Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Lord Henry
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Lord Henry » 2 févr. 12, 13:34

The League.. fait partie de cette filmographie que Dearden et son producteur Michael Relph ont construite sur deux décennies, à l'abri du "free cinema".

On y trouve aussi un thriller, The Silent Partner, inscrit au catalogue de la MGM et qui, à ce titre, bénéficie de programmations régulières.

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Rick Blaine
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Rick Blaine » 2 févr. 12, 13:56

Il a l'air intéressant celui ci. Dommage qu'il ne soit pas édité (alors que de nombreux Dearden sont dispo en DVD UK).

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Ann Harding
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Ann Harding » 2 févr. 12, 15:31

Je crois bien avoir vu The Secret Partner une fois à la TV britannique. Le film ne m'a pas laissé de souvenirs..

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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Profondo Rosso » 3 févr. 12, 01:58

Un si bel été (The Greengage Summer) de Lewis Gilbert (1961)

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Une famille anglaise composée de Mme Grey et de ses quatre enfants dont l'ainée Joss, vient en France pendant les vacances faire un pèlerinage aux cimetières militaires de la Champagne. Ils s'installent dans un hôtel dirigé par Mme Zizi qui a une liaison avec Eliot, un anglais sympathique mais mystérieux.

Surtout célébré pour son Alfie le passage remarqué qu'il fit sur la série des James Bond (trois des volets les plus réussis et spectaculaires On ne vit que deux fois, L'Espion qui m'aimait et Moonraker) on en oublierait le reste de la carrière intéressante de Lewis Gilbert qui signe un beau drame avec ce The Greengage Summer. Le film est adapté du roman éponyme de Rumer Godden, auteure dont le l'œuvre la plus célèbre demeure Le Narcisse Noir notamment grâce à la mythique version filmée qu'en donnèrent Michael Powell et Emeric Pressburger. Contrairement à la majorité des écrits de Rumer Godden, The Greengage Summer ne se déroule pas en Inde coloniale (où elle a grandi) mais dans la plus paisible campagne française, en Champagne plus précisément. On y retrouve cependant cette observation et captation du désir, cette sensualité et sexualité troublante qui faisait tout le sel du Narcisse Noir.

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Le récit donne à voir la perte d'innocence de la jeune Joss (Susannah York) durant cet été qui va tout changer pour elle. Leur mère tombée malade, elle se trouve contrainte avec ses trois frères et sœurs de loger dans un hôtel avoisinant l'hôpital. Seuls en pays étranger, barrière de la langue et inquiétude pour leur mère, les vacances s'annoncent bien morne d'autant que la tenancière Mademoiselle Zisi (Danielle Darrieux) s'avère fort mécontente de loger des enfants. Ils vont pourtant ce trouver un charmant bienfaiteur en la personne de Eliot (Kenneth More), un résident anglais et accessoirement amant de Mademoiselle Zisi. L'atmosphère estivale, la candeur du jeune casting (où on trouve une toute jeune Jane Asher future fiancée de Pau McCartney) et de trépidantes excursions dans cette région de Champagne magnifiquement filmée (superbes paysages ruraux embellis par la photo de Freddie Young, visites d'une église et d'une cave à vin) confèrent une allégresse qui évoquent le futur The Railway Childrens de Lionel Jeffries. Divers éléments viennent pourtant parasiter cette paisible atmosphère. On devine tout d'abord de manière sous-jacente la passion lesbienne de la gouvernante Madame Corbet pour Danielle Darrieux et la jalousie qu'elle a envers Eliot. Une jalousie qu'on retrouve chez Danielle Darrieux sur le temps avec son amant que lui volent les turbulents enfants, mais surtout de l'attirance coupable que semble avoir Eliot pour la déjà séduisante aînée Joss.

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Sans forcément franchir complètement le tabou, Gilbert instaure une ambiance trouble à la sexualité omniprésente. Susannah York illustre par son attitude le basculement progressif du récit. Adolescente gironde, elle découvre peu à peu l'attraction qu'elle peut exercer sur les hommes à travers les regards insistants et les avances discrète d'Eliot. Susannah York dans son premier leading rôle est croise parfaitement cette séduction juvénile pas maîtrisée et la réelle innocence de cette jeune fille qui découvre son premier amour. Danielle Darrieux par son élégance sévère et sa maturité offre un complément idéal en amante possessive et l'histoire navigue dans des situations de plus en plus osées.

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Un baiser à la dérobée entre Kenneth More et Susanna York, Joss prête à s'offrir par jalousie en s'étourdissant à la l'alcool et surtout une tentative de viol final qui brise balaie les derniers fragments du monde l'enfance. C'est Kenneth More qui empêche le film de vraiment basculer dans le sordide par sa remarquable interprétation. Homme peu recommandable au passé mystérieux (dissipé à la toute fin) et douteux, il s'avère malgré son désir coupable réellement attaché aux enfants qu'il cherchera constamment à protéger. L'acteur allie ambiguïté menaçante et vraie chaleur qui donnera finalement un tour très sensible à la relation entretenue avec Susannah York. Un lien qui se nouera dans une belle scène d'adieu finale. Tout juste regrettera-t-on un épilogue un peu trop explicatif qui traîne en longueur mais sinon un joli et plutôt audacieux film. 4,5/6

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Et dvd Sony doté de sous-titres anglais.

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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Profondo Rosso » 9 févr. 12, 03:03

Carlton-Browne of the F.O. de Roy Boulting et Jeffrey Dell (1959)

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Durant les cinquante années passées, un accord international avait assuré à la Grande-Bretagne sa domination sur une petite île du Pacifique : un accord passé inaperçu… jusqu'à ce que la mort du roi du petit territoire en question rappelle cet état de fait à Whitehall, au Ministère des Affaires étrangères. Ainsi décide-on d'envoyer sur place Cadogan de Vere Carlton-Browne dans le but de rétablir des relations amicales…

Carlton-Browne of the F.O. est une satire jubilatoire digne du meilleur de Ealing. L'association des frères Boulting (aux rôles interchangeables de producteurs, scénaristes et réalisateurs selon les films) est d'ailleurs un trademark tout aussi marquante que Ealing durant les années cinquante où ils sortiront plusieurs classiques comme I'm All Right Jack, Lucky Jim ou ce Carlton-Browne of the F.O.. Le sujet est des plus savoureux : par l'intermédiaire d'un vieil ambassadeur oublié par sa hiérarchie, la Grande-Bretagne découvre l'existence de l'Etat de Gaillardia, petite île du pacifique où elle bénéficie d'avantage économiques. Problème, le roi de Gaillardia meurt victime d'un attentat et tout ce voit remis en question, les britanniques subissant désormais la concurrence des américains et des russes pour les faveurs locales et le profit des richissimes minerais de l'île. L'incompétent Carlton-Brown (Terry Thomas) installé à l'habituellement oisif poste de Responsable des Territoires Divers (grâce aux relations familiale de son père) se voit dépêché sur les lieux bien malgré lui.

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La farce est féroce et fait feu de tout bois. Les occidentaux passent pour d'immenses profiteurs cyniques prêts dans la plus pure tradition coloniale à s'approprier une terre et des richesses qui ne sont pas les leurs. Les réunions de cabinet sous couvert d'humour sont plutôt glaçante, tout comme l'accord communs des Nations Unies qui permet aux Etats d'investir et d'exploiter Gaillardia sous couvert de crainte de révolution. Le script fait de Gaillardia une sorte de république bananière corrompue à la Tintin ou Peter Sellers en conseiller fourbe et ambitieux offre un grand numéro comique avec un accent sud-américain outrancier dont il a le secret. Terry-Thomas en benêt improvisé ambassadeur est tout aussi irrésistible de bêtise et très attachant sous ses airs ahuris. Carlton-Brown représente un certain cliché de l'anglais insulaire jamais sorti de son île et à son désavantage en toute circonstance, tandis que les autres personnages anglais (le ministre des affaires étrangères joué par Raymond Huntley, le Colonel Bellingham qui accompagne Carton-Brown) illustrent eux le travers inverse de celui se croyant en terrain conquis partout où il pose les pieds. Les dialogues tordant et les gags énormes s'enchaînent sans discontinuer : l'arrivée de Carlton Brown à l'aéroport de Gaillardia et la misérable parade locale qui l'attend, l'écroulement des tribunes lors des festivités nationales, le français folkorique et improvisé pour sadresser aux autochtones, les jeux de dupes avec les russe et les américains...

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Le film est sauvé du cynisme total par une jolie histoire d'amour entre le prince héritier Loris (Ian Bannen charmant) et la concurrente présentée pour lui disputer le trône Ilyena (Luciana Paluzzi dont on souvient pour la plantureuse James Bond girl qu'elle fut dans Opération Tonnerre plus tard). Au milieu de toute cette ironie, leur romance apporte une respiration bienvenue et une certaine touche Hollywoodienne (Vacances Romaines n'est pas loin) dans la nature des quiproquos les rapprochant. Message acerbe, humour grinçant et idées loufoques en pagailles le tout avec sens du rythme certain (malgré la densité de l'intrigue tout est bouclé en 88 minutes), un excellent film. Les Boulting (dont je ne connaissais que l'excellent The Family Way de Roy) encore une belle filmographie à explorer.4,5/6

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Re: Le cinéma britannique

Messagepar bickle » 10 févr. 12, 16:10

Je signale la diffusion, dans la nuit de samedi à dimanche sur Ciné FX, du film Au coeur de la nuit d'A. Cavalcanti, R. Kramer et B. Dearden. Sans doute le film à sketches britannique le plus connu dans la veine fantastique. En revanche, je ne sais pas si le film est diffusé en VF, VM (peu probable vu la chaîne) ou VO.

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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Rick Blaine » 16 févr. 12, 13:16

The Blue Lamp (Police sans Armes/La Lanterne Bleue - Basil Dearden, 1950)

Dans l'immédiat après guerre, le quotidien des policiers de Paddington Green, dont l’expérimenté George Dixon et la recrue Andy Mitchell. Mal préparé à affronter une nouvelle génération de délinquants, Dixon tombe sous les balles du jeune truand Tom Riley après le casse d'un cinéma.

The Blue Lamp est un film criminel que l'on pourrait classer dans la catégorie 'procedural'. Toute la première partie du film est consacré au quotidiens des bobbies de New Scotland Yard, leur rondes et leurs taches classiques : chiens perdus, enfants fugueurs, vendeurs à la sauvette,... Cette première partie a un aspect documentaire très marqué, proposant une intéressante peinture de l’Angleterre de l’immédiat après guerre et nous rendant éminemment sympathique ces policiers. D'ailleurs, l'ensemble du film est une ode aux policiers, le scénario étant écrit par un ex-policier, T. E. B. Clarke, avec la collaboration d'Alexander Mackendrick.
En parallèle, Dearden dépeint également le quotidien de petites frappes, menées par l'excellent Dirk Bogarde et insiste sur leur décalage avec le milieu classique, qui les trouve incontrôlable. C'est ce décalage qui est illustré lors de la mort de Dixon, qui marche sur le truand armé sans conscience du danger. Ces gangsters qui ne répondent plus aux codes classiques sont le symbole d'une Angleterre qui change et d'une police dépassé par un banditisme aveugle. Les relations dans le groupe criminel se détériorent d'ailleurs rapidement après le casse, évoquant en cela, de manière mineur, ce que l'on avait pu voir dans Payroll.
A la chronique quotidienne s'ajoute alors la peinture habile de l’enquête policière, qui se conclut par une course poursuite remarquable d'intensité.
Tout au long du film, Dearden fait preuve d'un grand sens esthétique, entre documentaire et film noir. La composition des cadres, notamment en extérieur, est remarquable et participe nettement à la réussite documentaire du film.
L’enquête en elle même est finalement secondaire, elle est la conséquence d'une peinture sociale réussie, éloge de la police mais également constat de son impuissance. En ce sens, le titre français Police sans Armes est pour une fois intelligent. The Blue Lamp se regarde comme une chronique du quotidiens de personnages attachants, traitée avec beaucoup d'humour (notamment une sympathique chanson inventée par Dixon), qui rend d'autant plus touchante la mort du principal personnage. Cela n’empêche évidement pas le changement de vitesse de Dearden dans le final, qui, dans une atmosphère très noire, est une réussite exceptionnelle.
The Blue Lamp est également porté par une excellent casting, avec au dessus du lot Jack Warner (George Dixon), Jimmy Hanley (Andy Mitchell) et surtout un Dirk Bogarde remarquable en petite frappe instable.
Superbe film 'socio-criminel', The Blue Lamp est une nouvelle preuve, après ma découverte il y a quelques jours de The League of Gentlemen, du talent visuel et narratif de Dearden. Un réalisateur aussi brillant sur le terrain criminel ne peut que m’intéresser au plus haut point, je vais continuer à creuser son œuvre dans les plus brefs délais.
Dernière édition par Rick Blaine le 16 févr. 12, 14:07, édité 1 fois.

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Commissaire Juve
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Commissaire Juve » 16 févr. 12, 14:03

Je vais pinailler :mrgreen: ... le titre français alternatif est bien "La lanterne bleue" et non "la lampe".
Voir la première affiche ici : http://www.lesgensducinema.com/gallerie.php?mots=BOGARDE&nom_acteur=BOGARDE+Dirk&ident=6042&debut=0&record=0

Pour les visiteurs : c'est une allusion à la lanterne qui pendait au fronton des postes de police.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...

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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Rick Blaine » 16 févr. 12, 14:06

Commissaire Juve a écrit :Je vais pinailler :mrgreen: ... le titre français alternatif est bien "La lanterne bleue" et non "la lampe".
Voir la première affiche ici : http://www.lesgensducinema.com/gallerie.php?mots=BOGARDE&nom_acteur=BOGARDE+Dirk&ident=6042&debut=0&record=0


Une erreur de wikipedia, merci commissaire!

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Lord Henry
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Lord Henry » 16 févr. 12, 18:29

The Running Man (1963) - Carol Reed

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Pilote professionnel, Rex Black (Laurence Harvey) simule son décès dans un accident d'avion afin d'escroquer son assurance. Son épouse (Lee Remick) – et complice – le rejoint en Espagne où il s'est réfugié sous une fausse identité. Là, leur route va croiser celle de l'enquêteur (Alan Bates) chargé du dossier.


Le Deuxième Homme (!) a le mérite d'être plus profond que ne le laissait craindre les apparences, mais le défaut de l'être moins que ne le laissait espérer son intrigue. Sous les images soyeuses de Robert Krasker, se devinent les thèmes de l'identité et de l'apparence, familiers à la filmographie du réalisateur. Mais à trop cultiver l'ambiguïté, les personnages en perdent toute substance et les enjeux dramatiques se dissipent sous le soleil de l'Andalousie. Certes, Carol Reed parvient à donner corps à son sujet au détour de certaines scènes; mais, trop souvent, l'absence de point de vue se traduit par un sentiment d'indécision. Et si la mise en image, par sa sobriété et sa fluidité, garde le spectateur de l'ennui, elle lui interdit néanmoins de se passionner.

Impeccables, Lee Remick et Alan Bates insufflent ce qu'il faut de supplément d'âme à leurs rôles pour en souligner le trait; Laurence Harvey, quant à lui, peine à accomplir le même dépassement.
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Profondo Rosso » 27 févr. 12, 02:16

Green for Danger de Sidney Gilliat (1946)

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L’inspecteur Cockrill écrit une lettre à ses supérieurs, à propos de la dernière affaire criminelle qu’il a réglée… Dans un hôpital près de Londres, Higgins, le facteur du coin, blessé lors d’une attaque de V1, doit être opéré. Il meurt lors de l’anesthésie. Scotland Yard enquête. Les quatre infirmières et les deux médecins sont suspectés, pour diverses raisons ...

Sidney Gilliat, qui s'était fait connaître avec son partenaire Frank Launder par de remarquables scripts de thrillers (Une femme disparait, Train de nuit pour Munich) ne s'était étrangement pas encore confronté au genre en passant à la réalisation sur les drames Millions like us et Waterloo Road. C'est chose faite avec ce remarquable whodunit qu'est Green for Danger même si sans doute moins marquant que les deux précédents. Réalisé un an après la fin de la guerre, le contexte y semble moins prépondérant que dans les premiers films de Gilliat mais ce n'est qu'une impression et le conflit de simple arrière-plan devient un motif majeur du traumatisme à l'origine du crime.

Le film adapte un roman à succès de Christianna Brand paru deux ans plus tôt. L'intrigue alambiquée truffée de personnages, rebondissements et fausse piste du livre est grandement simplifiée par Gilliat qui l'épure à un film de 90 minutes néanmoins dans l'esprit. La première partie dépeint longuement le quotidien d'un hôpital anglais en temps de guerre. Entre les bombardements et les blessés, ce sont des conflits bien ordinaires et humains qui se nouent entre les médecins et les infirmières : affaires de cœur, jalousie, vengeance et ambition. Tout cela se dévoile dans une veine feutrée jusqu'à ce que l'impensable survienne avec la mort d'un patient sur la table d'opération. La thèse du meurtre est rapidement conclue et on découvre que chacun des membres de l'équipe médicale avait une possible raison de commettre le crime. Gilliat use de tout son brio de scénariste pour distiller habilement les pistes et dépeindre les caractères de chacun : la relation de couple compliquée entre Trevor Howard l'infirmière jouée par Sally Gray, le caractère séducteur et sournois du médecin Leo Genn, l'anxiété et la culpabilité de Rosamund John... Le réalisateur mêle une mise en scène réaliste encore dans l'esprit des films de propagande anglais dans cette description du quotidien et une stylisation marquée qui culmine lors d'une mémorable scène de meurtre nocturne dans une salle d'opération. Là le jeu d'ombre, le montage au cordeau et la mise en scène d'une précision chirurgicale (si on ose dire) offre une séquence d'anthologie.

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Après cette mise en place proche de la perfection, le ton change à nouveau pour s'orner d'une causticité toute anglaise. Cet esprit était cependant là depuis le début avec la narration distanciée d'Alastair Sim qui apparaît alors en chair et en os dans le rôle de l'inspecteur Cockrill. L'acteur offre une prestation irrésistible avec ce personnage aussi farfelu que perspicace, capable de déstabiliser un suspect par une répartie inattendue avec le plus aimable des sourires. Dès lors la tension et la paranoïa bien réelle se dispute à un remarquable second degré grâce aux facéties d'Alastair Sim (le passage où il conclut la tirade du Marchand de Venise lancée par Leo Genn contant fleurette ou qu'il trouve la cachette de Trevor Howard épiant les deux amants). Le rythme est soutenu au fil des révélations et coups de théâtre divers sans égaler la première partie et le final est des plus réussis. Le titre assez nébuleux trouve son explication de manière brillante et Gilliat donne une vraie consistance dramatique avec la révélation finale même si l'ironie n'est jamais loin telle la fatale erreur de jugement d'Alistair Sims ou une dernière tirade drôlissime. Encore une belle réussite pour Sidney Gilliat même si j'ai préféré son versant dramatique et sentimental de Millions like us et Waterloo Road à la distance rieuse ayant cours ici. 4/6

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Re: Le cinéma britannique

Messagepar bogardofan » 27 févr. 12, 10:40

Je rec herche le titre d'un film assez récent (mais anglais, en tout cas évoquant une époque très particulière de l'histoire anglaise) mais dont je ne me rappelle que du sujet.

Il s'agit d'un film sur le théâtre anglais, quand les premières actrices ont été autorisées à monter sur scène, alors qu'avant les hommes jouaient aussi des rôles féminins comme Juliette... Dans ce film, la grande vedcette des rôles fémimnins se retrouve face à une actrice qui va le réduire au chômage. J'aimerai donce connaître ce film qui a été tourné dans la foulée de Shakespeare in Love.

Merci d'avance.

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AtCloseRange
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar AtCloseRange » 27 févr. 12, 12:48

bogardofan a écrit :Je rec herche le titre d'un film assez récent (mais anglais, en tout cas évoquant une époque très particulière de l'histoire anglaise) mais dont je ne me rappelle que du sujet.

Il s'agit d'un film sur le théâtre anglais, quand les premières actrices ont été autorisées à monter sur scène, alors qu'avant les hommes jouaient aussi des rôles féminins comme Juliette... Dans ce film, la grande vedcette des rôles fémimnins se retrouve face à une actrice qui va le réduire au chômage. J'aimerai donce connaître ce film qui a été tourné dans la foulée de Shakespeare in Love.

Merci d'avance.

Il s'agit de Stage Beauty.
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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Profondo Rosso » 29 mars 12, 02:17

Après moi le déluge (I'm alright Jack) de John Boulting (1959)

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Le naïf Stanley Windrush revient de la guerre avec une seule ambition : réussir dans les affaires. Cependant, à sa grande consternation, il s'aperçoit bien vite qu'il lui faut démarrer au bas de l'échelle et gravir les échelons un par un pour arriver à ses fins, et qu'aussi bien la direction que les syndicats se servent de lui dans leur lutte pour le pouvoir.

Les frères Boulting signent une corrosive et jubilatoire satire qui comme la plupart de leurs films met en boite la société britannique des années 50. I'm alright Jack est en fait la suite de Private's Progress que les frères réalisèrent trois ans plus tôt et les deux films sont adaptés du diptyque de roman Private Progress/Private Life écrit par Alan Hackney qui contribue également ici au scénario. Le premier film était lui une satire de l'armée et on retrouve les acteurs de ce dernier Ian Carmichael, Dennis Price, Richard Attenborough, Terry-Thomas et Miles Malleson qui reprennent leur rôle tandis que plusieurs dialogues font référence à ce précédent volet. Cette fois, ce sera le monde du travail qui sera largement égratigné.

Le film s'ouvre les images de liesse des anglais alors que se termine la Deuxième Guerre Mondiale. Parallèlement à cette joie, on assiste à la retraite du vieux magnat Sir John Kennaway (Peter Sellers grimé qui inaugure sa manie des doubles rôles) pour un repos éternel après une vie bien remplie comme nous l'explique la voix off malicieuse. On ne l'a pas encore saisi mais avec lui c'est toute la volonté de travail et d'abnégation du peuple britannique qui s'envole aussi comme l'illustre la séquence suivante. Une ellipse nous amène au début des années 50 et si la voix off continue à vanter ironiquement les mérites du travail, les images la contredisent avec une caméra qui passe de paysage industriel fait de cheminée d'usine à... la campagne d'un camp de naturiste oisif ! On découvre alors notre héros, Stanley Windrush (Ian Carmichael) jeune homme désireux de faire carrière dans le monde de l'industrie. Seulement Stanley est un benêt doublé d'un gaffeur compulsif et les premiers entretiens ne se passent pas exactement bien, entre un entretien chez un fabricant de lessive où il pose toute les questions qui fâchent et surtout un hilarant passage dans une biscuiterie où seront causés pas mal de dégât. Dépité, Stanley est alors contacté par son oncle Bertram Tracepurcel (Dennis Price) et son ancien camarade de régiment Sidney De Vere Cox (Richard Attenborough) pour venir apprendre le métier en tant que simple ouvrier dans leur usine de fabrication de missile. L'acte est moins noble qu'il n'y paraît puisqu'ils comptent sur Stanley pour venir semer la zizanie malgré lui parmi les syndicats tatillons et leur permettre de faire une plus-value alléchante sur une de leur affaire en cours.

Si les patrons en prennent pour leur grade par leur avidité et leurs manipulations, le script réserve tout son fiel au monde syndical. Le naïf Stanley découvre ainsi des pratiques étranges entre les parties de cartes derrière les containers en pleine journée de travail, un directeur d'usine planqué (Terry-Thomas habitué des Boulting) et peu regardant qui cède au moindre caprice du délégué syndical Fred Kite (Peter Sellers). Le moment le plus savoureux arrive lorsque minuté à son insu, Stanley provoque l'ire de ses collègues pour avoir fait trop rapidement son travail et instauré ainsi des standards plus assidus. On rit bien fort dès la scène suivante où Terry-Thomas tente de justifier l'abnégation de cet embarrassant ouvrier :

He's a new man. He hasn't got used to the natural rhythm of the other workers.

Le jeu de massacre est irrésistible notamment dans la description des tire-au-flanc que constituent les salariés de l'usine, prêt à se soulever comme un seul homme pour justifier leurs droits (à la fainéantise). Vue l'ironie constante, Peter Sellers n'en a que plus de mérite à réussir à faire exister son personnage de syndicaliste acharné, le seul à être sincère même si guidé de manière maladive et compulsive par ses convictions. Le personnage est certes tourné plus d'une fois en ridicule (ce moment où il bombarde le malheureux Stanley de conseil de lecture gauchiste à base de Lénine et autres agréments...) mais est sincère et touchant dans cet engagement politique qui est sa raison d'être. Peter Sellers dans un de ses premiers rôles majeur fait fi de toute l'excentricité qu'on lui connaît pour une prestation sobre et attachante.

Sous la drôlerie, le film délivre un terrible constat d'échec sur un pays sclérosé, usé par les privations de la guerre et se réfugiant désormais dans le confort et l'immobilisme. Les riches ne cherchent qu'à engranger le profit au mépris de toute morale et les classes ouvrières ne désirent plus qu'en faire le moins possible. L'avenir du pays semble désormais sans vision, sans projet et surtout sans grand homme pour les mener. C'est donc le plus simplet qui fera sonner la révolte dans une conclusion intense qui le voit malheureusement pour lui contraint à rentrer dans le rang, la notoriété en plus. Ian Carmichael est excellentissime en grand candide de l'enfer de l'entreprise (et les Boulting sont décidément très doué pour ce type de personnage voir Terry-Thomas en ambassadeur idiot hilarant dans l'excellent Carlton-Browne of the F.O.) et tout le reste du casting est à l'avenant. Faire autant rire avec un message si déprimant c'est un sacré talent, une grande comédie ! 5/6 Maintenant je verrais bien volet Private Progress qui doit être très bon aussi.

Dvd Studio Canal donc malheureusement pas de sous-titres et là pour le coup c'est assez ardû à suivre il faut se débrouiller un peu, j'avais eu moins de mal avec Carlton-Browne of the F.O..

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Re: Le cinéma britannique

Messagepar Rick Blaine » 2 avr. 12, 13:26

I was Monty's Double (Contre-espionnage à Gibraltar, John Guillermin - 1958)

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I was Monty's Double est l'adaptation cinématographique - écrite par l'excellent Bryan Forbes - d'un livre autobiographique de M.E Clifton James. il raconte une opération de déception menée par l'intelligence anglaise quelques semaines avant le débarquement (Opération Copperhead), visant à produire un double de Montgomery dans le nord de l'Afrique, afin de faire naitre chez les allemands l'idée d'un débarquement potentiel en méditerranée.
Le rôle principal du film est tenu par M.E Clifton James lui-même, excellent dans son propre rôle et dans celui du "vrai" Monty dans le film. Il est associé à John Mills, interprétant l'agent le recrutant, le formant et l'accompagnant. Anecdote amusante, l'officier qui recruta Clifton James pour ce rôle dans la vraie vie est David Niven.
L'atout majeur du film est son scénario. Outre le postulat de départ intéressant, Bryan Forbes réussit un excellent traitement. Comique dans la première partie, grâce notamment au duo John Mills/Cecil Parker brillant et servi par un excellent dialogue, puis plus tendu dans la seconde, Forbes ayant ménagé des effets de suspense assez réussis à la fin du film. I was Monty's Double est également parcouru par une vision intéressante de l'acteur, incarné par Clifton James, personnage un peu mélancolique perdu au service comptable de l'armée, qui offre une belle touche d'émotion.
Il est dommage que la mise en scène ne soit pas totalement à la hauteur, Guillermin tourne efficacement, mais sans réelle inventivité, et le film ne brille pas non plus par son esthétique. Nous aurions pu avoir un très grand film avec un peu plus d'ambition derrière la caméra.
Toutefois, en l'état, le film est bon et très divertissant, grâce à ses qualités d’interprétation et d'écriture et son sujet atypique. Ça reste une bonne surprise.

Le DVD Optimum est assez moyen. La copie est correcte mais pas fabuleuse et au format 4/3, alors qu'IMDB annonce un 1.85, toutefois je ne sais pas ou est la vérité, les images que l'on peut trouver sur le net provenant du DVD. Pas de sous titres évidement, mais ça se suit sans encombres, même si la bande son est parfois un peu sale.