Mervyn LeRoy (1900-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Frances
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Frances » 24 mars 13, 22:37

Profondo Rosso a écrit :Le Retour (1948)

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Je viens à mon tour de découvrir le film. Je vais dans le sens de l'excellente critique de Profondo Rosso qui a parfaitement saisi et retranscrit l'essence et le propos de l'oeuvre de Mervin Leroy servie par un trio d'acteurs remarquables et toujours justes.

Edit : un mot sur la copie Warner. Une impression de flou sur une bonne partie du film qui m'a quelque peu gêné. :?

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Pat Wheeler
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Pat Wheeler » 23 avr. 13, 17:24

Quelques autres LeRoy vus entre temps :

Madame Curie
Film très romancé sur les travaux et les exploits de la grande physicienne. Malgré les belles interprétations de Greer Garson et Walter Pidgeon, on s'ennuie quelque peu devant un ensemble terne et guindé. À réserver aux complétistes du réalisateur.

Le Retour
Un mélo où Gable et Lana Turner – ici à son plus naturel et à son moins glamourisé – crèvent l'écran mais qui accuse les faiblesses d'un certain nombre de productions MGM de l'époque: mise en scène figée et impersonnelle, récit étiré à l'envi, dialogue surabondant… C'est encore dans les scènes les plus légères que le film fonctionne le mieux, notamment le passage où Clarke et Lana vont se baigner.

Les Quatre Filles du Docteur March
Une version clairement supérieure à celle réalisée par Cukor en 1933. Le casting impeccable des actrices pour incarner les quatre jeunes filles en question, l'alchimie qu'il y a entre elles, le bon dosage humour/émotion, le Technicolor délicat et ouaté, le score agréable d'Adolph Deutsch, tout ceci contribue à faire de cette adaptation une œuvre accessible et chaleureuse, qui souffre peut-être juste d'une durée un brin excessive. Une bonne surprise.

Choc (Moment to Moment)
Entre mélo à la Sirk et thriller aux influences hitchcockiennes, le tout situé dans un Nice de carte postale, cette bluette sans conséquence paraît datée et laborieuse dans son traitement comme dans son esthétique (bonjour les transparences dégueu). Pas le suspense ni l'émotion escomptés dans ce petit film mené à un rythme de croisière. Ça sent la chute des studios et la fin de carrière pour LeRoy. Reste le charme de Jean Seberg et une BO classieuse signée Henry Mancini.
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francesco
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar francesco » 23 avr. 13, 18:52

Choc (Moment to Moment)
Entre mélo à la Sirk et thriller aux influences hitchcockiennes, le tout situé dans un Nice de carte postale, cette bluette sans conséquence paraît datée et laborieuse dans son traitement comme dans son esthétique (bonjour les transparences dégueu). Pas le suspense ni l'émotion escomptés dans ce petit film mené à un rythme de croisière. Ça sent la chute des studios et la fin de carrière pour LeRoy. Reste le charme de Jean Seberg et une BO classieuse signée Henry Mancini


Oui mais alors vu où en fait ????
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Pat Wheeler
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Pat Wheeler » 24 avr. 13, 07:38

francesco a écrit :Choc (Moment to Moment)
Entre mélo à la Sirk et thriller aux influences hitchcockiennes, le tout situé dans un Nice de carte postale, cette bluette sans conséquence paraît datée et laborieuse dans son traitement comme dans son esthétique (bonjour les transparences dégueu). Pas le suspense ni l'émotion escomptés dans ce petit film mené à un rythme de croisière. Ça sent la chute des studios et la fin de carrière pour LeRoy. Reste le charme de Jean Seberg et une BO classieuse signée Henry Mancini


Oui mais alors vu où en fait ????

Un VHSrip pas de première fraîcheur mais je doute que ça me plaise davantage dans des conditions optimales.
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Profondo Rosso
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 2 déc. 13, 00:26

Johnny, roi des gangsters (1941)

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Johnny Eager est un gangster qui, une fois sorti de prison, semble mener une vie d'honnête homme. Il est devenu chauffeur de taxi et paraît avoir rompu avec toutes ses anciennes relations de la pègre. Cela n'est qu'une apparence, dissimulé derrière cette couverture, il a rapidement reconstitué un empire criminel et attend des autorisations pour ouvrir un champ de course de lévriers. Il s'éprend de Lisbeth Bard, une des étudiantes de son contrôleur judiciaire, M. Verne. Mais le père de Lisbeth est John Benson Farell, le procureur incorruptible, il n'aime pas Johnny et veut protéger sa fille.

Maître du film de gangster dont il contribue à la popularité dans les années 30 avec son Petit César (1931), Mervyn LeRoy signe un brillant et très original avatar du genre avec ce Johnny Eager. Le grand intérêt du film repose sur le personnage titre Johnny Eager (Robert Taylor). En apparence, un repris de justice faisant désormais profil bas dans un modeste emploi de taxi. Une repentance de façade puisque Johnny est en fait à la tête d'un puissant réseau criminel qui s'apprête à ouvrir un champ de courses de lévriers, simplement freiné par le zèle du procureur tenace John Benson Farrell (Edward Arnold). Une dualité qui témoigne de toute l'intelligence et de la détermination criminelle du personnage, l'attitude autoritaire et suspicieuse envers ses sbires contredisant la bonhomie et les airs bienveillants lorsqu'il revêt son uniforme de taxi. Dans la plupart des films de gangsters les actions des malfrats positives comme négatives résultent d'être emportés par leur émotions et en somme leur humanité malgré leur nature néfaste. Johnny Eager contredit cette idée avec une attitude froidement méthodique où complices comme amantes ne sont que des pions à utiliser. Tout ce qui relève de l'amour, l'amitié et don de soi s'avérera tout simplement incompréhensible pour lui, le scénario multipliant les symboles et situations propre à montrer le détachement du héros : une allusion au dévouement sans condition de Cyrano à sa Roxanne, un chien rapportant fidèlement (ou stupidement pour Johnny) un objet lancé à son maître et bien sûr a maîtresse soumise pour laquelle il n'a pas un regard. Robert Taylor est extraordinaire dans ce registre glacial, regard brillant d'intelligence et capable d'emballement violent si nécessaire.

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Cette posture va être mise à mal par la rencontre avec Lisbeth (Lana Turner) étudiante en sociologie intriguée par son ambiguïté et qui va le démasquer. Le danger est d'autant plus grand que celle-ci est la fille du procureur freinant les ambitions de Johnny. Notre héros saura tirer profit de cette parenté à son avantage mais Mervyn LeRoy distille habilement les éléments montrant que Johnny est plus attaché qu'il ne veut bien le montrer à sa nouvelle victime.L'erreur aurait été de faire de Lana Turner une femme aussi redoutable et intelligente que Taylor mais ici au contraire on cherchera à cultiver leur différence en en faisant une femme aimante et passionnée représentant elle aussi ce dévouement sans attente de retour qui horrifie tant Johnny. LeRoy est réellement un des réalisateurs ayant su mettre le mieux en valeur la beauté de Lana Turner (notamment dans le somptueux Le Retour) loin de son image de vamp séductrice et ici chaque apparition l'orne d'une aura immaculée et innocente adoucissant ses traits et jurant avec les atmosphères sombres et oppressante du monde du crime.

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A son contact, le jeu de Taylor se fait moins mécanique et dévoile le déraillement d'un Johnny plus troublé qu'il n'ose se l'avouer et réellement amoureux. Cette conscience aura été interrogée tout au long du film par le fascinant personnage incarné par Van Heflin, alcoolique autodestructeur dont les tirades montrent le recul face à un milieu dont il n'est pas dupe. Sous ses allures fragiles et vacillantes, c'est le personnage le plus lucide et pendant amical de celui de Lana Turner, même si on peut suggérer une attirance plus trouble ayant passé les mailles du code Hays.. Le final est splendide et surprenant, montrant un héros se mettant à nu et enfin capable de se sacrifier pour l'autre. Robert Taylor avec une finesse remarquable n'adoucit pas pour autant le malfrat dans cette prise de conscience, cette déclaration d'amour ne pouvant s'exprimer que dans la douleur et la violence dans une magnifique scène de conclusion. 4,5/6

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Julien Léonard
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Julien Léonard » 2 déc. 13, 10:55

Content que tu ais aimé le film, c'est un de mes LeRoy préférés... Un superbe mélo qui entremêle le film de gangster, une touche de film noir, et le drame, avec une maestria remarquable. LeRoy vient de la Warner, il est donc logique qu'il apporte au superbe glamour MGM une touche de noirceur sèche qui devient un véritable plus pour le film. Oublié aujourd'hui... et pourtant essentiel là encore. :wink:
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 2 déc. 13, 11:12

C'est vrai que c'est exactement ça la rencontre du glamour MGM et de la brutalité des films de gangster de la Warner, parce que les moments où ça vire violent sont bien corsés tout de même (l'exécution du traitre et le final font leur petit effet). Etrange que ça soit si oublié effectivement c'est largement à la hauteur de gros classique de l'époque dans le genre et la trame est vraiment originale.

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Julien Léonard » 2 déc. 13, 11:20

Profondo Rosso a écrit :C'est vrai que c'est exactement ça la rencontre du glamour MGM et de la brutalité des films de gangster de la Warner, parce que les moments où ça vire violent sont bien corsés tout de même (l'exécution du traitre et le final font leur petit effet). Etrange que ça soit si oublié effectivement c'est largement à la hauteur de gros classique de l'époque dans le genre et la trame est vraiment originale.


Le final au gun-fight brutal fait son effet, c'est clair... Et LeRoy s'y entend pour maîtriser cela à la perfection, tout en dramatisant la séquence avec beauté !

Tu m'as donné envie de le revoir encore.
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 2 déc. 13, 11:29

Julien Léonard a écrit :
Profondo Rosso a écrit :C'est que c'est exactement ça la rencontre du glamour MGM et de la brutalité des films de gangster de la Warner, parce que les moments où ça vire violent sont bien corsés tout de même (l'exécution du traitre et le final font leur petit effet). Etrange que ça soit si oublié effectivement c'est largement à la hauteur de gros classique de l'époque dans le genre et la trame est vraiment originale.


Le final au gun-fight brutal fait son effet, c'est clair... Et LeRoy s'y entend pour maîtriser cela à la perfection !

Tu m'as donné envie de le revoir encore.



Et moi de le voir

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Frances » 2 déc. 13, 12:39

Merci pour ta chronique de Johnny, roi des gangsters Profondo Rosso. Ca fait longtemps que je tourne autour de "cet introuvable". Encore un qui va se retrouver dans la hotte du père Noël :wink:

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 2 déc. 13, 12:59

En fan de Robert Taylor tu vas être servie, une de ses très grandes prestations :wink:

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar feb » 2 déc. 13, 14:18

Jeremy Fox a écrit :Et moi de le voir

En tant que fan de Lana, c'est à voir :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 23 janv. 14, 06:20


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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 1 avr. 14, 02:01

Three on a match (1932)

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Dix ans après avoir réussi leurs examens, trois jeunes femmes se retrouvent: Mary est devenue actrice, Vivian a épousé le riche Henry Kirkwood, et Ruth est dans les affaires. Plus tard, Vivian donne une réception et invite ses deux amies. Elle fait la connaissance de Mike Loftus et décide de partir avec lui. Son mari la recherche avec l'aide de Mary, mais il tombe amoureux de celle-ci. Il divorce, épouse Mary et engage Ruth comme gouvernante, tandis que Vivian sombre peu à peu dans l'alcool...

Mervyn LeRoy signe un des Pré-Code les plus saisissants de l'époque, marqué par un sens du tragique et une noirceur marquante. L'histoire dépeint les destinées de trois amies d'enfance, Mary (Joan Blondell), Ruth (Bette Davis) et Vivian (Ann Dvorak) de l'enfance à l'âge adulte. Le tempérament très différents des trois personnages et de leur environnement social est très marqué dès cette ouverture enfantine et semble déterminer leur avenir. Mary est une jeune fille volage et rétive à l'autorité, Vivian hautaine et capricieuse est elle issue d'une bonne famille tandis que la studieuse et sage Ruth vient d'elle d'un milieu prolétaire. Si le cadre social annonce l'avenir matériel des personnages, LeRoy par la finesse de sa caractérisation rend dès le départ l'évolution morale plus floue et pas forcément à l'avantage de celles que l'on croit. La nature égoïste de Vivian annonce ainsi ses errements à venir tandis que même dans ses écarts Mary exprime un esprit de camaraderie la rendant immédiatement attachante (sécher les cours pour fumer avec ses amis), sans parler de Ruth qui sera la bienveillance incarnée même si l'intrigue tourne surtout autour des deux premières (et qu'on ne retrouvera plus du tout Bette Davis dans ce registre sage et effacé par la suite).

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Rien n'est figé et le temps qui passe est synonyme d'évolution et de changement constant, voilà ce que semble nous dire Mervyn LeRoy avec ses transitions et ellipses se faisant sous formes de coupures de journaux et d'actualités traversant les années 20 et un monde en constante mutation. Entre chaque ellipse le point est fait sur la situation de nos trois héroïnes (Vivian épousant un riche avocat, Mary passant en maison de correction et Ruth devenant dactylo) jusqu'à leur retrouvailles où chacune semble s'être établit mais réagit différemment à son existence. Vivian est une épouse insatisfaite en dépit de son cadre de vie luxueux, Mary enfin épanouie malgré une vie d'artiste difficile et Ruth un quotidien sage mais ces retrouvailles vont faire basculer leur situation symboliquement lorsqu'elle partageront une allumette pour leurs cigarettes et selon la légende la dernière à le faire étant destinée au malheur. Les qualités et défauts entrevus durant l'ouverture transcendent alors les origines pour le meilleur et pour le pire. L'égoïsme de Vivian l'entraîne dans une déchéance sordide où en s'amourachant d'un malfrat elle devient toxicomane et met la vie de son garçonnet en danger. Un drame qui réveille la compassion de la "mauvaise fille" Mary essayant de sauver son amie de cette situation ou au moins son fils confronté à ces fréquentations douteuses. Ce temps qui passe semble alors rétablir une sorte d'ordre moral en intervertissant la place de chacune offrir une sorte de résonance et justice en cette période de Grande Dépression.

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LeRoy va loin dans les séquences où Anne Dvorak descend plus bas que terre, la mine hagarde et le pas incertain, le tout culminant dans un final glaçant et tragique. Joan Blondell n'est pas en reste en bad girl au grand cœur et malgré un rôle plus mineur Bette Davis impose une belle présence apaisée et bienveillante. On remarquera un Humphrey Bogart encore abonné aux seconds rôles diablement inquiétant en gangster impitoyable. Ce qui pourrait sembler un peu schématique disparait complètement grâce aux idées narratives et visuelles de LeRoy qui boucle le tout en à peine plus d'une heure. 5/6

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 16 avr. 14, 04:20

Hard to handle (1933)

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Lefty Merrill (James Cagney) ne rate pas une occasion de gagner de l’argent facile. Mais lorsqu’il co-organise un marathon de danse, son partenaire disparaît avec la récompense avant la fin du concours. Tandis que Lefty se découvre une vocation pour la publicité, la gagnante du concours (Mary Brian) et sa mère (Ruth Donnelly) lui mènent la vie dure.

Un Pré Code trépidant placé sous le signe de la Grande Dépression dont Mervyn LeRoy fait un brillant moteur burlesque tout en en dénonçant les conséquences dramatiques. Hard to handle ne traite pas des victimes de la crise, mais des survivants prêts à tout pour échapper à la misère qu'elle engendre. Le commun des mortels constituent plutôt le gogo à rincer à l'image de la scène d'ouverture saisissante sur un de ces fameux et barbares marathons de danse ayant court à l'époque. Les danseurs à bout de force tout comme les spectateurs voyeurs de ce spectacle cruel sont les jouets des organisateurs sachant capter la demande et la quête de de sensation en ces temps difficile. Il s'agit ici de Lefty Merill (James Cagney) bonimenteur et arnaqueur hors pair que son bon fond perd à chaque fois malgré son ingéniosité. Ici il tombera amoureux de la gagnante du concours, Ruth Waters (Mary Brian) et surtout se fait doubler par son associé qui disparait avec la récompense en le laissant à la merci de la foule ivre de vengeance. Dès lors Lefty n'aura de cesse de réussir pour impressionner Ruth et adoucir son acariâtre mère (Ruth Donnelly) pour qui le meilleur prétendant est celui au compte en banque bien garni.

Au vu des situations, l'ensemble pourrait être sordide et pourtant c'est hilarant. Les stratagèmes inventifs de Lefty toute crapule qu'il soit se font au service de l'amour et capte l'air du temps tout en créant des besoins artificiels par l'arme la plus redoutable possible : la publicité. Après avoir fait l'expérience de la violence qu'engendre un enjeu purement financier (mémorable scène de destruction d'une avenue marchande suite à une chasse au trésor) il va s'enrichir en flattant la vanité et l'avidité de la population à coup de campagnes agressives promettant amaigrissement, retour sur investissement douteux et notoriété fabriquée. James Cagney déploie une énergie comique et un bagout éreintant avec ce personnage constamment à l'affut de l'air du temps et débordant d'idée. Empruntant une voie discutable pour de nobles intentions, il en demeure très attachant d'autant qu'il est dans l'erreur puisque Ruth (Mary Brian craquante) ne l'aime jamais autant que quand il est dans la panade. On n'en dira pas autant de la quasi mère maquerelle que joue Ruth Donnelly, véritable girouette soumise au plus offrant auquel elle est toute destinée à offrir sa fille en pâture. Là aussi l'abattage comique de l'actrice atténue toute la nature glauque des situations, les revirements hilarants de la mégère et son festival de répliques cultes (J'épouserais Tarzan pour un mois de loyer !) la rendant finalement tout aussi attachante que Cagney en canaille au grand cœur. LeRoy ne juge jamais ses personnages et n'oublie jamais que ce sont des survivants usant de leurs moyens à eux (la duperie) pour se sortir de la fange. Son regard sera nettement moins bienveillant envers les patrons et les nantis à l'image de cet exploitant de pamplemousse s'évaporant avec le gain de ses victimes, tout comme sa fille (Claire Dodd) séductrice impitoyable. Dans un tel contexte la déclaration d'amour la plus sincère ne peut s'exprimer que par le biais d'une ultime arnaque lors de l'hilarant final. Une grande réussite. 5/6