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Critique de film
Le film

Zatoichi 15 : Zatoichi's Cane Sword

(Zatoichi tekka tabi)

L'histoire

Toujours sur son éternelle route, Ichi trouve un homme mourant qui a juste le temps de lui glisser son nom avant de trépasser : Shotaro Ashikaga. Ichi se rend à Ichikaga où il rencontre un vieil homme du nom de Senzo estomaqué par ses talents de bretteur (forcément Ichi vient de gagner une forte somme au jeu et les hommes du boss Iwagoro Agate n’entendent pas le laisser partir avec son pactole…). Senzo est en fait un ancien forgeur d’armes, dont le maître est le créateur de la fameuse canne épée de notre héros. Le vieil homme informe Ichi que sa canne ne pourra plus donner qu’un seul coup avant de rendre l’âme. Ichi fait don de son arme à Senzo et, forcé de se retirer, il trouve un emploi de masseur dans l’auberge Shimmotsuke. Là, il rencontre une jeune femme, Shizu, qui se révèle être la fille de Shotaro Ashikaga, ancien chef Yakuza défait par l’infâme Iwagoro...

Analyse et critique

Réalisé par le vétéran Yasuda Kimiyoshi (troisième de ses six collaborations à la saga, après les épisodes 5 et 9), cette nouvelle aventure de Zatoichi privilégie les personnages secondaires et s’oriente vers un climat plus calme qu’à l’habitude. Tous les éléments de la série sont présents, évoqués dès le début : le travelling qui suit la marche d’Ichi dans les herbes hautes, la découverte d’un homme mourant, des enfants, des jeux de dé, les moqueries envers son handicap, la vélocité invisible du masseur aveugle qui fend l’air de sa canne épée, les têtes médusées, la confrontation avec un gang Yakuza, la rencontre avec une jeune femme et de braves tenanciers pris dans les feux d’une lutte de pouvoir… et d’un seul coup, ce mouvement classique semble s’arrêter à l’annonce de la fin proche de la lame de notre justicier. Forcé de prendre sa retraite, Ichi semble trouver dans la famille de Shimmotsuke le havre de paix qu’il appelait de tous ses vœux depuis tant d’épisodes. L’auberge est ainsi un lieu qui tente de vivre en dehors des vicissitudes. Aucun jeu ou prostitution n’y est toléré. Gembei, le patron de l’auberge, a recueilli Shizu (Shiho Fujimura, la Mitsu dans l’épisode 5) et son frère Seikichi suite à la mort de leur père. Seikichi veut faire des études et monte à Edo en compagnie du fils de la maison. Cette partie du film laisse la part belle à un humour léger et nous montre un Ichi quasiment serein. Quasiment, car la lourde hérédité des yakuzas va une fois de plus faire pencher la balance vers le Mal et la destruction. Déjà Shizu pousse son frère à reprendre l’œuvre de son père, à s’opposer à Ichikaga et devenir le maître qu’était son père. Mais ce dernier ne veut pas de cette vie, et Ichi n’a de cesse de convaincre la jeune femme d’abandonner ce projet fou qui ne peut que porter malheur à la maisonnée. Mais Shizu est liée par une promesse lourde de conséquences.

L’arrivée dans l’auberge d’un haut dignitaire Kuwayama, inspecteur des huit provinces, va accélérer la montée inéluctable du drame. Lié à Ichikaga, Kuwayama est venu chercher une lame promise par Shinzo au Seigneur Matsudaira. Bien entendu, Shinzo ne veut pas forger cette lame, surtout pas pour un officiel dit-il, et Ichikaga veut en fait le forcer à céder une lame forgée il y a des années et que Shinzo destinait à son ami Shotaro. Autre problème, Kuwayama décide de prendre Shizu dans sa maison, fortement attiré par la beauté de la jeune femme. Bref, Ichi va devoir encore faire chanter les lames pour rétablir une justice devenue bancale. Le scénario, assez complexe et particulièrement bien construit, offre un crescendo dramatique qui petit à petit redonne à la violence la place laissée vacante au début du métrage.

Au début, Ichi n’use d’aucune arme, se contente de rosser les brigands, de ridiculiser le boss et sa cour en jouant sur son aura légendaire. Une scène hilarante le montre dansant de manière ridicule et forçant le chef yakuza à l’applaudir. Katsu brille vraiment dans ce registre clownesque. Mais bientôt, cela ne suffira plus, et la canne épée sera de nouveau dégainée. Le film sombre étonnamment et brusquement dans le drame et la noirceur, la nuit envahit les scènes tandis que les cadavres d’innocents s’accumulent. Brusque retour à la réalité de la vie d’Ichi qui est liée à jamais à l’usage de sa lame. Le combat reprend ses droits et le final, comme d’habitude, se révélera être toujours aussi impressionnant. C’est dans cette scène que la mise en scène de Yasuda, jusqu’ici timide et en retrait, reprend ses droits. Le réalisateur capte avec professionnalisme une très belle chorégraphie martiale qu’il filme dans une belle nuit neigeuse. On trouve au montage l’immense Toshio Taniguchi, futur monteur de Boiling Point ou Rykyu, qui devient le troisième larron de la « Misumi Team ».

Un épisode à part donc, qui laisse la part belle aux dialogues et à des personnages annexes qui livrent tranquillement leurs secrets. Un Ichi en retrait, moins dramatique et tourmenté, peu de combats, même si le final relance l’adrénaline de fort belle manière, tout en s’arrêtant avant la fin. Petite innovation qui semble montrer qu’effectivement, les joutes martiales ne sont pas le centre de ce quinzième épisode en forme de parenthèse.

Introduction et sommaire des épisodes

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 22 novembre 2005