Menu
Critique de film
Le film

Viking Women and the Sea Serpent

(The Saga of the Viking Women and Their Voyage to the Waters of the Great Sea Serpent)

L'histoire

Teenage Caveman : Une tribu primitive, composée d’hommes et de femmes vivant selon des rites ancestraux, vivent dans une contrée montagneuse et désertique. Ils vivent de la chasse mais les ressources s’amenuisent. Il leur est interdit de franchir la frontière de leur territoire et principalement d’explorer une forêt maudite. Le fils du sorcier désobéit aux injonctions et part à l’aventure, bravant ainsi le danger. Ils feront tous une découverte qui changera le cours de leur existence et révèlera le secret de leurs origines

Viking Women and the Sea Serpent : alors que leurs hommes tardent à revenir de leurs explorations maritimes, les femmes vikings décident de prendre la mer afin de partir à leur recherche. Le voyage sur les flots sera semé d’embûches, depuis leur naufrage sur un territoire peuplé de barbares jusqu’à leur affrontement avec un monstre marin.

Analyse et critique

 Pour les nostalgiques des films dits "d’exploitation" (à l’origine des films courts à petit budget destinés à être exploités en double programme) ou bien pour les plus jeunes cinéphiles qui se demandaient de quel bois étaient fait ces productions, l’éditeur One Plus One inaugure une collection intitulée "Série Roger Corman" qui se propose de faire revivre les sensations éprouvées devant les célèbres Drive-in qui projetaient ces petits films sans prétention mais faits avec enthousiasme et bonne humeur. Ainsi nous voilà en présence d’un double programme constitué de deux films de jeunesse du célèbre réalisateur/producteur/distributeur Roger Corman. Deux films courts et fauchés qui témoignent sympathiquement d’un certain type de cinéma et d’une certaine époque marquée par une grande naïveté et une démarche inédite dans la séduction du jeune spectateur.

Californien dès sa plus tendre enfance, même si né à Détroit, Roger Corman fut très tôt passionné par le cinéma. Diplôme d’ingénieur en poche, il ne tarda pas à quitter son emploi à l’US Electric Motors pour se lancer dans la production après avoir été coursier à la 20th Century Fox et lecteur de scénarios. Avec l’argent gagné grâce à la vente d’un script et son rôle de producteur associé sur son adaptation, il produit enfin un premier film. Puis un second, The Fast and the Furious, un film policier au budget de 50.000 dollars avec Dorothy Malone et John Ireland, qu’il vend à l’une de ses connaissances, James H. Nicholson, qui vient de créer sa compagnie American Releasing Company avec Samuel Z. Arkoff. Roger Corman tourne enfin ses deux premiers films en tant que réalisateur en 1955 : Five Guns West et Apache Woman. C’est le début d’une grande et belle aventure : devenue AIP, la célèbre compagnie distribue et produit bon nombre de films à petit budget. Distribués sous la forme de doubles programmes, ces films connaissent un succès certain et se rentabilisent vite. La recette est simple : on devait au préalable trouver un titre accrocheur et les scénaristes se chargeaient ensuite d’écrire l’histoire. C’est tout un pan de la contre-culture américaine qui se met ainsi en place. Les productions envisagées couvrent tous les genres et sous-genres populaires inimaginables entre fantastique, science-fiction, horreur, "teenage movies", etc. Le tournage en studio étant bien trop onéreux, les films se tournaient principalement en décors naturels et pour un temps de tournage d’une dizaine de jours au grand maximum.

Roger Corman s’entoure très vite d’une équipe de techniciens et de comédiens qui constitueront une famille fidèle. Des acteurs comme Dick Miller ou Jonathan Haze aux collaborateurs comme Floyd Crosby (à la photo), Daniel Haller (aux décors), Charles B.Griffith et Robert Towne (au scénario), Ronald Stein (à la musique), tous se rassemblent autour de Corman et travaillent avec lui pendant de longues années. L’AIP est également connue pour avoir été la plus importante compagnie indépendante des années 1960. Et la politique de distribution aux USA de grands films européens (Truffaut, Fellini) est également à mettre au crédit de Roger Corman. On sait aussi et surtout que l’AIP (et plus tard la New World Pictures, que Corman créera après avoir quitté l’AIP, et qui deviendra à son tour la plus importante compagnie indépendante des années 1970) a révélé un grand nombre d’artistes de talent dans les années 1960 et 1970. La liste est célèbre et impressionnante : Monte Hellman, Irvin Kerschner, Francis Ford Coppola, Jack Nicholson, Peter Bogdanovich, Robert Towne, Martin Scorsese, Bruce Dern, Robert De Niro, Jonathan Demme, Joe Dante, pour ne citer qu’eux.

Aujourd’hui, les spectateurs amateurs de fantastique ont parfaitement connaissance de l’impressionnante série de films réalisés par Roger Corman adaptés d’Edgar Allan Poe. De La Chute de la Maison Usher (1960) à La Tombe de Ligeia (1964), en passant par La chambre des tortures (1961), L’enterré vivant (1962), Tales of Terror (1962), Le Corbeau (1963) ou Le Masque de la mort rouge (1964), ces productions révèlent un réel sens de l’esthétisme gothique et une intelligence dans les scénarios (même si l’œuvre de Poe y est parfois maltraitée), ainsi qu’une ingéniosité visuelle confinant à de la poésie. Grâce à l’une des fonctions nobles du support DVD, qui est la redécouverte d’un patrimoine cinématographique rare et pittoresque, voilà que nous pouvons accéder cette fois aux premiers films de Roger Corman et se rendre compte ainsi de l’évolution du réalisateur/producteur au fil des années. On ne cachera pas que ces courtes œuvres se signalent par un visuel fauché des plus remarquables ainsi que par un sens du ridicule parfaitement assumé. Mais la vision de ces films, parfois ingénieux dans la manière de composer avec leur moyens de production très limités, peuvent également procurer un certain plaisir pour tout amateur de cinéma.

Teenage Caveman est l’exemple type de ces petites productions qui n’ont pour autre ambition que de faire passer un bon moment, sympathiquement enfoncé dans son siège de voiture en bonne compagnie. On y voit des hommes et des femmes des cavernes bien coiffés et parlant un anglais parfait (d’ailleurs le film est assez bavard) qui déambulent autour d’un décor désertique et montagneux. Les comédiens principaux sont assez limités dans leur expression et les figurants, quant à eux, ont l’air de se demander ce qu’ils peuvent bien faire là. Le personnage principal, censé être adolescent, est interprété par le jeune Robert Vaughn (25 ans à l’époque), futur justicier dans les célèbres Sept Mercenaires (1960) de John Sturges ou partenaire de Steve McQueen dans Bullit (1968) de Peter Yates, mais surtout connu pour son rôle d’espion Napoleon Solo dans la série Des agents très spéciaux (The Man from U.N.C.L.E). Les personnages se réduisent en fait à des archétypes plutôt primaires : le jeune homme, la jeune femme, le vieux chef, le sorcier, le méchant, le clan. Le jeune Vaughn, sur le point de devenir un adulte selon les rites de la tribu, préfère se rebeller et contester les règles du clan. Seul ou avec quelques compagnons de son âge, et au terme de ses pérégrinations hardies dans un territoire défendu, théâtre d’affrontements avec des bêtes préhistoriques (en fait des stock shots empruntés à un autre film) et avec un monstre mystérieux (au costume ridicule), il apparaît comme le nouveau messie annonciateur d’un futur débarrassé de tout archaïsme bigot.

Voilà donc un discours séduisant pour tout adolescent (le spectateur visé par le film) qui se construit en opposition avec les valeurs et les règles imposée par ses parents. Corman, grâce à un twist final (que l’on ne révélera pas), se permet également une critique (légère) de la nature humaine et de son expansion, se faisant bizarrement le précurseur d’un célèbre film d’anticipation de 1968 ! Malgré un ensemble plutôt faible, Teenage Caveman, dont le titre fut imposé par AIP (Roger Corman l’avait nommé Prehistoric World), se distingue par un prologue intéressant qui, grâce à des peintures et gravures murales et à des animations élémentaires soutenues par une voix off grave, parvient à palier joliment les carences budgétaires (dix jours de tournage pour un budget de 100.000 dollars) en créant un climat étrange. On remarquera aussi la qualité de l’éclairage en intérieurs nous faisant regretter que le film se déroule majoritairement dans des extérieurs plutôt mal exploités (surtout que les personnages parcourent sans cesse les mêmes endroits lors de déplacements décidément bien répétitifs).

Viking Women and the Sea Serpent était de son côté un projet ambitieux pour Roger Corman qui désirait en faire un film important. Devant les croquis séduisants dessinés par le spécialiste des effets spéciaux Jack Rubin, le réalisateur s’emballa et s’imagina tourner une œuvre épique. Mais il déchanta très vite devant le ratage total des effets spéciaux censés représenter un monstre effrayant et gigantesque. Sans oublier le somptueux Drakkar devenu une simple chaloupe maladroitement travestie en navire viking. Pour finir, Corman se désintéressa du scénario dont il se rendit compte assez vite de la vacuité et des incohérences.

Comme un classique film d’aventures propice à l’imagination débordante, le film s’ouvre sur un livre brodé à l’effigie d’un Drakkar qui découvre ses pages sur le titre et le générique. La voix off présente l’intrigue et nous promet un voyage épique. Le titre d’ailleurs est plutôt grandiloquent (à l’exemple de la musique, une soupe plutôt indigeste…): The Saga of the Viking Women and their Voyage to the Waters of the Great Sea Serpent ! Ce fameux grand serpent se révèlera complètement ridicule et sa présence à l’écran se fera d’ailleurs plutôt rare (principalement en conclusion). En guise de voyage mouvementé, nous aurons droit à des transparences bien visibles, à des stock shots d’un requin moyennement agressif et à un "vortex" maritime prétexte à plusieurs faux raccords. On peut encore énumérer des comédiens aussi fades que la blondeur de leurs cheveux teints (exception faite d’un Jonathan Haze sautillant, mais aussi crédible en Viking que Joe Pesci en Gengis Khan), des figurants aussi motivés que le serpent en plastique et des combats dans lesquels les coups sont portés avec l’adresse d’un éléphant. Reste tout de même le plaisir de voir déambuler de belles et sculpturales jeunes femmes, sexys en diable dans leur accoutrement de femmes vikings (on relèvera une de fois de plus le célèbre cliché de la brune vénale face aux gentilles blondes). Et Roger Corman a l’intelligence de les mettre en valeur. On remarquera également le soin porté à la décoration des décors intérieurs (relativement au budget modeste du film). Le film est court et les filles sont jolies, n’est-ce pas une raison suffisante de découvrir ce film pourtant sympathiquement raté et quelque peu mollasson ? Le cinéphile curieux trouvera peut-être aussi son compte en visionnant les premières réalisations de celui qui s’illustrera plus tard avec ses magnifiques adaptations des œuvres de Edgar Allan Poe et avec des films de gangsters iconoclastes comme Mitraillette Kelly (1958), L’affaire Al Capone (1966) et Bloody Mama (1970), tout en changeant à sa manière le paysage hollywoodien.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Ronny Chester - le 23 juillet 2003