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Critique de film
Le film

Un rabbin au Far West

(The Frisco Kid)

Partenariat

Analyse et critique

En 1971, le producteur Mace Neufeld découvre le scénario de deux auteurs encore inconnus et propose le projet à Mike Nichols qui le refuse. Sept années s’écoulent avant que la Warner remette cette histoire sur le tapis, demandant à Gene Wilder de le réaliser. Ce dernier préférant se concentrer sur le personnage, c’est Robert Aldrich qui accepte de reprendre le flambeau ‘’ afin de montrer qu'on ne connaissait pas tout de lui et d'éviter d'être catalogué. ’’ Il aurait mieux fait de s’abstenir car au vu de cette déclaration, nous sommes bien obligés de le tenir en partie pour responsable de ce résultat final aussi désastreux !

Mon rabbin rate son bateau, mon rabbin se fait plumer, mon rabbin chez les Mormons, mon rabbin chez les Indiens, mon rabbin chez les moines… tel se présente ce western humoristique, suite de saynètes sans vraiment d’enjeux dramatiques et au fil directeur plus que ténu. Pourtant, à lire le sujet - le voyage d’un rabbin polonais choisi par ses pairs pour être envoyé à San Francisco vers 1850 en pleine ruée vers l’or, afin d’y exercer et prendre épouse, voyage qu’il effectue en compagnie d’un hors-la-loi avec qui il se lie d’amitié - l’on aurait pu s’attendre à un western attachant mettant en avant un duo aussi improbable que sympathique comme le fut Deux Hommes dans l’Ouest (Wild Rovers) de Blake Edwards. Il n’en est malheureusement rien et, comme prévenu d’emblée, l’ensemble se révèle consternant, rarement (jamais ?) drôle et encore moins émouvant.

Si Harrison Ford, deux ans après le succès planétaire du premier Star Wars, s’avère assez convaincant dans sa tenue de cow-boy (c’est à John Wayne, contraint de renoncer suite à sa maladie, que Mace Neufeld avait d’abord proposé le rôle lors du projet de départ), Gene Wilder cabotine à outrance et rend son personnage vite insupportable ; l’empathie à son égard ne fonctionne jamais. Mais peut-être ce dernier a-t-il préféré saborder son personnage, et l’intéressante idée de départ du choc entre deux cultures, devant tant d’inepties concoctées par de bien médiocres scénaristes. Est-ce d’ailleurs de leur fait ou le film a-t-il été monté en dépit du bon sens si l’on saute parfois du coq à l’âne avec une brusquerie déconcertante. En effet, la plupart des transitions laissent à désirer, par exemple nos "héros" s’endorment dans un tipi indien et se réveillent le plan suivant dans un monastère !!! Positivons en nous félicitant que ce possible charcutage nous aura ainsi rendu le calvaire un peu moins long (le film d’Aldrich dure quand même en l’état deux interminables heures) et en sachant pertinemment qu’un Director’s Cut n’aurait pas rendu le film plus regardable.

Sauvons néanmoins une magnifique photographie de Robert B. Hauser qui profite à merveille des beaux paysages naturels mis à sa disposition, utilisant des filtres avec parcimonie et un bain sépia au tirage pour rendre un aspect "daguerréotype" d’époque, ainsi qu’une science du cadrage toujours aussi précise du grand Bob Aldrich. Quant au compositeur attitré du cinéaste, il fait ce qu’il peut pour faire passer la pilule mais il semble avoir fini par être contaminé par la médiocrité de l’ensemble. Bref, pas besoin d’enfoncer plus avant ce film car vous aurez compris que l’épreuve fut pour moi éprouvante. Heureusement, Aldrich a pu mettre un terme à sa carrière par un film d’une toute autre trempe, ô combien attachant ce coup-ci, le méconnu Deux filles au tapis (All The Marbles) qui nous aura vite fait oublier ce faux pas.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 mai 2008