Le Cinéma muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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bruce randylan
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 16 mai 19, 00:54

Lorenzaccio (Giuseppe De Liguoro - 1919)

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Une belle rareté de la Cinémathèque que cette adaptation du roman éponyme d'Alfred De Musset. Vu le peu d'information sur le film, je ne serai pas surpris d'apprendre qu'il s'agissait de la seule copie existante.
A défaut d'avoir vu son célèbre Enfer (1911), c'est la première fois que je découvrais une œuvre de Giuseppe De Liguoro (qui n'aura tourné que sous le cinéma muet) et ça donne envie d'en découvrir davantage. Bien que le découpage est encore très basique avec 90% de plans larges et quelques rares gros plans, son sens du cadre est souvent pertinent, évitant une caméra trop frontale dans les décors intérieurs tandis que les extérieurs utilisent bien l'architecture historique : ruelles, colonnes, plan en plongée depuis un étage, fenêtre donnant sur l'extérieur...
De plus la photographie est souvent très réussie pour pas mal de clairs-obscurs qui évitent le tape-à-l’œil. Les intérieurs sont toutefois moins travaillés avec une lumière trop uniforme.
Enfin, la narration est soutenue avec de nombreux décor, espaçant les aller-retour dans les lieux récurent. On oublie ainsi totalement l'origine théâtral du scénario.

Par contre, une fois de plus, je trouve que ce genre d'intrigue politique sur fond de complots et conspirations n'est pas adapté au cinéma muet avec beaucoup de cartons et des enjeux brouillons dans sa mise en place. Pour le coup, ça serait beaucoup plus limpides avec des dialogues "sonores".
Il n'est ainsi pas évident d'apprécier la dramaturgie et les rapports entre les personnages qui demeurent très schématiques même si l’interprétation est tout à fait correcte. A noter que le rôle de Lorenzaccio est joué par la comédienne Irene Saffo Momo sans que ça apporte vraiment gros chose au personnage (à l'origine, c'est Sarah Bernhardt qui tenait le rôle sur les planches)

On trouve pas mal de photos du film ici pour les curieux.
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 17 mai 19, 23:36

Le Mystère de la chambre jaune / The Mystery of the Yellow Room (Emile Chautard - 1919)

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Après avoir découvert il y a quelques mois le court-métrage Eugénie Grandet (1910 ; supervisé par Victorin Jasset semble-t-il) qui avait quelques excellentes idées de mise en scène, je fais plus ample connaissance du cinéaste avec cette adaptation de Gaston Leroux tourné au Etats-Unis, où il s'était installé en 1915.
Si le film perd sans doute une identité française, cette version est excellente grâce à une formidable réalisation. Elle fait facilement oublier quelques faiblesses dans le déroulement du récit où quelques rouages ne sont pas toujours clairs (les empruntes de pas sur le tapis) ou tributaires d'intertitres difficilement contournables dans la conclusion, lors du procès. Mais sorti de la, le rythme est sans faille, les plans sont variés avec quelques idées originales tel que la plongée verticale sur la "chambre jaune", un split-screen bien amené et un découpage précis. Il y a surtout un très gros travail fait sur l'atmosphère du film avec une photographie jouant des contrastes et de l'obscurité qui confère aux séquences nocturnes un réel sentiment oppressant.
Si les nombreux seconds rôles demeurent trop transparents, Lorin Raker dans le rôle du journaliste Rouletabille est régulièrement savoureux, espièglerie et flegmatique, ce qui ne lui empêche pas d'être athlétique, comme si son corps était comme un ressort prêt à se détendre brusquement, ou de faire preuve d'une détresse profonde face à la mort.

La cinémathèque a diffusé ce film rare, tiré d'une copie d'exploitation italienne, dans ce restauration remarquable qui a l'air récente, avec teintage et une excellente définition.
Encore un réalisateur qu'il va falloir redécouvrir en espérant un hommage prochainement.
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 3 sept. 19, 11:58

Reprise des projections à la Fondation Pathé sur le thèmes des expéditions

Milak, chasseur du Groenland / Milak, der Grönlandjäger (Georg Asagaroff & Bernhard Villinger - 1928)

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D'après les critiques de l'époque, ce croisement entre documentaire et fiction/reconstitution était la réponse allemande à Nanook l'eskimau. Une comparaison un peu abusive puisque la dimension ethnographique est très peu présente (quelques minutes au début du film avec le village d'autochtones) et de plus Milak (natif du Groenland) n'est qu'un second rôle sans réelle personnalité. Les vrais "héros" sont les explorateurs Scott, Mawsen et Koch qui tentèrent de rallier la pointe nord du Groenland. Dans tous les cas, les personnages ne sont pas vraiment développés et n'aident à trembler pleinement pour eux face aux nombreux dangers qu'ils affrontent. En ce sens Scott of the Antarctic de Charles Frend est mieux écrit et plus humain.
Il manque aussi par moment un vrai sentiment de véracité et de réalisme lors de certaines péripéties comme l'attaque de l'ours. Pour le reste, ça reste prenant et parfois spectaculaire grâce à son tournage le plus souvent en extérieur et dans des conditions rudes. L'immersion est donc présente et certains plans sont aussi beaux que fascinants qu'il s'agisse de plaines glacées, de larges crevasses ou d'un navire brisant les iceberg sur sa route. Son tournage en 1928 lui permet aussi d'être plus cru et frontal que ce qu'on représenterait aujourd'hui avec des animaux abattus et les chiens de traineaux que les aventuriers sont contraints de manger pour survivre !
Dans le genre, ça se hisse plutôt dans le haut du panier et ça serait bien que le film trouve un peu plus de visibilité puisque aucune exploitation vidéo n'existe à ma connaissance.
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 19 sept. 19, 21:12

Les Hommes de la forêt (Alexandre Litvinov - 1928)

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Très belle rareté projetée à la fondation Pathé que ce documentaire ethnographique qui fut supervisé par Vladimir Arseniev, explorateur et l'auteur de Dersou Ouzala.
Il s'attarde à nous décrire la vie de la petite tribu Oudégués qui ne comptait à l'époque de 2.000 autochtones.
Tourné évidement sur place, les images sont somptueuses et on sent un véritable respect dans sa manière de dépeindre sans jugement ou exotisme le quotidien et leur coutumes : confection de canoé, danse chamanique, femme enceinte isolée du village, technique de pêche ou de chasse... Hormis, un combat contre un ours qui sonne artificiel, le traitement semble juste et réaliste, bien qu’évidement reconstitué en partie. Ca m'a paru en tout cas plus "authentique" que chez Flaherty.
Le dernier acte est plus surprenant ; enfin, pas tant que ça quand on connait le cinéma soviétique de l'époque. Les 20 dernières minutes montre en effet comment les Oudégués profitent des bienfaits de la révolution communiste et des qualités de son organisation : construction d'une maternité, d'une école, de commerce, d'agriculture traditionnelle, de divertissement. Pourtant on sent bien que cela semble forcé dans le traitement et que les auteurs n'y croit qu'à moitié. On sort davantage désabusé devant l'uniformisation, la déforestation et la disparation de leur culture où les cérémonies religieuses ne ressemblent plus qu'à une danse d'ivrogne conçue pour amuser les adolescents.

Le film appartient au catalogue Arkéion (donc à Gaumont logiquement ?) et excepté le site kinoglaz, difficile de trouver des références sur internet, y compris sur imdb. Pour les courageux, on trouve sur internet un remontage de 45 minutes avec un commentaire contemporain en voix-off.
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar Spongebob » 20 nov. 19, 15:44

La nouvelle restauration 2K (scan 4K) du film muet Le Cabinet des figures de cire (Waxworks) de Paul Leni sera présentée à la Berlinale Classics 2020.
Sortie DVD/Blu-ray et diffusion sur Arte en février 2020.

https://www.berlinale.de/en/press/press-releases/detail_16092.html

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar The Eye Of Doom » 20 nov. 19, 19:21

Spongebob a écrit :La nouvelle restauration 2K (scan 4K) du film muet Le Cabinet des figures de cire (Waxworks) de Paul Leni sera présentée à la Berlinale Classics 2020.
Sortie DVD/Blu-ray et diffusion sur Arte en février 2020.

https://www.berlinale.de/en/press/press-releases/detail_16092.html

YES !
Mais j'attends toujours Rosita dont la copie restauree existe et a ete diffusee.

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 11 févr. 20, 10:01

Moulin Rouge (Ewald André Dupont – 1928)

Image

Après avoir fait ses études en Angleterre, la fille d'une célèbre danseuse du Moulin Rouge revient sur Paris pour présenter à sa mère son fiancé. Mais ce dernier ne reste pas insensible aux charmes et la sensualité de sa future belle-mère.

Peu de temps après avoir découvert l'excellent Variété, La Fondation Pathé permet de croiser la route de Dupont dans ce drame anglais dont les ressorts reposent une nouvelle fois sur les tensions autour d'un triangle amoureux.
Les 2h20 desservent malheureusement le canevas avec une mise en place un peu longuette, prisonnier à la fois de numéros de music-hall invasifs et d'une trame dont on connaît immédiatement les rebondissements. Ce qui n'empêche pas les auteurs de s'attarder plus qu'il n'en faut sur la fascination, l'attachement puis la passion du fiancée envers sa belle-mère.
Dupont a un peu du mal à s'extirper du simple décoratif et rendre vivant son trio même si les comédiens sont plutôt convaincants.
La seconde moitié est plus réussie en créant une intensité autrement plus prenante quand le personnage masculin sent qu'il est dans une impasse et décide d'agir de manière radicale. Dupont a l'air alors plus dans son élément et rend assez palpable – et sans carton explicatif – la psychologie de ses protagonistes, comme le héros de plus en plus déconnecté de l'immaturité de sa fiancé ou la mère qui commence à sentir que les années la rattrape.
Dupont ne peut cependant s'empêcher d'en faire trop en étirant artificiellement le climax dramatique qui finit par perdre un peu en force.

Un peu plus resserré, Moulin Rouge aurait pu être un excellent titre, certes pas véritablement surprenant ni original, mais immersif. Et bien que j’émette des réserves sur les séquences de revues, elles offrent un témoignage intéressant sur ce qu'était le "gai paris" de l'époque.
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar Sybille » 11 févr. 20, 13:40

Je compte regarder ce film un jour ou l'autre. J'ai beaucoup aimé (du point de vue formel et narratif) les deux Ewald Dupont que j'ai vus : Variété et Piccadilly

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar The Eye Of Doom » 11 févr. 20, 19:18

C’est noté.
Je vais mettre Variety dans ma liste de prochaine commande cote bluray UK.

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar damdouss » 2 mars 20, 11:45

Info importante : la restauration du Napoléon de Gance par la cinémathèque est en passe d'être enfin terminée : des projections seront ensuite prévues (et une sortie en blu ray espérons !). Total de 7 heures !

https://www.franceculture.fr/cinema/abel-gance-les-reves-de-napoleon-en-polyvision-enfin-restaures?fbclid=IwAR3ws-22YoXvHYWmqql9BxoSgTzmbqK9vL9TAnzyPyVCcwkNwsRYCBs7HbQ

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar bruce randylan » 24 mars 20, 12:17

Le faune de marbre / Il fauno di marmo (Mario Bonnard – 1920)

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Rendez-vous manqué avec celui-ci puisque de l'aveu même d'une responsable de la Cinémathèque de Rome, le film est assez complexe à suivre avec une seconde bobine manquante, un prologue maladroit et une psychologie lacunaire. Autant d'éléments qui font une narration nébuleuse, à la limite de la compréhension. Je n'ai jamais vraiment saisi qui était l'homme habillé en moine et pourquoi il fallait qu'il soit assassiné. Du moins pas sur le moment.
Et contrairement à ce que vantait la présentation, la dimension visuelle du film ne suffit pas tenir 70 minutes. Certes on y trouve quelques belles vues de monuments historiques de Rome (dont le Colisée) mais il ne bénéficie pas non plus d'une solide direction artistique pour les mettre pleinement en valeur. On n'est pas chez Tourneur ou Perret.
Il aurait peut-être fallut avant de mettre en chantier la restauration du film lancer une concertation avec les autres cinémathèques puisque celle française possède une copie (en 16mm), sans que Rome ne connaisse le contenu. :|
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Boubakar
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar Boubakar » 13 avr. 20, 22:40

Je voulais parler d'une expérience qui m'arrive actuellement, étant en train de parcourir le (superbe) coffret blu-ray consacré à Ozu, dont tous les films muets sont proposés sans accompagnement sonore, ils sont donc complètement....muets :mrgreen: . J'ai bien tenté de voir quelques-uns des films, mais le silence qui se produit pendant la projection, ou à défaut le bruit qu'on produit (par exemple en se frottant, en bougeant un peu, en raclant la gorge...), ou la machine par laquelle on voit le film (un lecteur blu-ray en l'occurrence) font que j'ai énormément de mal à m'immerger dans quelque chose de totalement silencieux.

Et vous, ça ne vous fait pas pareil en voyant un film sans accompagnement musical ? Je ne sais même pas si il y a encore des films muets projetés comme tels en salles (Cinémathèque)...

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar Alexandre Angel » 13 avr. 20, 22:50

Boubakar a écrit :Et vous, ça ne vous fait pas pareil en voyant un film sans accompagnement musical ? Je ne sais même pas si il y a encore des films muets projetés comme tels en salles (Cinémathèque)...

J'ai connu des projections (au festival EntreVues de Belfort) il y a un peu plus de 20 ans qui se faisaient sans musique. J'ai aussi du visionner à la télé des films dans ces conditions avant l'ère des dvd puis, une fois qu'elle est advenue.
Je me souviens qu'à EntreVues, je me disais que c'était ça, voir un film muet : que c'était là les conditions de l'authenticité, de la pureté du rendu. Pour les séances à 22 H, je te dis pas les piquages de nez redoutables (surtout après une bonne journée de projections).
Pour te répondre, je pense que c'est quelque chose de jouable si il n'y a pas le choix mais d'assez difficile et surtout, de contre nature car l'image appelle naturellement le son et il me semble naturel que l'image muette soit accompagnée de musique.
Donc finalement, je ne suis pas fan.

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Sybille
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Re: Le Cinéma muet

Messagepar Sybille » 13 avr. 20, 23:07

C'est effectivement difficile, que ce soit par manque d'habitude ou parce que ce n'est pas 'naturel' comme vous l'avez déjà évoqué.
Cependant ça m'est arrivé (même si rarement) de préférer couper la musique du dvd et regarder sans accompagnement car je trouvais celui proposé désagréable au point de trop me distraire du film.

A ce sujet, si je me souviens bien, j'ai toujours été déçue des accompagnements de films muets JAPONAIS que j'ai regardés.

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Re: Le Cinéma muet

Messagepar The Eye Of Doom » 13 avr. 20, 23:37

Sybille a écrit :C'est effectivement difficile, que ce soit par manque d'habitude ou parce que ce n'est pas 'naturel' comme vous l'avez déjà évoqué.
Cependant ça m'est arrivé (même si rarement) de préférer couper la musique du dvd et regarder sans accompagnement car je trouvais celui proposé désagréable au point de trop me distraire du film.

A ce sujet, si je me souviens bien, j'ai toujours été déçue des accompagnements de films muets JAPONAIS que j'ai regardés.


En ce qui me concerne, je préfère sans musique. Souvent trop déçu par l’accompagnement. Je me laisse hypnotisé par les images. Quand le film est bon, bien sur. Dernierement encore, pour Mabuse, au bout de 10min j’ai coupé l’accompagement. On est alors en prise directe avec la force plastique du film.