Greta Garbo (1905-1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Frances
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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 24 janv. 13, 12:55

feb a écrit :Je te le conseille vivement car tu verras vraiment la différence avec la caméra de Feyder. Et puis l'actrice semble plus à l'aise avec son texte en allemand, comme si le fait de devoir jouer avec cette nécessité de faire ressortir son accent rendait son jeu moins agréable.

- Anna Christie / Version Jacques Feyder - Comme j’aime aller jusqu’au bout des choses et afin d’en avoir le cœur net, j’ai suivi ton conseil et visionné la version réalisée par J. Feyder. Et j’avoue que toute mesure gardée ce fut une bonne surprise. Inutile de préciser que cela ne hausse pas pour autant le film au rang de chef d’œuvre mais il présente indéniablement des qualités absentes de la version de Clarence Brown. Le choix des acteurs tout d’abord, Hans Junkermann dans celui du père tout aussi alcoolique mais moins outré dans son jeu. Salka Viertel interprète une Marthy moins caricaturale même si au final je trouve la scène « des retrouvailles avec Anna » moins réussie que celle de Marie Dressler. Enfin s’il n’est pas le mari idéal, Theo Shal devient ici acceptable et crédibilise l’amour qu’Anna lui porte. Dans l’ensemble les acteurs paraissent plus libres, affranchis ici d’un pathos trop marqué sous la direction de Brown. En résulte un film plus aéré, un montage plus rythmé. Même la tenue de Garbo et son maquillage à son arrivée apparaissent plus justes ne laissant planer aucune ambigüité concernant son passé. J’ai relevé également un très beau et très subtil travelling avant qui resserre légèrement l’espace quand Anna va pour la première fois à la rencontre de son père. Le deuxième acte s’avère cependant moins fluide mais nous offre un travail recherché du clair obscur (à modérer toutefois vu l’état de la copie avec des noirs bouchés et des blancs brûlés). Sans atteindre des sommets de subtilité le couple Anna/Matt fonctionne mieux et l’on croit sincèrement à leur chance de bonheur lors de leur escapade à la fête foraine. S’en suit une fin un peu vite emballée. La scène ou Anna révèle son passé est à mon sens trop théâtrale et ratée dans les deux versions.

C'est ce qui différencie Garbo des 2 autres actrices majeures de la MGM :
- des rôles "exotiques" en rapport avec ses racines européennes : espagnole, russe, italienne, etc.
- pas de rôles de "working girl" qui cherchent à s'élever dans la société comme ce fut souvent le cas avec Crawford et qui plaisaient aux spectateurs.

Merci pour l'éclaircissement. Je n'avais pas fait le lien jusqu'à présent. Force est de constater qu'on tombe dans le stéréotype et quel dommage ! Quand on sait que les Etats unis est un pays d'immigrants ça apparait encore plus absurde...mais bon "cette politique" avait sans doute ses raisons...bonnes ou mauvaises.

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feb
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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar feb » 24 janv. 13, 19:22

Frances a écrit :Merci pour l'éclaircissement. Je n'avais pas fait le lien jusqu'à présent. Force est de constater qu'on tombe dans le stéréotype et quel dommage ! Quand on sait que les Etats unis est un pays d'immigrants ça apparait encore plus absurde...mais bon "cette politique" avait sans doute ses raisons...bonnes ou mauvaises.[/justify]

Je pense que l'on était dans le principe "une actrice = un style" et c'était assez marquant à la MGM.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Vanning » 26 janv. 13, 15:51

une petite parenthèse ou digression : je rebondis sur une vieille discussion (mais le topic a été fermé, donc j'apporte ma petite pierre ici... sorrry :mrgreen: ). Alors que je revois le sublime Mulholland Drive de David Lynch, je suis frappé par la remarque de Betty à Rita (dans l'appartement) : "Of course I'd rather be a great actress than a movie star, but you know sometimes people end up being both." (Bien sûr, je préfèrerais être une grande actrice plutôt qu'une star de cinéma, mais bon, on finit parfois par être les deux"...).

Amusant, non ? :D

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 3 févr. 13, 22:33

Filiba a écrit :A la re-vision, je ne crois pas que Garbo (notre camionneur préférée) joue si mal que ça dans Grand Hotel. Le rôle appelle son jeu artificiel, elle est une diva autocentrée et, comme on disait 50 ans aprés le film, "dans sa bulle".
Par exemple, le plan suivant son coup de foudre avec le grand John la montre solliloquant alors que Barrymore est dans un état comateux, sous l'effet - on le devine - d'une nuit entière de monologue de la belle de Feb.

J’ai revu à l’instant « Grand Hôtel » .Oui Greta Garbo sur-joue et oui elle est pathétique mais la remarque de filiba me parait tout à fait juste. Elle est dans l’excès de ressenti, de sentiments. C’est une écorchée vive qui évolue sur une corde raide en équilibre instable. Les réactions du public, de son entourage sont source de vagues d’angoisse, de doute qu’elle peine à endiguer. Et de la même façon, quand elle tombe amoureuse tout en elle, chacune de ses réactions est exacerbée. Mes souvenirs du film étaient trop flous pour que je me prononce précédemment avec certitude mais après « révision » il est clair que Garbo ne joue pas « comme un pied ». Son interprétation de Grusinskaya s’inscrit dans une logique et m’apparait parfaitement justifiée.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Julien Léonard » 3 févr. 13, 22:41

Frances a écrit :
Filiba a écrit :A la re-vision, je ne crois pas que Garbo (notre camionneur préférée) joue si mal que ça dans Grand Hotel. Le rôle appelle son jeu artificiel, elle est une diva autocentrée et, comme on disait 50 ans aprés le film, "dans sa bulle".
Par exemple, le plan suivant son coup de foudre avec le grand John la montre solliloquant alors que Barrymore est dans un état comateux, sous l'effet - on le devine - d'une nuit entière de monologue de la belle de Feb.

J’ai revu à l’instant « Grand Hôtel » .Oui Greta Garbo sur-joue et oui elle est pathétique mais la remarque de filiba me parait tout à fait juste. Elle est dans l’excès de ressenti, de sentiments. C’est une écorchée vive qui évolue sur une corde raide en équilibre instable. Les réactions du public, de son entourage sont source de vagues d’angoisse, de doute qu’elle peine à endiguer. Et de la même façon, quand elle tombe amoureuse tout en elle, chacune de ses réactions est exacerbée. Mes souvenirs du film étaient trop flous pour que je me prononce précédemment avec certitude mais après « révision » il est clair que Garbo ne joue pas « comme un pied ». Son interprétation de Grusinskaya s’inscrit dans une logique et m’apparait parfaitement justifiée.


En revoyant ce superbe film, je suis de plus en plus enclin à penser en grande partie la même chose. Même si John Barrymore, ainsi que Lionel Barrymore, sont encore pour moi les meilleures raisons de distribution pour revoir ce film (quelles performances !), je suis de plus en plus sensible au charme de la Divine dans ce film, y compris dans une interprétation finalement intéressante et passionnée.

Je reste persuadé que ce n'est pas ce que Garbo a donné de meilleur, mais cela reste hautement recommandable. :)
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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar feb » 3 févr. 13, 22:51

Je continue de penser que mise à part la première scène de Garbo (le réveil) où l'actrice est dans l'excès et peut agacer par son jeu (bon perso je suis fan, j'en prendrai une tranche tous les matins :mrgreen: les close up signés Daniels font leur effet en 2 secondes), le reste du film est d'un niveau tout à fait honnête et nous offre de superbes scènes dont celles entre Garbo et Barrymore que je trouve passionnées, délicates et touchantes. Le film de Goulding n'est pas le meilleur de sa filmo mais une fois que l'on a eu à faire au statisme de films comme Anna Christie ou Romance, on peut clairement considérer Grand Hotel comme un film à ré-évaluer. Je pense que c'est un film qu'il faut regarder après avoir parcouru les autres films afin de le replacer dans son contexte :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 3 févr. 13, 22:58

Julien Léonard a écrit :Même si John Barrymore, ainsi que Lionel Barrymore, sont encore pour moi les meilleures raisons de distribution pour revoir ce film

Je les ai en effet trouvé tous les deux bouleversants dans deux registres différents. Deux personnages au bout du rouleau mais dignes et généreux.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 3 févr. 13, 23:10

feb a écrit :Je continue de penser que mise à part la première scène de Garbo (le réveil) où l'actrice est dans l'excès et peut agacer par son jeu (bon perso je suis fan, j'en prendrai une tranche tous les matins :mrgreen: les close up signés Daniels font leur effet en 2 secondes), le reste du film est d'un niveau tout à fait honnête et nous offre de superbes scènes dont celles entre Garbo et Barrymore que je trouve passionnées, délicates et touchantes. Le film de Goulding n'est pas le meilleur de sa filmo mais une fois que l'on a eu à faire au statisme de films comme Anna Christie ou Romance, on peut clairement considérer Grand Hotel comme un film à ré-évaluer. Je pense que c'est un film qu'il faut regarder après avoir parcouru les autres films afin de le replacer dans son contexte :wink:

Pas encore vu "Romance" mais si c'est du même acabit que "Anna Christie" ça risque d'être dur à défendre :mrgreen: A la "révision" encore une fois je dirai que Grand hôtel bénéficie d'une belle densité grâce au foisonnement des personnages, aux diverses situations / relations qu'il explore.Même si la porte tambour est comme un sésame qui nous entraîne vers ce lieu emblématique on perçoit vite les drames qui se trament dans les suites et les chambres. A réévaluer comme tu dis.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar feb » 4 févr. 13, 00:01

Romance fait partie du triplé post-muet qui est à mettre de côté tant ces films sont marqués par le statisme que l'on retrouve dans de nombreuses productions de cette période. Les 3 films signés Brown (j'oublie le Anna Christie version Feyder) sont vraiment des points noirs dans sa filmo tant ils sont figés, lourds et plombés par des dialogues qui semblent interminables. Romance est sans doute le plus mauvais film de l'actrice, Clarence Brown est complètement à côté de la plaque, aucun dynamisme, aucun close-up et, cerise sur le gateau, un acteur principal (Gavin Gordon) qui se fait manger par Garbo au bout de 3 scènes.
Pour l'avoir revu récemment, je me dis que j'ai été bien gentil dans ma petite critique...
viewtopic.php?f=2&t=1784&start=75#p2106330

Personnellement je considère que les films situés après The Kiss et avant Susan Lenox sont à oublier même si des 3 films, Inspiration est celui qui passe le mieux, sans doute parce que Brown semble s'être réveillé et à découvert que l'on pouvait bouger la caméra et prendre le son en même temps :mrgreen: Je te laisse les découvrir Frances (ils sont disponibles sur YouTube si tu ne veux pas passer par la case Warner Archive) :wink:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 6 févr. 13, 19:28

Grand Hôtel – 1932 – Edmund Goulding – Greta Garbo, John Barrymore, Lionel Barrymore, Joan Crawford, Wallace Beery.
Irving Thalberg qui n’était pas en panne d’imagination quand il s’agissait d’attirer le public dans les salles obscures eut l’idée de réunir pour la première fois à l’écran une jolie brochette de stars. Le haut du panier de la MGM, rien moins que cela. Le film est l’adaptation du roman de Vicki Baum : Menschen im Hotel qui fut monté à Broadway avant d’être fixé sur pellicule. La porte tambour symbolise d’emblée l’entrée dans un cycle (celui de la vie) alors que le Dr. Otternschlag commence et achève le film par cette phrase : « "Grand Hotel. People come and go. Nothing ever happens" . Doit-on comprendre qu’il est blasé de voir se répéter les mêmes événements ? N’empêche que cette affirmation résonne terriblement. En 1h52 nous verrons :

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- un modeste comptable ayant décidé de vivre dans le luxe parce qu'il se sait condamné.


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- un conte ruiné jouant les rats d’hôtel pour payer ses dettes et promis à une fin tragique pour avoir cédé à la passion.


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- une secrétaire qui se prostitue pour s’assurer des fins de mois plus confortables.


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- une ballerine dépressive qui se jette à corps perdu dans une histoire d’amour inespérée et finalement tragique.

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- un industriel obnubilé par la fusion de son entreprise qui finira par tuer.


A y regarder de plus près on se rend compte que le film tourne autour de trois thèmes : LE POUVOIR / LE SEXE (L’AMOUR) / L’ARGENT. Les thèmes évoluant et se déplaçant selon les circonstances, au hasard des rencontres entre les protagonistes. Parce que je crois qu’il faut regarder Grand hôtel comme un film circulaire, une grande roue de la vie qui emporte tout sur son passage d’où la relative importance des événements fussent ‘ils tragiques, pour nous spectateur. La répétition des situations affaiblit considérablement leur intensité. Un client chasse l’autre. Au drame succèdera la légèreté et ainsi de suite.
La force du film de Edmound Goulding réside dans son approche universelle et dans son traitement. Un même signifiant évolue et s’adapte en fonction des autres éléments.
- L’argent peut se révéler source de plaisir, de pouvoir, de survie, nécessaire ou futile.
- Le sexe peut être lié directement au pouvoir et à l’argent où à l’amour tout simplement.
- Le pouvoir fait émerger les différences sociales mais n’est pas nécessairement aux mains de celui ou celle qui a l’argent.
Ici seule la ballerine (incarnation de l’art) se moque bien de l’argent, (lien concret au monde) qui par conséquent la déconnecte de la réalité.
Aujourd’hui encore Grand hôtel propose bien des lectures et il faudrait analyser les scènes en profondeur pour en extraire toute l’essence. La lecture de longs posts sur écran étant toutefois fastidieuse je m’arrête là. Ce qui ne veut pas dire que la discussion est close.
:wink:
Dernière édition par Frances le 7 févr. 13, 09:08, édité 1 fois.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Filiba » 6 févr. 13, 21:08

Bien vu Frances
le motif de la ronde et les mêmes causes à l'origine de situations diverses.
Wallace Beery n'est pas convainquant mais le reste de la distribution est extra

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 12 févr. 13, 00:31

Deux mots sur " Flesh and the devil " / La chair et le diable - Clarence Brownl ici :arrow: http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=1784&p=2283306#p2283306

:arrow: Anecdotes – Autour de Flesh and the devil. Source : Commentaire audio du dvd.

Lars Hanson (qui interprète le rôle d’Ulrich – ami d’enfance de Leo et second mari de Felicitas) était suédois comme Greta Garbo. Ils avaient déjà joué ensemble dans « La légende de Gosta Berling » et furent très heureux de se retrouver sur le tournage.

John Gilbert rejoint la MGM en 1924. Il touchait alors 10 000 € / semaine.

Greta Garbo ne souhaitait pas enchaîner « Flesh and the devil » après « The tempress » (rôle trop similaire) mais L.B. Mayer insista et menaça de rompre son contrat si elle ne cédait pas.

A l’époque il existait différents type d’héroïnes à Hollywood répondant à des stéréotypes. On trouve ainsi :
- La vierge pure et innocente (Lilian Gish, Mary Pickford)
- Les femmes vertueuses (Florence Vidor), trop matures et ennuyeuses pour passionner le public.
- Les vamps (Thera Bara, Pola Negri, Gloria Swanson)
- 1918 verra la disparition des vamps sur les écrans. Le monde change, les femmes sont désormais plus libérées.
- 1926  Il faut trouver un nouveau genre de femmes.

La MGM voit en Greta Garbo une Sarah Bernard, une séductrice à la fois forte et vulnérable.

Un collaborateur raconte à propos de Gilbert et Garbo : « On a assisté sur le plateau à la naissance de leur histoire d’amour. Les deux acteurs les plus séduisants d'Hollywood tombaient amoureux sous nos yeux. »

Pour la première fois Gilbert n’était pas le séducteur mais celui qui était séduit.

W.H. Daniels filme ici le premier baiser le plus passionné du cinéma. Des scènes d’amour d’une telle intensité n’avait encore jamais été tournées.

On rapporte que Greta Garbo aurait dit : « Si je n’avais pas rencontré John Gilbert à ce moment là, j’aurais sans doute mis un terme à ma carrière pour rentrer en Suède. Grâce à lui j’ai établi mon premier vrai contact avec cette Amérique qui me semblait si étrange. »

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 3 mars 13, 10:41

The torrent. Monta Bell. - 1926 - Greta Garbo, Ricardo Cortez.

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Premier film de Greta Garbo sur le sol américain. La MGM en confie la réalisation à Monta Bell alors que Garbo s’attendait à tourner sous la direction de Mauritz Stiller. Son partenaire à l’écran : Ricardo Cortez se montre plutôt condescendant à son égard pendant le tournage, lui qui se considère comme une star contraint de partager l’affiche avec une petite suédoise inconnue. Garbo a du mal à se faire aux méthodes hollywoodiennes. Monta Bell plutôt que de diriger ses acteurs attend d’eux des suggestions. Stiller ne cache pas sa déception lors de la vision du film qui sera cependant bien accueilli par les critiques et le public à sa sortie.


La fille d’un fermier (Leonora) à la voix de rossignol et le fils d’une riche propriétaire s’aimaient d’amour tendre au grand dam de la mère de ce dernier. Leonora partira à Paris où elle entamera une carrière de cantatrice alors que Rafael, selon le souhait de sa mère se fera élire député et courtisera la fille d’un gros éleveur de porcs.

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La première scène sur fond de décor peint annonce la couleur. Dans The torrent les personnages sont esquissés à gros traits. On découvre successivement Les parents de Leonora, humbles fermiers soumis. Cupido, le barbier/maître de chant porté sur la bouteille. Leonora qui rêve comme toutes les jeunes filles au prince charmant et espère que sa voix, perçue comme un cadeau divin, apportera fortune et aisance à ses parents. Dona Bernarda Brull qui campe avec insolence la Reine-mère omnipotente, castratrice et hypocrite. Son fils, Don Rafael soumis, privé de tout oripeau viril, flirtant en cachette, se ridiculisant à courir derrière son cheval et la calèche de sa mère.

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Nous sommes clairement dans la structure d’un conte avec l’énonciation de souhaits à priori inaccessibles pour une fille de cette condition. Et pourtant, l’improbable miracle se produit. La chenille/roturière se métamorphose en papillon/la Brunna. Coqueluche du tout Paris. L’ouverture du deuxième acte s’inspire du premier : le décor peint cède la place au décor de carton pâte de l’opéra. Récurrence qui renforce la distanciation face à la réalité, réaffirmant l’hypothèse du traitement : nous sommes bien dans un conte.

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Déçue par la lâcheté de Rafael, Leonora a enchainé les aventures énoncé dans l’intertitre et suggéré par la présence de deux hommes à sa table.

Retour en Espagne, les plans des rues animées du village tranchent avec les deux tableaux précédents figés dans leur représentation. Le village est littéralement en effervescence pour l’élection de Don Rafael, le nouveau député. Eleonora et Rafael ont tous deux réussi dans des voies opposées. Alors que le député savoure sa victoire toute fraîche et se fend d’un discours, Leonora lui rappelle sa lâcheté passée. Nous sommes désormais dans la réalité, exit le carton pâte et les rêves de jeunesse. La réalité qui se manifeste également quand les éléments se déchaînent telle la passion trop longtemps contenue. Un épisode qui donne lieu aux plus belles séquences du film, le rythme, le sens du détail, l’alternance comédie/tragédie, la métaphore, le spectaculaire du fleuve en furie. Tout y est.

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Alors que Don Rafael confesse à Leonora qu’il l’aime toujours elle lui assène la vérité toute crue en lui exposant les cadeaux qu’elle a reçus de ses nombreux amants. Vérité encore quand Rafael sur le point de se marier visualise mentalement l’avenir que sa mère lui a tracé. Puis retour au rêve dans l’orangerai baignée par les rayons de lune où apparait telle une créature onirique Leonora prête désormais à pardonner.

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Puis Dona Bernarda dans le rôle de la méchante fée de réapparaître pour jeter la disgrâce sur la maison de Dona Pepa (la mère de Leonora) et désunir une nouvelle fois les amants. Cette scène nous signifie que l’amour de Leonora/Rafael s’inscrit dans un monde rêvé et ne peut prétendre à aucune réalité et anticipe la fin de l’histoire. Pas d’union possible entre « le prince » et la « roturière » (devenue depuis artiste aux mœurs légères). The Torrent est donc une énième variation de cette fable. On regrettera au final un traitement bien naïf et une réalisation pas franchement inspirée.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar Frances » 20 mars 13, 19:49

Un renoncement de René de Ceccatti.

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Durant les premiers chapitres du livre de de Ceccatti je fus quelque peu déconcertée et m’interrogeais sur l’intérêt d’un tel ouvrage. Si l’auteur a exclu sciemment le terme de biographie préférant celui de récit j’hésitais sur le sens de sa démarche. En effet, il s’appuie ici sur la réalité d’un projet avorté - « La duchesse de Langeais » que devait diriger Max Ophuls et qui annonçait enfin le retour de Garbo sur les écrans après huit ans d’un exil volontaire - pour faire la somme de ses faits et gestes et brosser son portrait depuis sa désertion d’Hollywood.

De Ceccatti fournit donc un texte très documenté sur les avancées, les retards, les modifications, les embûches, les aléas liés au projet qui auront pour conséquence son abandon définitif et revient au cours de l’ouvrage sur ces scènes qu’il repasse telles des variations sur le même thème. Ce faisant il nous propose également une incursion suivie de nombreuses déambulations dans le carnet mondain de Garbo, passant et repassant en revue les noms, profession ou occupations de ses intimes, de ses proches et de ses moins proches, des liens qu’elle entretenait avec eux, posant des hypothèses sur la nature de certaines relations, tentant de trouver un fil, de relier des pointillés. Ceux qui espéraient trouver ici confirmation de telle ou telle allégation en seront pour leur frais, l’intéressée ayant toujours été peu prolixe sur tout ce qui touchait sa vie privée. Quant aux informations de seconde main dont dispose de Ceccatty, il avoue lui-même leur accorder une foi toute relative. On s’interroge par conséquent sur l’intérêt de l’exercice qui ne comblerait pas le cinéphile, le Garbophile ? Pas sûr.

Quand il évoque sa carrière c’est pour en tirer un bilan effrayant. Rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux. Garbo a tourné une succession de navets dirigés par des réalisateurs médiocres, aux côtés de partenaires laids pour la majorité (comme ceux qu’elle eut d’ailleurs dans la vraie vie : Scheel et sa laideur de crapaud). D’ailleurs De Ceccatty parle généralement des acteurs en termes peu élogieux. Je cite : « Les immondes Fred Astaire et Bing Crosby, l’hideuse Norma Shearer,».

Puis c’est au moment où il hasarde la comparaison entre Henriette de Navarreins (la duchesse de Langeais) et Greta Garbo qu’il nous offre des pages magnifiques. Connaissant parfaitement les personnages, les enjeux et la tonalité du roman de Balzac il déroule sous nos yeux ce qui aurait pu être la rencontre de Garbo avec ce personnage. Et dessine une réconciliation (possible) entre la femme, l’actrice et le mythe. Les problèmes qui ont encombrés la production et encore une fois l’incompétence des scénaristes ont empêché la miraculeuse résurrection. Seule, appelée sur le tard à la demande de Garbo, Salka Viertel (scénariste entre autre de La reine Christine et d’Anna Karenine) disposait de la culture et du talent nécessaires pour redonner vie à l’héroïne balzacienne. Mais le miracle ne se produisit pas et la Divine renonça à ce qui aurait pu être le plus beau rôle de sa carrière et aussi, peut être, à une articulation acceptable entre sa carrière et son acharnement à l’évacuer.

Et c’est en poursuivant la lecture que l’on prend alors conscience que de Ceccatty a éprouvé le besoin de déconstruire le mythe pour l’ériger à nouveau.
Dernière édition par Frances le 20 mars 13, 23:10, édité 1 fois.

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Re: Greta Garbo (1905-1990)

Messagepar feb » 20 mars 13, 20:35

Merci pour ton retour sur ce livre :wink:
Frances a écrit :Quand il évoque sa carrière c’est pour en tirer un bilan effrayant. Rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux. Garbo a tourné une succession de navets dirigés par des réalisateurs médiocres, aux côtés de partenaires laids pour la majorité (comme ceux qu’elle eut d’ailleurs dans la vraie vie : Scheel et sa laideur de crapaud). D’ailleurs De Ceccatty parle généralement des acteurs en termes peu élogieux. Je cite : « Les immondes Fred Astaire et Bing Crosby, l’hideuse Norma Shearer,».

Ahhh je ne regrette pas mon achat, c'est vrai que Cukor, Lubitsch, Mamoulian, Feyder, Niblo ou Goulding sont loin d'être le haut du panier. :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
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