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Critique de film
Le film

Tornade

(Passion)

Partenariat

L'histoire

La Californie, alors qu’elle était encore sous domination mexicaine. De retour chez lui avec son troupeau après des mois d'absence, Juan Obregon (Cornel Wilde) se rend dans l’hacienda de son ami Gaspar Melo. Il apprend avec bonheur que sa fiancée Rosa (Yvonne de Carlo), la fille de Gaspar, vient d'accoucher. Mais sa joie est de courte durée puisqu’il n’a le temps de célébrer ni le mariage ni le baptême prévus. En effet, les hommes de Don Domingo, un riche propriétaire terrien ne voulant plus que l’on occupe ses terres malgré les promesses orales faites par son père, déciment la famille Melo dont la seule survivante est la sœur jumelle de Rosa, Tonya. Fou de douleur et ayant compris que la police locale, pourtant dirigée par son ami le capitaine Rodriguez (Raymond Burr), ne lèverait pas le petit doigt, Juan décide alors de rendre justice lui-même en éliminant un à un les cinq hommes responsables du massacre, en commençant par Castro dont Tonya a reconnu le rire…

Analyse et critique

Après le joli succès de Silver Lode, toujours en 1954, le cinéaste réalisait encore deux autres westerns aux tons globalement assez différents dont Tornade. Nous avions dit précédemment que, suite à leurs disputes, Dwan avait décidé de ne plus jamais travailler pour Bogeaus ; c’est pourtant ce dernier qui appellera le réalisateur à la rescousse trouvant que celui qui officiait sur Tornade sabordait le film. Allan Dwan reprend donc le tournage depuis le début et mène le projet à son terme en à peine quinze jours. Il s’agit de l'un des premiers films du genre à aborder avec sérieux le thème de la vengeance à partir ici d’une trame assez simple mais très remuante ; un sujet que reprendront à foison les westerns italiens dès la décennie suivante et qui sera aussi à l’œuvre dans d’autres westerns américains tels Le Dernier train de Gun Hill de John Sturges, Bravados de Henry King ou Nevada Smith de Henry Hathaway pour ne citer que les plus connus. Tornade se déroule dans des paysages et des lieux encore assez peu filmés à l’époque, surtout en couleurs, ceux de la Californie sous domination mexicaine, région néanmoins bien connue par les admirateurs de Zorro. De retour chez lui avec son troupeau après des mois d'absence, Juan Obreon (Cornel Wilde) se rend dans l’hacienda de son ami Gaspar Melo. Il apprend avec bonheur que sa fiancée Rosa (Yvonne de Carlo), la fille de Gaspar, vient d'accoucher. Mais sa joie est de courte durée puisqu’il n’a le temps de célébrer ni le mariage ni le baptême prévus. En effet, les hommes de Don Domingo, un riche propriétaire terrien ne voulant plus que l’on occupe ses terres malgré les promesses orales faites par son père, déciment la famille Melo dont la seule survivante est la sœur jumelle de Rosa, Tonya. Fou de douleur et ayant compris que la police locale, pourtant dirigée par son ami le capitaine Rodriguez (Raymond Burr), ne lèverait pas le petit doigt, Juan décide alors de rendre justice lui-même en éliminant un à un les cinq hommes responsables du massacre, en commençant par Castro dont Tonya a reconnu le rire. Il devient donc hors-la-loi, et, bien évidemment, se trouve poursuivi à son tour alors qu’il continue de son côté d’accomplir ses actes de représailles…

Alors non, Allan Dwan n’est certainement pas le modèle de Michael Winner, dissipons tout de suite un malentendu qui pourrait se faire jour ! Connaissant le cinéaste, on se doute bien que Tornade n’est aucunement le précurseur d’Un justicier dans la ville (Death Wish) et ne se veut aucunement un film prônant l’autodéfense et le fait de se faire justice soi-même ! On peut, sans l’excuser, concevoir qu’un homme ait été fou de douleur après avoir perdu sa femme et son enfant dans de si tragiques circonstances et qu’il agisse de la sorte sous le coup d’une forme de démence ; on devine d’ailleurs cette folie à travers le regard fixe d’Obreon lorsqu’il se met à poursuivre Sandro à pied au sommet des glaciers. On comprend à cet instant que rien ne pourra le faire reculer, quitte à ce qu’il aille au bout de ses forces pour rattraper (et ramener) son ennemi. Mais le cinéaste américain réfute toute justification de la violence et ne prend pas un plaisir sadique à nous la montrer frontalement ; il suit juste le parcours d’un homme devenu éperdu de douleur : Obreon semble penser, à travers son esprit brumeux et perturbé, pouvoir retrouver, une fois ces actes meurtriers accomplis, le bonheur perdu, ce qui sera néanmoins impossible tellement celui-ci paraissait baigner dans une plénitude liée à la présence des trois membres de la famille. Car dans le premier quart d’heure de son film, même si la menace planait déjà, Dwan décrivait l’hacienda de Gaspar Melo comme une sorte de havre de paix, un véritable paradis dans lequel Juan avait retrouvé non seulement sa fiancée mais l’enfant qu’elle a eu de lui, tous trois présentant une image naïve mais ô combien touchante de la félicité sans aucuns nuages à l’horizon. A ce propos, le plan de Cornel Wilde à genoux devant le berceau, ébahi devant la beauté de son enfant, ou cet autre plan au cours duquel, regardant de l’extérieur la fenêtre éclairée de sa bien-aimée, on le sent mourir d’impatience de la retrouver pour lui faire l’amour, ou bien encore, immédiatement après, le sourire d'Yvonne De Carlo couchée dans le lit sachant que d’une seconde à l’autre son époux allait venir se blottir contre elle… se révèlent d’une immense tendresse et d’une grande délicatesse tout en étant esthétiquement superbes.


En effet, Allan Dwan ayant beau être considéré avant tout comme un cinéaste classique [et ce n’est absolument pas incompatible, mais on ne répètera jamais assez], il possédait dans le même temps un sens plastique indéniable. Il était fortement aidé dans la série des films Bogeaus par le grand chef opérateur John Alton qui nous offre ici des images de toute beauté, certaines faisant même penser à des toiles de maîtres, comme ce portrait de profil de la femme de Sandro alors qu’elle voit son époux partir, le plan décrit plus haut de cette chambre au crépuscule voyant les futurs époux penchés sur le berceau où s’agite leur nouveau-né, ou encore certains intérieurs divinement éclairés, inspirant la plupart du temps une forte sérénité mais parfois aussi l’inquiétude, sans oublier la splendide image finale, la caméra s’avançant vers la fenêtre donnant sur un paysage idyllique au moment où notre héros retrouve une signification à sa vie. On pourra s’étourdir également devant ces plans sublimes de la nature en Technicolor lors de la belle et longue poursuite finale en pleine montagne, même si cette séquence épique est ponctuée de stock-shots et de raccords studio qui n’arrivent pourtant pas à altérer l’harmonie de l’ensemble. Dans cette séquence, Allan Dwan nous octroie ses fameux travellings et panoramiques récursifs et (ou) inversés dont il s’était fait une spécialité, la plupart emportés par un grand souffle lyrique. Certaines séquences d’action ne manquent pas non plus d’une certaine beauté plastique, tel ce duel au couteau dans la pénombre entre Cornel Wilde et l’inquiétant Lon Chaney Jr. ou cet autre duel un peu plus tard se déroulant sous les pieds de chevaux. Bref, même si certains pourraient être déçus par un scénario manquant certes, tout comme les personnages, d’étoffe et de chair, ils pourront déjà apprécier un western à l’atmosphère hispanisante, magnifiquement filmé et photographié.

Car cette « tragédie optimiste », « ce poème raffiné et délicat sur le thème du bonheur perdu et retrouvé », « ce film tendre sur la violence » comme le décrivait avec une passion non réfrénée le principal adorateur du cinéaste, à savoir Jacques Lourcelles, aurait effectivement pu confiner au chef-d’œuvre si les scénaristes avaient été plus originaux et s’ils avaient enrichi psychologiquement leurs personnages qui paraissent tous un peu monolithiques, n’évoluant pas vraiment sur la durée. L’empathie à leur égard n’est au final pas spécialement de la partie d’autant que l’interprétation d’ensemble, même si très honorable, n’accomplit pas de miracles ni ne fait d’étincelles. Alors il est vrai que la naïveté désarmante de la première partie élégiaque nous comble d’aise et qu’un certain bonheur vient nous envahir à le voir aussi profond chez les autres. Il faut avouer que les éclairs de violence qui la suivent nous font d’autant plus mal par contraste, et que les yeux embués de Cornel Wilde alors qu’il apprend la tragédie ne laissent pas indifférents et nous procurent quelques frissons. C’est la partie "vengeance", se déroulant trop linéairement et sans grandes surprises, qui peut ensuite légèrement décevoir ; mais le rythme enlevé et soutenu de l’intrigue, associé au fait que ce qui se déroule sous nos yeux s'avère un enchantement visuel, balaie vite notre scepticisme. Lorsqu'on sait que Passion est le premier film dans lequel Dwan innove son système de bricolage et de récupération, orchestré avec le chef décorateur Van Nest Polglase (celui des films du duo Astaire / Rogers), provenant de bouts de décors piqués à droite à gauche et issus de précédents films d’autres studio, en l’occurrence ici la Warner et Universal, on ne peut qu’être abasourdi par le résultat de ce travail réalisé avec de tels bouts de ficelle et avec un minimum de moyens techniques et financiers. Loin d’être aussi irréprochable et homogène que son prédécesseur, Passion n’en est pas moins pour autant un autre grand western de série B qui laisse au final un certain sentiment de plénitude.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 novembre 2009