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Critique de film
Le film

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander)

(Every Thing You Always Wanted to Know About Sex * But Were Afraid to Ask)

L'histoire

7 sketchs où Woody Allen tente de répondre aux questions déjà traitées par le Docteur David Reuben dans un best-seller de vulgarisation sexologique : "Les aphrodisiaques sont-ils efficaces?" / "La sodomie, qu'est que c'est?" / "Pourquoi certaines femmes ne peuvent-elles atteindre l'orgasme?" / "Les travestis sont-ils homosexuels?" "Quel est mon vice?" / "Les expériences sur le sexe donnent-elles des résultats satisfaisants?" / "Que se passe t-il durant l'éjaculation?"

Analyse et critique

Comme tout film à sketchs, le résultat est inégal, mais l'ensemble réserve des moments réjouissants. Nous démarrons doucement au Moyen-Âge avec l'histoire du fou du roi qui souhaite que ce soit son tour de coucher (de pion-cer ?) avec la reine, ce qui est bien cavalier. Ceci se solde évidemment par un échec… Le gag de la main coincée est savoureux, mais ne suffit pas à relever le rythme de ce sketch un peu mou.


Allen enchaîne sur la saynète la plus osée. Un berger arménien présente sa brebis à un docteur généraliste. Il se plaint que celle-ci ne l'aime plus alors qu'il l'a toujours bien honorée !… On est étonné de retrouver cet aveu de zoophilie dans une œuvre datant de 1972, alors que ce sujet est un des derniers tabous d'aujourd'hui. D'autant plus que le médecin tombe amoureux de la brebis ! Il la traite comme une maîtresse "classique", ce qui entraîne des moments étonnants et assez surréalistes, particulièrement quand il se fait surprendre dans sa chambre d'hôtel.

Le troisième sketch voit Woody Allen camper un Italien qui n'arrive pas à faire jouir sa femme, froide comme un glaçon au moment de passer à l'acte. Mais le couple découvre au bout de quelques mois de mariage qu'elle ne peut jouir que quand ils font l'amour en public. Le postulat pouvait donner lieu à d'innombrables situations comiques, mais Allen ne l'exploite pas à fond, peut-être par souci de ne pas se répéter. C'est un peu dommage car on reste sur notre faim… On voit tout de même ici que le réalisateur commence à s'intéresser à la mise en scène : quand son personnage discute en marchant avec un de ses amis, il utilise la profondeur de champ, son ami au premier plan, lui tout au fond.

Le quatrième sujet abordé concerne les travestis. Lors d'un réunion de deux belles-familles, l'un des deux pères prétexte une envie pressante pour se réfugier dans une chambre et enfiler les vêtements de son hôtesse. Les quiproquos qui s'en suivent sont sans surprises mais l'idée de départ est assez loufoque pour maintenir en haleine jusqu'à la fin du sketch. Et finalement, l'auteur passe discrètement un message d'ouverture d'esprit, quand dans la scène finale la femme du travesti rigole de toute cette histoire, même si avant elle avait traité le cas de son mari de malade pervers !… Cette valse-hésitation illustre à merveille le paradoxe cette époque de libération sexuelle, qui se veut si tolérante mais où de nombreux tabous ne sont pas encore tombés.

Woody Allen passe ensuite à une fausse émission de télé : "Quel est votre vice ?", dans laquelle des personnalités (dans leurs propres rôles) tentent de découvrir le vice caché d'une personne présente sur le plateau. Celle-ci répond aux questions et gagne 5 $ à chaque fois que sa réponse est non ! Le résultat convainc car on y croit vraiment : l'image est comme sur une vieille télévision en noir et blanc, les acteurs campent parfaitement ces personnages télévisuels si superficiels, et de plus c'est bien sûr très drôle. Particulièrement la scène finale, où un téléspectateur tiré au sort peut réaliser son vice en direct sur le plateau… Et là, Allen le scénariste s'en est donné à cœur joie !

Dans le sketch suivant, Woody interprète un écrivain sexologue qui accompagne une journaliste du Globe chez le docteur Bernardo, scientifique réputé qui expérimente toutes sortes de choses se rapportant à l'activité sexuelle humaine. Là encore, le scénariste laisse libre cours à son imagination, inventant des expériences complètement tordues qui donnent des résultats rarement probants ! Cela ne pouvait que mal tourner dans ce laboratoire de savant fou, et la destruction de la grande maison du docteur engendre un être maléfique : un sein géant "taille 4000, bonnet X", dont les montées de lait sont foudroyantes ! Ce passage est l'un des plus drôles, par son côté surréaliste et démesuré, mais aussi cet aspect psychanalytique omniprésent dans l'œuvre d'Allen (la mère juive, le mystère féminin…).

Pour terminer, Woody se transforme en spermatozoïde sur le point d'être lancé dans le grand bain, et qui se pose des questions existentielles. C'est Il était une fois la vie avant l'heure, l'éjaculation expliquée à tous, dans des décors de bric et de broc, et une atmosphère bon enfant réjouissante. Allen insère ici ou là quelques touches bien à lui, comme l'homme d'église retrouvé en train de trifouiller dans la conscience ou le spermatozoïde qui sort en disant "Au moins, il est juif"…


Au final, l'œuvre garde toujours une petite part de provocation, même si elle s'est émoussée. Peu de films abordent ainsi des sujets comme les travestis, la sodomie ou la zoophilie, voire l'orgasme féminin. D'ailleurs, Woody Allen y fait allusion dans Manhattan, quand un scénariste raconte son idée de film dans une soirée : il veut consacrer un film à l'orgasme féminin, et Diane Keaton trouve cela complètement déplacé et de mauvais goût… L’art de l’autodérision !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Monsieur Hulot - le 15 février 2003