Mervyn LeRoy (1900-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Profondo Rosso
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 20 mai 12, 23:08

Ville haute, ville basse (1949)

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La relation d'un couple beau, riche et heureux va être perturbée par l'irruption d'une ancienne connaissance du mari, belle, riche, et heureuse. Brandon Bourne ne peut se détacher de sa maîtresse, Isabel Lorrison. Sa femme, Jessie, tente malgré tout de lui conserver son amour. Lorrison est découverte assassinée. Le détective qui mène l'enquête tombe amoureux de Jessie, malgré la présence de la douce Rosa.

Un beau drame apportant une vision plutôt intéressante du couple et de l'adultère, loin des conventions inhérente au Code Hays. Brandon et Jessie Bourne forme un couple riche et heureux vivant dans les beaux quartiers New Yorkais. Mervyn Leroy dès l'ouverture tente d'illustrer ce bonheur de toutes les manières possibles : l'opulence de la luxueuse demeure du couple, la multitude de mots regard complice et mots tendres échangés ou encore l'entente parfaite entre la belle-mère et son gendre lors du dîner. Tout cela semble trop beau pour être vrai et si les Bourne semblent en tout point radieux, le malaise dissimulé par cette façade s'illustrera tout d'abord par leur entourage à travers une remarque de la belle-mère puis plus concrètement à travers l'attitude de Brandon (James Mason). Après une un verre avec un collègue, Brandon prolongera sa soirée dans un club où il croise la sulfureuse Isabel Lorrison (Ava Gardner) croqueuse d'homme qui faillit bien briser son mariage un an plus tôt et qui est de retour en ville.

Dès la première scène commune où Ava Gardner happe littéralement Mason de sa présence érotique, on sait malgré sa faible résistance qu'il ne résistera pas. L'enjeu se situe donc dans la réaction de l'épouse digne jouée par une touchante Barbara Stanwyck. Humiliée par les infidélités de Mason, elle espère pourtant toujours qu'il lui revienne jusqu'à sa rencontre avec le vétéran Mark Dwyer (Van Helflin) qui en est tout l'inverse. Droit, fort de caractère (il rompt avec Cyd Charisse dès qu'il que des sentiments naissent chez lui pour Stanwyck) et compréhensif, Dwyer est campé avec le jeu franc et direct qu'on apprécie chez Van Helflin et qui inspire attachement et confiance. A travers le titre est sous-entendu aussi que ces différences de mœurs sont d'ordres sociales à travers les horizons différents des personnages symbolisés par leurs quartiers. Mason le nanti qui a toujours tout eu sera donc un époux indigne car constamment insatisfait de son bonheur à portée de main (la métaphore qu'il fait sur les roses de jardin et des champs en début de film), le stupre des beaux quartiers se répercutant à travers la vénéneuse Ava Gardner, ses amants richissime et bien sûr le rebondissement final. A l'inverse Van Heflin est un homme déterminé et respectueux sachant ce qu'il veut mais pas prêt à tout pour l'obtenir, trait suggéré par son passé modeste dans un quartier populaire. Et là encore la relation et la rupture avec Cyd Charisse tout en compréhension et simplicité offre un contraste saisissant avec les agissements de la "Ville Haute". Cela pourrait paraitre simpliste mais suffisamment bien amené par le script pour ne pas être trop grossier.

LeRoy offre une mise en scène élégante et entièrement au service de ses acteurs, tous formidables. James Mason rend étonnement touchant cet homme aimant mais faible, plus pathétique que réellement détestable. L'alchimie entre Van Heflin et Barbara Stanwyck est parfaite, tissant de jolis moments intimistes (la scène de la cuisine) tandis que malgré une moindre présence Cyd Charisse déborde de charme juvénile. Ava Gardner en pure figure séductrice irradie de provocation sobre le film un peu trop sage. Le virage policier de la conclusion n'est pas vraiment convaincant par contre, que ce soit l'enquête quelque peu expédiée et surtout le fait de forcer la décision de Stanwyck dont le personnage était suffisamment riche pour se décider sans cet argument un peu gratuit tel qu'il est amené. Hormis cette réserve finale très bon film tout de même.4/6

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Cathy
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Cathy » 17 juin 12, 17:53

Retour avant la nuit, Home before dark (1958)

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Une jeune femme sort d'un hopital psychiatrique après un an d'internement. Le couple rentre dans la maison où vivent aussi sa mère et sa soeur qu'elle suspecte d'avoir eu une aventure avec son mari et d'être la cause de sa dépression.

Mervyn LeRoy tourne ici un très subtil mélodrame sur fond de psychanalyse. Dès le début nous savons que la jeune femme est fragile, qu'elle a craqué et qu'elle a été internée suite à un incident où visiblement elle a agressé sa soeur. Lors d'un flashback qui évoque la jeunesse de l'héroïne - et le choix de son mari, on se dit que nous allons assister à sa descente aux enfers, mais non cet épisode tient juste à montrer que finalement elle n'est peut-être pas aussi amoureuse qu'elle le dit de son époux. Le film tourne autour de cette femme mais aussi de trois hommes, son mari, un locataire qui a emménagé dans la maison familiale durant son internement et son ancien soupirant devenu banquier. Nous y voyons les crises d'angoisse de cette jeune femme qui voit que ses doutes étaient sans doute fondés et que tout le monde pense ce qu'elle pressent à savoir que sa soeur et son mari sont amoureux. D'ailleurs dans le flashback, le soupirant éconduit lui fait remarquer qu'elle imite cette fameuse soeur Joan.
Le film est donc un superbe portrait de femme dominé par l'interprétation de Jean Simmons (quoique le blond ne lui aille pas du tout) qui est profondément émouvante dans le rôle de cette jeune femme fragile, qui semble prendre sur elle, mais semble toujours considérée comme malade par ses proches. Tout le film tourne autour de ses rapports avec sa famille et ses proches et tout le temps on ne sait si la jeune femme est vraiment psychologiquement fragile et "folle" ou si elle est moins fragile qu'il ne paraît. On ne sait pas non plus si les actions de ses proches sont volontaires pour la faire rechuter ou alors naturelles et inconséquentes. Il est aussi à noter cette transformation voulue entre la brune Charlotte pleine de caractère, et la blonde Charlotte fragile, angoissée qui veut se faire aimer malgré tout...
Il y a aussi Rhonda Fleming en soeur "tentatrice" , Efrem Zimbalist Jr plein de charme en locataire séduit et Dan O'Herlihy, qui a la fadeur nécessaire au rôle du mari faible et finalement détestable. Le sommet du film est sans doute la transformation de Charlotte en Joan lors du réveillon de Noel et son arrivée mal fagottée dans une robe lamée or. Peut-être y-a t'il un petit quart d'heure de trop dans le film qui dure près de 2h15, mais le mélodrame est quand même abouti avec cette ambiance déprimante d'un Massachussets neigeux, et cette perpétuelle hésitation sur la réalité psychologique de l'héroïne.

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francesco
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar francesco » 17 juin 12, 20:44

Entièrement d'accord avec cette très belle critique : voilà un film que j'ai profondément aimé, un de ceux qui me marquera cette année. C'est exactement cette idée de subtilité et de surprise qui m'a séduit. Il y a pas mal de pièges dans lesquels j'ai foncé tête baissée
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(un soupçon de Gaslight en particulier à un moment qui m'a fait remettre tout le film en doute quelques secondes.)
, tout est amené avec une finesse, des hésitations, des questionnements qui sont aussi ceux de l'héroïne. J'ai trouvé cette approche presque européenne en fait.

Le blond ne va pas du tout à Simmons, je suis d'accord, mais ça fait partie de sa tentative avortée de ressembler à sa séduisante soeur.

Tout ça me fait me rendre compte qu'en fait il y a beaucoup de films de Mervyn Leroy que j'aime particulièrement (The Bad Seed, Random Harvest, Madame Curie, Little Women ... et évidemment ce Home Before Dark) et que du coup je suis très curieux de voir d'autres réalisations tardive comme A Majority of one, Mary, Mary ou Moment to Moment.
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Cathy
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Cathy » 17 juin 12, 21:02

francesco a écrit :Le blond ne va pas du tout à Simmons, je suis d'accord, mais ça fait partie de sa tentative avortée de ressembler à sa séduisante soeur.


C'est bien évident. D'ailleurs elle n'a pas du tout le même caractère quand elle redevient brune, certes elle tente de ressembler à sa soeur avec ses "duckys" dans le seul flashback du film, mais elle a beaucoup plus de volonté. Ce qui m'a un peu "désorientée" c'est qu'on ne sache jamais ce qu'elle a réellement fait pour être internée alors qu'on se dit qu'on va finir par savoir. Ce qui est frappant aussi c'est que finalement tous ses proches ne cherchent pas à la faire sortir de son état de dépression, vu qu'aucun ne fait un effort.
Spoiler (cliquez pour afficher)
C'est vrai qu'il y a un petit côté Gaslight dans le fait qu'on pense qu'il y a un complot des proches pour qu'elle reste folle

Je ne suis pas aussi emballée que tu l'es, mais j'ai beaucoup aimé ce film. Dommage seulement qu'il n'y ait des zones d'ombres qui subsistent !

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Jeremy Fox
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 21 janv. 13, 06:52

Ann Harding a écrit :Image

Five Star Final (1931, Mervyn LeRoy) avec Edward G. Robinson, Aline MacMahon, Marian Marsh, H.B. Warner et Boris Karloff

Randall (E.G. Robinson) est rédacteur en chef à l'Evening Gazette de New York. Il est rappelé à l'ordre par les propriétaires qui constatent une baisse des ventes. On lui demande de ressortir un vieux fait divers impliquant une femme. Il envoie un de ses reporters, Isopod (B. Karloff) déguisé en pasteur, pour la rencontrer...

Je suis souvent déçue par les films de Mervyn LeRoy, particulièrement ceux de sa période MGM. Par contre à la Warner, au début des années 30, il profite de l'équipe technique et du système de ce studio qui lui apporte le rythme et l'ambiance qui lui manquera souvent plus tard. Ce Five Star Final est, en tous cas, une de ses plus grandes réussites avec I Am a Fugitive from a Chain Gang (1932). Le film dénonce d'une manière particulière virulente la 'presse de caniveau' qui inonde les kiosques américains. Le début du film donne le ton : un kiosquier est attaqué par un groupe de malfrats car il n'a pas mis suffisamment en évidence l'Evening Gazette. Puis, nous découvrons la rédaction de ce torchon à scandales. Les patrons sont sans scrupules, seulement intéressés par les chiffres de vente. On recrute des secrétaires en fonction de leur corsage bien rempli comme le fait remarquer la secrétaire (écoeurée) jouée par Aline MacMahon. Nous découvrons le rédacteur en chef Randall (E.G. Robinson) en train de se laver les mains. Cette obsession de la propreté reflète en fait son sentiment de culpabilité face au sale boulot qu'il doit faire. Il accepte, bon gré mal gré, de mettre en première page une femme qui fut acquittée 20 ans auparavant d'un meurtre. Elle est maintenant une mère de famille ordinaire et honnête qui s'apprête à marier sa fille. La publication de cet article va provoquer son suicide et celui de son mari. L'annonce de leurs morts par un reporter du journal, bien loin de provoquer un quelconque regret, ne provoque qu'un désir immédiat de capturer un scoop. Le scénario sans concession démonte un système corrompu où personne n'a de conscience, ni d'honnêteté. Dans le rôle central de Randall, Edward G. Robinson est une présence magnétique à l'écran. Parlant vite, Il est acéré, mais en même temps, il noie sa culpabilité dans un verre d'alcool dans un speakeasy. Boris Karloff joue avec intelligence un reporter pourri qui ne recule devant aucune compromission. Toutes les séquences au journal ont la force et la rapidité des meilleurs Warner. Par contre, toutes les séquences chez les Townsend, les malheureuses victimes de la campagne de presse, on retombe dans un style très théâtral et guindé. C'est bien dommage car le vétéran du muet H.B. Warner est émouvant en homme détruit. Quant à Marian Marsh, la fille des Townsend, elle se rattrape avec une scène d'hystérie face aux meurtriers de ses parents. Malgré ces quelques défauts, le film est percutant et conserve sa pertinence. Je recommande chaudement ce film qui est maintenant disponible chez Warner Archive dans une belle copie.
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A part le fait de trouver le LeRoy MGM aussi intéressant (même si dans un style totalement différent) que celui de la Warner, rien à rajouter à ce texte. Un des films les plus percutants sur le journalisme 'de caniveau'.

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Julien Léonard
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Julien Léonard » 21 janv. 13, 09:14

C'est un film radical, un pre-code furieux et amer, mené à la vitesse coutumière d'une Warner sèche et déchaînée, et qui ne laisse rien au hasard, de son pitch tout à fait horrible à son dernier plan emblématique, en passant par une galerie d'acteurs formidables. Je trouve LeRoy passionnant à la MGM, mais je crois que c'est encore à la Warner qu'il me surprend le plus. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 21 janv. 13, 09:17

Julien Léonard a écrit :C'est un film radical, un pre-code furieux et amer, mené à la vitesse coutumière d'une Warner sèche et déchaînée, et qui ne laisse rien au hasard, de son pitch tout à fait horrible à son dernier plan emblématique, en passant par une galerie d'acteurs formidables. Je trouve LeRoy passionnant à la MGM, mais je crois que c'est encore à la Warner qu'il me surprend le plus. :wink:


De toute manière, le ton de ses films à la Warner et à la MGM sont tellement opposés qu'on pourrait croire que ce n'est pas le même homme derrière la caméra s'il ne restait une certaine virutosité.

Et oui film assez radical et vraiment surprenant.

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Rick Blaine » 21 janv. 13, 09:41

Jeremy Fox a écrit :Et oui film assez radical et vraiment surprenant.


Content de voir que ce film gagne des fans! :D

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Ann Harding » 23 janv. 13, 14:49

Jeremy Fox a écrit :De toute manière, le ton de ses films à la Warner et à la MGM sont tellement opposés qu'on pourrait croire que ce n'est pas le même homme derrière la caméra s'il ne restait une certaine virutosité.

A ce propos, voici ce que William K. Everson, un grand connaisseur du cinéma américain, dit sur LeRoy: "Après ses films dynamiques au début des années 30, Les réalisations de LeRoy dans les années 40 semblent toujours clinquantes, professionnelles et un peu mécaniques." Il parle aussi du style de production MGM des années 40 qui est très pesant et laisse peu de place pour l'improvisation à un réalisateur. En fait, je pense personnellement que LeRoy est un parfait exemple de 'studio director' qui se coule dans le moule fourni par le studio. Rapide et acéré à la Warner, il ralentit dans l'univers luxueux de la MGM qui lui demande des productions pour tous publics, censure oblige.

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Jeremy Fox
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 23 janv. 13, 14:52

Ann Harding a écrit : En fait, je pense personnellement que LeRoy est un parfait exemple de 'studio director' qui se coule dans le moule fourni par le studio.


Je pense aussi et à mon avis il faut un certain talent pour arriver à le faire sans que la baisse de qualité se fasse ressentir. Car, si on peut tout à fait préférer l'un ou l'autre style, je ne pense pas qu'une période ait été meilleure que l'autre ; juste totalement différentes.

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Ann Harding
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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Ann Harding » 24 janv. 13, 11:21

Justement, voilà un autre LeRoy de la Warner qui est épatant.

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High Pressure (1932, Mervyn LeRoy) avec William Powell, Evelyn Brent, Frank McHugh, George Sidney et Guy Kibbee

Gar Evans (W. Powell) est un 'promoteur' de projet d'entreprises. Encore sous l'empire d'une énorme cuite, il est contacté par Mike Donahey (F. McHugh) et un certain Ginsberg (G. Sidney) pour créer une entreprise de caoutchouc artificiel réalisé à partir d'effluents d'égout. Il se lance immédiatement dans l'aventure et décide de louer un étage de gratte-ciel pour les bureaux de la société...

Ce film de Mervyn LeRoy produit par la Warner offre un rôle en or à William Powell. Son personnage est à cheval entre l'habilité entrepeneuriale et la filouterie. Il sait embobiner les commerciaux avec son bagou et négocier un tarif imbattable pour le loyer en faisant miroiter des profits démentiels. Il a à sa disposition toute une petite troupe de complices dont Guy Kibbee, qui une fois habillé de pied en cap, offre l'image idéale du président de société. Il utilise aussi les talents de Francine (E. Brent) sa petite amie qui commence à être fatiguée par toutes ses combines qui tournent court. Rien n'arrête Gar qui organise une réunion pour recruter des commerciaux pour vendre des actions d'une société qui n'existe pas encore. Il termine en chantant une chanson patriotique de la première guerre mondiale "Pack up your troubles in your old kit bag and smile, smile, smile!" qui soulève l'enthousiasme des futurs actionnaires. Evidemment, ensuite il faudra fournir un produit qui va se révéler hypothétique. Mais qu'à cela ne tienne! Il pourra toujours faire chanter un industriel du caoutchouc et lui revendre la société à bon prix. Apparemment le film fut un échec commercial à sa sortie. Le public n'avait pas aimé le rôle de filou baratineur joué par Powell. De nos jours, on goûte avec beaucoup de plaisir ce film rapide et amusant sur le monde de la finance et de l'entreprise qui nous rappelle quelques filous contemporains. Les seconds rôles sont formidables avec Frank McHugh, en complice, Guy Kibbee en clochard/PDG et George Sidney (l'oncle du metteur en scène) dans son personnage volubile habituel. Un excellent LeRoy.

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Vanning » 24 janv. 13, 11:22

Son Johnny Eager sorti en salles en 1941 est très inégal selon moi... pas loin du ratage...

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar CC Baxter » 24 janv. 13, 11:32

Ann Harding a écrit :Justement, voilà un autre LeRoy de la Warner qui est épatant.

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High Pressure (1932, Mervyn LeRoy) avec William Powell, Evelyn Brent, Frank McHugh, George Sidney et Guy Kibbee

Un excellent LeRoy.


Pas disponibile chez Warner Archive, il me semble...?
You... bastard!
Yes, sir... In my case it was an accident of birth.... But you are a self-made man.


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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Ann Harding » 24 janv. 13, 17:10

Effectivement, il n'est pas dispo en WA.

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Re: Mervyn LeRoy (1900-1987)

Messagepar Pat Wheeler » 26 janv. 13, 14:57

Mervyn Leroy, un cinéaste que j'apprécie énormément, capable d'œuvrer dans le musical, le thriller, le mélo ou le film social avec le même bonheur. Difficile de trancher en ce qui me concerne pour choisir laquelle de ses deux périodes (Warner et MGM) est la meilleure. On a plus souvent critiqué la seconde (Tulard et Tavernier notamment), reprochant à Leroy d'avoir perdu ce côté dense, concis et vigoureux qui caractérisait ses productions des années 30 en changeant de studio. Personnellement, je ne m'avancerai pas plus que ça, sachant que j'apprécie autant le Leroy de la MGM que celui des débuts, bien que je connaisse jusque-là un peu mieux son parcours à la Warner.

Top Speed
Sympathique véhicule conçu sur mesure pour l'inénarrable Joe E. Brown, un des comiques les plus sous-estimés de son époque qui sera vite oublié à la suite de quelques années de gloire... avant de renaître magnifiquement sous la caméra de Wilder dans Certains l'Aiment Chaud. Leroy s'efface derrière sa vedette, mais fait déjà preuve d'un sens du rythme qui culmine dans les trépidantes scènes de course en bateau à moteur.

Le Petit César
Souvent considéré comme l'outsider des trois films de gangsters les plus connus de ces années-là (avec Scarface et L'Ennemi Public), c'est pourtant un formidable brut de décoffrage avec un Edward G. Robinson teigneux à souhait en nabot pervers et mégalomane. Film tendu et sans gras, qui captive de la première à la dernière minute.

Five Star Final
Les films sur l'univers du journalisme ont souvent le risque de tomber dans un certain statisme et un excès de bavardages. Celui-ci n'échappe pas vraiment à ces travers malgré la performance habitée de Robinson. Bien fait mais un peu austère; à voir néanmoins.

Une Allumette pour Trois
Œuvrette typique de l'époque pré-code Hays, avec son lot de scènes alors osées mais qui font aujourd'hui un peu sourire. On aime quand même la concision et la frénésie du film, qui raconte mille et une choses en moins d'une heure cinq. Très sympathique et peuplé de jeunes starlettes (Ann Dvorak, Joan Blondell, Bette Davis) franchement pas désagréables à regarder. :mrgreen:

Je suis un Évadé
Probablement le chef-d'œuvre de sa période Warner. Film fabuleusement riche, tendu, poignant et haletant, qui vaut bien des fresques de 3h sur le même sujet en terme de puissance dramatique.

Elmer, the Great
Autre plaisant faire-valoir pour Joe E. Brown, qui campe ici un surdoué du baseball avec sa légendaire bouche de 15 mètres de large. Ray Enright remakera plus ou moins ce film deux ans plus tard avec le même acteur et en prime, une ravissante Olivia de Havilland de 19 ans comme love interest.

Chercheuses d'Or de 1933
J'ai tendance à préférer l'autre magnum du musical réalisé à la même époque par Lloyd Bacon, 42e Rue, plus harmonieux, plus homogène. Mais on passe quand même un très bon moment devant les grandioses chorégraphies de Busby et les gambettes de Joan et Ginger.

La Ville Gronde
Très bon film social avec un Claude Rains comme toujours impeccable. On est passionné par le sujet grâce aux grands talents de conteur de Leroy et la mise en scène est bien plus qu'illustrative. Le dernier grand Warner du cinéaste ?

La Valse dans l'Ombre
Sans doute mon préféré, toutes périodes confondues. Souvent taxée d'académisme, de pudibonderie et de conformisme aseptisé (notamment par Tavernier qui n'y va pas de main morte avec le film), cette adaptation me paraît pourtant beaucoup plus réussie que la version de Whale qui était un peu trop fruste et inégale. Un chef-d'œuvre du mélo, un film d'une émotion et d'une élégance rares à l'image de ses deux interprètes (c'est avec ce film et non pas Autant en Emporte le Vent que je suis tombé amoureux de Vivien Leigh :oops: ).

Johnny Eager
Ce doit être un des films de gangsters dans lequel il se passe le moins de choses: c'est bien simple, en dehors d'une petite fusillade finale, l'action n'avance quasiment que par les dialogues. En fait, Leroy traite plutôt son sujet en mélo et il le fait bien. Malgré ce côté verbeux on ne s'ennuie pas, Robert a la classe, Lana est à son plus sublissime (aussi éblouissante que dans Dr. Jekyll et Mr. Hide sorti la même année) et la photo est soignée. Encore un bon cru.

Prisonniers du Passé
Décidément, on a connu pire comme carrière à la MGM ! Un autre très beau mélodrame qui envoûte du début à la fin tout en devant beaucoup à Greer Garson. On retrouve la magnifique photo ouatée de La Valse dans l'Ombre et ces moments d'émotion pure qui nous désarment complètement.

Quo Vadis
Un des quelques bons péplums hollywoodiens, bien avant que les potes transalpins n'exploitent le filon ad nauseam dans des productions pas toujours inspirées (mais parfois aussi brillantes, voir du côté de Freda et Cottafavi). De bonne facture mais moins grandiose et mémorable que les exercices d'Anthony Mann dans le genre (Le Cid et surtout La Chute de l'Empire Romain).

La Première SIrène
Esther Williams est sans doute l'actrice la plus aquatique de sa génération, faute d'être la plus charismatique. Ce qui n'empêche pas ce très beau film d'emporter notre adhésion grâce à un scénario riche en péripéties, un Technicolor somptueux, des impressionnantes chorégraphies de Busby Berkeley et un final des plus touchant. Une réussite de plus à l'actif de Leroy.

Permission jusqu'à l'Aube
J'ai hésité à l'intégrer, la réalisation du film étant généralement plus attribuée à Ford. Loin de la catastrophe décrite ici et là en tout cas, honnête petite comédie dramatique avec Lemmon, Cagney et Powell qui cabotinent joyeusement face à un Henry Fonda plus sobre. Oubliable mais distrayant.

La Mauvaise Graine
Film insolite et assez osé pour l'époque, qui mêle drame psychologique et épouvante avec un certain bonheur avant que son impact ne soit atténué par un générique de fin "explicatif" franchement ridicule. À voir néanmoins.


D'autres Leroy qui m'intéressent: The World Changes, Anthony Adverse, Madame Curie, Les Quatre Filles du Docteur March et son dernier Moment to Moment.
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