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Critique de film
Le film

Une arme pour un lâche

(Gun for a Coward)

Partenariat

L'histoire

Will Keough (Fred MacMurray) est l’aîné d’une fratrie de trois. Depuis la mort de son père, c’est lui qui tient les rênes du ranch familial et le fait prospérer. Il est aidé dans sa tâche par ses deux frères, Harry (Dean Stockwell) et Bless (Jeffrey Hunter). Harry est le benjamin, jeune adolescent impulsif, prêt à en découdre pour un oui ou pour un non, alors que Bless, non violent dans l’âme du fait de ne jamais vouloir sortir son arme, traîne une réputation de couard et de petite nature. Ce qui est certain, c’est qu’il ne se sent pas à sa place au sein de la famille d’autant qu’il se croit responsable de la mort de son père pour ne pas avoir réagi assez promptement au moment opportun pour lui sauver la vie. Will reproche à sa mère (Josephine Hutchinson) d’avoir excessivement couvé Bless ; quand pour rétorquer celle-ci lui annonce qu’elle à l’intention de retourner vivre avec son protégé dans sa région d’origine, à Saint-Louis, Will n’est pas contre, pensant que ce serait ainsi mieux pour tout le monde. Mais la nouvelle selon laquelle des bandits seraient venus squatter leurs terres pour s’emparer d’une partie de leur bétail repousse l’échéance de ce départ imminent. De plus, Bless tombe amoureux d’Audrey (Janice Rule) qui n’est autre que la fiancée de son grand frère ; il avoue alors à sa mère qu’il ne désire plus partir. Les mois passent, la mère décède et il est temps de convoyer le bétail qui doit être vendu à Abilene. Avant le grand départ, une fête est donnée au cours de laquelle Audrey et Bless s’avouent leur amour mutuel. Néanmoins ils n’osent pas encore en parler à Will qui compte bien épouser Audrey dès son retour d’Abilène. Le voyage va comporter son lot de tensions d’autant que Stringer (John Larch), leur voisin, en fait partie et qu’il a du mal à digérer le fait que les frères Keough aient racheté ses terres hypothéquées...

Analyse et critique

Dans le domaine du western américain, le mois de janvier 1957 marque surtout l’apparition de nouveaux réalisateurs qui signent leur première et unique contribution au genre. Après Hall Bartlett et son louable mais raté Drango (Le Pays de la haine), c’est désormais au tour d’Abner Biberman de montrer le bout de son nez. Attention, ne pas confondre avec Herbert Biberman, auteur entre autre du puissant film semi-documentaire Salt of the Earth (Le Sel de la terre) ! Le Biberman qui nous concerne ici fut tout d’abord journaliste puis acteur de théâtre avant d’interpréter d’innombrables seconds rôles au cinéma dont plusieurs bad guys, en commençant par paraître dans le Gunga Din de George Stevens. Peu apprécié sur les tournages en raison de son caractère teigneux, il fut ensuite embauché par le studio Universal afin de former en art dramatique leurs nouvelles recrues. Biberman s’est souvent vanté d’avoir découvert non moins que Marilyn Monroe, Tony Curtis et Rock Hudson sans que cela n’ait jamais vraiment été confirmé (ni infirmé d'ailleurs). Une arme pour un lâche, son sixième film - et l’un des rares à avoir été distribué en salles en France -, rentre dans la catégorie des westerns familiaux à tendance psychologique qui avait commencé à fleurir dès le début de la décennie (comme The Furies d’Anthony Mann, La Lance brisée d’Edward Dmytryk ou encore Le Souffle de la violence de Rudolph Maté). La différence est qu’ici l’accent est principalement mis sur les plus jeunes, ces derniers étant très en vogue ces deux dernières années à Hollywood, avec notamment l’arrivée de James Dean qui aurait dû d’ailleurs tenir le rôle de Bless, repris après son décès par Jeffrey Hunter ("prêté" par la Fox), le scénario étant passé des mains de la Warner dans celles d'Universal. Après le tout récent Collines brûlantes réalisé par Stuart Heisler avec Natalie Wood et Tab Hunter, la jeunesse est à nouveau mise en avant dans ce Gun for a Coward.

Trois frères aux caractères et tempéraments fort différents ; une mère qui a sa préférence pour un de ses fils ; une jeune femme convoitée par deux des frères. Rien qu'avec ces éléments, le scénariste avait de quoi nous proposer un mélodrame familial captivant. Et l'on peut dire que R. Wright Campbell (le frère de l'acteur William Campbell, le jeune partenaire de Kirk Douglas dans L'Homme qui n'a pas d'étoile de King Vidor) n'est pas passé loin. Son histoire est d'ailleurs ce qui s'avère le plus réussi dans ce western avec également le choix du casting. Les personnages inventés par l'auteur se trouvent être en effet personnifiés par d'excellents comédiens qui savent les rendre vivants et attachants. Passons-les rapidement en revue ! L'aîné, c'est Will qui, suite au décès de son père, s'est substitué à lui, se sacrifiant pour la bonne marche de son ranch. Droit, noble, dur à la tâche, courageux, il n'a pas le temps de s'occuper d'autre chose que de la bonne marche de son domaine, reculant sans cesse la date de son mariage, ne prenant pas le temps de s'occuper des problèmes strictement familiaux. Trouvant Bless moyennement efficace, il ira reprocher à sa mère de l'avoir surprotégé, l'ayant ainsi rendu faible. Celle-ci se défendra en disant que comme son mari lui avait "volé" son aîné en l'élevant à la dure comme il le souhaitait, elle a voulu s'accaparer son deuxième fils pour en faire un garçon comme elle avait rêvé d'en avoir, plus doux et plus cultivé - cette situation nous fait un peu penser au futur très beau mélodrame de Vincente Minnelli, Celui par qui le scandale arrive (Home from the Hill). Bless justement, un jeune homme calme, abhorrant l'utilisation des armes ainsi que la violence, et pour cette raison considéré comme un couard. Il dira ne pas se sentir à sa place dans ce monde de rudesse et de virilité. Il aurait été prêt à suivre sa mère dans l'Est s'il n'était pas tombé amoureux à ce moment-là... de la fiancée de son frère. Enfin, Harry (surnommé Hade), le cadet, jeune tête brulée intrépide faisant risquer le danger à lui comme aux autres par trop d’impulsivité, mais néanmoins pas un mauvais bougre. Il regrette surtout que l'on ne se soit pas assez occupé de lui, ses parents l'ayant laissé livré à lui-même puisque chacun d'eux avait déjà porté leur dévolu sur les deux aînés. Alors qu'il se sentait probablement mal-aimé, son réflexe défensif a été de devenir rebelle, emporté et parfois violent. C'est surtout par lui que les drames arriveront.

Les interprètes de cette fratrie sont par ordre décroissant d'âge Fred MacMurray, Jeffrey Hunter et Dean Stockwell. Le premier, outre ses rôles mémorables dans Assurance sur la mort (Double Indemnity) ou La Garçonnière (The Apartment), tous deux signés Billy Wilder, est apparu dans une dizaine de westerns. Il est parfait ici dans la peau du grand frère honnête et courageux, seul capable de canaliser le tempérament de feu de son cadet. Ce dernier, c'est Dean Stockwell, l'un des plus talentueux enfants/acteurs qui ait jamais tourné à Hollywood, celui du Garçon aux cheveux verts de Joseph Losey ou de The Happy Years de William Wellman. Il aurait été facile pour lui d'en faire des tonnes dans le rôle d'un jeune adolescent bouillonant et spontané, ne réfléchissant guère avant d'agir, obéissant avant tout à son instinct. Il n'en est rien et l'acteur prouve qu'en grandissant, il n'a rien perdu de son brio. Mais celui qui porte le film sur ses épaules, c'est Jeffrey Hunter. A croire que lorsqu'il fait partie de la distribution d'un western, nous sommes quasiment assurés que celui-ci sera de bonne qualité. Pour s'en assurer, il suffit que je vous cite les titres des précédents films du genre dans lesquels il est apparu en tête d'affiche aux côtés de stars confirmées comme Robert Wagner, John Wayne ou Robert Ryan : ce seront donc respectivement Plume blanche (White Feather) de Robert D. Webb, La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford ou encore Le Shérif (The Proud Ones) à nouveau de Robert D. Webb. D'ailleurs, niveau psychologie et thèmes de réflexion, le western d'Abner Biberman pourrait se rapprocher de ce dernier (sans néanmoins lui arriver à la cheville, soyons clairs). Quoi qu'il en soit, Jeffrey Hunter se révèle ici à nouveau un très bon acteur dramatique, nous faisant partager avec conviction ses aspirations, ses doutes et la tendresse de ses sentiments. Il ne faudrait cependant pas non plus oublier un quatrième larron qui, mine de rien, les ayant tous connus dès leur plus jeune âge, veille en fait sur eux trois : le régisseur du ranch interprété à merveille par un Chill Wills qui aura rarement été aussi attachant.

Si l'on aborde à leur tour les personnages féminins, nous avons donc tout d'abord la mère qui a toujours regretté que son aîné lui ait échappé - chapeauté par son père qui tenait à en faire un "homme" - et qui a reporté toute son excessive affection sur son deuxième fils. Comprenant qu'il ne la suivra finalement jamais dans l'Est où elle avait la ferme intention de s'exiler avec lui, sachant qu'elle n'arrivera jamais à l'extraire de ce monde honni dans lequel elle ne s'est jamais non plus sentie à son aise, elle se résigne néanmoins à rester pour continuer à vivre auprès de lui. « Je n'avais que toi à aimer toutes ces années » lui avouera-t-elle. Mais, continuant à être malheureuse au sein de cette vie menée au ranch, incapable de prendre quelque décision que ce soit, elle décèdera peu après. La séquence de sa mort auprès de Will est d'ailleurs très émouvante puisqu'elle ne se sent pas la force d'attendre que son fils adoré vienne lui faire ses adieux avant de rendre son dernier souffle ; elle demandera à son aîné de lui rapporter les efforts consentis pour y arriver. Josephine Hutchinson est très convaincante, tout comme la charmante Janice Rule dans la peau de la fiancée de Fred MacMurray, plus attirée par le plus jeune Jeffrey Hunter dont, au contraire de la majorité, elle apprécie qu'il n'aime ni la bagarre ni le danger et qu'il soit sensible. Les deux jeunes comédiens se verront attribuer quelques séquences pleines de tendresse comme celle qui précède le départ du convoi de bétail lors d'une soirée organisée pour l'occasion : une très belle scène nocturne au sein d'un cimetière.

La première partie développe toutes ces situations mélodramatiques et romantiques : il s'agit de la plus réussie. La seconde, qui débute à mi-film avec le départ du convoi de bétail pour Abilene, se suit elle aussi sans ennui mais se révèle plus conventionnelle et souffre du manque de budget de la production, la plupart des plans de l'avancée du troupeau étant des stock-shots très abîmés de films plus anciens, les quelques plans en studio des comédiens ne faisant rien pour arranger l'aspect un peu étriqué de cette section qui se voulait pourtant plus aventureuse que celle qui a précédée. Dès l'arrivée en ville, on retrouve la qualité du début, le dramatisme s'exacerbant, les conflits se multipliant, Bless étant pris à partie par la plupart avec pour résultat des duels et des bagarres à poings nus assez violents et tendus. Cependant, que les amateurs d'action soient prévenus, ils n'auront pas énormément de séquences mouvementées à se mettre sous la dent, ce western se voulant avant tout un drame psychologique. Ce n'est pas un mal puisque Biberman se révèle assez fade derrière la caméra, sa mise en scène étant tout à fait impersonnelle. George Robinson à la photographie n'est guère plus convaincant, ses éclairages étant bien trop visibles la plupart du temps lors des séquences filmées en studio. En revanche, Joseph Gershenson supervise une musique tout à fait agréable ; quant à savoir à qui des habituels compositeurs du studio attribuer les belles mélodies romantiques du film, ce n'est pas évident, même si j'aurais tendance à penser qu'elles sont signées par le très bon Frank Skinner.

Voici donc une belle histoire familiale que beaucoup trouveront probablement et à juste titre en manque d’énergie, trop bavarde et mal rythmée, mais qui aura eu le mérite d'être bien écrite et remarquablement interprétée. Un hymne à la différence dont malheureusement la fin va à l'encontre de tout ce qui a précédé : Bless, enfin respecté, prend la place de son frère à la tête de la propriété familiale, l'aîné partant dans d'autres contrées s'octroyer une retraite bien méritée. Une fin également assez abrupte puisque nous laissons Bless et ses hommes sur le point de partir à la recherche des bandits, les producteurs ayant peut-être jugé trop coûteux de tourner une nouvelle séquence d'action pour boucler leur film. Ou alors les conflits avec les bandits n'étant qu'un des moteurs permettant d'exacerber les oppositions entre les frères, on a pas jugé utile de nous faire savoir comment les démêlés de la famille Keough avec ces brigands allaient prendre fin (en même temps on devine aisément que les outlaws seront définitivement mis au rencart par le nouveau chef de famille). Malgré tout, on relève une belle et dernière phrase prononcée par Fred MacMurray en direction de celle qui aurait dû devenir son épouse et qui accepte avec difficulté cette nouvelle situation, elle qui était tombée amoureuse de Bless justement parce qu'il n'était pas comme les autres et qui le voit maintenant prendre la place de son aîné pour se mettre à commander un posse : « Si on attend que tout soit parfait, on est perdu. » Pas franchement excitant mais intéressant notamment dans la réflexion qui est menée sur la violence, la bravoure, le pacifisme et la nécessité de ne jamais paraître faible dans un univers aussi machiste. Il est assez jubilatoire également que ce soit le personnage le moins "héroïque" qui représente la voix de la raison. Une arme pour un lâche est donc un petit western en fin de compte bien sympathique même si certains pourront s'y ennuyer : ce fut d'ailleurs mon cas à la première vision.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 20 septembre 2013