Anna Karenine
Après avoir interprété une première Anna Karénine dans un film muet de 1927 avec John Gilbert, Greta Garbo retrouve le personnage de Tolstoï, près de 10 ans plus tard, pour cette nouvelle adaptation en costume, signée Clarence Brown.
Il s'agit d'un film honnête et plaisant, servi par des interprétations honorables (dont celle du remarquable Basil Rathbone, habitué aux rôles de « méchants », qui joue ici un mari glaçant). Seul Frederic March semble peiner à rentrer dans la peau de son personnage, et ne convainc pas tout à fait dans le rôle du soldat transi d'amour. Quant à Garbo, « elle fait du Garbo dans un film de Garbo », et le résultat est tout à fait satisfaisant, pour qui n'est pas allergique, bien sûr, à ses poses statufiées et à son air grave.
Il est vrai que Greta Garbo n'est pas une actrice à la palette très étendue: on lui a toujours confié plus ou moins les mêmes rôles, et elles les a toujours interprétés plus ou moins de la même manière. Cependant, elle possède une présence indéniable et le charisme des grandes dames du théâtre. A partir du moment où elle a accédé au statut de star, et, par la même, à celui d'icône, ses films n'ont été qu'une succession d'apparats et de piédestaux (plus ou moins glorieux) destinés à la mettre en valeur, et ses personnages, aussi grands soit-ils, ont tous pris son nom. Anna Karénine ne déroge pas à la règle. D'elle, ne reste plus que les beaux costumes d'époques et le destin tragique: tout le reste est vampirisé par Garbo, dont le côté altier et détaché ne sied pas toujours à la fragilité ou au désespoir, mais qui parvient malgré tout à émouvoir.
Le réalisateur nous gratifie d'une très belle mise en scène dans la première partie de film (la scène de banquet, la première apparition d'Anna, le coucher de soleil vu depuis le train, le bouillonnement et l'échange de partenaires lors du bal) avant de revenir vers un classicisme très sage dans la seconde partie.
Etrangement, c'est une fois que les deux amants se retrouvent et vivent leur amour, que le charme s'estompe. Et si on parvient à capter, à certains instants, dans un regard ou une parole, la dimension tragique de cet amour maudit, l'émotion n'est que rarement au rendez-vous.
Il faut dire que le film est, comme couramment à l'époque, de très courte durée (à peine 1h30). L'avantage est que l'on n'a pas le temps de s'ennuyer, malgré la linéarité de l'histoire (une femme adultère décide de préférer son amant à son mari), l'inconvénient est que les enchaînements rapides se font au détriment de l'approfondissement des personnalités et des sentiments. De plus, le film n'est pas toujours bien maîtrisé dramatiquement. C'est le cas notamment, et c'est tout de même un comble, dans la toute fin du film où, après l'apogée que constitue le suicide d'Anna, le réalisateur nous colle une scène surfaite de repentance et le « the end » sur un petit portrait figée de Garbo souriante.
Bien qu'anodin et dispensable, Anna Karénine demeure un film agréable et soigné, qui permet à la belle Greta d'incarner un beau rôle, romantique et tragique, peu avant celui de « La Dame aux Camélias ».
6/10Le roman de Marguerite Gautier
Parmi les héroïnes de drames romanesques, la dame aux camélias, courtisane au coeur d'or, est sans conteste l'une de mes favorites. En écrivant son roman (qu'il adaptera ensuite pour le théâtre), Dumas-fils pensait à la belle Marie Duplessis, demi-mondaine célèbre qui fut pour un temps sa maîtresse. Marie, devenue Marguerite sous la plume de l'écrivain, fut incarnée par une série de comédiennes (et de sopranes), avant d'être imprimée sur pellicule, et de traverser tout un siècle de cinéma. Greta Garbo, dans de belles robes froufroutantes, incarne sans conteste la plus mémorable d'entre elles.
Son jeu est toujours convaincant. Elle a le charisme, la voix et la stature d'une grande actrice dramatique, et l'on pardonne bien vite sa relative théâtralité. En outre, pour une fois, elle trouve un partenaire à sa hauteur, en la personne du beau Robert Taylor. Celui-ci livre une interprétation tout en charme et en finesse du paradoxal Armand Duval, amoureux à la fois passionné mais aussi timide et un peu fade. A eux deux, ils forment l'un des couples les plus glamours d'Hollywood.
L'intrigue est savamment brodée autour de l'oeuvre d'origine. Bien que tout à fait démodé, « La dame aux Camélias » reste une grande histoire d'amour, et un remarquable portrait de femme. Cukor a su transformer le tout en un film magnifique, serti de très beaux décors parisiens et de toilettes ravissantes.
Quant au film de 1921, avec Rudolph Valentino et l'exubérante Alla Nazimova, livré en bonus du dvd, il s'agit d'une curiosité sympathique, mais tout à fait anodine, qui fleure bon les années folles. Marguerite y devient une escort-girl des années 20, évoluant dans un étonnant appartement art-déco qui, à lui seul, vaut le détour. Mais on préférera évidemment se pencher sur la version parlante sus-citée, pour redécouvrir la mythique héroïne du roman de Dumas-fils...
7,5/10La chair et le diable
« La chair et le diable » est un muet assez mineur, célèbre néanmoins pour avoir été le premier à réunir John Gilbert et Greta Garbo, la petite moustache noire de la star américaine et les longs sourcils arqués de la jolie suédoise. A l'écran, Gilbert est ébahi par Garbo la sensuelle, qui lui donne des baisers la bouche entrouverte et lui jette des regards à faire fondre un roc. Les deux acteurs ne tardent pas à entamer une relation médiatisée hors des plateaux, qui offre une publicité inestimable à la MGM. Le film est un grand succès pour le studio et Garbo gagne en notoriété. Pourtant, en dehors de ce couple bouillant, et de quelques scènes discrètement érotiques, il n'y a pas grand chose à retenir de ce mélodrame longuet et sans surprise...
L'histoire est simpliste et hautement prévisible. Un jeune homme bien, Léo, tombe amoureux d'une pécheresse, Félicitas, qui, après lui avoir fait commettre un adultère et un meurtre, le trahit en se mariant avec son meilleur-ami et frère de sang, Ulrich. A ce stade, on est presque dans un ménage à trois à la « Jules et Jim »... sauf que la bonne morale religieuse intervient, avec ses gros sabots, et fait de Garbo une vraie diablesse, qu'il faut éviter, et châtier, bien sûr.
Bien que le film souffre de cette intrigue désuète et de vraies longueurs, il se laisse suivre sans déplaisir. La mise en scène de Clarence Brown est honnête. Elle nous offre de belles idées et de jolies images (parmi lesquelles un duel en hors-champ, un échange de cigarette sensuel éclairé avec une allumette-ampoule, des larmes de pluie roulant sur le visage de Garbo à sa fenêtre, et une noyade terrible), mais aussi quelques ratés (notamment des effets de surimpressions hideux). Et puis... il y a la Divine... Car c'est évidemment Greta Garbo qui subjugue, avec un jeu moderne et envoûtant. En femme fatale (rôle qu'elle n'appréciait pourtant pas), la clope au bec et des boucles brunes coulant sur son front, elle est sublime, sensuelle, et n'a rien à envier à toutes les autres grandes séductrices du septième art.
5,5/10