les vamps (Thera Bara, Pola Negri, Gloria Swanson)
- 1918 verra la disparition des vamps sur les écrans. Le monde change, les femmes sont désormais plus libérées.
- 1926  Il faut trouver un nouveau genre de femmes.

La MGM voit en Greta Garbo une Sarah Bernard, une séductrice à la fois forte et vulnérable.

Un collaborateur raconte à propos de Gilbert et Garbo : « On a assisté sur le plateau à la naissance de leur histoire d’amour. Les deux acteurs les plus séduisants d’Hollywood tombaient amoureux sous nos yeux. »

Pour la première fois Gilbert n’était pas le séducteur mais celui qui était séduit.

W.H. Daniels filme ici le premier baiser le plus passionné du cinéma. Des scènes d’amour d’une telle intensité n’avait encore jamais été tournées.

On rapporte que Greta Garbo aurait dit : « Si je n’avais pas rencontré John Gilbert à ce moment là, j’aurais sans doute mis un terme à ma carrière pour rentrer en Suède. Grâce à lui j’ai établi mon premier vrai contact avec cette Amérique qui me semblait si étrange. »

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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 12 sept. 13, 06:21


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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 12 sept. 13, 07:11

Excellente idée, merci Julien :D Bon perso je trouve la note un poil faible, tout comme le nombre de captures :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Tommy Udo » 12 sept. 13, 08:28

Un grand merci pour cette chronique, Julien !
Hâte de lire les suivantes, et notamment celles rédigées par Feb :mrgreen:

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Joshua Baskin
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Joshua Baskin » 12 sept. 13, 12:37

Vu hier Anna Christie, accessoirement je crois mon premier Greta Garbo.

Que dire, si ce n'est que je n'ai pas été particulièrement convaincu. Le film est adapté d'une pièce de théatre et ça se voit. L'action est concentrée dans très peu de décors, le jeu des acteurs est parfois outré (le rôle du père tenu par un mix de Paul Preboist et Garcimore m'a horripilé), la mise en scène (hormis à la fête foraine) est vraiment pataude.

Là ou cela devient plus drôle est que j'ai enchainé avec la version allemande du film, tournée par Jacques Feyder. La trame et les décors restent parfaitement identique, mais la mise en scène m'a parfois semblé un peu plus dynamique et surtout, les acteurs sont bien plus convaincants. Même Greta Garbo, dont les vêtements ont été changé m'a davantage convaincu.

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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 12 sept. 13, 18:26

La version allemande est clairement supérieure à la version US. Tout y est meilleur, des seconds rôles masculins à la mise en scène, en passant par le jeu de Garbo (bien plus fluide et agréable en allemand qu'en anglais suédé...accent forcé il faut le rappeler car Garbo parlait déjà correctement an anglais) et même le passage à la fête foraine. D'avance Joshua, ne considère pas le film de Brown comme une référence en ce qui concerne les films parlants de Garbo :mrgreen:
Tommy Udo a écrit :et notamment celles rédigées par Feb :mrgreen:

Dans tes rêves :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Tommy Udo » 12 sept. 13, 18:38

feb a écrit :
Tommy Udo a écrit :et notamment celles rédigées par Feb :mrgreen:

Dans tes rêves :mrgreen:

:? --- :mrgreen:

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Joshua Baskin
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar Joshua Baskin » 12 sept. 13, 20:18

feb a écrit :La version allemande est clairement supérieure à la version US. Tout y est meilleur, des seconds rôles masculins à la mise en scène, en passant par le jeu de Garbo (bien plus fluide et agréable en allemand qu'en anglais suédé...accent forcé il faut le rappeler car Garbo parlait déjà correctement an anglais) et même le passage à la fête foraine. D'avance Joshua, ne considère pas le film de Brown comme une référence en ce qui concerne les films parlants de Garbo :mrgreen:
Tommy Udo a écrit :et notamment celles rédigées par Feb :mrgreen:

Dans tes rêves :mrgreen:


J'avais profité d'une recente promo amazon pour me procurer le coffret warner, j'ai donc au moins 6 ou 7 films à découvrir encore. :D

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feb
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Re: Clarence Brown (1890-1987)

Messagepar feb » 12 sept. 13, 20:25

Alors enjoy :D
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)