Douglas Sirk (1897-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AtCloseRange
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar AtCloseRange » 24 oct. 12, 20:44

Si No Room for the Groom ne fait pas partie des plus grandes réussites de Sirk, ça rteste une excellente comédie portée par une Piper Laurie absolument charmante.
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Frances
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Frances » 1 nov. 12, 13:50

Je viens de prendre une grande claque !
J'ai profité de la baisse des coffrets Sirk pour enfin les acquérir. Je n'avais vu que" Ecrit sur du vent " à l'Action Christine à l'époque où j'habitais Paris et que j'abusais de séjours prolongés en salles obscures. Bref, il m'en restait un très très vague souvenir.
Je viens de découvrir "La ronde de l'aube" et "All I desire" et je ne m'attendais pas à voir une réalisation aussi raffinée, un cadrage aussi esthétique ! En ce qui me concerne c'est vraiment une révélation.
Quitte à me plonger dans son oeuvre, je voudrai savoir si l'un d'entre vous a déjà lu l'ouvrage de référence (et le seul) en français que lui a consacré Jon Holliday ?

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magobei
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar magobei » 1 nov. 12, 14:42

Frances a écrit :Je viens de prendre une grande classe !
J'ai profité de la baisse des coffrets Sirk pour enfin les acquérir. Je n'avais vu que" Ecrit sur du vent " à l'Action Christine à l'époque où j'habitais Paris et que j'abusais de séjours prolongés en salles obscures. Bref, il m'en restait un très très vague souvenir.
Je viens de découvrir "La ronde de l'aube" et "All I desire" et je ne m'attendais pas à voir une réalisation aussi raffinée, un cadrage aussi esthétique ! En ce qui me concerne c'est vraiment une révélation.

Et tu n'as encore rien vu! Attends de goûter Imitation of Life, A Time to Love and a Time to Die, Magnificent Obsession...

Pour ma part, vu hier soir son second film (réalisé en Allemagne sous le nom de Detlef Sierck), Das Mädchen vom Moorhof (aka La fille des marais), adaptation d'une nouvelle de Selma Lägerloff: pour résumer, c'est une histoire d'amour impossible, avec un arrière-plan social - un petit propriétaire terrien sur le point d'épouser une riche héritière, mais amoureux d'une fille de rien. Techniquement, c'est déjà impeccable (notamment un fondu qui vaut son pesant de cacahuètes), et on devine déjà des belles dispositions pour le mélodrame, dans l'exploitation des contrastes émotionnels certes, mais aussi dans la peinture de personnages tragiques (sans jamais être pathétique, ce que j'aime avant tout chez Sirk).

Historiquement, c'est intéressant aussi: le film a été tourné en 1935, deux ans après l'accession au pouvoir d'Hitler, et exalte la rude paysannerie allemande, le Blut und Boden. Nulle trace d'idéologie ici, mais on ne pas non plus faire abstraction du contexte.
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Sybille » 1 nov. 12, 14:47

Frances a écrit :Quitte à me plonger dans son oeuvre, je voudrai savoir si l'un d'entre vous a déjà lu l'ouvrage de référence (et le seul) en français que lui a consacré Jon Holliday ?


C'est un bon livre il me semble. J'avais commencé à le lire mais je crois que je ne l'avais pas fini.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Akrocine » 1 nov. 12, 15:40

Il y a aussi celui-ci (et qui est recommandé plutôt dans le sujet).
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De J L Bourget le même qui c'est occupé des bonus des coffrets :wink:

Je l'ai acquis récemment pour une bouchée de pain sur Priceminister, étant également entrain de me faire un cycle Douglas Sirk avec les 3 coffrets Carlotta :D

@ Magobei :

Das Mädchen vom Moorhof (aka La fille des marais)

Découvert le mois dernier, le début du film est déjà très intelligent avec la scène de "la foire" aux servantes très ambiguë qui laisse sous entendre que les hommes recherchent plus qu'une simple femme de ménage...
Les cadrages sont très soignés, avec des mouvements de caméra parfois dynamique (zoom, travelling) ainsi q'un montage abrupte. Comme le souligne Magobei il n'y a pas un mais deux fondu-enchaîné marquants : celui sur l'eau et celui avec le miroir brisé (que je me suis repassé tellement il m'a impressionné).
Les plans en extérieur et plus particulièrement la ferme de la fille (Helga) et les champs qui l'entoure ont un coté surréaliste-comte de fée. Il y a d’ailleurs une scène qui renforce ce moment quand Helga parle d’esprit , la caméra quitte les deux personnage et se met à "flotter" dans la pièce. Certains dialogues ont quelque chose de poétique qui amène une filiation entre le personnage d'Helga et cendrillon.
Cependant comme certains l'on souligné, la partie post enterrement vie de garçon subit une baisse de rythme, déception compensé par le final déjà typiquement Sirkien ou l'amour triomphe sur le malheur.

J'avais tout de suite enchaîné avec Stützen der Gesellschaft (Les Piliers de la Société) qui a été un vrai calvaire, j'ai terminé le film en avance rapide :| Seul l'ouverture aux Etats-Unis et le thème abordé (le mal du pays) qui prédis la future carrière de Sirk, a retenu mon attention.
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange

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magobei
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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar magobei » 1 nov. 12, 16:16

Akrocine a écrit :Das Mädchen vom Moorhof (aka La fille des marais)
...
Cependant comme certains l'on souligné, la partie post enterrement vie de garçon subit une baisse de rythme, déception compensé par le final déjà typiquement Sirkien ou l'amour triomphe sur le malheur.

Sauf que la fin est un peu ambiguë, je trouve: certes, Gertrud finit par céder la place à Helga (qui avait fait de même un peu plus tôt), estimant qu'elle est "meilleure" qu'elle.

Mais on peut en faire une lecture différente (et pas forcément exclusive). Gertrud lâche l'affaire parce qu'elle ne peut passer sur le scandale: un mariage avorté, un fiancé qui a admis être tellement saoul qu'il ne se rappelle plus de ses actes, et qui traîne avec une jolie servante, fille-mère, déclenchant les cancans...

Si Helga est "meilleure" qu'elle, c'est surtout qu'elle, Gertrud, ne peut pas pardonner...
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Frances » 1 nov. 12, 23:22

Je vois qu'il suffit de relancer le sujet Douglas Sirk pour ranimer les passions. :wink:
Je viens de visionner "There is always tomorrow", que je place en dessous des deux pré-cités avec une mise en scène plus classique, je trouve (et une copie aussi moins lumineuse que les précédentes). Mais quelle audace finalement d'avoir traité un tel sujet...en inversant les rôles l Généralement c'est la femme qui est délaissée et qui souffre de l'usure du couple. Ici Sirk nous montre un mari et un père laissé pour compte, réduit au rôle symbolique de petit robot supposé répéter quotidiennement les mêmes gestes pour assurer le confort de sa famille centrée sur elle même. L'idée est fameuse et Fred McMurray touchant en mari délaissé, en quête d'un amour évanoui, capturé par les enfants et s'interrogeant sur la place qu'il occupe parmi les siens.
Barbara Stanwick est boulersante avec son amour intact pour Cliff et les blessures qu'elle a dissimulées sous la prestance de sa réussite professionnelle. Sirk nous parle ici de la position de la femme et de son évolution au sein de la société, le modèle figé et rassurant incarné par Joan Bennett et celui de la femme autonome capable de réussite à l'égale de son modèle masculin. Si Joan Bennett semble satisfaite de sa situation (parce qu'elle a été ainsi conditionnée), on voit bien que Barbara Stanwick ne l'est pas totalement de la sienne. A cette époque faire un choix supposait un renoncement en compensation. Elle incarne donc la femme moderne en devenir.

Akrocine, merci pour le référence du bouquin de J L Bourget. Je vais faire une recherche.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar magobei » 5 nov. 12, 18:26

Akrocine a écrit :J'avais tout de suite enchaîné avec Stützen der Gesellschaft (Les Piliers de la Société) qui a été un vrai calvaire, j'ai terminé le film en avance rapide :| Seul l'ouverture aux Etats-Unis et le thème abordé (le mal du pays) qui prédis la future carrière de Sirk, a retenu mon attention.

Je ne l'ai pas trouvé si mal personnellement. Un peu boîteux peut-être dans la construction, mais le plot est intéressant, les personnages dotés d'une belle épaisseur - particulièrement le consul Bernick, magnifiquement interprété par Heinrich George. Et la fin, sorte de happy end tragique, est assez belle.

Mais on est à années-lumières de Zu neuen Ufern (aka Paramatta, le bagne des femmes)), où toute la classe de Sirk (alias Sierck à l'époque) pour le mélodrame se concrétise, après le galop d'essai de La fille des marais. Zarah Leander crève l'écran, mais c'est surtout le personnage du capitaine Finsbury (Willy Birgel) que j'ai trouvé excellent: beaucoup d'autres en auraient fait un salaud intégral, Sirk en fait un personnage ambigu, rongé par le doute, paralysé par le choix. Et la construction - le jeu sur les chansons, cf. les suppléments du DVD - et la photo sont splendides.

Je ne dirai pas que j'ai été aussi enchanté que par ses mélos US, mais là j'ai vraiment vu la patte Sirk à l'oeuvre.
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Jeremy Fox » 1 déc. 12, 07:15


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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Frances » 20 déc. 12, 23:55

Je viens de visionner "Qui a donc vu ma belle". Délicieuse comédie de monsieur Sirk tout à fait divertissante et fable sur le thème de "l'argent ne fait pas le bonheur". Sirk magnifie l'emploi du technicolor comme il l'avait fait dans ses mélodrames et nous offre à voir la vie petite ville de province. Un milliardaire à la santé fragile décide de léguer sa fortune à la famille de la femme qui l'a éconduit dans sa folle jeunesse. Soucieux que son argent soit bien employé il use d'un subterfuge pour devenir le pensionnaire de ses futurs héritiers. Le milliardaire c'est Charles Coburn qui interprète avec malice et une belle énergie ce "grand-père" découvrant une vie nouvelle. Époustouflant de bout en bout il incarne un de ses personnages à la Capra qui nous réchauffent le cœur et l'âme. A ses côtés Gigi Perreau une gamine attachante qui n'est pas sans rappeler Margaret O'Brien dans "le chant du Missouri" . D'ailleurs on ne peut pas voir "Qui a donc vu ma belle" sans penser au film de Minnelli. Sous les codes de la comédie Sirk nous glisse des références à la prohibition et aux maisons de jeu et assène un coup magistral à la société américaine, ses notables et ses gens bien pensant coupables de se livrer au jeu des apparences.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Frances » 22 déc. 12, 21:12

Je poursuis mon exploration. Cette fois il s'agit de « No room for the groom » avec Piper Laurie, et Tony Curtis. S’il parait de prime abord moins séduisant visuellement et moins aboutit que « Qui a donc vu ma belle », No room for the groom n’en demeure pas moins une critique caustique et grinçante de la famille. La famille envahissante, castratrice et imposant son intérêt en niant avec une force rare la volonté individuelle. En empruntant les codes de la comédie Sirk nous livre une étude cruelle sur la difficulté d’être et de se réaliser dans l’antre familiale. La fille (Piper Laurie) subit ici encore, la domination maternelle qui place son confort avant le bonheur de celle-ci. Le gendre (Tony Curtis) est réduit à une figure immature est par conséquent privé de tout droit de décision (Il contracte la varicelle le jour de son mariage, doit partager la chambre d’un garnement plutôt que celle de sa femme)... et le fait de servir sous les drapeaux ne change rien à l’affaire surtout quand son rival n’est autre qu’un riche cimentier, un bien meilleur parti aux yeux de sa belle mère.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Gustave » 10 janv. 14, 12:34

Plus d'un an après le dernier message posté ici, il est tant de reparler de Douglas Sirk !

Je viens de publier la version condensée d'un travail universitaire auquel j'ai consacré de longs mois : un mémoire intitulé "Le mélodrame comme outil d'un cinéma politique, une radicalisation de Douglas Sirk à Rainer Werner Fassbinder". Je m'y intéresse au genre et à ses codes (narratifs surtout, mais également visuels) en ce qu'ils offrent à ces deux intellectuels allemands - plus ou moins mués en entertainers - la possibilité de parler de manière critique de la société de leur temps.
La première partie, illustrée d'images d'archive, d'extraits et de photogrammes précis tirés du chef-d'oeuvre Tout ce que le Ciel permet, se centre avant tout sur Sirk, sur la manière dont lui - contrairement à son disciple Fassbinder plus tard - devait se faire retors pour transmettre un message critique du fait des contraintes de l'Hollywood classique.
Il y est question notamment de son destin lui-même mélodramatique (hallucinant!), d'écuries de stars, d'homosexualité cachée, de politique et... d'encadrements de fenêtres !

En préparation de ce travail, j'ai lu énormément sur Sirk, notamment le livre d'entretiens de Jon Halliday et l'ouvrage de Jean-Loup Bourget dont il a été question précédemment dans ce topic. Je peux répondre à d'éventuelles questions à ce sujet et d'ores et déjà préciser que ces deux livres sont passionnants ! J'espère relancer une discussion autour de cet immense cinéaste...

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Frances » 10 janv. 14, 13:05

Je vais lire ça avec beaucoup d'attention dès que j'aurai un moment.

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Gustave » 10 janv. 14, 13:09

Frances a écrit :Je vais lire ça avec beaucoup d'attention dès que j'aurai un moment.

En effet, il faut se prévoir un certain temps : c'est étalé sur 6 pages. Mais le sujet veut ça :wink:

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Re: Douglas Sirk (1897-1987)

Messagepar Profondo Rosso » 10 janv. 14, 14:07

Frances a écrit :Je vais lire ça avec beaucoup d'attention dès que j'aurai un moment.


De même ça a l'air passionnant bravo Gustave ! :wink: