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Critique de film
Le film

Zatoichi 4 : Masseur Ichi, The Fugitive

(Zatôichi kyôjô-tabi)

L'histoire

Ichi est pourchassé par les hommes de main d’un yakuza local. Il défait ses ennemis et, au cours d’une rixe, tue un jeune yakuza, Kisuke, attiré par les 10 pièces d’or de récompense. Ichi décide de se rendre dans le village du jeune homme, de présenter ses excuses à la mère du défunt et de retrouver le parrain à l’origine de la chasse à l’homme. Arrivé au village, il retrouve dans une auberge Tané, l’amour qu’il ne put que quitter dans le premier épisode de la série. Après avoir fait une mariage malheureux avec le charpentier du village, Tané est tombée amoureuse d’un ronin alcoolique, Tanakura. Le parrain de la ville, Yagiri Tokyuro, emploie Tanakura, blessé dans son honneur par Ichi au cours d’une confrontation de leur capacités martiales, pour tuer le masseur aveugle. Le ronin entend utiliser Tané pour tendre un piège à Ichi. Ichi se lie d’amitié avec Nobu, la fille de l’aubergiste, amoureuse de Sakichi, jeune homme qui doit prendre la tête du clan Shimonida. Yagiri convoite son territoire et compte se débarrasser de Sakichi.

Analyse et critique

Ichi se présente au début de cette nouvelle aventure sous un jour nouveau avec des postures comiques inédites dans une saga démarrée sous les auspices du drame et de la tragédie. Katsu n’excelle pas encore vraiment dans ce registre et les films suivants, en allant plus avant dans le comique, lorgnant même parfois vers le burlesque le plus pur, vont pousser l’acteur à être de plus en plus crédible dans cette facette de son personnage. Pour l’heure, il est quelque peu laissé en roue libre et peut-être manque-t-il à Tanaka la capacité de canaliser un Katsu expansif, dont le jeu généreux demande à être restreint pour donner le meilleur de lui même. L’acteur est peut-être déséquilibré par l’évolution de son personnage vers une stature légendaire, et s’il irradie littéralement dans les scènes le présentant sous ce jour, il est moins crédible lorsqu’il joue le remords, lorsque Zatoichi redevient humain et doute. Katsu a encore du mal à conjuguer ces deux facettes et il faut encore attendre un petit peu pour qu’il réussisse à marier et les dilemmes moraux qui accablaient son personnage jusqu’ici et la portée mythique et justicière du masseur aveugle. D’autres événements marquent de nettes différences thématiques avec « la première trilogie ». Ichi, par exemple, se donne en spectacle, combattant un lutteur devant un public nombreux, faisant fi de la modestie et de la discrétion qui le caractérisaient jusqu’ici, posture protectrice qu’il abandonne pour épater la foule. Les remords qui l’accablaient suite à l’usage mortel de sa lame, semblent également ne plus avoir droit de cité au début du film. Ichi s’énerve lorsqu’on l’insulte et il n’hésite pas à tuer un jeune homme qui en veut à sa vie pour une rançon (qui passera de 10 ryo à 300 ryo à la fin du film !). Mais les remords ne tardent pas à le rattraper et Ichi part à la recherche de la mère du jeune yakusa tué. Ichi est présenté marchant sur le fil du rasoir, prêt à étouffer les voix de la morale pour asseoir son statut de bretteur légendaire et terrifiant. Zatoichi entre dans une nouvelle ère. Après s’être intéressée au démons habitant le personnage, la série va prendre un tournant bien plus physique en mythifiant toujours plus ses qualités de combattant exceptionnel et en installant Ichi comme un défenseur de la veuve et de l’orphelin, un véritable héros iconifié, marquant son entrée dans la légende. Tané, son amour du premier film, tisse le lien entre les premiers épisodes et cette subite évolution, et sa mort va définitivement marquer la scission entre l’ancien et le nouvel Ichi. C’est l’élément déclencheur d’une furie sans précédent et les combats qui frappaient jusqu’ici par leur brièveté vont s’allonger jusqu’à un final apocalyptique dans lequel Ichi combat une multitude de guerriers. Figure invincible et vengeresse, Ichi se déchaîne : gestuelle du corps entièrement tournée vers le massacre, mouvements fluides et harmonieux dans le seul but d’abattre ses ennemis, Ichi est devenu un bloc de haine implacable, figure surhumaine du justicier.

Masseur Ichi, The Fugitive offre un nouveau départ à la série. L’intrigue, avec ses conspirations, ses traîtrises et ses duperies, prend le pas sur le versant psychologique initié par Misumi et Mori. Le scénariste Seiji Hoshikawa prend la relève de Minoru Inuzuka et mise sur les rebondissements et l’action tandis que Tokuzo Tanaka, qui combinait brillamment dans les précédents épisodes les deux tendances à l’œuvre dans la série, se lance à sa suite dans la mise en scène d’un pur Matatabi no Mono avec ses rebondissements et ses morceaux de bravoure. Il insuffle également au film un romantisme lyrique rappelant sa collaboration avec Katsu sur la série des Akumyo et son yakusa romantique.

De véritables Bad Guys font leur apparition. Alors que dans les trois premiers films, les parrains à la poursuite de Zatoichi agissaient car ils étaient inquiétés par cet étrange masseur aveugle, Yagiri est un être infâme, prêt à tout pour assouvir sa soif de pouvoir et de domination. De même, Tanakura tranche avec les précédentes figures du Ronin, des hommes jusqu’alors prisonniers de leur passé, du monde dans lequel ils vivaient, de leurs amours impossibles. Tanakura est un être véritablement dangereux, rempli d’une haine farouche. Ichi est au centre d’intrigues où la veulerie, la trahison, animent une société corrompue et infamante, peuplée de tueurs et des bandits sans foi ni loi. Il va voir ses idéaux s’effondrer en même temps que les êtres aimés disparaissent. Il assiste à la fin d’un monde, de son monde, et entre dans un nouveau où la vengeance devient le carburant qui va lui permettre d’avancer. Et même si Ichi essaie d’être aveugle face à cet état de fait, refuse d’accepter Tanakura tel qu’il est, à savoir l’incarnation de la corruption des idéaux de justice que se doit de porter un samouraï, il sera bien forcé d’admettre que son univers a irrémédiablement changé. A la fin de cette aventure, Ichi s’éloigne sur les routes, dansant, le visage éclairé de joie. Mais dès qu’il tourne le dos, cette expression laisse place à un air sombre et désespéré qui va bientôt disparaître dans la nuit. Admirable dernier plan final où Katsu ouvre des abîmes de sensation et nous fait ressentir avec une économie de moyens saisissante toute le chemin que notre héros a parcouru vers la nuit.

Introduction et sommaire des épisodes

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 16 octobre 2005