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Critique de film
Le film

Une journée en Barbagie

(Un giorno in Barbagia)

Partenariat

L'histoire

Dans un village de Sardaigne, une fois les bergers partis avec leurs troupeaux, les femmes restées au village s’occupent des travaux domestiques, de la lessive dans le torrent, de la cueillette des fruits, de la récolte du bois, des champs et du pain…

Analyse et critique


Après avoir tourné Bergers d'Orgosolo, Vittorio De Seta demeure dans la région et réalise ce film sur le quotidien des femmes d'un petit village. Alors qu'il vient de trouver dans les environs le lieu le plus reculé qu'il n'ait jamais filmé, il tourne cette fois ci dans un village plus traditionnel, certes isolé, mais tout de même traversé par un bus, irruption de la modernité qui jusqu'ici s'était fait bien rare dans les images parcourant son œuvre. Le film offre des plans magnifiques sur les mains des femmes, un travail splendide qui annonce la série 24 portraits d'Alain Cavalier. D’ailleurs, la façon dont Vittorio De Seta détache ses personnages en utilisant des fonds unis rappelle également le travail photographique de Cavalier sur Thérèse et surtout sur Libera Me, un film également sans paroles ni musique.

De Seta s'attache au quotidien : la toilette d'un enfant, les femmes qui ramassent du petit bois ou lavent le linge dans la rivière, la cueillette des olives, les travaux de couture, la fabrication des galettes, les enfants qui rentrent et sortent en courant de l'école. Puis, le soir, le repas avec les hommes revenus du travail et leur soirée passée à jouer aux cartes. Il n'y a plus de scénario, juste une succession d'instantanés qui, rassemblés, dessinent un portrait de cette vie en Barbagie. Comme Parabole d'or, c'est une sorte de récit choral qui montre comment se déroule la vie d’un petit village encore ancré dans la tradition.

Il n'y a jamais chez Vittorio De Seta de personnage principal, de héros. Même dans le film documentaire, de Rouch à Flaherty, il y a quasi toujours chez les cinéastes une écriture qui met en avant certains personnages. De Seta, lui, s’y refuse, son intérêt se portant sur le groupe, la communauté. Il fait vivre et exister les personnes par la façon dont il les filme, dont il les cadre, les met en lumière, mais il ne les détache pas du groupe. On assiste ainsi à une vision de l'homme comme appartenant à une communauté sans qu’il y ait toutefois négation de l'individu.

De Seta trouve à Orgosolo cette harmonie qu'il recherche, cette société où la modernité n'a fait qu'une petite irruption dans un passé séculaire. Pour le cinéaste, la modernité devrait s'arrêter là, ne pas aller plus loin. Elle ne devrait pas créer de barrière entre l’homme et la nature, elle ne devrait pas faire disparaître des cultures, des techniques, des dialectes anciens. Elle ne devrait pas détruire la mémoire collective et arracher l’homme à la terre, à la mer. De Seta reviendra auprès des bergers d'Orgosolo en 1960 où, après un an de préparation, il tournera Banditi a Orgosolo, son premier long métrage. Sélectionné au Festival de Venise (où il reçoit le Prix de la première œuvre), le film frappe la critique et les spectateurs par son réalisme brut et crée une polémique, De Seta refusant toute vision morale dans ce portrait d'un berger devenu bandit.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Introduction à l'oeuvre de De Seta

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Par Olivier Bitoun - le 4 septembre 2010