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Critique de film
Le film

Zoulou

(Zulu)

L'histoire

1879, Afrique du Sud, Province du Natal. Un régiment composé d’une centaine de soldats britanniques, stationné à l’avant-poste de Rorke’s Drift, soutient un siège de deux jours mené par une tribu zouloue composée de 4 000 guerriers. Cet affrontement fait suite au massacre de 1 200 soldats britanniques à la bataille de Isandlwana, ordonné quelques jours plus tôt par le roi Cetshwayo suite à l’offensive britannique qui eut lieu dans le Zoulouland.

Analyse et critique

Zoulou, tourné en 1964 en Afrique du Sud par l’Américain Cy Endfield, en pleine politique de l’Apartheid, est basé sur la bataille de Rorke’s Drift qui opposa Zoulous et Britanniques en janvier 1879. Un climat politique qui eut une influence énorme sur le tournage du film. Deux combats étaient menés de front : une lutte devant la caméra et une en coulisses menée par l’acteur et producteur Stanley Baker afin d’amener le gouvernement de Pretoria a plus de souplesse. Pour l’anecdote, le président sud-africain voyait d’un très mauvais œil le fait que la tribu zouloue soit dépeinte comme valeureuse, de même qu’il refusait que les figurants africains soient rémunérés ou encore que l’équipe de tournage ne développe des liens d’amitié avec les indigènes.

A l’écran, la tribu zouloue fut composée de 1964 membres du peuple du Zoulouland, qui, pour la plupart, n’avaient jamais vu un film de leur vie. Afin de leur expliquer ce qu’ils attendaient d’eux, les producteurs leur ont fait découvrir des westerns comme Fort Apache et Alamo, deux classiques qui ont indéniablement influencé Cy Endfield dans sa réalisation. Zoulou est entré au panthéon des films de guerre. Brillamment dirigé, Endfield nous offre plus de deux heures de tension pure et d’incertitude, une réflexion supplémentaire sur la vacuité de la guerre. D’un côté nous avons les colonisateurs, une armée britannique d’une centaine de soldats composée par des hommes qui n’ont aucune envie de prendre part aux combats, et de l’autre une armée zouloue de 4 000 guerriers menée par le roi Cetshwayo. Au centre, nous avons le révérend suédois Otto Witt (Jack Hawkins) et sa fille, qui tentent vainement de faire entendre les commandements divins et parmi ceux-ci le "Tu ne tueras point" .


La bataille qui oppose les Britanniques aux Zoulous pendant la grande majorité du film est une des plus impressionnantes que nous a offertes le cinéma, de nombreux réalisateurs s’en étant d’ailleurs inspirés, parmi ceux-ci, Peter Jackson lors de ses scènes de bataille dans le gouffre de Helm (Les Deux Tours - 2002). Le casting est un sans-faute. Stanley Baker (Lieutenant Chard) et Michael Caine (Lieutenant Bromhead), dans son premier grand rôle, affichent une prestance toute britannique et mènent de façon brillante une armée composée de véritables frères d’armes, livrés à une mort qui semble inéluctable. Si l'on veut se montrer pointilleux, on peut émettre une critique quant à la manière dont les corps-à-corps ont été orchestrés, mais cette critique ne vaut que comparée avec des plus films modernes.

Si le film est une réussite cinématographique, il laisse néanmoins un goût amer. En effet, on ne peut s’empêcher de s’émouvoir pour un peuple qui vit ses derniers mois de liberté et de fierté. On aurait aimé approcher davantage ces guerriers, connaître leurs sentiments, leurs peurs... Malheureusement, le film se focalise sur l’armée britannique. Des soldats anglais et gallois que l’on espère voir sortir indemnes de ce conflit, la plupart d’entre eux ne souhaitent pas la guerre : ce sont des fermiers, des ouvriers, des ingénieurs... et qui survivent avec la nausée, en ayant côtoyé la mort. Bref, on éprouve une empathie certaine pour les deux camps en présence, tout en gardant à l’esprit que les soldats rouges sont les instruments du pouvoir oppresseur et colonisateur de l’Empire britannique.

Le final est magnifique et sert à merveille le propos du film. Les guerriers zoulous, encore supérieurs en nombre, viennent saluer leur ennemi au petit matin, en poussant une dernière mélopée afin de célébrer leur courage. La réalité historique fut bien moins romantique. Au matin du dernier jour de la bataille, l’armée zouloue, épuisée, meurtrie, quitta le champ de bataille en laissant de nombreux guerriers derrière elle, des blessés qui furent rapidement achevés par les Britanniques à coup de fusil ou de baïonnette...

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Dave Garver - le 23 février 2003