Mervyn LeRoy (1900-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 86012
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 9 mars 17, 14:27

Commissaire Juve a écrit :Bon sinon, comme je suis des années 60, comme j'ai été biberonné à la télé 4.3e en noir & blanc


Ben moi aussi ; et moi aussi aimais les larges bandes noires. N'empêche...


Jeremy Fox a écrit :... les plans de John Ford pour La Charge héroïque, de Anthony Mann pour Les Affameurs, de Wellman pour Convoi de femmes ou John Sturges pour Fort Bravo sont pour moi bien plus amples, plus -paradoxalement- aériens voire hallucinants de maîtrise que ceux de 80% des westerns filmés en scope.


Et aussi pour en revenir au sujet initial, Quo Vadis me fait plus plus d'effets "spectaculaires" en 1.37 que le mollasson La Tunique en 2.35. Comme quoi le spectaculaire n'a pas forcément à voir avec le format. Tout dépend du réalisateur.

Avatar de l’utilisateur
Commissaire Juve
Charles Foster Kane
Messages : 22204
Inscription : 13 avr. 03, 13:27
Localisation : Aux trousses de Fantômas !

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Commissaire Juve » 9 mars 17, 14:30

Et pour revenir à Mervyn Leroy... Waterloo Bridge en 1.37 ; j'adore (j'en ai les larmes aux yeux). Mais Quo Vadis, euh...

EDIT :

Jeremy Fox a écrit :
Et aussi pour en revenir au sujet initial, Quo Vadis me fait plus plus d'effets "spectaculaires" en 1.37 que le mollasson La Tunique en 2.35.


Ben moi, je dégaine Ben Hur, Spartacus ou La Chute de l'empire romain. :mrgreen:
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 86012
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 9 mars 17, 14:35

Sauf que contrairement à toi je ne dis pas préférer un format à l'autre dans le domaine du cinéma 'de spectacle' ; tu l'avais bien compris j'espère ?

Avatar de l’utilisateur
Commissaire Juve
Charles Foster Kane
Messages : 22204
Inscription : 13 avr. 03, 13:27
Localisation : Aux trousses de Fantômas !

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Commissaire Juve » 9 mars 17, 14:38

Dans mon cas, j'ai écrit que c'était quasi "pavlovien". It's beyond my control comme dirait Malkovich dans "Les Liaisons dangeureuses".

Il en y a qui aiment les épinards et les courgettes. Eh ben, pas moi ! :mrgreen:

EDIT : enfin... tout ça... c'était pour (ré)expliquer mon point de vue. Pas pour avoir le dernier mot. Les goûts... les couleurs... hein ! (j'en ajoute une : avec les années, je me suis mis à détester les photos verticales... Pour certains portraits ; à la rigueur... mais pour le reste ; beuh)
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...

Avatar de l’utilisateur
Profondo Rosso
Howard Hughes
Messages : 15283
Inscription : 13 avr. 06, 14:56

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 20 août 19, 02:47

Prisonniers du passé (1942)

Image

Le jour où la victoire des Alliés de la Première Guerre mondiale est prononcée au moment du traité de Versailles en 1919, un officier britannique amnésique s'échappe de l'asile de Melridge en Angleterre où il séjournait depuis des mois, après qu'il a été libéré par les Allemands à la suite de l'armistice de 1918. Errant dans le village de Melridge, il fait la rencontre d'une jeune femme, Paula, qui vient d’entrer dans un bureau de tabac comme lui, le prend en pitié et décide de s'occuper de lui. Elle s'enfuit avec lui et lui donne le nom de John Smith. Ils finissent par se marier et un enfant naît de leur union

Mervyn LeRoy signe un mélo aussi rocambolesque que touchant au service de son actrice fétiche Greer Garson (reine du mélo hollywoodien des années 40). L'idée centrale du film (adapté d'un roman de James Hilton paru en 1941) serait que l'amour véritable et la passion ne peut exister qu'à travers une forme de vulnérabilité où s'affirment les sentiments. Cette vulnérabilité est poussée à l'extrême avec Ronald Colman, traumatisé et amnésique après son expérience des tranchées de la Première Guerre Mondiale. Ses attitudes fébriles, son élocution laborieuse et sa mémoire vierge en font un enfant terrorisé (y compris dans un écart de violence incontrôlé) par le monde extérieur jusqu'à sa rencontre avec Paula (Greer Garson). L'amour se dispute à l'instinct maternel envers cet être chétif qu'elle veut protéger, qu'elle va aider à reprendre pied jusqu'à ce qu'ils s'avouent leurs sentiments mutuels.

ImageImage

Mervyn LeRoy filme toute cette première partie comme un songe, tour à tour cauchemar que Mr Smith (Ronald Colman) se trouve perdu dans le tumulte de la ville, puis le rêve dans sa vision de la romance avec Paula. Le réalisateur laisse transparaître une facticité volontaire et tonalité de conte dans les arrière-plans (les vues depuis la vitre du compartiment de train où le couple se fait face, celle depuis la fenêtre du domicile conjugal), les décors (la campagne de studio pour la scène de pique-nique) et même à travers la bienveillance de toutes les figures rencontrées par le couple. La mémoire défaillante de Mr Smith l'a forcé à s'ouvrir naturellement et sans fard à Paula qui trouve en lui l'écrin idéal à l'affection qu'elle est prête à offrir. La deuxième partie où Colman retrouve la mémoire renvoie donc la beauté des évènements qui ont précédés à leur nature de songe trop beau pour être vrai.

ImageImage

En retrouvant son ancienne vie, nom et repères, Ronald Colman renoue avec l'instinct de protection du réel (et presque celui de la civilisation, toutes les scènes romantiques étant rattachées à un environnement rural, la luxuriance pastorale cède au simple luxe matériel), symbolisé par l'abandon des aspirations littéraires de son "moi" amnésique pour être le tycoon financier et politique qu'appelle son "moi" naturel et pragmatique. L'acteur est assez stupéfiant en grand meurtri de la Grande Guerre (peut-être que sa vraie expérience du conflit où il fut blessé en 2014 puis démobilisé en 2015 -pour une blessure le laissant boiteux toute sa vie - a pu aider) pour offrir un contraste saisissant en homme d'affaire pressé et distant - même si toujours solitaire et incomplet, d'une manière différente.

ImageImage

Si un rebondissement improbable amène une proximité nouvelle entre Smith et Paula (mais l'amateur de mélo le tolérera volontiers), les parallèles entre la première partie émotionnellement à nu et la seconde sous contrôle sont captivants. On pense à la demande en mariage toute en candeur pastorale du début de film et la quasi et glaciale "embauche" où la malheureuse Greer Garson passe d'idéal amoureux à simple tremplin de réussite politique. L'actrice est toute en élégance résignée et touchante, dans l'attente de l'étincelle où elle retrouvera l'identité de celui qu’elle a aimé. On regrettera juste que Mervyn LeRoy soit si sobre dans sa conclusion, plus de flamboyance dans les retrouvailles n'aurait pas été de refus. Il n'en reste pas moins un superbe mélo qui sera un des grands succès de la MGM cette année-là au box-office, récoltant également sept nomination aux Oscars. 5/6

Avatar de l’utilisateur
Thaddeus
Ewok on the wild side
Messages : 5182
Inscription : 16 févr. 07, 22:49
Localisation : 1612 Havenhurst

Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Thaddeus » 20 août 19, 10:45

Image



Le petit César
Avec L’Ennemi Public de Wellman, voici le premier film à avoir institué bases et codes archétypaux d’un genre – le gangster movie – qui fera florès dans les décennies à venir. Accordée à l’allure trapue d’Edward G. Robinson, l’œuvre s’affiche dans des contours massifs, raideur du cadre et fixité du jeu semblant y interdire d’emblée les emportements de l’action. Les contraintes de la série B (période de restrictions budgétaires oblige) dictent pourtant les qualités premières du style : sécheresse, concision, nervosité dépourvue de toute fioriture. À travers le portrait d’un truand aimant afficher costumes criards et maîtresses voyantes, LeRoy dénonce la collusion entre le milieu et la politique et raconte la tragédie d’un homme s’élevant du caniveau au pouvoir et utilisant le crime pour maîtriser son destin. 4/6

Je suis un évadé
Le film participe de l’essor du cinéma social tel qu’il se développa dans les années trente devant les caméras de Lang ou Vidor, à la suite de la crise économique. Sa valeur de témoignage est irréfutable, puisqu’elle est fondée sur un fait authentique : interdit dans plusieurs états, il constitue un réquisitoire d’une violence inattendue contre les conditions de détention américaines, la vie inhumaine du bagne, un appel à l’opinion publique pour sauver l’homme dont l’expérience a inspiré le scénario et mettre fin au pouvoir absolu de l’administration pénitentiaire. Condamnant avec virulence les failles du système judiciaire, LeRoy se distingue par une mise en scène inventive mais toujours au service du propos, lui-même figuré avec une intensité par la prestation lourde, sobre et convaincue de Paul Muni. 4/6

Chercheuses d’or de 1933
Évidemment, les clous du spectacle sont constitués par les quatre numéros chorégraphiques qui ponctuent la fiction en s’y intégrant de façon prosaïque : extraits d’un show de Broadway dont les héroïnes sont les chanteuses et les danseuses. Le maître d’œuvre Busby Berkeley leur insuffle une extravagance, un rythme et une inventivité graphique dignes de sa réputation. Ils n’éclipsent pas pour autant les qualités d’une comédie de situations truffée d’allusions au contexte économique et social de l’époque (crise, chômage, traumatisme d’après-guerre) et qui, dans les intervalles, construit une amusante manipulation sentimentale. Le trio d’actrices, charmeuses et complémentaires, lui insuffle sa réjouissante énergie, bien relayée par le dynamisme narratif d’un réalisateur aux inspirations quasi lubitschiennes. 4/6

La valse dans l’ombre
Londres est un pont, du brouillard, un lampadaire ; la guerre une gare pleine de soldats ; l’amour une valse muette dans un cabaret où des chandelles sont mouchées une à une ; la mort une ligne dans un journal ; et le bouleversement intérieur suggéré par l’un des fameux haussements de sourcils de Vivien Leigh, trésor de ce superbe mélodrame. Il en va de même pour le cours du temps, qui suit élastiquement le rythme de l’émotion en une bousculade de scènes fortes, prouvant quel talent de l’ellipse la narration demande au conteur, et quelle rapidité d’enchaînement il suppose dans l’imagination de celui à qui on la conte. Loin du cabotinage, du pathos et du carton-pâte, le film aboutit ainsi à une sorte d’épure poignante, où l’intelligence et la sensibilité ne cessent de se prendre mutuellement le relais. 5/6

Prisonniers du passé
Quel que soit le genre dans lequel il s’épanouit, le moteur dramatique fourni par le thème de l’amnésie est riche de possibilités romanesques. En racontant l’histoire d’un officier britannique rescapé des tranchées de la Grande guerre et frappé deux fois par la foudre du destin, LeRoy s’appuie sur une mécanique scénaristique d’une irréprochable efficience. Son attention à la fragilité des êtres et à leur insatiable flamme affective, constitutive du grand mélodrame hollywoodien des années quarante, s’accommode du ton un peu solennel qui parcourt le récit. Et si le film émeut jusqu’à remporter une franche adhésion, que cristallise un dénouement cathartique, c’est aussi parce qu’il est porté par un excellent duo d’acteurs – à commencer par Greer Garson, personnification vibrante de l’amour salvateur. 4/6


Mon top :

1. La valse dans l’ombre (1940)
2. Chercheuses d’or de 1933 (1933)
3. Je suis un évadé (1932)
4. Prisonniers du passé (1942)
5. Le petit César (1931)

Très ancré dans la situation sociale de son époque, le cinéma de Mervyn LeRoy recourt aux conventions de genres divers, lorsqu’il ne contribue pas à les imposer, pour dépeindre l’état moral d’une nation en pleine gueule de bois. Il fut l’un des premiers à employer la manière grise, sobre et concise, qui à la Warner caractérisa les débuts du parlant ; en cela, ses films ont une véritable valeur historique.