Série noire (Alain Corneau - 1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Flol
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Flol » 1 sept. 10, 18:56

Demi-Lune a écrit :
Brody a écrit :de dernière minute avec une diffusion à 23h10...

Ah merde. Avec l'hommage à Laurent Fignon, j'ai cru que France 3 avait annulé la diffusion du Corneau. Du coup, j'ai éteint la télé et je ne l'ai pas vu. :|

:arrow: http://www.amazon.fr/S%C3%A9rie-noire-P ... 129&sr=1-1

:idea:

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Eusebio Cafarelli
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Eusebio Cafarelli » 1 sept. 10, 23:39

jacques 2 a écrit :Le sens du détail : tous ces tubes intégralement et irrémédiablement ringards de Sheila, Claude François et autres qui rythment l'arrière plan sonore participent à cette déprime ou tout est moche, vain, déprimant et pauvre à tous niveaux ...


Tubes dont les paroles collent souvent avec ce qui est montré au 1er plan : la 1e rencontre avec Mona prostituée par sa tante, et en musique de fond Rivers of Babylon de Boney M par exemple.
Le blouson noir à cheveux longs qui danse dans le bistrot, c'est bien Alain Chabat ?
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Nestor Almendros
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Nestor Almendros » 13 sept. 10, 14:48

Revu pour la triste occasion - également. Pas grand chose à ajouter, bien sûr. Le film est d'une noirceur repoussante et triste, une noirceur humaine et désespérante comme on peut en croiser quelques fois. Tout est glauque dans SERIE NOIRE, en effet. Et si le scénario finit par se calquer un peu sur le polar, c'est surtout la description dérangeante d'un looser, un paumé au bon fond qui craque par lassitude. Il en a marre de lutter pour des clopinettes dans une vie totalement creuse où il se sent mal accompagné. Il finit par rêver éveillé, s'échapper d'une réalité trop collante et sans but. Il attrape ce mince espoir chimérique (le magot et l'illusion de l'Amour avec Mona) mais, n'étant pas prêt, il franchira la morale et la loi sans jamais assumer ses actes. En s'accrochant aux branches comme il peut, il s'enfonce inexorablement jusqu'au point de non-retour.

Le film ne serait pas ce qu'il est sans la performance de Deweare. La mise en scène sobre, calculée, froide, est pour beaucoup dans la réussite du film. Mais l'acteur donne tellement, apporte une empathie rare à un désespoir et une folie qu'on aurait certainement eu du mal à ressentir avec quelqu'un d'autre. Il est vrai que le jeu de Deweare est particulier. Personnellement, je ne m'en lasse pas. Il arrive à mêler un naturel confondant, un humour qu'on est parfois surpris de trouver, une fêlure qu'on sait aujourd'hui authentique, bref un jeu totalement invisible. Au-delà de l'acteur.

Eusebio Cafarelli a écrit :Le blouson noir à cheveux longs qui danse dans le bistrot, c'est bien Alain Chabat ?

:uhuh:
En revanche, Tikides est interprété par Andreas Katsulas qu'on croisera quelques années plus tard dans RAGTIME (Forman), TRAQUEE (Ridley Scott), LE SICILIEN (Cimino), MEURTRE A HOLLYWOOD (Blake Edwards), HOT SHOTS 2 et surtout dans LE FUGITIF (aux côtés d'Harrison Ford).

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julien
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar julien » 16 sept. 10, 13:40

Nestor Almendros a écrit :Tout est glauque dans SERIE NOIRE.


Il n'y a que le morceau "Moonlight fiesta", que l'on entend au début du film qui apporte une certaine poésie et un souffle de liberté ; mais même ça, Corneau arrive à le rendre glauque, avec ce son radiophonique assez nasillard et finalement plutôt désespérant.
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar jacques 2 » 16 sept. 10, 13:49

C'est surtout le décalage entre l'exotisme de cette musique (De Duke Ellington, si je ne me trompe) et la réalité très sordide qui crèe et renforce ce côté glauque et désespérant, je trouve ... :wink:

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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar julien » 16 sept. 10, 14:06

Oui c'est exactement ça. Gilliam avait fait la même chose d'ailleurs avec la ritournelle de Brazil. Le nom du compositeur je ne me souviens plus de son nom. C'est un tromboniste argentin qui jouait dans l'orchestre de Duke Ellington je crois.
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar jacques 2 » 16 sept. 10, 14:26

julien a écrit :Oui c'est exactement ça. Gilliam avait fait la même chose d'ailleurs avec la ritournelle de Brazil. Le nom du compositeur je ne me souviens plus de son nom. C'est un tromboniste argentin qui jouait dans l'orchestre de Duke Ellington je crois.


Précisions :

Véritable leitmotiv du film de Terry Gilliam, la chanson "Brazil" a été chantée à la fin des années 30 par le très populaire chanteur latino Arry Barroso.

EXTRAIT : "Brazil, Where hearts were entertained in june. We stood beneath that amber moon. And clung together, then tomorrow was another day. The morning found me miles away. With still a million things to say. And now, when twilight beams the sky above..."


TRADUCTION : "Brésil, la ou les coeurs se divertissaient en juin. Nous nous tenions sous cette lune d'ambre. Et nous nous accrochions, alors demain était un autre jour. Le matin me trouvait a mille lieues de là. Avec encore des millions de choses à dire. Lorsque le crépuscule rayonne dans le ciel au-dessus..."

:wink:

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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Bugsy Siegel » 16 sept. 10, 14:33

La version de "Brazil" que l'on entend dans le film de Gilliam est plus précisément tirée du film de Busby Berkeley "The Gang's All Here" tourné en 1943 pour la Fox.
on faisait queue devant la porte des WC comme au ciné lors du passage de l'Atlantide à l'écran. Jean Ray, Hôtel de Famille, 1922

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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar julien » 16 sept. 10, 14:58

Et sinon, le nom du compositeur que je recherchais, c'est Juan Tizol. C'est pas un argentin mais un cubain. Il jouait dans l'orchestre de Duke Ellington dans les années 30. C'est un type intéressant d'ailleurs parce qu'il a été l'un des premier musicien à mêler les rythmes latinos au jazz américain. Le titre original du morceau était Porto Rican Chaos. Généralement on en attribue la composition à Duke Ellington mais il me semble bien que ce motif est de Juan Tizol ou tout du moins ce thème lancinant interprété au trombone.
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Nestor Almendros » 16 sept. 10, 16:02

Sur SERIE NOIRE, les auteurs auraient pu atténuer cet aspect glauque par la présence féminine. Il n'y a que trois personnages féminins (incluant la vieille à la rigieur, sinon deux plus principales) mais même là l'ambiance lourde l'emporte sur "l'exotisme": Mona, malgré sa jeunesse, est d'une mollesse confondante, elle n'est même pas très maline, assomée par la mainmise de sa tante. Et la compagne de Deweare dans le film (Myriam Boyer, la mère de Clovis Cornillac), derrière une apparence limite sexy (qui appelle presque un sourire car le ridicule n'est pas si loin) semble être un boulet qui ne participe pas aux travaux de maison, qui quitte son homme en se veangeant sur ses vêtements avant de revenir penaude dans ses bras: là aussi le personnage est un peu stupide, ne réfléchit pas, n'aide pas le héros.
Vraiment tous les personnages ont une sorte de grain, une légère impression de décalage par rapport à une vie classique.

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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar julien » 16 sept. 10, 16:09

Y'a qu'un truc vraiment beau dans ce film, c'est la neige sur le terrain vague. Tous les plans tournés sur le terrain vague sont vraiment superbes. D'ailleurs on a un peu l'impression que c'est un peu une sorte d'échappatoire pour les personnages ce terrain vague. Un lieu assez désertique où l'on ne risque pas d'y rencontrer des ordures comme Staplin ou la vieille. Et dans les plans tournés dans la voiture, on sent poindre une certaine complicité, comme une affection dans la détresse, entre Dewaere et Marie Trintignant.
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar homerwell » 16 sept. 10, 16:52

c'est un peu une sorte d'échappatoire pour les personnages ce terrain vague. Un lieu assez désertique où l'on ne risque pas d'y rencontrer des ordures comme Staplin ou la vieille.

Un terrain vague sans ordures... Le rêve :D

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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Federico » 17 sept. 10, 01:24

jacques 2 a écrit :C'est surtout le décalage entre l'exotisme de cette musique (De Duke Ellington, si je ne me trompe) et la réalité très sordide qui crèe et renforce ce côté glauque et désespérant, je trouve ... :wink:

julien a écrit :Oui c'est exactement ça. Gilliam avait fait la même chose d'ailleurs avec la ritournelle de Brazil. Le nom du compositeur je ne me souviens plus de son nom. C'est un tromboniste argentin qui jouait dans l'orchestre de Duke Ellington je crois.

Et Altman avec Elliott Gould entonnant Hooray For Hollywood à la fin du Privé...
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Gil Westrum » 11 nov. 10, 09:35

Quel tour de force de la part d'Alain Corneau, que de nous servir un film tellement glauque qu'il en devient beau. Idem pour Patrick Dewaere, qui campe ici un personnage pathétique, froid calculateur, à la limite de la folie, ignoble par moments mais tellement attachant. Tout le long de ce film noir, je n'ai cessé de ressentir une profonde empathie pour son personnage, malgré tous les actes insoutenables qu'il commet.

Quelle performance d'acteur, vraiment. Vraiment hallucinant. Je connais finalement très mal Patrick Dewaere, car ses films ont la fâcheuse tendance à se faire rarissimes sur les principales chaînes de télévision (comme tant d'autres), mais ce genre de prestation me donne une furieuse envie de m'intéresser à sa carrière.

Spoiler (cliquez pour afficher)
Arriver à nous rendre attachant un personnage qui met en place un double meurtre sordide (tuer une vieille femme à main nue et faire porter le chapeau à un pauvre type avec lequel il s'est lié et qu'il abbat froidement), étrangle sa femme sans sourciller et entame une aventure avec une jeune fille mineure pour une grosse somme d'argent, il faut le faire.
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Re: Série noire (Alain Corneau - 1979)

Messagepar Federico » 11 nov. 10, 13:44

Gil Westrum a écrit :Quel tour de force de la part d'Alain Corneau, que de nous servir un film tellement glauque qu'il en devient beau.


Oui, c'est du fildeférisme magistral, ou comment faire pousser un parterre de fleurs sur un tas de fumier. Dans les équivalents, je ne vois que La grande bouffe de Ferreri.

Gil Westrum a écrit :Idem pour Patrick Dewaere, qui campe ici un personnage pathétique, froid calculateur, à la limite de la folie, ignoble par moments mais tellement attachant. Tout le long de ce film noir, je n'ai cessé de ressentir une profonde empathie pour son personnage, malgré tous les actes insoutenables qu'il commet.

Quelle performance d'acteur, vraiment. Vraiment hallucinant. Je connais finalement très mal Patrick Dewaere, car ses films ont la fâcheuse tendance à se faire rarissimes sur les principales chaînes de télévision (comme tant d'autres), mais ce genre de prestation me donne une furieuse envie de m'intéresser à sa carrière.

Spoiler (cliquez pour afficher)
Arriver à nous rendre attachant un personnage qui met en place un double meurtre sordide (tuer une vieille femme à main nue et faire porter le chapeau à un pauvre type avec lequel il s'est lié et qu'il abbat froidement), étrangle sa femme sans sourciller et entame une aventure avec une jeune fille mineure pour une grosse somme d'argent, il faut le faire.


Ce type était hors-concours. On ne saura hélas jamais ce qu'il aurait pu offrir si il était encore parmi nous. Imaginez-le en Prospero, en Lear, en MacBeth, pour ne prendre que des rôles taillés à sa démesure...
Depardieu est un géant mais Dewaere lui aurait certainement fait plus que de l'ombre tant il est difficile d'avoir en même temps deux comédiens d'exception sur une longue durée. Toute proportion gardée, et comme ils ont une présence physique qui tient presque de la compétition sportive, ça me fait penser à une fameuse période du tennis féminin et aux duels Graf-Seles, brutalement interrompus pour une raison dramatique, l'une stoppée et l'autre s'envolant en solo pour battre presque tous les records.
Pour revenir à Dewaere, le site de l'INA est étonnamment pauvre sur la première partie de carrière de cet enfant de la balle, membre de la nombreuse fratrie Maurin, menée par la poigne de leur mère Mado, qui doit être aujourd'hui la plus ancienne des actrices (elle est née en 1915 *). Une personnalité très forte (c'est un euphémisme) comme a pu le constater une de mes proches qui l'a rencontrée.

Je n'ai trouvé que deux épisodes du feuilleton Jean de la Tour Miracle (1967) :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CPF86623060/heureux-au-jeu-et-chez-les-dames.fr.html

http://www.ina.fr/video/CPF86623061/la-trahison-de-la-vilaine.fr.html



(*) J'ai parlé trop vite... http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=31960&p=1995407#p1995330
Dernière édition par Federico le 12 nov. 10, 12:41, édité 2 fois.
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