Greta Garbo (1905-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

Modérateurs: cinephage, Strum

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 28 Fév 10, 18:42

"The seventh sin" est un film à voir, moins abouti que la version de Garbo ou la dernière avec Naomi Waats, mais ça reste intéressant comme même . Concernant les films avec Garbo qui n'existent pas encore en DVD, il reste encore en dehors du "Voile des illusions": "La Femme aux deux visages", "Inspiration", "Romance", "Comme tu me veux" et des muets: "Torrent" et "Intrigues" (Woman of Affairs").
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 28 Fév 10, 18:54

J'ai oublié aussi "La Courtisane" avec Clark Gable à ses débuts (avec lequel elle forme un couple tout à fait surprenant et convaincant) où sa beauté et son rayonnement sont à couper le souffle!
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar joe-ernst » 1 Mar 10, 14:37

francesco a écrit:C'est marrant, cette remarque, parce qu'il me semble qu'on ne fait pas plus figée que Dietrich, non ? C'est d'ailleurs une de ses forces.


Tu devrais arrêter de regarder les films en mode pause... :mrgreen:

Plus sérieusement, as-tu seulement vu Dishonored et sa fameuse pantomime ? Imagines-tu un seul instant Garbo faire une chose pareille ? Non, elle s'est juste contentée de rire une fois, et sa dignité a dû terriblement en souffrir...
Image

We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
joe-ernst
Régisseur
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 3160
Inscription: 20 Mar 06, 15:11
Localisation:

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Cathy » 1 Mar 10, 14:42

joe-ernst a écrit:
francesco a écrit:C'est marrant, cette remarque, parce qu'il me semble qu'on ne fait pas plus figée que Dietrich, non ? C'est d'ailleurs une de ses forces.


Tu devrais arrêter de regarder les films en mode pause... :mrgreen:

Plus sérieusement, as-tu seulement vu Dishonored et sa fameuse pantomime ? Imagines-tu un seul instant Garbo faire une chose pareille ? Non, elle s'est juste contentée de rire une fois, et sa dignité a dû terriblement en souffrir...


J'avais cette image de Garbo figée, mais justement en voyant tous ces films en quelques jours, je me suis aperçue qu'elle souriait et qu'elle riait dans tous ses films, contrairement à l'idée reçue de Ninotchka "Garbo Laughs". Pourquoi vouloir toujours faire un choix entre Garbo et Dietrich ! Elles sont semblables et différentes, et on peut apprécier les deux. Dietrich me semble aussi jouer toujours sur un même mode, comme souvent la plupart des acteurs qui une fois trouvé leurs rôles de prédilections sortent rarement des sentiers battus surtout à cette époque-là !
Cathy
Réalisateur
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 6561
Inscription: 10 Aoû 04, 12:48

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Major Dundee » 1 Mar 10, 14:58

Cathy a écrit:
joe-ernst a écrit:
francesco a écrit:C'est marrant, cette remarque, parce qu'il me semble qu'on ne fait pas plus figée que Dietrich, non ? C'est d'ailleurs une de ses forces.


Tu devrais arrêter de regarder les films en mode pause... :mrgreen:

Plus sérieusement, as-tu seulement vu Dishonored et sa fameuse pantomime ? Imagines-tu un seul instant Garbo faire une chose pareille ? Non, elle s'est juste contentée de rire une fois, et sa dignité a dû terriblement en souffrir...


J'avais cette image de Garbo figée, mais justement en voyant tous ces films en quelques jours, je me suis aperçue qu'elle souriait et qu'elle riait dans tous ses films, contrairement à l'idée reçue de Ninotchka "Garbo Laughs". Pourquoi vouloir toujours faire un choix entre Garbo et Dietrich ! Elles sont semblables et différentes, et on peut apprécier les deux. Dietrich me semble aussi jouer toujours sur un même mode, comme souvent la plupart des acteurs qui une fois trouvé leurs rôles de prédilections sortent rarement des sentiers battus surtout à cette époque-là !


Moi j'ai quand même une préférence pour Garbo sauf que "L'ange bleu" m'a vraiment bouleversé sexuellement quand j'étais très jeune. Je l'ai vu un grand nombre de fois et cette sensation ne s'est jamais démentie à tel point que
Allez je me lache
Spoiler: open/close
j'en arrive presque à sentir son odeur :oops:
Charles Boyer (faisant la cour) à Michèle Morgan dans Maxime.

- Ah, si j'avais trente ans de moins !
- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


Henri Jeanson
Major Dundee
Monteur
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 4941
Inscription: 15 Mai 06, 12:32
Localisation: Bord de la piscine de "Private Property"

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 1 Mar 10, 16:05

C'est étrange cette légende de Garbo "non-rieuse" jusqu'à "Ninotschka". Car, lorsqu'on connaît bien sa filmographie, on sait que cela est très loin d'être vrai. Certes elle fut avant tout une immense tragédienne, mais il est évident qu'elle avait également un sens inné de l'humour et de l'absurde. On réalise pleinement ces qualités en connaissant bien sa filmographie. Mais donnons, comme même, quelques exemples: Son numéro de clown adorable en train d'imiter son frère (Douglas Fairbanks Jr) dans "Intrigues"; Son rire de petite fille sous le charme de Clark Gable dans "Courtisane" lorsque Gable lui propose du caviar. Elle rit également aux éclats (à mon avis d'une manière plus convaincante que dans "Ninotschka") dans "La Reine Christine" lors de sa première rencontre avec Don Antonio. Et elle peut être tout à fait drôle dans un rôle tragique, en riant ou en plaisantant dans les premières scènes au théâtre dans la sublime "Dame aux Camélias". Garbo a été une actrice d"une diversité extraordinaire (contrairement à la légende qui veut d'elle une actrice "figée"). Elle pouvait passer sans problème et avec une capacité extraordinaire de se transformer (en révélant chaque fois différents visages de la femme et de l'actrice) de l'espionne sensuelle et mystérieuse de "La Belle Ténébreuse", à la femme moderne et tragique de "Woman of Affairs", à la prostituée endurcie et portant généreuse de "Anna Christie", à la chanteuse amnésique et cynique de "Comme tu me veux" (son étonnant face à face avec Von Stroheim), à une reine androgyne dans "La Reine Christine", la femme simple et naïve du "Voile des illusions" à la courtisane romantique du "roman de Marguerite Gautier". Quant à la comparaison avec Marlène, il s'agit de deux femmes et artistes très différentes. Pour ma part, je préfère (et de loin Garbo) mais, j'apprécie comme même Marlène et j'ai un très grand respect pour son mythe. Mais mon rôle préféré d'elle (ce n'est pas dans les films de Strenberg) mais plutôt chez Billy Wilder où effectivement elle interprète d'une façon remarquable un double personnage dans "Témoin à charge" aux côtés du grand Charles Laughton.
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Miss Nobody » 11 Mar 10, 17:43

La reine Christine

Image

Après avoir déserté Hollywood pendant près de deux ans, Garbo « la divine » revient sur les écrans sous les traits de la reine Christine de Suède... un rôle sur mesure pour l'actrice qui a toujours porté en elle le charme et la froideur scandinave, et qui, depuis l'émergence du cinéma parlant, complétait son personnage d'un accent très marqué.
Féministe avant l'heure, Christine est une souveraine éclairée, pacifiste, mais un peu trop libre dans ses pensées. Elle règne le jour et s'instruit la nuit, se déguise en homme, donne des baisers aux hommes comme aux femmes, et fuit le mariage comme la peste... Et puis, un jour, Christine s'offre à un homme, sa vie déraille, et la réalité historique avec.
En totale opposition avec le style de Von Sternberg dans « L'impératrice rouge », Mamoulian livre une reconstitution historique sobre et fidèle. Si elle ne s'autorise aucune extravagance, sa mise en scène, élégante et méticuleuse, force tout de même l'admiration, par une occupation toujours très maîtrisée de l'espace, par des gros plans envoûtants de Garbo distillés aux moments clés du film, et par sa capacité remarquable à magnifier les sentiments.
Evidemment, Hollywood n'a pas hésité, une fois encore, à romancer l'Histoire. Bien sûr, ça n'est pas l'amour qui a amené la reine Christine à abandonner son trône pour des contrées plus ensoleillées (il s'agit en fait de son attirance un peu trop marquée pour la religion catholique), mais cette passion amoureuse, dévorante et cinégénique, nous offre de purs moments d'émotion que l'on ne voudrait échanger pour rien au monde...
Pour incarner son amant, Greta Garbo a imposé une de ses propres conquêtes, John Gilbert, star déchue du muet avec qui elle avait déjà partagé plusieurs affiches. Malgré son interprétation tout à fait honnête, l'acteur ne retrouvera jamais la célébrité et sombrera dans l'alcoolisme. Il faut dire qu'il est difficile d'exister face à une Garbo altière et pleine de charisme, qui vampirise littéralement l'écran. Pas une scène ne se déroule sans elle et la caméra reste toujours à fleur de sa peau. Finalement, Garbo aura rarement été aussi belle et convaincante que lorsqu'elle songe en noir-et-blanc en regardant la neige tomber sur le carton-pâte. « La Reine Christine » est peut-être son plus beau film. Il est en tout cas celui qui lui sied le mieux.


8/10
Image
Miss Nobody
heureuse d'être contente
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 9198
Inscription: 23 Oct 05, 15:37
Localisation: Quelque part ailleurs
Last.fm

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 12 Mar 10, 12:52

Les gros plans auxquels vous faites allusion dans "La Reine Christine" sont en effet parmi les plus beaux et les plus envoutants de l'actrice. Garbo semble "perdue" dans sa mélancolie, sa tristesse, ses songes, son univers si particulier et personnel et on a envie de se perdre avec elle. Ce sont de moments privilégiés dans la filmographie de l'actrice empeignés d'une douce et merveilleuse mélancolie qui me font penser à la musique de Chopin, aux paysages enneigés de la Scandinavie. C'est dommage, vu la beauté de ce film et l'osmose parfaite entre Garbo et son réalisateur que Mamoulian n'a eu l'occasion de faire un autre film avec la Divine.
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Miss Nobody » 8 Juin 10, 19:09

Anna Karenine

Image

Après avoir interprété une première Anna Karénine dans un film muet de 1927 avec John Gilbert, Greta Garbo retrouve le personnage de Tolstoï, près de 10 ans plus tard, pour cette nouvelle adaptation en costume, signée Clarence Brown.
Il s'agit d'un film honnête et plaisant, servi par des interprétations honorables (dont celle du remarquable Basil Rathbone, habitué aux rôles de « méchants », qui joue ici un mari glaçant). Seul Frederic March semble peiner à rentrer dans la peau de son personnage, et ne convainc pas tout à fait dans le rôle du soldat transi d'amour. Quant à Garbo, « elle fait du Garbo dans un film de Garbo », et le résultat est tout à fait satisfaisant, pour qui n'est pas allergique, bien sûr, à ses poses statufiées et à son air grave.
Il est vrai que Greta Garbo n'est pas une actrice à la palette très étendue: on lui a toujours confié plus ou moins les mêmes rôles, et elles les a toujours interprétés plus ou moins de la même manière. Cependant, elle possède une présence indéniable et le charisme des grandes dames du théâtre. A partir du moment où elle a accédé au statut de star, et, par la même, à celui d'icône, ses films n'ont été qu'une succession d'apparats et de piédestaux (plus ou moins glorieux) destinés à la mettre en valeur, et ses personnages, aussi grands soit-ils, ont tous pris son nom. Anna Karénine ne déroge pas à la règle. D'elle, ne reste plus que les beaux costumes d'époques et le destin tragique: tout le reste est vampirisé par Garbo, dont le côté altier et détaché ne sied pas toujours à la fragilité ou au désespoir, mais qui parvient malgré tout à émouvoir.
Le réalisateur nous gratifie d'une très belle mise en scène dans la première partie de film (la scène de banquet, la première apparition d'Anna, le coucher de soleil vu depuis le train, le bouillonnement et l'échange de partenaires lors du bal) avant de revenir vers un classicisme très sage dans la seconde partie.
Etrangement, c'est une fois que les deux amants se retrouvent et vivent leur amour, que le charme s'estompe. Et si on parvient à capter, à certains instants, dans un regard ou une parole, la dimension tragique de cet amour maudit, l'émotion n'est que rarement au rendez-vous.
Il faut dire que le film est, comme couramment à l'époque, de très courte durée (à peine 1h30). L'avantage est que l'on n'a pas le temps de s'ennuyer, malgré la linéarité de l'histoire (une femme adultère décide de préférer son amant à son mari), l'inconvénient est que les enchaînements rapides se font au détriment de l'approfondissement des personnalités et des sentiments. De plus, le film n'est pas toujours bien maîtrisé dramatiquement. C'est le cas notamment, et c'est tout de même un comble, dans la toute fin du film où, après l'apogée que constitue le suicide d'Anna, le réalisateur nous colle une scène surfaite de repentance et le « the end » sur un petit portrait figée de Garbo souriante.
Bien qu'anodin et dispensable, Anna Karénine demeure un film agréable et soigné, qui permet à la belle Greta d'incarner un beau rôle, romantique et tragique, peu avant celui de « La Dame aux Camélias ».

6/10

Le roman de Marguerite Gautier

Image

Parmi les héroïnes de drames romanesques, la dame aux camélias, courtisane au coeur d'or, est sans conteste l'une de mes favorites. En écrivant son roman (qu'il adaptera ensuite pour le théâtre), Dumas-fils pensait à la belle Marie Duplessis, demi-mondaine célèbre qui fut pour un temps sa maîtresse. Marie, devenue Marguerite sous la plume de l'écrivain, fut incarnée par une série de comédiennes (et de sopranes), avant d'être imprimée sur pellicule, et de traverser tout un siècle de cinéma. Greta Garbo, dans de belles robes froufroutantes, incarne sans conteste la plus mémorable d'entre elles.
Son jeu est toujours convaincant. Elle a le charisme, la voix et la stature d'une grande actrice dramatique, et l'on pardonne bien vite sa relative théâtralité. En outre, pour une fois, elle trouve un partenaire à sa hauteur, en la personne du beau Robert Taylor. Celui-ci livre une interprétation tout en charme et en finesse du paradoxal Armand Duval, amoureux à la fois passionné mais aussi timide et un peu fade. A eux deux, ils forment l'un des couples les plus glamours d'Hollywood.
L'intrigue est savamment brodée autour de l'oeuvre d'origine. Bien que tout à fait démodé, « La dame aux Camélias » reste une grande histoire d'amour, et un remarquable portrait de femme. Cukor a su transformer le tout en un film magnifique, serti de très beaux décors parisiens et de toilettes ravissantes.
Quant au film de 1921, avec Rudolph Valentino et l'exubérante Alla Nazimova, livré en bonus du dvd, il s'agit d'une curiosité sympathique, mais tout à fait anodine, qui fleure bon les années folles. Marguerite y devient une escort-girl des années 20, évoluant dans un étonnant appartement art-déco qui, à lui seul, vaut le détour. Mais on préférera évidemment se pencher sur la version parlante sus-citée, pour redécouvrir la mythique héroïne du roman de Dumas-fils...

7,5/10

La chair et le diable

Image

« La chair et le diable » est un muet assez mineur, célèbre néanmoins pour avoir été le premier à réunir John Gilbert et Greta Garbo, la petite moustache noire de la star américaine et les longs sourcils arqués de la jolie suédoise. A l'écran, Gilbert est ébahi par Garbo la sensuelle, qui lui donne des baisers la bouche entrouverte et lui jette des regards à faire fondre un roc. Les deux acteurs ne tardent pas à entamer une relation médiatisée hors des plateaux, qui offre une publicité inestimable à la MGM. Le film est un grand succès pour le studio et Garbo gagne en notoriété. Pourtant, en dehors de ce couple bouillant, et de quelques scènes discrètement érotiques, il n'y a pas grand chose à retenir de ce mélodrame longuet et sans surprise...
L'histoire est simpliste et hautement prévisible. Un jeune homme bien, Léo, tombe amoureux d'une pécheresse, Félicitas, qui, après lui avoir fait commettre un adultère et un meurtre, le trahit en se mariant avec son meilleur-ami et frère de sang, Ulrich. A ce stade, on est presque dans un ménage à trois à la « Jules et Jim »... sauf que la bonne morale religieuse intervient, avec ses gros sabots, et fait de Garbo une vraie diablesse, qu'il faut éviter, et châtier, bien sûr.
Bien que le film souffre de cette intrigue désuète et de vraies longueurs, il se laisse suivre sans déplaisir. La mise en scène de Clarence Brown est honnête. Elle nous offre de belles idées et de jolies images (parmi lesquelles un duel en hors-champ, un échange de cigarette sensuel éclairé avec une allumette-ampoule, des larmes de pluie roulant sur le visage de Garbo à sa fenêtre, et une noyade terrible), mais aussi quelques ratés (notamment des effets de surimpressions hideux). Et puis... il y a la Divine... Car c'est évidemment Greta Garbo qui subjugue, avec un jeu moderne et envoûtant. En femme fatale (rôle qu'elle n'appréciait pourtant pas), la clope au bec et des boucles brunes coulant sur son front, elle est sublime, sensuelle, et n'a rien à envier à toutes les autres grandes séductrices du septième art.

5,5/10
Image
Miss Nobody
heureuse d'être contente
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 9198
Inscription: 23 Oct 05, 15:37
Localisation: Quelque part ailleurs
Last.fm

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 8 Juin 10, 20:42

Tout d'abord, je vous prie de m'excuser, car j'ai un clavier a ma disposition avec lequel je ne suis pas toujours en mesure mettre des accents en français. Tres intéressants, en effet, ces points de vue sur les films avec Garbo. Evidemment, en ce qui concerne Le Roman de Marguerite Gautier, pour moi en tout cas, ça reste un chef d'oeuvre absolu du cinéma romantique. Je ne pense pas que Garbo ait, comme vous l'indiquez, une certaine théâtralité dans son jeu, c'est même le contraire, elle reste cinématographique dans tout le sens tout terme. Elle est a la fois, romantique, cynique, moderne, tragique, drôle. Il est très difficile de trouver une autre interprétation dans toute l'histoire du cinéma capable de nous révéler autant de complexité. Des exemples: La scène du piano, absolument bouleversante avec les larmes se mêlant avec le rire hystérique, la douceur et la maturité de la scène de la vente aux enchères lorsque Marguerite revoit Armand et lui offre le livre sur Manon Lescaut, la dignité incomparable de la scène ou le père de Armand demande a Marguerite de renoncer a Armand, la scène ou Marguerite, en apparence dure et cynique doit quitter Armand, l'une des scènes les plus bouleversantes dans l'histoire du cinéma et bien sur l'incomparable scène de la mort de Marguerite. Garbo habite toutes ces scènes comme une véritable actrice cinématographique, en nous révélant plusieurs facettes de la femme et de l'actrice dans de plans cinématographiques tout a fait stupéfiants. Même la grande Maria Callas disait que c'est Garbo qui inspira sa propre interprétation de La Traviata. Une interprétation inégalable. En ce qui concerne La Chair et le diable, personnellement je le considère comme un véritable chef d'oeuvre du muet. L'intrigue. Peu importe. Il me semble qui'il y a une véritable audace a la fois dans l'interprétation de la Divine, bien évidemment, mais aussi dans la réalisation de injustement oublie aujourd'hui, Clarence Brown. Les exemples de cette mise en scène éblouissante sont nombreuses: Les scènes de séduction dans le jardin, les scènes d'amour a l'horizontale entre Garbo et Gilbert, une première dans le cinéma hollywoodien, le duel en ombres, l'une de scènes les plus extraordinaires du cinéma muet, ainsi que la scène de la communion, sensuelle et provocante. A mon avis, c'est dommage que Clarence Brown est souvent oublie et écarté par la critique en France. Ses films, surtout dans le muet sont somptueux> J'ai vu ce film a Londres il y a quelques années dans une salle pleine a craquer avec l'orchestre dirige par le grand Carl Davis, un autre oublie en France et avec cerise sur le gâteau, la fille de John Gilbert qui presenta le film au public et ce fut une expérience inoubliable et le public était sous le charme. Et a mon avis toujours, le sommet de la collaboration de Clarence Brown avec la Divine, plus que La Chair et le Diable, a été atteint quelques années plus tard dans le méconnu Intrigues (Woman of Affairs) ou il avait donne un rôle a la mesure du génie dramatique et de la personnalité de la Divine (film dans lequel elle popularisa par ailleurs le fameux trench coat grâce aussi a sa première collaboration avec Adrian).
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Federico » 9 Juin 10, 01:00

Cathy a écrit:
joe-ernst a écrit:
francesco a écrit:C'est marrant, cette remarque, parce qu'il me semble qu'on ne fait pas plus figée que Dietrich, non ? C'est d'ailleurs une de ses forces.


Tu devrais arrêter de regarder les films en mode pause... :mrgreen:

Plus sérieusement, as-tu seulement vu Dishonored et sa fameuse pantomime ? Imagines-tu un seul instant Garbo faire une chose pareille ? Non, elle s'est juste contentée de rire une fois, et sa dignité a dû terriblement en souffrir...


J'avais cette image de Garbo figée, mais justement en voyant tous ces films en quelques jours, je me suis aperçue qu'elle souriait et qu'elle riait dans tous ses films, contrairement à l'idée reçue de Ninotchka "Garbo Laughs". Pourquoi vouloir toujours faire un choix entre Garbo et Dietrich ! Elles sont semblables et différentes, et on peut apprécier les deux. Dietrich me semble aussi jouer toujours sur un même mode, comme souvent la plupart des acteurs qui une fois trouvé leurs rôles de prédilections sortent rarement des sentiers battus surtout à cette époque-là !


Oui, le débat Garbo-Dietrich m'a toujours fait penser à celui qui opposa en son temps Beatlesmaniaques contre Stoniens, tous deux attisés par la presse et les plans marketing. Et côté pub, les studios hollywoodiens s'y connaissaient pour faire monter la mayonnaise. Le fameux (et idiot, pour les raisons très bien expliquées sur ce forum) Garbo laughs ! de Ninotchka est un parfait exemple de promo pour relancer une actrice de plus en plus concurrencée et sur laquelle on avait collé une étiquette de sévérité, alors que dans la vie courante, Garbo était paraît-il une timide qui ne détestait pas se lâcher de temps en temps. Garbo fut d'ailleurs aussi adulée que caricaturée (on se gaussait de son impassibilité et... de ses grands pieds comme le montra Hollywood Steps Out de Tex Avery en 1941 où défilèrent toutes les stars de l'époque).

Image

Sa voix très grave, sa silhouette athlétique et son accent suédois très prononcé (ou peut-être cultivé comme celui de Jane Birkin) n'aidaient pas aussi. Lubitsch en tirera le meilleur... parti en lui offrant le rôle de la stricte camarade du Politburo opposée (pas longtemps) à la désinvolture charmeuse d'un french lover et aux dérives crypto-bourgeoises de ses acolytes retournés par les délices de Capoue du Gai Paris.

Sinon, j'ai toujours trouvé dans l'ensemble son talent d'actrice assez moyen mais qui sait si elle n'aurait pas pu entamer une seconde carrière dans la comédie (même si La femme aux deux visages n'est pas ce que Cukor fit de mieux) ? Elle a peut-être aussi eu moins de chance avec ses réalisateurs que Dietrich, façonnée et même métamorphosée par Sternberg. Dans la plupart de ses films, Garbo semble davantage captée par les chefs opérateurs (William Daniels en tête) que réellement dirigée. Dans la catégorie "pas d'bol", le début des années 40 coïncida aussi avec l'arrivée hollywoodienne d'une nouvelle grande suédoise, Ingrid Bergman, suivie quelques années après par une blonde sculpturale, magnétique, hyper-cinégénique et à voix grave nommée Lauren Bacall...
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
Federico
Directeur photo
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 5398
Inscription: 9 Mai 09, 11:14
Localisation: Comme Mary Henry : au fond du lac

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar yiannis » 9 Juin 10, 02:16

L'étrange ce regard sur Garbo. Pour ma part, j'étais toujours stupéfait du génie de Garbo en tant qu'actrice et je n'avais jamais pense que que fut une actrice limitée, bien au contraire. Quant a Ninotschla et Lubitch oui. c'est un film merveilleux, mais pas forcement le plus représentatif de la Divine. Si vous voulez cherchez l'actrice de génie, essayez plutôt, bien évidemment Le Roman de Marguerite Gautier, La Reine Christine, ou les injustements méprisés, Voile des illusions, ainsi que l'extraordinaire Woman of Affairs pour ne citer que quelques-uns. Peut-être je suis l'un des rares qui ne se plaignent pas par
rapport a la qualité de films de la Divine, compares a ceux de Marlene. Comme même, Garbo elle a travaille avec de très grands réalisateurs, comme Stiller, Pabrs, Feyder, Mamoulian, Cukor, Seastrom, Lubitch, sans oublier Brown, ou Goulding et elle fut la star et l'actrice par excellence des années vingt et trente.
yiannis
Stagiaire
 
Messages: 55
Inscription: 28 Fév 10, 10:47

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Miss Nobody » 13 Juin 10, 13:51

Ha... on a affaire à un véritable fan, en la personne de Yiannis, il semblerait.

Pour ma part, je continue avec plaisir ma découverte de la filmographie de la divine... Je me laisse envoûter tout en continuant d'observer que:

1) Ses personnages/rôles/interprétations se ressemblent tous beaucoup...
2) Son imposant charisme et sa stature l'empêchent de s'évader de son image de star glacée et de donner dans la légèreté par exemple (ça n'est pas un reproche en soit, puisqu'à l'époque, c'était le lot de toutes les stars d'être rangées et étiquetées dans de petites cases hermétiques), tout en vampirisant tout sur son passage.
3) Son jeu me semble égal à lui-même au fil des années: très moderne pour le muet, un peu outré pour le parlant. Garbo est éternellement Garbo. Elle brille néanmoins par ce jeu unique, toujours un peu au dessus du naturel...


Dans "Ninotchka" néanmoins, peut être car elle est mieux dirigée, je trouve toutes ces observations atténuées. Garbo est toujours grande et charismatique, mais son interprétation me semble plus subtile et nuancée.
Dernière édition par Miss Nobody le 13 Juin 10, 13:54, édité 2 fois.
Image
Miss Nobody
heureuse d'être contente
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 9198
Inscription: 23 Oct 05, 15:37
Localisation: Quelque part ailleurs
Last.fm

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Miss Nobody » 13 Juin 10, 13:52

Ninotchka

Image

« Ninotchka » est une comédie à la mise en scène habile et au scénario brillant (composé notamment par le célèbre duo Billy Wilder/Charles Brackett), qui conjugue humour et amour en Europe, dans une époque déjà tourmentée. Sans se prendre dans les rets de la propagande heureusement, « Ninotchka » est un film au message politique fort, et on ne s'étonnera pas de le voir remanié pendant la guerre froide (sous forme de comédie musicale) pour appuyer la lutte contre le communisme. Dans le film de Lubitsch, le régime stalinien en prend effectivement pour son grade, et même si la satire reste fine, on n'échappe pas aux stéréotypes. Surtout que face au communisme liberticide, le capitalisme est plutôt épargné (malgré quelques petites piques sur la frivolité et le ridicule bourgeois) et représente une sorte de monde rêvé, fait de luxe, d'amour et de légèreté. Ceci étant, le film parvient à rester subtil sur toute la longueur, et a l'intelligence de condamner l'aspect dictatorial du stalinisme plutôt que de juger fondamentalement les idéaux communistes.
Toute la première partie est un délice, au rythme précis et à l'humour efficace. Le film s'essouffle très légèrement une fois que les noeuds de l'intrigue sont mis en place (globalement, à partir du moment où Ninotchka se dévergonde), mais demeure parsemé de jolis moments, dont la toujours très émouvante scène de censure (qui me fait immanquablement verser une petite larme, y compris dans le remake de Mamoulian).
Greta Garbo est excellente dans le rôle-titre à part peut-être dans sa fameuse scène d'éclat de rire, qui a servi de base à la promotion du film. « Garbo laughs! » clamaient les affiches de l'époque comme s'il s'agissait de l'événement du siècle (alors que la divine suédoise s'était esclaffée dans bien d'autres films). Alors oui, c'est sûr, dans « Ninotchka » Garbo rit; mais d'un rire tonitruant et prolongé qui résonne aussi faux qu'il ennuie, tout simplement parce que le spectateur lui, ne rit pas vraiment. Mais on passera très rapidement l'éponge sur cette scène d'autant que le reste de l'interprétation de Garbo force le respect. Elle est très convaincante dans la peau de cette froide bolchévique qui décrispe peu à peu son visage, et elle parvient bien à révéler les émotions de son personnage par de petits gestes discrets mais efficaces (une bouche qui esquisse un sourire, une larme qui se forme au coin de l'oeil ...).
« Ninotchka » est une comédie « à l'ancienne » brillante et spirituelle, un délicieux moment en charmante compagnie (de Garbo à Lubitsch, en passant par Wilder), doublé d'un regard intéressant sur une époque. On pourra également, et sans honte, se pencher sur son remake musical, « La belle de Moscou », joyeuse adaptation du film par Rouben Mamoulian, Fred Astaire et Cyd Charisse.


8/10
Image
Miss Nobody
heureuse d'être contente
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 9198
Inscription: 23 Oct 05, 15:37
Localisation: Quelque part ailleurs
Last.fm

Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Julien Léonard » 13 Juin 10, 14:11

Grâce à tous tes avis, Miss Nobody, je me dis que j'ai vraiment bien fait de me procurer ce coffret Garbo chez Warner. C'était l'occasion d'apprendre à connaître cette actrice totalement absente de ma DVDthèque (on trouve d'ailleurs Grand hôtel avec elle, dans le coffret Joan Crawford). Bref, un point absent dans ma cinéphilie américaine qu'il me faudra désormais colmater. Lequel de tous ces films me conseillerais-tu en particulier ?

Je sais bien que tu as mis des notes, mais je préfère te redemander. Pour un novice, par quoi commencer ? :)
Image
Julien Léonard
Duke forever
Avatar de l’utilisateur
 
Messages: 8915
Inscription: 29 Nov 03, 21:18
Localisation: Hollywood

PrécédenteSuivante

Retourner vers Classiques naphtalinés

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 3 invités