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Critique de film
Le film

Zatoichi 2 : The Tale of Zatoichi Continues

(Zoku Zatôichi monogatari)

L'histoire

Ichi, appelé pour masser le seigneur du fief Kuroda, est témoin de la folie du maître. Trois samouraïs, à la demande de l’intendant du han, essayent en vain de le faire taire. Ichi se retrouve pourchassé par les hommes de main du parrain Kanbei, commandités par l’intendant du fief pour que ce terrible secret ne puisse être ébruité. Aidé par Osetsu, jeune femme qui lui rappelle étrangement son prime amour Ochiyo, il gagne Lioka dans l’intention de se rendre sur la tombe d’Hiraté au temple de Sasagawa, tenant la promesse de venir lui rendre hommage un an après sa mort. Un étrange ronin manchot croise à plusieurs reprises la route d’Ichi, lui venant en aide ou s’intéressant de prêt à Osetsu. Le boss Sukegoro reçoit la visite de Kanbei, et tous deux se mettent d’accord pour faire assassiner Ichi. Sukegoro accueille également le ronin qui, sous ses habits de samouraï, se révèle être en réalité un brigand en fuite et le propre frère de Zatoichi, Yoshiro

Analyse et critique

Ce deuxième épisode, qui reprend un an plus tard le personnage de Zatoichi, est dans la droite lignée de l’œuvre originale. Noter héros compte revenir comme promis sur la tombe d’Hiraté pour rendre honneur au samouraï du premier épisode. C’est à une sorte d’exorcisme de ses démons intérieurs que veut se livrer Ichi, et les embûches qui vont se mettre en travers de son chemin sont comme autant d’épreuves visant à mesurer sa volonté de pardon. Quand deux clans s’affrontaient dans Zatoichi monogatari, ici deux parrains se mettent d’accord pour lui barrer la route. Ce motif inversé centre sur le personnage du masseur aveugle toute la tension du récit. Alors que dans le premier film il se trouvait par hasard dans un conflit auquel il ne voulait pas prendre part, dans cette suite les forces mauvaises sont toute fixées sur sa personne, comme une malédiction en œuvre. Si on retrouve les acteurs du premier film, d’autres personnages viennent hanter le récit, tels des fantômes issus de la mauvaise conscience d’Ichi. Son frère, image du brigand qu’il aurait pu devenir, ou encore celle de son premier amour disparu qui semble se réincarner pour accabler Ichi sous les regrets et les remords. L’ombre d’Hiraté flotte sur tout le récit.

Tout en prolongeant le personnage d’Ichi (on en apprend plus sur son passé), en approfondissant la lutte intérieure qui le tenaille, The Tale of Zatoichi Continues poursuit en creux les méditations sur la morale initiées par Kenji Misumi. C’est la deuxième partie d’une trilogie qui ouvre la saga avec en son cœur ces questions morales, les doutes du guerrier par rapport à la mort qu’il sème, fut-elle pour une juste cause. Le frère d’Ichi sert de catalyseur à son affrontement avec ses propres démons, en lui permettant de s’interroger sur sa vision de la justice et sur le pardon qu’il est possible d’accorder à celui qui a fauté. En absolvant son frère de ses crimes, Ichi peut également se pardonner les drames qu’il a provoqués. Sacrifice, rédemption, pardon, une vision très religieuse qui parcourt tout le film et prend comme élément central la sépulture d’Hitané et le temple qui la recueille.

Tomisaburo Wakayama est le frère d’Ichi à l’écran et dans la vie. Futur célèbre acteur de la saga des Baby Cart, c’est lui qui apprit à Katsu l’art du sabre. La ressemblance physique des deux frères accentue l’idée de double, et l’on comprend rapidement que Yoshiro représente ce qu’aurait pu devenir Ichi s’il avait usé de son talent de combattant pour son unique gloire et son profit personnel. Les liens entre Ichi et Yoshiro sont profonds et marqués par la fatalité. C’est Yoshiro qui vola Ochiyo à Ichi, et c’est Ichi en retour qui fit perdre son bras à son frère. Cette figure du combattant manchot est certainement une influence majeure du One-Armed-Swordman de la Shaw Brothers, que le scénariste Ni Kuang et le réalisateur Chang Cheh lanceront sur les écrans à partir de 1967. En effet, Run Run Shaw était fasciné par le chambara et il est de notoriété publique qu’il projetait à de nombreux metteurs en scène, techniciens et acteurs, les épisodes de Zatoichi (dont il était le distributeur à Hong Kong) voyant dans cette saga un modèle à dépasser. A rebours, Yoshiro rappelle Sazen Tange, sabreur manchot et borgne qui fit les beaux jours du chambara dans plus de trente films réalisés dès 1928. Si les deux frères ne faisaient qu’un, il est sûr que celui-ci ressemblerait beaucoup à Tange.

Le pèlerinage sur le tombeau d’Hiraté doit être une renaissance pour Ichi. Son passé remonte donc à la surface, comme si il était temps d’en finir avec les démons. L’autre fantôme du film est celui d’Ochiyo qui, sous les traits d’une jeune prostituée, attire irrémédiablement les deux frères. Tous deux sont hantés par les remords, par les erreurs commises à son encontre. Véritable vision fantasmée, Ichi et Yoshiro peuvent espérer à travers Osetsu recevoir le pardon d’Ochiyo depuis le royaume des morts.

Si Zoku Zatoichi Monogatari est dans la droite lignée de son prédécesseur, le film semble avoir été réalisé à la va-vite, légèrement bâclé. Des travellings élégants donnent un peu d’ampleur à une réalisation soignée mais sage, parfois même apathique. On est bien loin de la beauté du film de Misumi. Chishi Makiura a cédé la place à Shozo Honda (Tuer ! de Misumi et chef opérateur coutumier de Kazuo Mori), Akira Naito à Seiichi Oota (futur directeur artistique de Hanzo the Razor autre célèbre série de Katsu et Misumi) et Akira Ifukube à Ichiro Saito. Si Honda, Oota et Saito participeront très régulièrement à la série, il manque clairement à ce deuxième épisode l’apport primordial de leurs trois prédécesseurs à la réussite du premier opus de Misumi, sans compter le talent de ce dernier.

Kazuo Mori (Le Masseur Shiranui avec Shintaro Katsu) s’en sort honnêtement mais parvient difficilement à faire autre chose qu’une simple suite aux aventures d’Ichi. Dans la droite lignée du chambara classique, le film perd le côté élégiaque du premier épisode et multiplie les scènes de combat afin de satisfaire un public friand d’action. Le film est également plus descriptif, abandonnant les non-dit de l’épisode précédent, et clarifie à outrance les affres d’Ichi. Les longs silences si profonds qui liaient Ichi et Hiraté laissent place à de longues discussions. Minoru Inuzuka, le scénariste, s’il poursuit dans la voie du premier film, ne trouve pas en Mori un réalisateur capable véritablement de donner corps à ses thèmes. Avec trois participations à la saga, le réalisateur sera cependant un des fers de la lance de Zatoichi, mais son surnom d’Hayadori (« tourne vite »), s’il devait faire le plaisir des producteurs, se ressent sur des films efficaces mais peu soignés. Il est cependant un véritable artisan, le dernier réalisateur auquel Katsu acceptait de donner du Sensei.

C’est Shintaro Katsu qui parvient à donner toute sa force au film, par une interprétation qui ne cesse de se densifier. Katsu donne de plus en plus l’impression de devenir Ichi. Il porte la mélancolie, le poids des remords, comme une seconde peau. Il est le point névralgique du film, la douleur, la tension constante qui fait de ce second épisode plus qu’un chambara classique. C’est bien Katsu qui va permettre à la saga de se poursuivre et d’évoluer, épine dorsale sans laquelle Zatoichi n’aurait pu avoir le même impact.

Introduction et sommaire des épisodes

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 16 octobre 2005