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Critique de film
Le film

Zatoichi 5 : On the Road

(Zatôichi kenka-tabi)

L'histoire

Ichi arrive dans une ville où il est rapidement pris à partie par Tobei, un parrain local qui lui demande de l’aider à combattre le clan rival de Doyama. Ichi trouve sur son chemin un vieil homme mourant qui lui confie la jeune Mitsu, et lui fait promettre de la ramener chez son père. Mitsu appartient à une riche famille de commerçants d’Edo, et bientôt les deux clans yakuzas voient en sa capture le moyen de toucher une confortable rançon. Ichi va devoir se frayer son chemin entre les deux gangs et échapper aux griffes vengeresses d’Hisa, la veuve d’un samouraï qu’Ichi fut amené à tuer en combat.

Analyse et critique

Kimiyoshi Yasuda signe ici sa première participation à la saga. Venu tardivement à la réalisation (à 46 ans), il fit sa petite place d’honnête artisan dans le cinéma populaire japonais avec six épisodes de la saga Zatoichi ou encore trois de la série Akadô Suzunosuke avec Masaji Umeiwa. Juste après avoir signé ce Zatoichi's On the Road (également appelé en anglais Zatoichi's Fighting Journey), il est appelé pour mettre en chantier le troisième épisode d’une autre saga initiée la même année, Nemuri Kyoshiro. Raizo Ichikawa y incarne un ronin cynique et désabusé. Réponse du berger à la bergère de la part du concurrent légendaire de Katsu ? Toujours est-il que l’on retrouve derrière le premier volet d’une série qui en comptera douze (plus des dérivés) Tokuzo Tanaka, immédiatement suivit de Kenji Misumi. Kazuo Ikehiro, le réalisateur des épisodes six et sept de Zatoichi prendra ensuite la relève, suivi d’Akira Inoue (Zatoichi 10). On trouve même dans le rôle du mentor de Nemuri Kyoshiro, Tomisaburo Wakayama, le frère de Shintaro Katsu. Dès qu’un réalisateur s’est illustré dans la série des Zatoichi, on peut être sûr, à l’exception de Kazuo Mori, de le trouver derrière un Nemuri Kyoshiro.

Yasuda ouvre le film sur une séquence tout en efficacité, déconnectée du film à la manière des introductions de James Bond. Ichi, assis à une table de jeu, démasque des tricheurs et coupe une bougie d’un coup de sabre invisible. Sur sa lame demeure la flammèche qui seule éclaire son visage aux allures de démon. « Darkness is my ally » murmure Ichi avant de faire rugir une nouvelle fois son sabre. Cette phrase deviendra le leitmotiv des aventures du masseur aveugle et s’inscrira sur les affiches de son ultime aventure en 1989. Las, après cette ouverture prometteuse, Yasuda se contente de filmer platement les aventures d’Ichi, sans retrouver l’invention ou l’efficacité des réalisateurs qui l’ont précédé. Yasuda, tout au long de ses participations à la saga, ne parviendra jamais à faire d’Ichi autre chose qu’un énième héros de chambara. Il n’insuffle aucune vision propre et se contente paresseusement de livrer des films certes soignés mais impersonnels.

Il faut dire que l’intrigue ne pousse pas à l’inventivité, reprenant la trame, vue et revue cent fois, de Yojimbo, mâtinée d’un soupçon de Forteresse cachée. Même le décor où prend place le combat final entre les deux clans reproduit à l’identique celui du film de Kurosawa. Comme Toshiro Mifune avant lui, Katsu passe d’un clan à un autre, joue sur la cupidité et la veulerie des belligérants dans le but de les voir s’entre-tuer. Ichi se fait l’écho de la volonté de la population de voir disparaître les yakuzas qui sèment la désolation et la mort sur leur pays. Les deux parrains sont renvoyés dos à dos et Ichi va jouer de son aura pour venger le peuple accablé. Ichi utilise de manière inédite la peur que sa légende instille. Il oblige un boss à manger un fruit pourri par la simple puissance de la crainte que son renom provoque, prenant plaisir à venger son statut de paria en humiliant les puissants. L’enjeu des autres films s’est déplacé, assagi. Ichi n’est plus fatalement amené à tuer, malédiction de ses talents de bretteur, mais il se trouve au centre des intrigues à cause de la légende qui l’entoure. Face à lui, nous n’avons que des gredins sans envergure, des samouraïs et des yakuzas corrompus, bientôt rejoints dans l’ignominie par le seigneur du fief qui se révèle être à l’origine d’une tentative de viol à l’encontre de Mitsu. La seule originalité du film tient dans cette présence de la sexualité et même Katsu joue, discrètement certes, sur les désirs de son personnage. L’omniprésence de l’odorat fait partie de cette part plus animale de l’homme qui est évoquée, les parfums de femmes et de sang tenant une place assez particulière dans les dialogues.

Pour le reste, on a affaire à un épisode purement alimentaire et convenu qui joue sur son accroche publicitaire : « Cette fois combien en tuera-t-il ? Et comment ? ». Ce qui est bien léger en définitive pour faire un film à même de faire évoluer la saga. Alors reste à admirer les prouesses martiales d’un Katsu qui demeure époustouflant dans des combats expéditifs, malheureusement peu chorégraphiés et sans relief. Yasuda parvient seulement à faire sursauter le spectateur en usant d’astuces, comme celle de faire intervenir sans crier gare un combat au milieu d’une scène bucolique entre Ichi et Mitsu. Il s’essaie également brièvement à quelques tentatives d’expérimentation en jouant sur le son lors de l’affrontement final. Mais de peur de troubler un tant soit peu le spectateur, Yasuda reste discret et oublie rapidement toute velléité « auteurisante ». Shozo Honda (The Tale of Zatoichi Continues) signe une belle photo, visuellement aidé de l’excellent Yoshinobu Nishioka (Hitokiri d’Hideo Gosha, Baby Cart 3 de Kenji Misumi, Taboo de Nagisa Oshima…), qui fait ici sa première des très nombreuses participations comme directeur artistique de la saga. Ce travail soigné fait somme toute de Zatoichi's On the Road un agréable spectacle, même si Katsu ne semble pas très à l’aise, même si l’histoire longuette finit par désintéresser le spectateur, même si le récit s’alourdit d’un humour pas toujours très bienvenu.

Introduction et sommaire des épisodes

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 16 octobre 2005