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Critique de film
Le film

Trapèze

(Trapeze)

Partenariat

Analyse et critique

Il est assez curieux que le cinéma hollywoodien, vivier de divertissements en puissance, ait si peu pris en compte le petit monde du cirque qui lui offrait pourtant, par ses aspects spectaculaires et humains, un matériau, des personnages et des décors d’une richesse insoupçonnée. A ce propos, je défie d’ailleurs quiconque de me trouver rapidement seulement dix titres de films américains ayant pour cadre principal les pistes circulaires et sablonneuses sur lesquelles évoluent ces artistes acrobates et itinérants… Le temps de réflexion étant terminé… Après Chaplin et Les Marx Brothers qui y ont élu domicile avec brio chacun dans leur genre, nous nous serions attendu à voir une multitude de grands spectacles hollywoodiens s’engouffrer à la suite de Cecil B. DeMille quand celui-ci engrangea en 1952 des recettes phénoménales avec Sous le plus grand chapiteau du monde (The Greatest Show on Earth) qui reste encore aujourd’hui le plus célèbre. Trapèze ne viendra que quatre ans plus tard utilisant cette fois le Cinémascope, les spectateurs seront une nouvelle fois au rendez-vous. Il n’y aura plus ensuite que Henry Hathaway et Charles Walters pour s’y frotter vraiment, le premier avec l’ennuyeux Le Plus grand cirque du monde (Circus World) qui voyait John Wayne régenter le chapiteau, le second avec l’excellent et méconnu La Plus belle fille du monde (Billy Rose's Jumbo) qui adopte la forme d’une comédie musicale spectaculaire et absolument délicieuse, Doris Day y étant aussi pour beaucoup. Et ça s’arrête à peu près là ! Manque d’affinités entre les artistes de cirque et ceux du septième art ? Peur du budget qu’il aurait fallu employer pour satisfaire un public en manque de sensations fortes ?

Le film de Carol Reed (le réalisateur des formidables réussites que sont Huit heures de sursis - Odd Man Out, Le Troisième Homme - The Third Man ou encore son adaptation musicale d’Oliver Twist en 1967, Oliver) a été tourné et se déroule au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris. Il raconte l’histoire de Mike Ribble (Burt Lancaster), seul voltigeur capable à l’époque d’effectuer un triple saut, qui fut contraint de mettre fin à sa carrière après un accident et qui se retrouve désormais être simple accessoiriste. Sa rencontre avec le fringuant et téméraire Tino Orsini (Tony Curtis) va lui redonner des fourmis dans les jambes ; en effet, il pense désormais sérieusement à remonter se balancer au dessus de la piste pour devenir le mentor de ce jeune chien fou avec tous les risques que cela comporte. Mais le danger ne viendra pas seulement des figures spectaculaires que les deux trapézistes vont vouloir effectuer ; va se glisser entre eux deux l’arriviste et arrogante Lola (Gina Lollobrigida) qui va leur faire perdre la tête... Triangle amoureux et acrobatique pour un spectacle qui a marqué toute une génération ayant découvert ce film dans les années 70 sur le petit écran après qu’il ait déjà fait chavirer quelques cœurs lors de sa sortie en salles au milieu des années 50. Le spectacle se révèle pourtant un peu décevant à la révision.

Trapèze est un film de commande produit par Burt Lancaster ; on comprend qu’il ait à ce point été attiré par le sujet ayant été lui-même un trapéziste contraint d’abandonner cette activité périlleuse après une blessure. Sur le tournage, il prit la plupart des décisions comme celle de tourner le film en Europe avec une majorité d’acteurs et de techniciens européens. Première utilisation de l’écran large par Carol Reed, on retrouve quelques éléments stylistiques qu’affectionnait le cinéaste comme ces cadrages penchés, ces plongées et contre-plongées spectaculaires (ici au sommet de la piste et par-dessous le filet), mais le montage semble parfois avoir été fait trop rapidement tellement certains enchaînements paraissent disgracieux. Le scénario mélodramatique et assez sombre, mélangeant arrivisme, jalousie et sadomasochisme, aurait pu se révéler très puissant mais parait à la longue un peu poussif, la faute première due à une mauvaise écriture du personnage féminin ; Carol Reed a du mal à diriger Gina Lollobrigida qui en fait des tonnes sans jamais nous faire trouver sa Lola attachante. L’attachement des deux hommes pour cette femme a alors beaucoup de mal à convaincre le spectateur qui se détache petit à petit de leurs relations trop factices. Dommage car les séquences de cirque sont spectaculaires à souhait, Burt Lancaster possède un sacré charisme et Tony Curtis lui tient tête avec talent. Leur duo se reformera en 1958 dans le "noirissime" et excellent Grand Chantage (Sweet Smell of Success) d’Alexander Mackendrick. En attendant, le divertissement est néanmoins au rendez-vous et l’ennui ne devrait pas venir le gâcher. Nous aurions seulement voulu éprouver plus d’empathie envers les protagonistes de cette histoire.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 15 février 2010