Nicholas Ray (1911-1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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monk
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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar monk » 14 sept. 10, 09:56

Rick Blaine a écrit :
monk a écrit :* et surtout, pour une fois, le titre français m'est apparu beaucoup plus justifié et approprié que le titre original "rebel without a cause", puisque justement, la rebellion décrite A une cause, les actes et desespoirs ne sont pas gratuits. Ce sont même de grands romantiques.


'cause' n'est pas employé au sens de l'origine, d'un rapport causal (je crois que ça ne s'emploie jamais dans ce sens d'ailleurs en anglais, mais je ne préfère jurer de rien :D ), mais au sens d'une cause à défendre. Et effectivement, dans le film, il y a une raison à la rébellion, mais elle ne défends rien de précis, c'est, comme tu le dis, purement romantique.


ne dénonce-t-elle pas le manque d'Amour ? (au sens large du terme: amitié, amour, parents) c'est très romantique, mais c'est un but, pour moi.

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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar Rick Blaine » 14 sept. 10, 10:20

monk a écrit :
ne dénonce-t-elle pas le manque d'Amour ? (au sens large du terme: amitié, amour, parents) c'est très romantique, mais c'est un but, pour moi.


Effectivement pourquoi pas. J'avoue que c'est un film qui m'avait laissé assez dubitatif, je n'y ai vu qu'une errance. Mais en y réfléchissant, ton interprétation fait sens.
Je pense que le 'without a cause' fait moins référence à une absence de dénonciation, mais plutôt à l'absence d'idéal final, en tout cas tel qu'un idéal pouvait être conçu par l'Amérique de l'époque.

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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar cinephage » 14 sept. 10, 10:28

Rick Blaine a écrit :
monk a écrit :
ne dénonce-t-elle pas le manque d'Amour ? (au sens large du terme: amitié, amour, parents) c'est très romantique, mais c'est un but, pour moi.


Effectivement pourquoi pas. J'avoue que c'est un film qui m'avait laissé assez dubitatif, je n'y ai vu qu'une errance. Mais en y réfléchissant, ton interprétation fait sens.
Je pense que le 'without a cause' fait moins référence à une absence de dénonciation, mais plutôt à l'absence d'idéal final, en tout cas tel qu'un idéal pouvait être conçu par l'Amérique de l'époque.


Je le comprends comme une certaine définition du mal-être adolescent... Il y a bien rebellion, envie de tout envoyer promener, mais en même temps les objets de cette rebellion sont des prétextes (le personnage de James Dean ne manque pas vraiment d'amour, ses parents ne sont ni de tyrans, ni des monstres froids et distants). L'envie d'avoir un monde à soi, de tout rejeter, correspond à une révolte sans véritable objet, pour moi.

Après, ce n'est qu'un titre, et, forcément, on peut tout à fait trouver qu'il ne s'applique que partiellement à la situation, qu'il résume de façon imparfaite et dans une optique avant tout commerciale.
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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar Major Dundee » 14 sept. 10, 12:42

cinephage a écrit : (le personnage de James Dean ne manque pas vraiment d'amour, ses parents ne sont ni de tyrans, ni des monstres froids et distants).


C'est vrai, mais en même temps ce n'est pas vraiment le couple de parents qui peut servir de modèle à un ado.
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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar cinephage » 14 sept. 10, 12:51

Major Dundee a écrit :
cinephage a écrit : (le personnage de James Dean ne manque pas vraiment d'amour, ses parents ne sont ni de tyrans, ni des monstres froids et distants).


C'est vrai, mais en même temps ce n'est pas vraiment le couple de parents qui peut servir de modèle à un ado.


Ben, à la fois si et en même temps pas... C'est un modèle, mais il va chercher à le confronter, à le remettre en question.
Il n'a donc que ce modèle, mais, en même temps, il le conteste forcément (d'où, quelque part, la rebellion). D'ailleurs, l'espèce de famille qu'il recrée avec Sal et Nathalie Wood n'a finalement rien de révolutionnaire en soi. Mais il la batit "contre" le reste du monde, dans sa révolte adolescence contre le monde et ses règles imposées qui lui échappent, dans une soif de nouveauté, de pureté et de refus de tout compromis (qu'ils sont entiers, ces jeunes :mrgreen: ).
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Re: Notez les films naphtas : Septembre 2010

Messagepar monk » 14 sept. 10, 18:40

cinephage a écrit : Après, ce n'est qu'un titre, et, forcément, on peut tout à fait trouver qu'il ne s'applique que partiellement à la situation, qu'il résume de façon imparfaite et dans une optique avant tout commerciale.


les titres ne sont pas (ou au moins ne doivent pas) être choisis au hazard, ou juste parce qu'ils accrochent, sans lien avec le film. Il m'a induit en erreur. quelque part tant mieux, c'était meilleur que ce que je pensais, et ça a donc été une (bonne) surprise. mais quand même, je ne peux m'enpêcher d'y trouver une contradiction, comme si il niait ce qui allait suivre. et ça me gène. (mais c'est pas grave hein)

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Julien Léonard » 16 janv. 11, 20:07

La maison dans l'ombre (On dangerous ground) - Réalisé par Nicholas Ray (1952) :

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Nicholas Ray, c'est une filmographie régulièrement inclassable. Il fait évoluer le film noir, offre des westerns peu communs... En ce sens, La maison dans l'ombre est une étonnante réussite, dotée d'une atmosphère lourde, changeante (un film en deux parties bien distinctes), accompagné par le score miraculeux de Bernard Herrmann. Par ailleurs, il reprendra un certain nombre de choses pour la musique de La mort aux trousses.

C'est d'abord le quotidien urbain nocturne d'un flic névrosé, au bout du rouleau, puis sa quête d'un criminel et la quête de soi-même (en fin de compte) à la campagne. Une campagne enneigée, inhumaine, glaciale. Ce flic, prisonnier d'un univers, repousse les autres. Il rencontrera une femme aveugle, prisonnière d'un univers, obligée de faire confiance aux autres. Ces deux opposés s'uniront au bout du chemin pour désormais faire face à leur existence d'être humain en s'entraidant mutuellement. Ce film, c'est un long échange d'émotions cachées, avec des personnages en souffrance. Un polar, donc, mais aussi un drame noir, poignant. La performance de Robert Ryan est superbe, de même pour Ida Lupino (qui flirte parfois discrètement avec la théâtralité). N’oublions pas non plus un Ward Bond dont on ne dira jamais assez à quel point il possède un jeu puissant, sachant cultiver l’ambiguïté comme rarement.

A noter une mise en scène miraculeuse, tantôt nerveuse (avec une caméra presque à l'épaule dans une scène de poursuite de rue), tantôt sensible. Un superbe film noir, se concluant sur une scène un poil trop mélodramatique mais très belle.
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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar homerwell » 16 janv. 11, 22:47

Julien Léonard a écrit :La maison dans l'ombre (On dangerous ground) - Réalisé par Nicholas Ray (1952) :

Nicholas Ray, c'est une filmographie régulièrement inclassable. Il fait évoluer le film noir, offre des westerns peu communs... En ce sens, La maison dans l'ombre est une étonnante réussite, dotée d'une atmosphère lourde, changeante (un film en deux parties bien distinctes)...

A noter une mise en scène miraculeuse, tantôt nerveuse (avec une caméra presque à l'épaule dans une scène de poursuite de rue), tantôt sensible. Un superbe film noir, se concluant sur une scène un poil trop mélodramatique mais très belle.


Bien d'accord avec tes mots.
C'est un film que j'affectionne et que j'avais mis dans mon top 20 film noir. :wink:

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Miss Nobody » 24 févr. 11, 12:14

Johnny Guitare - 1954

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Joan Crawford, la cinquantaine imminente et trois décennies de cinéma derrière elle, décide un beau matin de relancer une carrière en pente douce. Elle achète alors les droits d'adaptation d'un roman de Roy Chanslor, avant même que celui-ci ne soit publié, puis les revend à un petit studio fauché (« Republic Picture »), sous condition d'en devenir la star. Nicholas Ray, réalisateur novateur qui se plaisait à renouveler tous les genres qu'il touchait, est appelé derrière la caméra. Les yeux de Joan sont réhaussés par un Truecolor aussi flamboyant qu'artificiel. Et la petite série B en carton pâte devient l'un des westerns les plus étonnants et les plus beaux de sa génération...

« Johnny Guitare » est un western singulier qui, en dépit de son titre, est entièrement construit autour de son personnage féminin: Vienna, femme de caractère, courageuse et indépendante, presque anachronique et déplacée dans cet ouest d'hommes et de violence. Tenancière ambitieuse d'un saloon fantôme, Vienna attend sans impatience que la fortune arrive avec le progrès: une ligne de chemin de fer qui creuse son sillon dans la roche. Sans relâche, elle lutte pour conserver son lopin de terre, tandis que son ennemie jurée (autre curiosité, il s'agit d'une femme là-aussi), mène une guerre acharnée pour la voir plier bagage, un troupeau d'hommes à sa botte. Aigrie par la jalousie, et pétrie de violence, elle usera de tous les moyens pour se débarrasser de sa rivale. Et puisque tous les codes du western sont à l'envers, c'est le Johnny Guitare du titre, un as de gachette privé de son arme, qui amène un peu d'amour dans tout ça. Ancien amant éperdu, il revient vers sa belle, encore plein de sa passion passée, pour rêver d'un avenir luisant à ses côtés.

Le film est un festival de couleurs éclatantes qui lui offrent une dimension picturale symbolique appréciable. Les yeux brillent comme des turquoises, la poussière est d'un ocre éblouissant, le blanc est plus immaculé que la neige et le noir du deuil se confond avec le noir de l'âme. Mais la couleur, artificielle jusqu'au bout du ciel (un raccord jour-crépuscule complètement saugrenu, viendra appuyer l'aspect carton-pâte de l'ensemble), donne également au film un charme baroque, désuet et attachant, et renforce l'impression d'avoir affaire à une oeuvre unique en son genre, démesurée dans ses artifices comme dans sa dramaturgie. L'intrigue est effectivement construite comme une tragédie antique, nouée autour d'une haine viscérale et d'une romance mélancolique (servie par des dialogues d'exception). Joan Crawford, l'allure fière, le visage sévère, est également une figure irréelle, monumentale, presque statufiée. Elle livre une interprétation sans faille de la grande Vienna, l'un des personnages féminins les plus aboutis et subtils que le western ait connu, et s'inscrit définitivement dans la légende.
« Johnny Guitare », le bien-aimé des cinéphiles, mérite donc pleinement sa réputation. C'est une oeuvre atypique, émouvante, puissante, qu'il faut posséder, voir et revoir... encore et encore.

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar daniel gregg » 24 févr. 11, 12:41

Miss Nobody a écrit :Johnny Guitare - 1954

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Joan Crawford, la cinquantaine imminente et trois décennies de cinéma derrière elle, décide un beau matin de relancer une carrière en pente douce. Elle achète alors les droits d'adaptation d'un roman de Roy Chanslor, avant même que celui-ci ne soit publié, puis les revend à un petit studio fauché (« Republic Picture »), sous condition d'en devenir la star. Nicholas Ray, réalisateur novateur qui se plaisait à renouveler tous les genres qu'il touchait, est appelé derrière la caméra. Les yeux de Joan sont réhaussés par un Truecolor aussi flamboyant qu'artificiel. Et la petite série B en carton pâte devient l'un des westerns les plus étonnants et les plus beaux de sa génération...

« Johnny Guitare » est un western singulier qui, en dépit de son titre, est entièrement construit autour de son personnage féminin: Vienna, femme de caractère, courageuse et indépendante, presque anachronique et déplacée dans cet ouest d'hommes et de violence. Tenancière ambitieuse d'un saloon fantôme, Vienna attend sans impatience que la fortune arrive avec le progrès: une ligne de chemin de fer qui creuse son sillon dans la roche. Sans relâche, elle lutte pour conserver son lopin de terre, tandis que son ennemie jurée (autre curiosité, il s'agit d'une femme là-aussi), mène une guerre acharnée pour la voir plier bagage, un troupeau d'hommes à sa botte. Aigrie par la jalousie, et pétrie de violence, elle usera de tous les moyens pour se débarrasser de sa rivale. Et puisque tous les codes du western sont à l'envers, c'est le Johnny Guitare du titre, un as de gachette privé de son arme, qui amène un peu d'amour dans tout ça. Ancien amant éperdu, il revient vers sa belle, encore plein de sa passion passée, pour rêver d'un avenir luisant à ses côtés.

Le film est un festival de couleurs éclatantes qui lui offrent une dimension picturale symbolique appréciable. Les yeux brillent comme des turquoises, la poussière est d'un ocre éblouissant, le blanc est plus immaculé que la neige et le noir du deuil se confond avec le noir de l'âme. Mais la couleur, artificielle jusqu'au bout du ciel (un raccord jour-crépuscule complètement saugrenu, viendra appuyer l'aspect carton-pâte de l'ensemble), donne également au film un charme baroque, désuet et attachant, et renforce l'impression d'avoir affaire à une oeuvre unique en son genre, démesurée dans ses artifices comme dans sa dramaturgie. L'intrigue est effectivement construite comme une tragédie antique, nouée autour d'une haine viscérale et d'une romance mélancolique (servie par des dialogues d'exception). Joan Crawford, l'allure fière, le visage sévère, est également une figure irréelle, monumentale, presque statufiée. Elle livre une interprétation sans faille de la grande Vienna, l'un des personnages féminins les plus aboutis et subtils que le western ait connu, et s'inscrit définitivement dans la légende.
« Johnny Guitare », le bien-aimé des cinéphiles, mérite donc pleinement sa réputation. C'est une oeuvre atypique, émouvante, puissante, qu'il faut posséder, voir et revoir... encore et encore.


Elle est belle comme l'antique ton analyse.
Je suis sous le charme... :D

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Miss Nobody » 24 févr. 11, 14:08

daniel gregg a écrit :Elle est belle comme l'antique ton analyse.
Je suis sous le charme... :D

:oops: :oops: Grand merci.

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Profondo Rosso » 21 avr. 11, 01:16

Le Brigand bien aimé (1957)

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En 1876, la bande de Jesse James attaque la banque de Northfield, mais elle est défaite et mise en fuite par le shériff de la ville, qui se lance à leur poursuite. Seul son frère Frank échappe aux poursuivants: désormais à deux, les frères en viennent aux confidences, notamment au sujet de la formation de leur bande et des aventures de Jesse lors de la Guerre de Sécession, où il a été blessé...

18 ans après le classique de Henry King, la Fox lançait son remake cette fois mis en scène par Nicholas Ray. Difficile néanmoins de parler de remake tant malgré les entraves du studio Ray a fait le film sien en offrant un contrepoint presque total au film de King et prolongeant finalement bien plus les idées de Lang dans sa suite directe Le Retour de Frank James.

Le film s'ouvre dans la confusion et le chaos sur le hold up raté de Northfield qui démantela le gang James/Younger. Les balles pleuvent de toutes part, les corps s'écroulent sous les impacts dans cette ouverture stupéfiante qui anticipe celle de La Horde Sauvage. Les frères James restent presque à l'état de silhouette durant ce moment est c'est à travers le regard de leur poursuivants et d'autres personnages parallèles que ce fait notre première approche d'eux. L'entreprise de démystification que constitue le film s'expriment d'emblée dès ces premières minutes. Alors qu'on a pas un vrai souvenir d'un réel meurtre de sang froid dans le film de King, les James en vrai hors la loi sans remord tire dans le tas dès la fameuse première scène, les dialogues des traqueurs révèlent d'autres tueries tout aussi peu glorieuse et parallèlement une figure d'éditorialiste (faisant écho à celui truculent joué par Henry Hull dans les films de King et Lang) balaie d'un revers de la main l'association de Jesse James à Robin des Bois.

Juste après des personnages nettement plus bienveillant envers Jesse James (sa femme et sa mère alitée) intervienne en le posant en victime et une narration en flashback d'après les souvenirs de chacun (et plus tard de Jesse et Frank eux même) va tenter de répondre à la fameuse question : qui est Jesse James ? Comme l'annonce le panneau en ouverture, le film semble vouloir approcher une certaine réalité des faits et aborde (ce qui était totalement éludé chez King mais traité par Lang) la violence du conflit Nord/Sud durant la Guerre de Sécession qui plonge Jesse James dans la violence dès l'adolescence. La guerre passée, les rancoeurs et les haines enfouies du voisinage nordiste amènent Jesse James et ses amis sur le chemin du banditisme pour survivre. Alors que l'approche de King nous fait prendre fait et cause pour Jesse James l'approche de crépusculaire et désenchantée de Ray provoque un sentiment plus mitigé.Une des premières causes est l'interprétation de Robert Wagner (alors que Ray barré par la Fox envisageait Elvis Presley et il en reste quelque chose dans l'allure de Wagner durant le film) bien plus intériorisé et taciturne que le lumineux Tyrone Power. Autoritaire, orageux et prompt à jouer de la gâchette à la moindre contrariété, son Jesse James retrouve une dangerosité animale absente chez King. Une des scènes les plus mémorables tue magistralement dans l'oeuf la supposée image de Robin des Bois de notre héros. Se restaurant chez une vieille femme après un casse, James apprend que celle ci est menacée d'expulsion par un créancier. Poussé par défi par ses acolytes, il règle la dette de la femme pour dès la séquence suivante récupérer son dû auprès de l'homme ayant encaissé la dette. Si sur le papier la chose à un certain panache, la mise en scène de Ray lui confère un cynisme absolu.

Finalement Nicholas Ray associe clairement son Jesse James aux personnages de révoltés flamboyant et sans but qui peuplent sa filmographie, des Amants de la Nuit à La Fureur de Vivre. C'est donc uniquement dans cette optique là qu'il daigne donner une réelle stature héroïque à ses héros. Robert Wagner (et dans une moindre mesure Jeffrey Hunter très bon en Frank James) arbore une allure séduisante et est filmé sous les angles les plus avantageux, les gros plans mette constamment en valeur sa photogénie et sa jeunesse. Les acolytes incarnent également des figures marquantes notamment un excellent Alan Hale en Cole Younger. Ray vit son film film mutilé par la Fox et alors qu'il envisageait une approche moderne où défileraient les différents moments de la vie de Jesse James dans un montage guidés par les émotions des personnages, le studio l'oblige à insérer lourdement ses flashback à coup de nuages et fondu enchaînés mêlés à la phrase introductive d'un narrateur. C'est bien le seul élément qui date le film, tant l'ensemble s'avère moderne, percutant et annonce le cinéma des Peckinpah, Leone ou Don Siegel. Ray paie même son tribut à Henry King en reprenant deux scène de son Jesse James à l'identique, le fameux saut de carrière à cheval (même là le trucage est pas loin d'être invisible) et l'attaque de train où il utilise carrément le même découpage que King tout du long, beau clin d'oeil.

C'est à nouveau à Peckinpah qu'on pense lors de la magnifique conclusion, l'Ouest des outcast disparaît avec la mort de Jesse pour laisser place à celui des sournois en quête de célébrité (remarquable moment où Bob Ford parade dans la rue après son acte). C'est précisément à ce moment là, lorsque tout est perdu que Ray choisit de faire enfin entrer son héros dans la légende au son de la chanson du folklore traditionnel méricain qui lui est consacré entonnée par un musicien noir.

Jesse James was a lad that killed many a man,
He robbed the Glendale train,
He stole from the rich and he gave to the poor,
He'd a hand and a heart and a brain.

Well it was Robert Ford, that dirty little coward,
I wonder how he feels,
For he ate of Jesse's bread and he slept in Jesse's bed,
And he laid poor Jesse in his grave.

(chorus)
Well Jesse had a wife to mourn for his life,
Three children, [now] they were brave,
Well that dirty little coward that shot Mr. [Mister] Howard,
He laid poor Jesse [Has laid Jesse James] in his grave.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never rob a mother or a child,
There never was a man with the law in his hand,
That could take Jesse James alive.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never see a man suffer pain,
And with his brother Frank he robbed the Chicago bank,
And stopped the Glendale train.

It was on a Saturday night and the moon was shining bright,
They robbed the Glendale train,
And people they did say o'er many miles away
It was those outlaws, they're Frank and Jesse James

(chorus)
Now the people held their breath when they heard of Jesse's death,
And wondered how he ever came to fall
Robert Ford, it was a fact, he shot Jesse in the back
While Jesse hung a picture on the wall

Now Jesse went to rest with his hand on his breast,
The devil will be upon his knee.
He was born one day in the County Clay,
And he came from a solitary race.
(chorus)


Des films mutilés comme ça j'en redemande ! 6/6

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Roy Neary » 10 juin 11, 16:44

Aujourd'hui, DVDClassik vous propose la chronique de La Forêt interdite, film édité ce mois-ci par Wild Side dans sa collection Classic Confidential (DVD + livre).
C'est notre spécialiste maison de Nick Ray qui s'est chargé de présenter cette œuvre à la fois méconnue et souvent mésestimée, et à la production compliquée.

:arrow: La Forêt interdite
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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar daniel gregg » 21 juin 11, 14:19

A L'OMBRE DES POTENCES (Run for Cover)


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Nicholas Ray-1955
92' (Tecnicolor)
Production : Paramount
Scénario : Winston Miller d'après une histoire de de Harriet Frank Jr et Irving Ravetch
Photographie : Daniel Fapp
Musique : Howard Jackson
Interprétation : James Cagney (Matt Dow), Viveca Lindfors (Helga Swenson), John Derek (Davey Bishop), Jean Hersholt (Swenson), Grant Withers (Gentry), Ernest Borgnine (Morgan), Ray Teal (le Shérif)


Matt Dow, un ex détenu (James Cagney) fait la rencontre d'un jeune homme (John Derek) au parcours chaotique, encore incertain quand au cours qu'il compte donner à sa vie.
Le hasard fait qu'ils se retrouvent accusés hâtivement d'être les complices d'une bande de hors la loi pillant les trains.
Capturés lors d'une embuscade menée trop promptement par le Shérif local, Bishop est blessé à vie à la jambe.
Matt Dow, qui a perdu prématurément son fils, se prend d'affection pour le jeune homme et l'incite, tout au long de sa convalescence qu'il va mener ches les Swenson, à surmonter son handicap.
Mais Bishop n'est pas satisfait et témoigne d'une ambition démesurément grande, le conduisant jusqu'à la malhonnêteté.




Ce western, en apparence calme et serein, contient néanmoins, à travers le personnage torturé de Davey Bishop, des moments de tension rappelant certains personnages entrevus dans l'oeuvre de Ray (cf. Emma Small dans Johnny Guitar, Nick Romano dans Knock on any door ou bien encore la bande de Buzz dans Rebel without a cause).
Ici James Cagney incarne un personnage proche de ceux interprétés par James Stewart dans la série des westerns réalisés par Anthony Mann.
Un homme expérimenté, sur le chemin de la rédemption, ayant acquis ou désirant acquérir une certaine sérénité.
Se sentant responsable de la blessure de Bishop, Matt se rend chez la famille qui l'a recueilli (Davey Bishop est orphelin et est hébergé par les familles de la petite ville), et fait la connaissance d'Helga (Viveca Lindfors) qui vit avec son père.
Le temps de la convalescence de Bishop, Matt et Helga vont apprendre à se connaître, s'estimer et s'aimer.
Cette histoire d'amour, comme une accalmie au milieu de scènes à la violence contenue ou explicite, insuffle une relative douceur au film, lui conférant un rythme tranquille, rappelant la fin de Johnny Guitar, voyant Johnny et Vienna soulagés d'être débarrassés de la violence qui les accablait.

"Run for cover" pourrait signifier quelque chose comme "ne pas assumer ses responsabilités".
C'est parce qu'il n'assume pas ses responsabilités que Bishop s'oppose aux conseils faits de sagesse de Matt.
Sa jambe blessée n'est qu'un prétexte pour justifier son amertume.
Matt tente à plusieurs reprises de lui faire entendre raison, lui expliquant que rien n'est dû pour personne de façon définitive.

Pour Run for cover, Ray n'a pas souhaité utiliser le Cinémascope, comme s'il souhaitait rester au plus près de ses personnages, plus important que les paysages qui les entourent.
A la différence de Mann, la nature sauvage n'est pas là pour traduire les tourments ou l'errance du personnage, elle est plutôt ici comme un havre de paix pour Matt qui deviendra cow boy, reprenant l'exploitation du père d'Helga, s'accomplissant ainsi définitivement dans sa quête de pardon.
Néanmoins, utilisant avec parcimonie des plans en contre plongée çà et là, Ray entend accentuer le caractère dramatique de certaines scènes (Ray, par là, se rappelle à notre bon souvenir, on n'oublie pas qu'il fut, jeune homme, étudiant dans la prestigieuse école d'architecture de Frank Lloyd Wright).
Cf.La poursuite finale où Matt retrouve Bishop dans les ruines d'une cité indienne, cette séquence, contenant un caractère tragique d'une rare intensité.

Du coté de l'interprétation, James Cagney est sobre, apportant ce qu'il faut de sérénité et d'expérience par son age déjà avancé, 56 ans, au moment de la réalisation du film.
John Derek, déjà aperçu chez Ray dans Knock on any door, au coté d'Humphrey Bogart, fait le métier et traduit assez bien les tourments de son personnage.
Viveca Lindfors, en revanche, pourtant charmante en reine Margaret, au coté d'Errol Flynn dans Les aventures de Don Juan, est ici, un peu empruntée, à la limite du maniérisme. Elle sera plus convaincante dans Moonfleet cette même année 1955.

Un film qui, même s'il n'atteint pas les sommets de lyrisme de Johnny Guitar, est fortement recommandable.

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Re: Nicholas Ray (1911-1979)

Messagepar Père Jules » 21 juin 11, 14:46

Il n'a pas l'air dispo en zone 2. Tu l'as vu par quel biais ?