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Critique de film

L'histoire

Dans les années 1920, la psychiatre Eudora Fltecher (Mia Farrow) découvre que l'un de ses patients, Leonard Zelig (Woody Allen), a la capacité de se transformer en un clin d'œil en fonction de son entourage. Un mimétisme non seulement mental, mais aussi physique ! En présence d'un Chinois il se transforme en Chinois, en présence d'un groupe de psychiatres il se met à théoriser en utilisant à la perfection le charabia de la profession (sans pour autant que ses discours n'aient un sens d'ailleurs). Zelig devient rapidement un phénomène public, mais de l'adoration des foules au lynchage, il n'y a qu'un pas...

Analyse et critique

Avec Zelig, Woody Allen invente un personnage fascinant qui lui permet d'explorer une multitude de facettes propres à l'animal humain, mais aussi de s'amuser avec ce cinéma qu'il aime tant. Zelig, l'homme-caméléon comme on le surnomme, épouse l'apparence physique et les pensées des gens qui l'entourent. Personne sans personnalité, il est une figure neutre dans laquelle chacun dépose ses propres ambitions, ses propres émotions. A travers à lui, Allen peut aller de la satire (le milieu médical, les médias, les politiques...) à l'émotion (la belle relation qui se noue entre Eudora et son patient) dans un mouvement d'une incroyable fluidité. C'est une personnalité vide qui ouvre sur un incroyable champ des possibles en terme de développement scénaristique. Zelig incarne notre besoin de reconnaissance, l'irrépressible besoin d'être aimé et apprécié des autres. Il est le conformisme absolu et, dans un même temps, une figure qui focalise la versatilité et la pusillanimité de l'opinion publique. Celle-ci, constamment changeante, évolue au gré de l'histoire (la grande et la petite) et des mœurs ; et la capacité de Zelig a épouser la majorité, à s'y fondre, ne le met pas pour autant à l'abri de ses sautes d'humeurs. Zelig a beau tout faire pour être aimé, son destin l'amène à être un héros national un jour et un homme pourchassé le lendemain.

Zelig, c'est aussi une belle et ludique réflexion sur le métier d'acteur et sur le pouvoir falsificateur des images. Il y a d'abord l'enchantement total que procure ce faux documentaire. Le travail sur les images d'archives est admirable (que ce soit pour incruster Woody Allen dans des bandes d'actualités des années 1920 ou 1930 ou pour en créer de nouvelles), les trucages et les maquillages sont simples mais proprement hallucinants. La forme documenteuse, plus connue aujourd'hui, était au moment de sa sortie une véritable surprise et même maintenant, même après le fantastique Forgotten Silver de Peter Jackson, on ne peut que se prendre au jeu et se régaler des fausses interventions de personnalités comme Susan Sontag, Saul Bellow ou Bruno Bettelheim. Zelig est un film à part dans la carrière de Woody Allen, c'est aussi un film qui lui tient tout particulièrement à cœur. Il en écrit le scénario en 1980 et ne cesse d'y travailler durant les trois années qui suivent, tournant dans le même temps Comédie érotique d'une nuit d'été et Broadway Danny Rose, soit un triptyque qui s'impose aujourd'hui comme l'un des sommets sa filmographie. Avec cette œuvre légère, profonde, drôle et inépuisable, Woody Allen nous offre l'une des plus ludiques et belles démonstrations de ce que le cinéma peut susciter en jouant sur la capacité d'émerveillement et de croyance du spectateur. Un chef-d'œuvre.

Dans les salles

Film réédité en salle le 28 mars 2012 par Swashbuckler Films

La Page du distributeur

Dossier de presse du film