Le Virginien

Tout sur les séries, à la TV ou en DVD : 24, Desperate Housewives, Six Feet Under, Le Prisonnier, Twin Peaks, Mission : Impossible, Seconde B, Plus Belle la Vie...

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 83939
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Messagepar Jeremy Fox » 8 mars 19, 15:52

Image


Victor Jory



4.25- The Return of Golden Tom

Réalisation : Anton Leader
Scénario : Andy Lewis
Guest Star : Victor Jory
Première diffusion 09/03/1966 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 5/10


Le Pitch : Medicine Bow se prépare avec excitation à accueillir Tom Brant (Victor Jory) qui est le personnage central du tableau présent dans le saloon et qui a immortalisé un sanglant règlement de comptes s'y étant déroulé. Après 35 années d'emprisonnement, le bandit est attendu non sans curiosités par les citoyens et un journaliste un peu mythomane ; mais quelle n'est pas leur surprise lorsqu'ils constatent qu'il est désormais devenu un vieillard presque sénile. Si ce dernier est revenu sur les lieux des ‘exploits’ qui l'ont conduit en prison, c'est pour aller visiter sa fille qu'il n'a en fait jamais vu, ayant quitté son épouse à l’époque de sa grossesse…

Mon avis : La série poursuit sur sa lancée de ces premières semaines de l’année 1966, à savoir qu'elle perpétue une période adulte très sérieuse et sans la moindre fantaisie, sauf que cette fois ci, après de remarquables réussites dont l'étonnant et puissant Harvest of Strangers, l’épisode écrit par Joel Rogosin et Andy Lewis se révèle être un semi ratage, pas inintéressant mais vite répétitif et au final guère passionnant : on ne peut pas gagner à tous les coups ! Il faut dire que Tony Leader n’est pas le plus doué des réalisateurs de la série et qu’il n’a pas le talent nécessaire pour rehausser le niveau d’une histoire qui se traine et peine à captiver le spectateur. Tout partait pourtant plutôt bien, les habitants de Medicine Bow attendant avec une impatience non dissimulée le retour dans leur bourgade d’un bandit ayant écopé de pas moins de 35 années de prison et dont le méfait qui l’y avait conduit avait été immortalisé dans une peinture qui trône toujours fièrement au centre du saloon, "le plus important règlements de comptes s'étant déroulé dans la petite ville". Les citoyens sont galvanisés par un journaliste du Missouri qui n’en est pas à une exagération près et qui s’en vante, estimant que parfois son métier peut l’entrainer à embellir la légende afin de capter l’attention de ses lecteurs : "truth doesn't sell newspapers ; I’ve been sent a thousand miles to perpetuate a lie." On voit d’emblée qu’une fois encore les auteurs de la série fustigent un peu la lâcheté et la curiosité malsaine des habitants des petites villes de l’Ouest de l’époque ainsi que la malhonnêteté de certains reporters qui se font une réputation aussi bien par la sur-dramatisation des évènements que par l'intermédiaire de mensonges éhontés ; un portrait somme toute assez noir de l'Ouest de cette fin du 19ème siècle !

Alors que le fameux hors-la-loi n’est plus désormais qu’un vieillard brisé, fourbu et au bout du rouleau qui montre des signes de sénilité, le journaliste (très bon Linden Chiles) va néanmoins attiser les convoitises en dévoilant à ses lecteurs que lors de son dernier coup qui s’est fini par la fusillade peinte sur le tableau, Tom Brant aurait caché un copieux magot qui n’a encore jamais été retrouvé. Bien évidemment que tous les malfrats alentours ainsi que les descendants des complices du vieil homme vont se précipiter en ville en espérant récupérer une partie du butin qui leur reviendrait. Certains parmi ces derniers vont également vouloir se venger, l’un d’entre eux (le comédien Kelly Thorndsen) estimant le vieil homme coupable de l’assassinat de son père. De plus, l'ex outlaw a laissé en ville un bébé qu’il n’a jamais vu et qui maintenant est une femme mariée ; il a décidé de la rencontrer. Mais cette dernière refuse catégoriquement qu'il mette les pieds chez elle, ne lui ayant toujours pas pardonné avoir abandonné femme et enfant, et ayant dû supporter toute sa vie la fâcheuse réputation de son père faisant d'elle une "fille de hors-la-loi" incapable par la même d’élever à son tour correctement sa progéniture. Elle sera même très dure à l'encontre de son père lorsqu’elle lui lancera en pleine face qu’elle aimerait bien qu’il se fasse descendre en pleine rue et qu’elle pourrait ensuite aller cracher sur son cadavre !

Tout ceci aurait pu aboutir à un épisode tendu et poignant, ce qui n’est malheureusement pas vraiment le cas même si l’ensemble se laisse regarder non sans plaisir, notamment grâce à Victor Jory –déjà excellent dans l’épisode Dark Challenge dans la saison 3 - qui nous octroie une jolie performance dans le rôle de cette vieille légende de l’Ouest, là où on aurait pu s’attendre à un abominable cabotinage, son maquillage peu subtil de vieil homme sénile n’étant pas là pour l’aider. Cet habitué des rôles de Bad Guy dans divers westerns - celui de La Caverne des hors-la-loi (Cave of the Outlaws) de William Castle, un de ceux parmi les très mauvais garçons dans Bad Men of Missouri de Ray Enright, une imitation de l'effrayant Quantrell dans Les Chevaliers du Texas (South of St Louis) du même réalisateur… - s’en tire avec les honneurs et forme d’ailleurs avec sa compagne à la ville comme à l’écran, la douce Jean Innes, un couple vraiment touchant. Un homme élevé au rang de légende pour de mauvaises raisons, un butin jamais retrouvé et que tout le monde veut s’approprier, la fille du bandit dont les relations avec ce dernier vont se transformer du jour au lendemain à partir du moment où elle comprend que son père pourrait être riche, le tout jeune fils de cette dernière qui ne peut être soigné faute d’argent (étonnement, on ne verra jamais ce jeune garçon à l’écran), l’idée de vengeance du fils d’un ancien complice, l’arrivée en ville de nombreux Gunmen venus ici appâtés par l’or… Il y avait de quoi accoucher d’une fiction pleine de bruit et de fureur ; les auteurs ont préféré faire tout en douceur malgré un teigneux combat à poings nus mais nous délivrent un épisode bien trop bavard et sans grande tension dramatique.

Chose assez curieuse, aucun des protagonistes récurrents de la série n’a été convoqué à l’exception de Ryker durant à peine une dizaine de minutes ; l’on sait depuis le début que chaque épisode peut aisément se regarder indépendamment des autres – ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi - mais en l’occurrence celui-ci est presque entièrement décorellé du reste tellement les éléments constitutifs de la série sont quasi tous absents ; et c’est quand même bien dommage ! Quant au twist final, il demeure bien décevant lui aussi ! Bref, un épisode un peu lassant et répétitif, pas vraiment mémorable faute à une mayonnaise qui a du mal à prendre mais néanmoins et malgré tous ses défauts, plutôt honorable grâce à de bonnes intentions ainsi qu'à une interprétation d’ensemble tout à fait satisfaisante. Il serait néanmoins souhaitable que les auteurs nous offrent à nouveau une pause plus légère avec le retour en force des personnages auxquels nous nous sommes attachés. The Return of Golden Tom nous aura néanmoins offert une séquence délicieuse et assez cocasse, celle au cours de laquelle Tom Brant est invité à jouer au poker et qu’il étonne tout le monde par son génie des cartes. Pas honteux mais très moyen !



En images sur classik
Image

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 83939
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Messagepar Jeremy Fox » 9 mars 19, 22:34

Jeremy Fox a écrit :
Chip a écrit : " les chacals derrière les loups" (the wolves up front, the jackals behind)(1966) qui ressemble à du Bartlett.

Miam ! 8)



Et effectivement l'épisode est remarquable ; pour une série dite familiale, ce dernier tiers de saison 4 est d'une noirceur inaccoutumée :o Le réalisateur Paul Stanley est définitivement un très grand à la télé.
Image

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 83939
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Messagepar Jeremy Fox » 14 mars 19, 09:34

Image


Jay C. Flippen




4.26- The Wolves up Front, the Jackals behind

Réalisation : Paul Stanley
Scénario : Herman Miller
Guest Star : Jay C. Flippen, James Farentino & Donnelly Rhodes
Première diffusion 23/03/1966 aux USA
DVD : VOSTF - VF
Note : 7.5/10


Le Pitch : Dans le Montana pour y acheter une jument, Randy fait une halte à Prindiville où vit son ami d’enfance avec qui ils ont toujours eu le rêve de monter leur propre élevage. Mais ce dernier n’est plus motivé à autre chose qu’à s’extasier amoureusement devant la fille de Colby, le plus gros rancher de la région, la ravissante Dulcie. Randy se fait embaucher quelques jours par le père de la jeune fille espérant servir d’entremetteur pour son camarade ; sauf qu’il tombe sous le charme de Dulcie. La famille Colby va se voir bouleversée par le retour après 15 ans d’absence du fils prodigue (James Farentino), malfrat dont la tête est mise à prix…

Mon avis : Malgré nos souhaits, la fantaisie et la légèreté ne sont toujours pas de retour en cette fin de quatrième saison, mais lorsque l’on tombe sur des épisodes de cette qualité, nous n’allons tout de même pas faire la fine bouche ni le regretter. Et en effet Paul Stanley confirme à cette occasion être vraiment l’autre réalisateur incontournable de la série avec Don McDougall, leurs noms au générique aboutissant quasi systématiquement à des fictions télévisées inhabituelles et remarquablement adultes. C’est donc encore le cas de ce The Wolves up Front, the Jackals behind, ce titre étant repris d’une phrase dite par le personnage de hors-la-loi superbement interprété par James Farentino lorsqu’il explique sa vie de bête traquée, ses poursuivants acharnés se révélant n’avoir pas plus de scrupules que lui ; certes nous n’allons pas non plus nous apitoyer sur son sort, Frank Colby étant bel et bien une redoutable crapule violente et meurtrière ; mais là où Herman Miller marque un premier point, c’est que malgré la difficulté du défi, il parvient néanmoins à nous rendre attachant ce protagoniste pourtant très peu recommandable. Pour en revenir tout d’abord sur Paul Stanley, c’était le même homme qui avait précédemment mis en scène le plaisant Nobility of Kings avec Charles Bronson, le très attachant épisode sur le handicap mental, The Inchworm's got no Wings at all, mais surtout aussi le sommet récent de la série qu’était Harvest of Strangers avec John Anderson en Guest Star d’un épisode absolument exceptionnel sur l’intolérance et le racisme.

Ici, il nous offre à nouveau une splendide réalisation, sa formidable utilisation des gros plans amenant des séquences d’une force peu commune, tout comme ses plans caméra à l’épaule, l’originalité de ses cadrages, de ses effets de montage et de ses plans d’ensemble en plongées verticales. C’est donc déjà d’une part une grande satisfaction niveau technique ; quant au scénario par l’auteur qui avait déjà signé ceux de Morgan Starr et The Inchworm's got no Wings at all, c’est également une des très grandes réussites de la série. L’épisode est en gros divisé en deux parties, la première narrant la romance qui nait entre Randy et la fille d’un important rancher du Montana alors que le cowboy de Shiloh était resté dans les parages espérant servir d’entremetteur/marieur pour son meilleur ami, la seconde s’appesantissant plus gravement sur les tensions familiales qui se font jour au retour de l’enfant prodigue, un dangereux hors-la-loi qui revient au sein de sa famille espérant s’y cacher. Les deux parties pourtant assez différentes de ton s’avèrent au niveau de l’écriture tout aussi soignées l’une que l’autre. Le récit démarre par l’arrivée de Randy, guitare à l’épaule, dans une petite ville du Montana où il doit acheter une jument. Il en profite pour aller visiter Georgie, son ami d’enfance, qui est joué par Michael J. Pollard, surtout connu des cinéphiles pour avoir été l’un des amis de Bonnie and Clyde dans le film d’Arthur Penn. Georgie est un garçon au physique ingrat et par ce fait devenu très timide ; il s’était toujours dit qu’avec Randy ils mettraient un jour en place leur propre élevage, tous deux passionnés de chevaux ; Randy en profitant pour le relancer lors de leurs retrouvailles, Georgie lui explique qu’il n’a actuellement pas la tête à ça, trop préoccupé par la fille du plus gros éleveur de la région dont il est éperdument tombé amoureux mais qu’il n’ose aborder.

Avec son bon cœur habituel et poussé par Georgie qui l’incite fortement à aller se rendre compte de la beauté de celle qui lui fait passer des nuits blanches, Randy décide de travailler temporairement dans le ranch où elle vit en espérant pouvoir arriver à faire comprendre à la jeune femme qu’elle ne trouvera jamais meilleur partie que son doux et gentil camarade. Sauf que la blonde et ravissante Dulcie - craquante Peggy Lipton, surtout connu pour avoir été Lucie Barnes dans la série The Mod Squad, ainsi que, pour l'anecdote, avoir été l’épouse de Quincy Jones - tombe amoureuse de Randy qui n’est pas non plus sans lui trouver du charme. Quoiqu’il en soit, d’une remarquable loyauté, il va tout faire pour que Georgie puisse rencontrer Dulcie et pour encourager leurs relations… sans résultats… elle ne lui accorde aucun intérêt. Randy et Lucie vont alors tomber dans les bras l’un de l’autre, Georgie n’en tenant pas rigueur à son ami malgré l’inconfort de la situation, le scénariste peignant à cette occasion de superbes et touchants liens d’amitié entre les deux jeunes hommes. Dans le même temps on voit arriver en ville un inquiétant étranger qui se dirige en premier lieu chez le croque mort à qui il commande une pierre tombale pour un futur cadavre, un certain Colby. Qui est-il venu tuer ? De ce que l’on connait, ça pourrait être soit le rancher - interprété avec talent par Jay C. Flippen dont on ne compte plus les participations à grand nombre de chefs d’œuvres du western dont la série Anthony Mann/James Stewart, et qui à l’époque avait déjà perdu l’usage de ses jambes - soit sa fille Dulcie ou encore son fils Ben qui ne semble pas à l'aise, assez mal dans sa peau et ne sachant pas très bien se situer au sein de sa famille. L’on comprend peu de temps après que cet homme ténébreux et menaçant est leur frère parti depuis 15 ans dans une vie de meurtres et de rapines. Sa tête est aujourd’hui mise à prix et il a décidé de se terrer quelques temps dans le giron familial histoire aussi de se faire oublier.

Sauf que personne n’est ravi de le voir reparaitre, que des secrets et des non-dits vont refaire surface, que les tensions vont s’accroitre et des conflits se déclencher ; l’écriture est tellement subtile, le jeu des comédiens tellement convaincant – surtout Jay C. Flippen et plus encore James Farentino qui auront d’ailleurs ensemble une séquence mémorable ; un peu moins Donnelly Rhodes dans la peau du frère ‘mal aimé’ – que l’épisode reste captivant de bout en bout. Randy Boone aura été le seul protagoniste récurrent de la série à officier dans cet épisode ; il n’aura pas démérité aux côtés des talentueuses Guest Star et sa tendre romance avec Peggy Lipton restera marquée dans la mémoire des admirateurs de la série. Un mélange de mélodrame familiale, de récit d’amitié et de triangle amoureux qui aboutit à un des grands épisodes du Virginien.


En images sur classik
Image

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 83939
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Re: Le Virginien

Messagepar Jeremy Fox » 20 mars 19, 10:46

Image


Liam Sullivan



4.27- That Saunders Woman

Réalisation : William Hale
Scénario : Don Brinkley
Guest Star : Sheree North & Liam Sullivan
Première diffusion 30/03/1966 aux USA - Jamais diffusé en France
DVD : VOSTF
Note : 7/10

Le Pitch : Della Saunders arrive à Medicine Bow où elle s’installe comme modiste. Bientôt des rumeurs courent comme quoi la jeune femme aurait de mauvaises mœurs et sortirait juste de cellule après 12 ans d’emprisonnement pour meurtre. Les commérages et le puritanisme ambiant font que les citoyens souhaitent voir Della quitter les lieux sans plus attendre, sans même écouter ses arguments ni son histoire. Dans le même temps un escroc du nom de Sam Jenkins vient d’avoir une altercation avec le Virginien ; non seulement Sam harcelait Della mais il semblerait également qu’il ait expressément vendu des bêtes malades à Shiloh…

Mon avis : Une femme nouvellement arrivée dans une petite ville de l’Ouest et mal acceptée par ses concitoyens qui ne cherchent pas à savoir si les ragots colportés à son sujet sont vrais ou faux, la beauté de la ‘victime’ attisant les jalousies, le puritanisme ambiant mettant de l’huile sur le feu : un thème pas vraiment original mais qui peut donner l’occasion pour de bons scénaristes d’accoucher d’un message de tolérance toujours bienvenu à condition de ne pas verser dans le larmoyant ni dans le trop moralisateur ; et c’est en l’occurrence ici le cas, le duo Don Brinkley à l’écriture, William Hale à la réalisation parvenant aisément à nous faire oublier leur précédente et calamiteuse collaboration sur la série, Two Men Name Laredo, l’un des plus mauvais épisodes de la saison 3 qui avait pour invité vedette le fadasse Fabian. Le principal mérite de cette réussite revient néanmoins à la talentueuse mais méconnue Sheree North qui nous avait déjà fait grand effet lors de sa précédente participation à la série aux côtés de John Agar dans Another’s Footsteps, un chef d’œuvre de la deuxième saison. Une comédienne que l’on verra dans de nombreux très bons films des années 60 et 70, notamment sous la direction de Don Siegel, dans les excellents Madigan et Tuez Charley Varrick par exemple. L’actrice avait été mise en avant par la 20th Century Fox qui avait essayé de la lancer au début de la décennie 60 en tant que remplaçante de Marilyn Monroe ; dommage que cette tentative n’ait pas fonctionné car il s’agissait d’une femme aussi belle que compétente dans le registre dramatique.

Le travail de Don Brinkley est très carré, le scénariste parvenant à lier avec une grande fluidité deux postulats de départ très différents au sein d’une intrigue parfaitement bien agencée. Outre le fil dramatique qui aborde la difficile intégration d’une étrangère à Medicine Bow et tous les racontars qui se développent autour de sa réputation soit disant sulfureuse, il est également question d’une action en justice que souhaite engager le Virginien à l’encontre d’un homme qui aurait vendu à Shiloh pour 8000 dollars de bétail malade. On ne peut pas trouver deux sujets aussi distincts et pourtant tout s’imbrique à merveille d’autant que vient s’y ajouter une romance très touchante. Jugez plutôt, en espérant que j’aurais été le plus clair possible ! A son arrivée à Medicine Bow, Della est harcelée avec un peu trop d’insistance par Sam, un homme qui vient de faire le voyage en diligence à ses côtés. Le Virginien intervient non seulement pour venir en aide à cette femme ravissante mais également parce qu’il y a de fortes chances pour que Sam ne soit autre que l’escroc qui lui aurait vendu des vaches malades. Le régisseur va trouver John, son ami avocat, afin qu’il s’occupe de ce litige juridique et assigne Sam à comparaitre. Il s’avère d’ailleurs assez vite que Sam est bel et bien un aigrefin sauf qu’il est en cheville avec Alfred, un bienfaiteur de la ville dont la réputation d’intégrité n’est plus à faire. Sans que son temps de présence soit important, c’est en fait lui qui va être le pivot central de tous les écheveaux de ce récit. En effet, il connait les secrets de Della – son inculpation de 12 ans pour meurtre, le fait qu’elle ait été défendue à l'époque par John qui était en même temps amoureuse d’elle et qui est aujourd’hui le bailleur de son atelier de modiste ainsi que l’avocat de Medicine Bow -, ce qui fait qu’il va la faire chanter et lui demander d’aller convaincre l’avocat de ne pas porter son associé devant la justice et de carrément laisser tomber et enterrer l’affaire.

Il m’est impossible d’en dire bien plus sans révéler les autres retournements de situations les plus intéressants et les plus émouvants de l’histoire. Tout ceci - et d’autres surprises encore – s’imbrique à merveille et pourtant ce n’était pas gagné d’avance. Outre le scénariste, félicitons la plupart des comédiens car Sheree North est ici formidablement bien accompagnée, ses partenaires s’en tirant remarquablement bien pour la plupart. Citons Douglas Henderson dans le rôle de l’escroc alcoolique, Stephen Roberts dans celui de son libidineux acolyte, businessman absolument haïssable et pourtant grandement respecté par la population de Medicine Bow qui une fois encore en prend pour son grade au travers cet épisode ; en effet, quasiment seul le Virginien refuse de juger la nouvelle arrivante, ne souhaitant se prononcer ni sur son passé ni sur son comportement : "Well, number one, I don't know what things she does ; number two, it's not up to me to approve or disapprove." Même Jennifer, très influençable, aura été d’abord aux côté des commères avant de retourner sa veste, convaincue par les arguments de tempérance et de tolérance du régisseur. Pour poursuivre avec ce casting de grande qualité, nous nous souviendrons de Tol Avery dans la peau de l’avocat de l’accusation, "père la vertu" qui déclame ses plaidoiries un peu à la Malraux ; l’acteur en fait des tonnes mais il est très drôle, un peu comme dans le jubilatoire L’aventurier du Texas (Buchanan Rides Alone) de Budd Boetticher où il interprétait l’un des trois frères qui tenaient la ville sous leur coupe. Sans oublier Stuart Anderson dans la peau du gérant d’hôtel Billy Conklin, un personnage totalement abject capable dans la même minute d’être vulgairement insistant auprès de la femme qu’il demandera peu de temps après à ce qu’elle soit lynchée. Quant enfin à Liam Sullivan, il est excellent dans le rôle de l'avocat et sa romance avec Sheree North grandement émouvante.

La réalisation de William Hale est assez transparente mais toute au service de son scénario, peu comparable avec celles d’un Don McDougall ou Paul Stanley qui seraient peut-être parvenus à faire un sommet de cet épisode. Un travail cependant tout à fait honorable, preuve étant une des séquences de procès les mieux écrites et les mieux menées depuis le début de la série. On regrettera d’autant plus une fin abrupte et pour tout dire un peu idiote qui gâche un peu l’ensemble. En oubliant ce final un peu désastreux, un épisode qui fustige avec intelligence la pruderie et l’intolérance de l’époque. On remarquera enfin que James Drury commence à prendre de l’embonpoint et que pour le perdre il va falloir peut-être qu’il se mette un peu plus à travailler au lieu de s'occuper des belles donzelles et de faire trimer ses hommes !


En images sur classik
Image