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Critique de film
Le film

Un cave

L'histoire

Condamné à deux ans de prison pour petites escroqueries, Granier (Claude Brasseur) est considéré par ses co-détenus comme un "cave", un petit criminel sans envergure qui ne rêve désormais que de se ranger et de reprendre une vie "pépère". Son compagnon de cellule est en revanche un dangereux meurtrier, Marcel Laigneau, dit "Marcel le dingue" (André Weber), avec qui il s’est lié d’amitié. Sachant que Granier doit bientôt être libéré, Marcel lui fait promettre de l’aider à s’évader. Retourné à la vie civile, Granier reprend une vie sans histoires d’ouvrier d’usine mais tient néanmoins sa parole et participe à l’évasion de Marcel. Celle-ci tourne assez mal puisque le caïd est grièvement blessé. Granier n’est pas au bout de ses peines, puisque non seulement il doit planquer le criminel mais ce dernier lui demande également de reprendre contact avec son complice du dernier casse qui lui avait rapporté deux millions de francs qui n’ont jamais été retrouvés. Le "cave" décide alors d’essayer de manipuler tout le monde afin de récupérer le magot...

Analyse et critique

Adolescent, grandement influencé par mes lectures de revues de cinéma de l’époque, je considérais alors moi aussi Gilles Grangier comme un vulgaire tâcheron, le dénigrant gratuitement tout en prenant néanmoins un certain plaisir à visionner Un Cave à la télévision en prime time un soir de juin 1979. L’effet madeleine de Proust jouant assez puissamment sur moi, la nostalgie des années 70 aidant, je me décidais donc à le revoir 40 ans après, surtout qu’entre-temps, et en y regardant de plus près, j’en étais arrivé à la conclusion que ce réalisateur français se révélait être somme toute un excellent artisan qui se mettait totalement au service de ses scénaristes et de ses acteurs. Quand le script était minable, Grangier ne pouvait pas faire grand-chose (le catastrophique La Vierge du Rhin) ; quand au contraire on lui donnait à filmer de bons scénarios (notamment des adaptations de romans de Simenon), le plaisir était très souvent de la partie. Il en était ainsi de films tels que les excellents Gas-oil, Le Sang à la tête ou Le Rouge est mis, tous les trois avec Jean Gabin - son acteur de prédilection -, du cinéma de divertissement de bien belle tenue !

Du "cinéma de papa" très traditionnel mais des films tout à fait efficaces dans la conduite de leur récit et leur direction d'acteurs, comme l’est également - certes à moindre niveau - cette petite comédie policière de fin de carrière qu’est Un cave (Grangier ne réalisera ensuite plus qu'un seul film pour le grand écran). Le scénario signé Albert Simonin (Touchez pas au grisbi, Mélodie en sous-sol, Le Cave se rebiffe, Les Barbouzes...) narre l’histoire assez savoureuse d’un petit malfrat de qui personne ne se méfie faute à sa "stature" de cave totalement inconséquent, et qui grâce à ce relatif anonymat va pouvoir flouer tout son monde, aussi bien les gros truands à qui il va accaparer un gros butin que la police qui le laissera tranquillement faire, ne croyant pas un seul instant à sa participation dans toutes les affaires (évasion, vol, meurtre) qui se déroulent sous ses yeux. En effet, puisqu'il est considéré comme un escroc naïf et inoffensif, rentré dans le rang et n'ayant jamais partagé les valeurs du "milieu", les autorités policières et judiciaires ne s’en méfient pas une seule seconde. Le seul qui le soupçonne d’être de mèche avec le criminel évadé est un agent trop timoré pour être écouté par ses supérieurs qui au contraire le renvoient constamment dans les cordes, soit le personnage interprété par un Jacques Balutin assez inénarrable.

Il ne faut surtout pas s’attendre à un rythme d’enfer, à de grosses surprises scénaristiques ou à une  géniale idée de mise en scène, mais à partir du moment où nous en sommes avisés, on pourra fort raisonnablement suivre ce petit polar sans prétentions avec un certain plaisir nostalgique, le film non dénué d’ironie se révélant gentiment amoral ainsi que fort charmant a postériori par son côté assez vieillot dans sa réalisation et son esthétisme. Le duo formé par Claude Brasseur et Marthe Keller fonctionne plutôt bien, l’actrice ne manque pas de charme, le choix des seconds rôles est assez sympathique - Paul Le Person, Pierre Tornade ou Robert Dalban -, l’humour et la légèreté sont de la partie - notamment à travers le personnage de flic interprété par Jacques Balutin - et les dialogues d'Albert Simonin ne manquent pas de mordant ni de piquant, même si certaines répliques feront peut-être aujourd’hui un peu grincer des dents chez certaines associations féministes. L'auteur brosse par ailleurs un portrait très sympathique de ce petit malfrat plus malin qu’il n’y paraît et qui, profitant de la vanité ou de l’incompétence de tout un chacun, parviendra à s’en tirer à très, très bon compte ! Une histoire classique, fluide et plutôt bien écrite malgré de nombreuses grosses invraisemblances - mais sans grande importance vu le ton d'ensemble du film.

Pour aider à rendre le tout agréable, le film bénéficie d’une musique aux thèmes sacrément entêtants signés Alain Le Meur, le même compositeur qui écrira le célèbre générique - toujours pour Gilles Grangier - du très bon feuilleton familial d’après Jules Verne, Deux ans de vacances. Ici dans Un cave, et d’une manière assez réjouissante, à la fin de cette comédie policière sans grande envergure mais jamais ennuyeuse "l’amorale" est sauve !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 22 février 2018