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Critique de film
Le film

Voodoo Man

Partenariat

L'histoire

Dans son manoir, le Dr Marlowe tente de redonner la vie à son épouse, grâce à l’énergie de jeunes filles enlevées, d’hypnose et de rites vaudou...

Analyse et critique

A l’époque de Voodoo Man, en 1944, Bela Lugosi est usé et sa carrière ne va pas tarder à sombrer totalement. Définitivement coupé des grands studios, désormais ignoré par la Universal qui l’a fait tourner pour la dernière fois l’année précédente dans Frankenstein Meets the Wolf Man de Roy William Neill, l’acteur ne peut plus compter que sur ses appuis auprès des petites firmes hollywoodiennes comme la Monogram. Mais la fin de la guerre apparait déjà à l’horizon et l’horreur gothique va bientôt désintéresser totalement le public. Lugosi obtiendra bien encore quelques engagements à la RKO les deux années suivantes (dont le meilleur restera Le Récupérateur de cadavres de Robert Wise), mais le bout de la route est atteint. C’est dans ces conditions que Voodoo Man sort sur les écrans : la Monogram rencontre de plus en plus de problèmes financiers et Lugosi voit son image auprès du public s’écorner encore et toujours. Toute petite série B dédiée à son acteur principal, Voodoo Man réunit autour de lui une distribution en partie constituée de petites gloires du cinéma fantastique, elles-mêmes en plein déclin. John Carradine et George Zucco viennent donc occuper le récit et remplir leur office. Leur présence offre un certain plaisir aux amateurs, elle mais ne les empêche pas de s’égarer dans un scénario laborieux convoquant toutes les ficelles habituelles et complètement usées du genre. Cérémonies vaudous, hypnotisme… le film brasse les lieux communs et s’égare, il mais possède au moins deux qualités : de l’humour destiné à apporter un second degré salutaire (pas toujours efficace, cela dit) et quelques séquences clés parmi lesquelles figurent des enlèvements et des chausse-trappes inquiétants. Là encore, il faudra être très indulgent et prendre le film pour ce qu’il est, c'est-à-dire ni plus ni moins qu’un film de série ouvertement fauché, typique des méthodes de production de la Monogram, aux décors secs et aux rebondissements factices.

Au centre de tout cela, Bela Lugosi fait encore illusion, apportant sa présence si chère à ces ambiances nocturnes et maléfiques totalement naïves. L’acteur est en disgrâce, certes, mais interprète son rôle avec la même rigueur dont il s’est toujours paré. Pour le moindre ticket vendu, la moindre âme bienveillante qui aura fait l’effort d’aller voir ce film, il ne peut s’empêcher de se donner corps et âme à son art, ce qui en a toujours fait un acteur hors-norme et attachant à la fois. Les héros, n’ayant aucune autre épaisseur que celle de leurs gestes immédiats, exécutent le bon vouloir des lignes du scénario. Enfin, le vétéran William Beaudine réalise tout cela sans imagination et offre un film rapide, concis et appréciable sans excès. La fin sera par ailleurs l’occasion de voir Bela Lugosi cité par le héros comme étant l’acteur le plus à même d’incarner le personnage de son propre scénario… La conclusion chaleureuse d’un film à tiroirs, au regard distrait et amusé. Bela Lugosi décline sa panoplie du parfait génie du mal en se parant des atours habituels. Rien ne viendra déranger cette mécanique bien huilée aux effets dépassés, et le spectateur pourra s’en satisfaire à condition d’être bienveillant vis-à-vis de la qualité de ce qu’il regarde. Un film inoffensif et sympathique.

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La fiche IMDb du film
Par Julien Léonard - le 1 septembre 2011