Mervyn LeRoy (1900-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jeremy Fox
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 26 janv. 13, 15:08

Quasiment d'accord avec toi sur tous les films vus sauf peut-être pour Three on a Match qui à mon avis est plus qu'une œuvrette et Five Star Final que je n'ai pas trouvé austère. Sa version des 4 filles du Dr March est, à mon point de vue, une très belle réussite et pour moi son chef d’œuvre reste Je suis un évadé

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Pat Wheeler » 26 janv. 13, 15:21

Oui, Je suis un Évadé, quel film quand même !
Concernant Les 4 Filles... je n'ai pas été convaincu par la version de Cukor, terriblement mièvre et bavarde avec une Katharine Hepburn qui en fait des tonnes. Je suis curieux de voir ce que Leroy a tiré du matériau de base.
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feb
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar feb » 26 janv. 13, 16:40

Et ne pas oublier le superbe Random Harvest ainsi que le moins connu Tonight or Never, une production Samuel Goldwyn qui n'a rien à envier aux productions luxueuses de la MGM avec une Gloria Swanson....

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Rick Blaine
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Rick Blaine » 26 janv. 13, 16:57

Jeremy Fox a écrit : sauf peut-être pour Three on a Match qui à mon avis est plus qu'une œuvrette et Five Star Final que je n'ai pas trouvé austère.


D'accord sur ces deux là.
N'oublions pas non plus Two Seconds, qui me semble un cran en retrait de ces deux là, et évidemment de Je suis un évadé, mais qui offre à Edward G. Robinson une de ses plus grandes performances.

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Profondo Rosso
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 1 févr. 13, 02:06

Le Retour (1948)

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Engagé volontaire comme médecin de guerre, le Dr Lee Johnson fait la rencontre dans son corps d'armée de la séduisante infirmière Jane McCall surnommée Snapshot. Il ne tarde pas à tomber amoureux tout en se sentant coupable vis à vis de sa femme qui l'attend à la maison...

Comme de nombreux acteurs hollywoodiens, Clark Gable s'était engagé dans l'armée lors de l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale et une fois démobilisé peina à retrouver des rôles à sa mesure. L'Aventure (1945) le film du comeback où il partage la vedette avec Greer Garson sous la direction de son ami Victor Fleming est un échec public et critique retentissant, et le bien plus réussi Marchands d'illusions (1947) sera surtout un succès d'estime. Le bien nommé Homecoming signe donc le vrai retour artistique de Gable qui trouve tout simplement là un de ses plus beaux rôles, sa propre expérience du front (où loin de se réfugier derrière son statut de star il participa à de vraies missions de combat) étant pour beaucoup dans la véracité qu'il apporte à ce personnage de vétéran au parallèle évident avec lui-même, star hollywoodienne/chirurgien ambitieux ramené au sens des vraies réalités par l'expérience de la guerre.

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L'ouverture offre un saisissant parallèle avec au présent un soldat sur la bateau du retour aux Etats-Unis, marqué par l'expérience et taciturne, refusant de répondre aux questions d'un journaliste tandis que ces même questions réveille les souvenirs et amorce le flashback où il montre un tout autre visage. Le Dr Lee Johnson (Clark Gable) est un chirurgien dont l'ambition lui permis de rapidement s'élever dans son métier et qui entre deux consultation goûte désormais à la grande vie. Sa profession n'empêche pas un égoïsme certain comme le lui reproche son ami et collègue Bob bien plus impliqué dans les injustices sociales diverses alors que pour Lee, les patients sont avant tout des clients. Même son engagement dans l'armée ne répond pas à un esprit vertueux mais à la norme du comportement à adopter en ces temps de guerre. Amené à exercer sur le front africain, Johnson va s'opposer puis se lier son pendant inversé avec le lieutenant Jane « Snapshot » McCall (Lana Turner). Son existence est dévouée aux autres et à lutter contre l'injustice, au point de s'engager comme infirmière en laissant son jeune fils aux Etats-Unis. Les s'affrontent dès une mémorable première rencontre où le pragmatisme de Gable s'oppose à la dévotion aveugle de Turner, cette animosité trouvant une amusante chute lorsqu'ils apprennent qu'ils devront collaborer ensemble.

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Mervyn Leroy nous rappelle là le maître du mélodrame qu'il sait être (La Valse dans l'ombre bien sûr) en passant de l'universel à l'intime pour éveiller l'émotion. L'universel c'est ce montage en fondu enchaîné qui montre la tâche insurmontable de ces chirurgiens de guerre alignant les heures au bloc dans une terrible vétusté pour soigner les blessures les plus graves. Gable commence à y fendre l'armure et perd de son arrogance face à l'épuisement, l'ampleur de la tâche et la perte douloureuse de ses patients dont une le marquera durablement. Ces certitudes s'estompent au même titre que la rigidité morale de Snapshot émue de voir cet homme prendre enfin conscience d'autrui. Pour leur troisième film en commun (après Franc jeu en 1941 et Somewhere I'll Find You en 1942) délivrent parmi les plus belles performances de leur carrière.

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Gable le séducteur plein d'assurance des années 30 surprend par sa vulnérabilité, la construction du film même semble le faire évoluer de l'ancien Gable (les flashbacks avant-guerre) au nouveau de retour de guerre tout autant éprouvé par les visions sanglantes du front. Lana Turner surprend plus encore, elle qui dans le registre plus ouvertement dramatique se perd souvent en en faisant trop. Là débarrassée de toute aura glamour avec ce personnage soldat avant d'être femme (un dialogue le soulignant ouvertement) elle bouleverse avec cette "Snapshot" tout en sobriété, masque d'impassibilité pouvant encaisser toutes les horreurs et dangers pour aider l'autre. Elle retrouve progressivement sa féminité en tombant amoureuse mais là aussi l'amène avec une douceur délicate, l'absence d'artifice séducteur (l'érotisme potentiel de la scène où elle se baigne est complètement désamorcée par Leroy) ayant amené l'actrice à une vraie finesse.

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Les plus beaux moments du film sont lorsqu'ils daignent enfin s'abandonner, ébranlés par leur quotidien lugubre où par leurs sentiments naissant. Leroy va du plus sobre au plus flamboyant au fil de la romance s'affirmant plus ouvertement. Une tasse de café partagée signe un début d'amitié après l'animosité de départ, plus tard Gable le regard égaré par la perte d'un patient cher réconforté par Turner tandis que les bombes pleuvent. On aura ensuite un baiser intense et une première séparation sous la neige (photo et cadrage somptueux avec Gable dans l'ombre tandis que Turner s'éloigne au loin spectre dans la blancheur enneigée) et enfin l'aveu poignant tandis que la mort rôde en plein siège de Bastogne.

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L'issue de cette histoire d'amour ne sera connue que lors du fameux retour et les retrouvailles avec l'épouse jouée par Anne Baxter. Les retours sur la femme délaissée auraient pu alourdir le film mais par les questionnements qu'il soulève au delà du seul manque de l'autre (l'époux parti sera-il la même personne à son retour et que faire alors ?) et la prestation touchante d'Anne Baxter offre un beau contrepoint en montrant l'autre douleur engendré par le conflit, celui de la séparation, de la peur et de l'attente. Cela accentue aussi les parallèles à l'Odyssée, le prénom de Gable étant carrément Ulysse (rebaptisé Useless par une Lana Turner fielleuse puis surnom attachant). Le beau final où rien n'est oublié mais où tout peut recommencer est magnifique, sans pathos et prenant son temps comme pour accompagner le difficile retour au monde réel de son héros. 6/6

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Dernière édition par Profondo Rosso le 1 févr. 13, 19:50, édité 2 fois.

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 1 févr. 13, 06:40

Marre de tous ces films à découvrir :|

Sérieusement, très alléchant rien qu'au vu de la disitribution aussi

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar feb » 1 févr. 13, 07:15

Merci pour cette critique Profondo, avis validé à 100% 8)

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 1 févr. 13, 11:10

Et là pour le coup je crois que c'est le meilleur rôle dramatique de Lana Turner, cette sobriété sans fard lui allait vraiment bien :)

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 1 févr. 13, 11:12

Profondo Rosso a écrit :Et là pour le coup je crois que c'est le meilleur rôle dramatique de Lana Turner



En plus !!! Ca plus l'approbation de Feb, la présence de Clark Gable et Anne Baxter. Il me le faut
8)

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Julien Léonard » 1 févr. 13, 11:19

Super critique !

C'est l'un des meilleurs films réalisés par LeRoy à la MGM, je trouve. :wink: Un pur chef-d'oeuvre.
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Frances » 1 févr. 13, 13:30

Merci Profondo Rosso pour cette critique qui donne forcément envie de découvrir le film pour Gable et Turner bien sûr et Anne Baxter que j'ai appréciée très récemment dans "La femme au gardénia" de F. Lang.
Le film est dispo en zone 2 ?

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 1 févr. 13, 13:32

Frances a écrit :Merci Profondo Rosso pour cette critique qui donne forcément envie de découvrir le film pour Gable et Turner bien sûr et Anne Baxter que j'ai appréciée très récemment dans "La femme au gardénia" de F. Lang.
Le film est dispo en zone 2 ?


Oui c'est sorti dans la collection Trésors Warner :wink:

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Frances » 1 févr. 13, 13:43

Profondo Rosso a écrit :Oui c'est sorti dans la collection Trésors Warner :wink:

Ah super ! Je ne l'avais pas noté celui-ci. Merci :D

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Best » 3 févr. 13, 01:55

Frances a écrit :
Profondo Rosso a écrit :Oui c'est sorti dans la collection Trésors Warner :wink:

Ah super ! Je ne l'avais pas noté celui-ci. Merci :D


J'ai déjà celui-là ainsi que Other Men's Women de prévu parmi les priorités pour une prochaine commande Warner :D

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Frances » 7 févr. 13, 18:52

La valse dans l’ombre – Warterloo Bridge (1940) – Mervyn Leroy – Vivien Leigh, Robert Taylor, Lucile Watson, Virginia Field, Maria Ouspenskaya.
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Il existe sur le site une critique du dvd très complète et très bien faite je me suis donc attachée à suggérer une autre approche pour comme toujours apporter un grain de sable à l'édifice.

Au delà du mélodrame et de l’histoire d’amour centrale je souhaiterai m’attarder sur les figures féminines qui peuplent le récit. Elles sont multiples et variées et il n’est pas hors de propos de proposer une brève analyse sous cet angle. Le couple que forment Vivien Leigh et Robert Taylor a tendance à éclipser les ressorts secondaires alors que Leroy accentue l’absence masculine par la répétition des scènes féminines. Procédé habile pour inscrire en négatif les conséquences de la guerre. Les femmes sont alors contraintes de faire face à une dure réalité pour survivre.
Voyons ces univers féminins et ce qu’ils proposent.

- Le corps de ballet dirigé de main de fer par Mme Olga (Maria Ouspenskaïa) qui incarne à la fois la figure de la Matriarche tyrannique et de la protectrice. A son âge on ne doute pas qu’elle connaisse les tentations auxquelles les jeunes ballerines sont ou seront exposées. En leur imposant des règles in-flexibles elle les préserve des errances du cœur susceptibles de les faire chuter. Lieu protecteur donc mais qui réclame sacrifice et renoncement. Est-ce pur hasard si les ballerines interprètent le lac des cygnes, l’histoire d’un amour impossible ?

- Kitty (Virginia Field) et Myra (Vivien Leigh) liées par une amitié sans faille et indéfectible quand les épreuves se manifestent et s’accentuent. Après avoir quitté « la communauté » elles vont s’épauler pour tenter d’éviter le naufrage et la rue. Ici encore Leroy expose par l’absence masculine l’adversité qui frappe les femmes privées d’un fiancé ou d’un époux quand leur condition sociale n’est pas suffisamment élevée. Contraintes à se prostituer pour ne pas mourir de faim elles basculent dans l’ombre où vacille la flamme de leur conscience. Parce qu’ici la différence de classe sociale importe, cela n’est pas douteux. Si Kitty s’est résignée à se prostituer dans un instinct de survie elle est toutefois en accord avec elle-même. Myra, en revanche ne peut s’arranger avec sa déchéance alors qu’elle doit épouser Roy, qui lui est issue d’une respectable famille écossaise. La fracture se produit-elle en elle par réflexe socioculturel ? Une autre aurait menti, dissimulé. Elle assume comme les héroïnes du siècle passé. Accusant le poids de la faute avec dignité. Et c’est là une des forces du film. Il entre dans une forme de classicisme par le sacrifice consenti par l’héroïne.

- La mère de Roy : Lady Cronin. Si elle occupe peu de scènes son rôle est néanmoins déterminant par son évolution. Elle apparait en l’occurrence dans deux scènes clé du film. Celle du salon de thé où elle incarne la mère. Armée de bonne volonté elle vient faire connaissance de sa future bru. Sa position sociale lui ayant épargné les rigueurs imposées par la guerre elle ne cherche pas à comprendre les raisons du trouble de Myrna qui vient d’apprendre la mort de son grand amour. L’une est vulnérable, l’autre prudente et réservée. La mère jugeant ici trop prestement Myrna. La seconde scène ou cette fois ce sont deux femmes qui se font face. Lady Cronin est en robe de chambre, dépouillée de tout signe ostentatoire de son rang social. En venant s’excuser de sa conduite lors de leur première rencontre, elle tend à Myrna un miroir dans lequel il lui est désormais impossible de contempler son reflet. Et provoque une brèche qui va l’amener à passer aux aveux et à soulager sa conscience. Parce qu’elle est femme Lady Cronin peut entendre, comprendre et éprouver de l’empathie.

- La prostituée qu’elle croise sur le pont. Écho de son propre avenir sans illusion.

Mervyn Leroy signe ici un mélodrame de très belle facture. Un récit linéaire conduit sous le signe de la fatalité. Superbe !