La Comédie à l'italienne

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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cinéfile
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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar cinéfile » 26 déc. 18, 13:25

Kevin95 a écrit :
cinéfile a écrit :
Supfiction a écrit :durant laquelle j'ai réalisé que Claudia Cardinale était doublée dans sa propre langue (il apparaît qu'elle a été doublée dans plusieurs films italens au début de sa carrière car on trouvait sa voix trop grave).


Je crois que c'est aussi parce qu'elle ne maitrisait pas parfaitement l'italien courant à cette époque. Elle avait été élevée dans une famille d'émigrés en Tunisie où l'on ne parlait que dans un dialecte régional. Sa première langue "officielle" est le français.


Dans ses mémoires, elle raconte effectivement que sa voix rauque rebutait les producteurs italiens qui préféraient une voix plus... féminine.


Je n'ai pas lu ses mémoires mais cela doit être vrai aussi pour une part dans le choix de la faire doubler. Par contre, je viens de retrouver une interview donnée à Le Monde en 2017 où elle évoque bien son ignorance de l'italien à son arrivée en Italie :

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2 ... _3476.html

Parliez-vous italien lorsque vous avez débarqué à Rome ?

Pas un mot ! Ma langue maternelle est le français et je ne comprenais rien, effrayée, en arrivant sur le tournage du Pigeon, de Monicelli, de voir tout le monde gesticuler en gueulant très fort. J’avais l’impression que tout le monde se disputait. Mais non, m’a-t-on expliqué : les Italiens parlent aussi avec leurs mains. A l’école d’acteurs de Cinecitta, quand il a fallu monter sur scène et me présenter, j’en ai été incapable. Tout le monde m’observait en disant : celle-là doit être arabe. Furieuse, je suis partie en claquant la porte. Eh bien ils m’ont gardée, élue « pour le tempérament » ! Et peu à peu j’ai appris l’italien. Mais j’ai été doublée dans tous mes premiers films. Pour Le Guépard, je parle français avec Alain Delon et anglais avec Burt Lancaster.

C’est Fellini, pour Huit et demi, qui a exigé que je joue en italien, quitte à avoir l’accent français. Cette époque, d’ailleurs, était folle. Car j’ai tourné les deux films en même temps. Visconti, précis, méticuleux comme au théâtre, me parlait en français et me voulait brune aux cheveux longs. Fellini, bordélique et dépourvu de scénario, me parlait en italien et me voulait plutôt blonde aux cheveux courts. Ce sont les deux films les plus importants de ma vie.

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Pomponazzo
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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar Pomponazzo » 26 déc. 18, 17:57

Encore aujourd'hui, Claudia parle un italien très basique avec un fort accent français. Il lui arrive même de se tromper et d'y placer des mots en espagnol.
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Supfiction
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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar Supfiction » 26 déc. 18, 18:04

Pomponazzo a écrit :Encore aujourd'hui, Claudia parle un italien très basique avec un fort accent français. Il lui arrive même de se tromper et d'y placer des mots en espagnol.


Mais est-ce une raison valable vu qu’il y a un texte?
Soit c’est sa voix qui ne correspondait pas à son âge, soit c’était l’accent d’italo-franco-rapatriée.

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Pomponazzo
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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar Pomponazzo » 26 déc. 18, 18:47

Supfiction a écrit :Mais est-ce une raison valable vu qu’il y a un texte?
Soit c’est sa voix qui ne correspondait pas à son âge, soit c’était l’accent d’italo-franco-rapatriée.

Je disais ça comme ça, c'est la remarque - éminemment inutile - d'un italophone... Je te laisse juge sur le reste.
Cependant, et bien entendu tu le sais déjà, on ne se posait pas tant de questions sur la légitimité du doublage et du lip sync à l'époque, en particulier en Italie.
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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar Profondo Rosso » 26 févr. 19, 13:05

Malizia de Salvatore Samperi (1973)

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À Acireale dans la province de Catane en Sicile, années soixante. Le marchand de vêtements Ignazio La Brocca, veuf avec trois enfants, prend une nouvelle bonne à tout faire, Angela, qui débute le jour même de l'enterrement de sa femme. Ignacio constate au fil des jours qu’Angela assure un service épatant. Nino, dans les quatorze ans, tombe profondément amoureux de la jeune femme mais constate aussi les intentions de son père et n’a alors de cesse d’essayer de les entraver.


Malizia fut le film qui fit définitivement de Laura Antonelli une star. L’actrice y définit sa persona filmique plus complexe que la seule image sexy à laquelle on pourrait la réduire. Laura Antonelli par la candeur virginale de son visage et les formes provocantes de sa silhouette parvient ainsi à être dans ses interprétations tout à la fois un fantasme soumis au désir masculin, une âme innocente surprise par son propre désir et enfin une véritable partenaire de jeu érotique assumant ce désir. Ainsi dans l’excellent Ma Femme est un violon de Pasquale Festa Campanile, elle incarne une ménagère subissant, accompagnant et s’amusant des jeux voyeuristes de son époux dans un équilibre ne tenant qu’à cette espiègle innocence. Dans cette idée Luigi Comencini saura tirer de l’actrice le meilleur dans Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas? (1974), où elle symbolise la volupté entravée puis furieusement libérée de la bourgeoisie sicilienne dont elle défie l’archaïsme. Il en va de même chez Visconti avec L’Innocent (1976) où Laura Antonelli incarne l’humanité surmontant les préceptes figés de l’écrivain Gabriele D'Annunzio. Laura Antonelli ravive donc la pulsion machiste ordinaire et plus spécifiquement rattachée à la société italienne, définit la libération des mœurs sexuelle des 70’s mais aussi l’émancipation féminine dans ses fantasmes assumés. Toute cette identité contradictoire de Laura Antonelli est contenue dans Malizia. La jolie servante Angela (Laura Antonelli) est ainsi le miroir des désirs de cette famille d’hommes ayant vu fraîchement disparaître leur seule présence féminine avec cette mère décédée. Pour le père Ignazio (Turi Ferro) c’est la possible amante et l’espérée épouse qui viendra remplacer la maîtresse de maison disparue. Pour le fils aîné et jeune adulte Antonio (Gianluigi Chirizzi) ce n’est qu’une belle plante à posséder par les approches les plus rustres qui soient tandis que le benjamin à la langue bien pendue Enzino (Massimiliano Filoni) y voit une présence maternelle retrouvée – la tendresse avec laquelle Angela s’évertue à ce qu’il ne fasse plus pipi au lit.

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La relation au cœur du film est celle entre le fils cadet et adolescent Nino (Alessandro Momo) et Angela. Le jeune homme en construction sentimentale et découverte de son désir manifeste pour Angela un sentiment romantique naïf et typiquement adolescent (les roses qu’il dépose dans la poche de sa blouse quotidiennement), et la matérialisation d’un fantasme ludique et/ou explicitement machiste. Si toutes les interactions entre Angela et les autres figures masculines rend ces dernières clairement libidineuses (Antonio et son père se rinçant l’œil chacun de leur côté sous la robe d’Angela faisant le ménage), Nino semble surtout incertain dans sa manière d’exprimer ce qu’il ressent pour Angela. La touchante maladresse initiale en fait un chevalier servant face aux assauts des autres, mais ses propres pulsions (les photographies sexy qu’il collectionne, les échanges verbaux assez crus avec ses camarades de classes) et la jalousie de l’amoureux frustré le font à son tour céder à cet élan machiste. Toute la différence se fait avec ce que renvoie la prestation de Laura Antonelli, proie mais certainement pas victime sachant se rebiffer face aux regards insistants et mains baladeuses des uns et des autres. Mais entre Angela et Nino (clairement le plus aisé à repousser du lot), la relation s’avère bien plus complexe. L’affection d’Angela se devine le temps d’une scène où elle surprend son jeune prétendant lui déposant une rose, puis plus tard son désir pour elle s’avère à la fois flatteur, dérangeant et troublant. Voyeurisme et exhibitionnisme s’articule dans une relation amour-haine, attirance/rejet captivante que Salvatore Samperi orchestre dans un écrin feutré et sensuel. Un regard traînant sur un corsage, une robe remontée révélant un porte-jarretelle, un frôlement de cuisse, tout concours à titiller les sens dans un environnement du quotidien notamment grâce aux teintes chaleureuses de la photo de Vittorio Storaro.

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Le contrepoint du personnage du père entravé par la religion où l’autorité maternelle pour assouvir son désir montre ainsi la relation Nino/Laura comme un vrai espace de liberté face aux adultes encore soumis aux institutions. La question se pose sur l’interprétation à faire entre rêve et réalité quant à la nature de ce rapprochement, ambiguïté manifeste dans la splendide scène d’orage nocturne démarrant comme un thriller pour finir dans un vertige érotique aussi sobre que vénéneux. L’ultime regard entre Nino et Angela trahit ainsi une complicité, une intimité qui ne semble pas feinte. Salvatore Samperi réussit tout cela sans tomber dans une quelconque vulgarité et parvient à offrir un coming of age troublant en diable. Le film sera un immense succès qui amènera à réunir la même équipe (Salvatore Samperi, Laura Antonelli et Alessandro Momo) dans Péché véniel. Un revival sera même tenter en 1991 avec un Malizia 2000 qui vaudra des déboires irréversibles à Laura Antonelli. 4,5/6

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Re: La Comédie à l'italienne

Messagepar Yaplusdsaumon » 11 sept. 19, 22:38

Un bien joli topic que celui-ci, j'en profite pour remercier les contributeurs, et en particulier Arca1943 et Cosmo Vitelli, qui m'ont tuyauté sur ce genre délectable. Voici ce que ceux-là m'ont permis de découvrir :

CHEFS D'OEUVRE
Mes chers amis - Rien à ajouter à tout ce qui a été dit. Ah si : à regarder en VO, n'en déplaise aux tenants de "la comédie italienne, un art populaire et donc sans sous-titrage", Arca1943 en tête, et qui n'est pour moi qu'une vue de l'esprit.
Nous nous sommes tant aimés - Superbe chronique émouvante, au carrefour de Sautet et de Il était une fois en Amérique
L'amour à cheval - Merveilleux film, un chatoiement visuel et auditif de tous les instants.
Parfum de femme - Un pilier de la yaplusdsaumonnerie, à mi-chemin entre le cul et le mélo. Gassman y est enfantin et désarmant.
Les monstres - Rien à jeter, toujours captivant !
Amarcord - Eh oui, Amarcord de Fellini, une comédie à l'italienne ! Car dans Amarcord, il y a tout : la fatuité de l'Italien, du délire érotique, du second degré, du rythme, tout ce dont un Ferreri est incapable... alors ?
Ma femme est un violonsexe - Mourlet disait que Charlton Heston est un axiome... qu'est ce que cela aurait été s'il avait disserté sur le corps de Laura Antonelli ! Comme il y a peut-être moins de violoncellistes ici que de guitaristes, on la définira ainsi : une stratocaster vivante avec des parties molles.

edit du 15/09 : le sexe fou - Est-ce un chef-d'oeuvre ? Peut-être, en tout cas c'est le type même du film qui semble avoir été écrit en dormant par une équipe en pleine crise de surabondance d'inspiration artistique. On a l'impression d'aborder un continent coloré, hospitalier et à la flore abondante. Pour en revenir aux chefs-d'oeuvre proprement dits, il y en a d'oppressants qui ne font que raconter leur douloureuse gestation ; ici tout est facile, tranquille, putassier bien sûr, mais quelle fabuleuse santé !

EXCELLENTS FILMS
Le pigeon - Très bon film de potes.
Le fanfaron - Très bon mais un peu tristoune sur la fin.
Malicia
Péché Véniel
-Deux petits ajouts personnels, joyaux de la comédie sexy
Dernier amour - Beau et poignant... et parfois aussi très drôle.
La grande bouffe - Vous aimez les blagues de caca ? Moi aussi ! Le coup de jarnac de ce réalisateur par ailleurs très -trop- présent en ces colonnes et qui n'est qu'un grossier et un raseur, aussi "auteur comique à l'italienne" que j'ai de beurre aux fesses.
Boccace 70 - Vif, enlevé, coloré, d'apparence bénigne mais au charme tenace.
Les Vitelloni - Fellini filme des vieux étudiants qui, question déconne, ont forcément une longueur d'avance sur les plus jeunes.
Divorce à l'italienne - Très joli film à l'humour sophistiqué.
L,homme aux cent visages - Un Risi qui n'a rien à envier à des films plus reconnus.

SYMPATHIQUES
L'argent de la vieille - Peu de souvenir, si ce n'est celui d'une soirée ciné bien tranquille.
Les nouveaux monstres - Inégal, bien sûr.
Au nom du peuple italien - Distrayant comme un bon Columbo, ce qui est déjà pas mal. Vaut surtout pour le cabotinage hallucinant de Gassman dans les 3 dernières minutes.

ENNUYEUX ET/OU SIMPLEMENT MAUVAIS
Affreux, sales et méchants - Je n'aime pas les films qui montrent le petit peuple sous un jour cradingue, c'est mon côté réactionnaire.
Touche pas à la femme blanche - Marco Ferreri tourne un western dans le trou des Halles (hahaha) avec Reggiani en fou simplement vêtu d'un pagne (hihihi) et Piccoli en Buffalo Bill obsédé sexuel (hohoho)
Dillinger est mort- Et si ce film totalement indéchiffrable abritait une petite comédie ? Hein les amish ? D'ailleurs on dit bien : aux innocents les mains pleines - "oui, mais pleines de quoi ?" aurait ajouté Cavanna...