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Critique de film
Le film

Va voir maman, papa travaille

L'histoire

Décoratrice d’intérieurs, Agnès a beaucoup de mal à pouvoir se concentrer sur son travail, Jérôme, son fils de 8 ans, lui demandant beaucoup d’attention. Son mari (Daniel Duval) ne s’occupe pas beaucoup de leur garçon ; et lorsque ce dernier le sollicite, son père lui fait comprendre "d’aller voir maman parce papa travaille". Quoi qu’il en soit, Agnès assume tout avec une belle vivacité. Mais, un jour qu’elle emmène Jérôme au zoo, elle fait la rencontre d’un homme divorcé, Vincent (Philippe Léotard). Ils finissent tous deux par tomber amoureux et par avoir une liaison ; mais la vie d’Agnès entre son époux, son amant, son fils et son travail devient de plus en plus compliquée...

Analyse et critique

Adapté du roman homonyme de Françoise Dorin (qui fut madame Jean Poiret à la ville), Va voir maman, papa travaille est typique d’un courant de comédies de la fin des années 70 qui abordait enfin de front le divorce ou qui délivrait des portraits de femmes modernes et émancipées, ce qui en soit était une très bonne chose pour faire avancer les mentalités. On évoque donc en l’occurrence la difficulté pour les femmes d’avoir une activité professionnelle lorsqu’elles sont mariées, les idées sur la place de chacun au sein du couple étant encore bien arrêtées et phallocentriques : si les deux parents travaillent, c’est encore la femme qui doit se sacrifier si jamais il faut reprendre le contrôle du quotidien familial, s’occuper des enfants ou accomplir différentes tâches ménagères. Même si Agnès fait contre fortune bon cœur, elle finit par ne plus accepter cette position ; et lorsqu’elle rencontre un père divorcé qui lui tape dans l’œil, elle n’hésite pas à le prendre pour amant, d’autant que son époux ne se gêne pas pour allègrement la tromper. Pourquoi une femme n’aurait-elle pas le droit d’en faire de même ? Mener de front une carrière, une vie amoureuse et une vie de famille va se révéler assez difficile pour Agnès d’autant que son entourage ne l’encourage pas vraiment à poursuivre dans cette voie, la société étant encore bien trop timorée et conservatrice. Culot suprême, lorsqu’elle va décider de divorcer, son mari va absolument vouloir lui retirer la garde de l’enfant alors qu’il ne s’en était pas occupé jusque-là, allant même jusqu’à la menacer !


Un postulat de départ assez intéressant et progressiste... malheureusement François Leterrier, Danièle Thompson et Françoise Dorin ne pouvaient rivaliser sur ce terrain avec - pour ne prendre que les deux meilleurs exemples - Agnès Varda ou Yannick Bellon, dont les films sont cinématographiquement d’une toute autre trempe et dans lesquels le féminisme mis en avant est un féminisme déterminé et intelligent mais pas nécessairement tourné vers un militantisme parfois un peu bêlant et manichéen où il ne suffirait que d’inverser les rôles. Comme j’ai pu l’écrire en substance par le passé à propos de Cousin, cousine de Tacchella, déjà scénarisé par Danièle Thompson, si le film de Leterrier a pu en séduire quelques-uns par sa pseudo-modernité et faire illusion dans le contexte de l’époque, il aurait fallu que les auteurs assument jusqu’au bout leur force de conviction et leur amertume pour que leur état des lieux sur le divorce et leur constat social sur la difficile émancipation de la femme ne semblent pas aussi insignifiants sous le prisme de notre regard contemporain. Insignifiant ne serait pas forcément gênant si l’ensemble sonnait juste ; ce qui n’est pas le cas, le ton paraissant au contraire totalement factice faute à une direction d’acteurs hésitante et surtout à des dialogues au mieux médiocres. François Leterrier à la caméra ne sert guère mieux le film : sa mise en scène est d’une grande platitude et peine à donner un semblant de liant à cette suite de saynètes plus ou moins ternes dans lesquelles un beau casting est en partie sacrifié (Micheline Presle, Laurence Badie, Daniel Duval, Catherine Rich, Macha Méril, Monique Mélinand) et durant lesquelles Georges Delerue a du mal à nous faire accrocher à ses thèmes musicaux.


La faute en incombe aussi aux enfants acteurs, ici tous deux absolument insupportables, que ce soit le fils de Marlène Jobert (Vladimir Andres) ou encore la fille de Philippe Léotard (Valérie Pascal, future Miss France 1986). En revanche, le film pourra néanmoins se suivre avec un semblant de plaisir pour deux raisons : la fraiche Marlène Jobert et le lunaire Philippe Léotard qui forment un couple crédible tout à fait attachant et qui fonctionne plutôt bien ; tout ce qui tourne autour de leur romance s’avère éminemment sympathique à défaut d’être inoubliable. On retiendra également quelques répliques "jouissivement" vachardes sorties de la bouche de Sylvie Joly - notamment sur les enfants - dont on se demande si elles n’auraient pas été écrites par la comédienne plutôt que par Danièle Thompson. Pour le reste, le spectateur oscille entre agacement (à chaque fois qu’un enfant fait son apparition), gêne (devant les caricatures et les gros clichés à la pelle) et relatif ennui, jusqu’à cet épilogue à l’eau de rose. Malgré tout, pour les admirateurs des deux acteurs principaux, cette petite comédie de moeurs mérite que l’on s’y arrête même si l’on se souviendra bien plus des deux comédiens à cette même époque dans de petites merveilles comme Judith Therpauve de Patrice Chéreau pour Philippe Léotard ou bien L’Amour nu de Yannick Bellon pour Marlène Jobert.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 7 octobre 2019