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Critique de film
Le film

Une balle signée X

(No Name on the Bullet)

Partenariat

L'histoire

John Gant (Audie Murphy), cavalier mystérieux et peu loquace, arrive à Lordsburg. Les habitants ne l’ont jamais vu mais dès qu’ils apprennent son nom, ils se mettent tous à paniquer. En effet, il s’agit d’un tueur à gages notoire ayant déjà une trentaine d’assassinats à son actif. Sa manière d’opérer est toujours la même : il arrive dans une ville, fait une halte à l’hôtel, observe les habitants et attend que la future victime, par peur, craque et le provoque ; pour remplir son ‘contrat’, il n’agit plus désormais qu’en état de légitime défense et ne se trouve ainsi jamais hors-la-loi. Encore une fois à Lordsburg, il n’y a ‘No Name on the Bullet’ et beaucoup d’habitants se sentent visés car ayant tous quelque chose à se reprocher. La paranoïa commence à se répandre, les morts s’accumulent, mais un homme va tenter de s’interposer pour ne pas que la folie meurtrière s’empare plus longuement de ses concitoyens, le docteur Luke Canfield (Charles Drake). Il essaye de convaincre John Gant de quitter la ville mais ce dernier, impassible et indéboulonnable, décide de n’écouter personne et de poursuivre son ‘travail’ jusqu’au bout. Mais qui peut bien être le X que recherche cette fois-ci ‘l’ange exterminateur’ qu’est John Gant ? Le suspense sera maintenu jusqu’à la fin.

Analyse et critique

Pour quelles raisons ce petit film de série B fauché a-t-il pu acquérir une aussi flatteuse réputation tant en France qu’aux Etats-Unis ? Loin de moi l’envie d’affirmer qu’elle est usurpée vu le très grand nombre d’aficionados qui ont certainement leurs raisons de l’apprécier autant, mais disons que j’ai du mal à adhérer et à comprendre cet enthousiasme pour un western que je considère comme se situant juste dans une honnête moyenne. Certes Audie Murphy sortait de ces sempiternels rôles de cow-boy dur au cœur pur pour interpréter ce coup-ci un tueur plutôt antipathique ; certes Jack Arnold s’était établi une certaine notoriété dans le domaine de la science-fiction et du fantastique et nous avait enchantés avec des films tels que Le météore de la nuit (It Came from Outer Space - 1953) ou l’excellent et inusable L’homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man - 1957) ; certes le propos pouvait passer pour plutôt original… Pourtant tout cela ne peut être suffisant pour faire de No Name on the Bullet un chef-d’œuvre du genre, loin s’en faut. Attention, il ne s’agit pas non plus d’un mauvais film mais il est légitime d’éprouver une certaine frustration après avoir lu autant de dithyrambes.

Le scénariste Gene L.Coon avait déjà écrit quelques épisodes de séries TV aussi célèbres que Zorro (avec Guy Williams) et Rawhide qui révéla Clint Eastwood. Par la suite, il se spécialisera dans la télévision et le nombre de séries cultes auquel il participa est assez impressionnant : Les mystères de l’Ouest, Bonanza, Star Trek, Kung Fu. Son script pour le film de Jack Arnold est plutôt bien construit, menant son suspense jusqu’au bout avec une certaine tenue et abordant des thèmes intéressants : "l’ange exterminateur" qui représente la mauvaise conscience des citoyens respectables et qui met à jour des culpabilités oubliées, la paranoïa provoquée par la peur et la folie meurtrière qui s’ensuit… mais il est en partie plombé par des dialogues trop abondants et qui plus est, ampoulés ou sentencieux. Ce qui nous donne une espèce de "sur-western" psychologique un peu pesant, se prenant très (trop) au sérieux (exceptés les échanges dialogués entre deux vieillards, pas le moindre humour !). Si le budget avait été plus conséquent, Jack Arnold aurait pu nous offrir entre-temps quelques scènes d’action dignes d’intérêt, il n’en est rien d’autant plus que la mise en scène s’avère bien trop sage pour un tel sujet, une mise en images manquant singulièrement d’imagination et de souffle. Elle n’en est pas pour autant déshonorante car nous pouvons y piocher quelques belles idées et beaux plans (l’arrivée de John Gant lors de la scène initiale), mais sans assez d’éclat pour arriver à nous passionner plus avant pour cette intrigue mélangeant les éléments du thriller et du western.

Et Audie Murphy me direz-vous ? Il s’agit peut-être de son rôle le plus célèbre avec ceux qu’il tenait dans La charge victorieuse (The Red Badge of Courage - 1951) et Le vent de la plaine (The Unforgiven - 1960), tous deux de John Huston. Les admirateurs de l’acteur (également héros militaire le plus décoré de l’histoire des Etats-Unis) parleront ici de "underplaying" à l’instar de ce que faisait étonnamment bien Marlon Brando dans Reflets dans un œil d’or par exemple. En effet, il pourrait bien en être question ; avouons quand même que l’acteur possédait un registre un peu limité, ce qui nous donne au final une interprétation qui convient assez bien au personnage mais qui peut paraître à la longue parfois un peu juste. John Gant est un personnage assez inhabituel : antipathique, froid, calculateur et assez réactionnaire qui permet d’offrir au scénariste de biens captivants développements. Le calme et l’assurance de John Gant ne sont jamais pris en défaut et provoquent la peur. Ce sont alors les autres qui deviennent suspicieux, provocateurs et se mettent à assassiner pour ne pas être tués à leur tour. Les habitants de Lordsburg ont l’air, pour la plupart , d’avoir tous un cadavre caché dans leurs placards. De quel côté notre sympathie doit-elle alors se tourner ? Vers le tueur impassible et sans problème de conscience ou vers les citoyens dont le scénariste nous montre les défauts et actions inavouables ? L’ambiguïté du propos est bel et bien présente, ce qui est un élément non négligeable pour que le film ne retombe pas dans l’anonymat le plus total ; le "non-jeu" de Audie Murphy y contribue aussi, apportant une touche d’originalité supplémentaire.

Le reste du casting n’est pas inoubliable. Signalons pourtant l’excellent Willis Bouchey, déjà très bien dans Le port de la drogue de Samuel Fuller et que l’on retrouvera souvent dans les films de fin de carrière de John Ford tels La dernière fanfare, Les cavaliers, Le sergent noir, Deux cavaliers, L’homme qui tua Liberty Valance, et qui interprète ici avec conviction le rôle du shérif ne possédant pas assez de pouvoir ni de raisons valables pour arrêter le tueur. Charles Drake, dans la peau du médecin allant, pour une raison de "santé publique", s’interposer face à John Gant, se débrouille assez bien lui aussi. Il est celui qui représente la bonne conscience et les idées les plus humanistes sur la justice et la société. Mais ses phrases un peu didactiques et solennelles le rendent parfois un peu agaçant, ce qui n’était sûrement pas l’image de lui que voulait nous transmettre le cinéaste. En effet , il semble clair que les auteurs partagent les idées du médecin : il ne faut pas que ce genre de justice (celle du tueur) règne au risque de détruire la société ; même s’il y a trop de coupables, on ne peut pas tous les punir et surtout pas de cette manière ; une foule et un lynchage ne sont pas non plus une solution pour faire entendre raison… Les intentions sont évidemment fort louables mais n’atteignent que partiellement leur but par le fait d’être assénées sans trop de finesse et par l’intermédiaire d’un bavardage intempestif. Une honnête série B cependant qui devrait vous faire passer un bon moment mais qui peut se révéler décevante au regard de sa réputation. L’excellent final, que je vous laisse découvrir, nous montre le niveau qu’aurait pu atteindre ce western s’il avait été mené avec plus de conviction dans la mise en scène et plus de simplicité dans les dialogues.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 20 août 2004