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Critique de film
Le film

Zatoichi 25 : Retour au pays natal

(Shin Zatôichi monogatari: Kasama no chimatsuri)

L'histoire

Retour au Pays Natal : Ichi se rend à Kasama où la vieille Oshimé l’avait élevé, et qu’il a quitté il y a 23 ans. En même temps que lui, un autre ancien enfant du village revient, Shinosuke Shenbei, qui a fait fortune à Edo dans le commerce du riz. Les villageois, accablés par les impôts et par trois années de disette, l’accueillent comme un sauveur. Effectivement, Shenbei prend à sa charge les 500 ryos de dettes des paysans. Mas comme Ichi le devine rapidement, Shenbei ne fait pas cela par abnégation. Il entend prendre possession des carrières qui appartiennent au villageois et asseoir sa fortune en les exploitant comme ouvriers. Appuyé par les yakuzas du clan Iwagoro, et par le gouverneur qui rêve d’un poste d’intendant à Edo, il ne va trouver sur sa route que Zatoichi, prêt à défendre les droits des villageois opprimés.

Analyse et critique

On peut regretter que pour le dernier film de la saga, ce soit le transparent Kimiyoshi Yasuda qui en assure la réalisation. Comme à son habitude, le cinéaste n’apporte aucune vision personnelle à la saga, ni n’essaie d’approfondir un personnage que tant d’autres ont su cerner avec génie. Il faut dire que le scénario lui-même déçoit. Retour au pays natal aurait pu être l’occasion d’explorer le passé d’Ichi, d’aller plus avant dans notre découverte d’un héros que nous avons suivis durant 25 films. Las, nous n’apprenons que peu de choses sur l’histoire du masseur aveugle, si ce n’est qu’il a été élevé par une nourrice, Oshimé, dont la bonté l’a amenée à élever ainsi plusieurs orphelins, telle Omiyo, une jeune fille qu’elle a recueillie juste après le départ d’Ichi.

L’essentiel du récit se concentre sur le souvenir et l’oubli, sur les yeux qui refusent de voir ou qui s’ouvrent. Lorsqu’Ichi arrive au village, une procession semble l’attendre. Bien sûr, personne ne se rappelle de ce petit aveugle orphelin, et tous sont venus accueillir en grande pompe Shinbei, l’enfant du pays qui a réussi et qui est attendu comme un sauveur. Celui qui a engrangé de l’argent vaudra toujours plus qu’un masseur aveugle, tout redresseur de tort fut-il. Les hommes se souviennent de ce qu’ils désirent. Et si Ichi se rappelle, plus de 20 ans après, l’emplacement d’une statuette Jinzo envahie par les broussailles, Shinbei refuse de se souvenir des péripéties vécues enfant avec Ichi. Il se crée un mur, rejette ce passé, car sa venue ne concerne que son enrichissement personnel. Il n’a que faire du malheur qui frappe les habitants, trompés par le gouverneur qui truque les impôts et profite grassement des mauvaises récoltes. Il ne voit en eux que du bétail prêt à travailler dans les carrières qu’il entend voler. Nul remords lorsque les ouvriers meurent écrasés dans les carrières ou subissent les coups de fouet des contremaîtres. Shinbei est un investisseur sans scrupules qui ne lutte que pour le profit. Il fait table rase du passé et refuse d’écouter le chef du village qui le supplie d’abandonner les carrières qui appartiennent par tradition aux habitants du village. Il oppose à ces coutumes des papiers officiels, papiers que ne peuvent produire les villageois bien entendu. Le passé n’a plus court, on entre dans l’ère moderne, et seul l’argent a valeur dans ce monde en mutation. Yakuzas et gouverneurs suivent bien entendu cette course au profit, s’associent sur le dos du peuple pour s’engrosser, à l’image des ces balles de riz accumulés dans un entrepôt alors que les paysans crient famine.

Ichi, lui, ferme aussi parfois les yeux, mais pas pour les mêmes raisons. Lorsqu’au début il est témoin de l’agression d’un homme par un gang de petits voyous, il accepte de ne rien voir et se contente d’une mise garde, mais n’intervient pas. Ichi sent que Yuri, une jeune dévergondée, et ses cinq compagnons ne sont pas des crapules mais de jeunes personnes paumées. L’avenir lui donnera raison. Mais exception faite de ce cas précis, Ichi garde toujours les yeux grand ouverts. Lorsqu’il s’imagine ce que serait sa vie s’il recouvrait la vue, il comprend vite qu’il ne verrait pas mieux qu’en étant aveugle. Ichi sent à travers les êtres, et dans sa nuit brillent toutes les étoiles du passé. Seuls les défunts semblent voir aussi bien que lui. En venant se recueillir sur la tombe d’Oshigé, juste avant de quitter le village, il est comme retenu par son fantôme. Les êtres de la nuit semblent capables de voir l’avenir et les drames qui se trament. Et Ichi, à la lisière des deux mondes, est seul capable encore d’influer sur le futur.

Le film oppose deux figures antinomiques. Celle d’un homme qui incarne la réussite mais qui s’est dévoyé et n’utilise le passé que comme tremplin pour sa réussite personnelle. Et celle d’un vagabond qui reste fidèle à ses idéaux et à ceux qui l’ont aidé. Un combat final va bien entendu régler cette différence dans le sang, et si Ichi promet une nouvelle fois à son adversaire « qu’il va le faire renaître », cette renaissance sera bien plus radicale qu’à l’accoutumée. Le final est extrêmement violent et clôt un récit jusqu’ici peu enclin aux joutes martiales sur des geysers d’hémoglobines, des membres et des gorges tranchés, des empalements et autres images paroxystiques. La bande-son est envahie de râles et de gargouillis du sang qui s’échappe des corps.

Une fois le village sauvé, Ichi ne recevra aucune reconnaissance des habitants. Leur chef les arrête et les met en garde de fréquenter ce yakuza qui ne peut que les mener en prison. Ouvrir les yeux ne dure qu’un temps, et l’on se réfugie rapidement dans l’oubli et l’aveuglement. Conclusion sinistre aux aventures de Zatoichi, qui le voit pour une dernière fois poursuivre une route sans fin.

Une dernière fois ?… pas tout à fait…

En 1974, la Katsu Pro. disparaît pour laisser la place à la Katsu Promotion qui dès 1976 va lancer la série télévisée dérivée des aventures du masseur aveugle. Cent épisodes seront tournés entre 1976 et 1979. Si nous n’avons pu voir cette série, elle semble contenir des épisodes de toute première importance. On y trouve par exemple le chef opérateur Fujio Morita derrière la caméra, mais également l’immense Hiroshi Teshigahara (La Femme des sables) qui met en scène les deux derniers épisodes. L’ultime aventure télévisée du masseur aveugle voit Ichi imaginer recouvrir la vue et Teshigahara doit faire des merveilles dans un registre onirique qu’il maîtrise si bien, détonnant dans le paysage des productions pour le petit écran. (1)

Dix ans plus tard, Shintaro Katsu reviendra pour donner sa véritable conclusion à la saga.

(1) Media Blasters édite en Zone 1 la série télé. Les films sont en VO sous-titrés anglais et proposent 4 à 5 épisodes par dvd, d’une durée de cinquante minutes. Le format est en 4/3 bien évidemment.

Introduction et sommaire des épisodes

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 17 janvier 2006