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Critique de film
Le film

The Winning Team

Partenariat

L'histoire

1908 dans le Nebraska. Grover Cleveland Alexander (Ronald Reagan) est un monteur de lignes téléphoniques qui travaille d’arrache-pied pour pouvoir participer à l’achat d’une ferme et se marier avec sa douce et aimante fiancée, Amy (Doris Day). Seulement, Grover ne peut résister lorsqu’on lui demande de participer à un match de baseball, sa passion première ; et il est alors capable de louper un rendez-vous important et notamment celui avec son futur beau-père qui, estimant que son gendre manque de sérieux, refuse désormais d’aider financièrement le couple à s’installer. Mais, alors qu'Alex avait promis à Amy de ne plus toucher une balle, l’entraineur de l’équipe de Galesburg qui avait eu l'occasion d'assister à ses exploits vient lui proposer de jouer en tant que professionnel. Malgré les fortes réticences d’Amy, il accepte en lui faisant comprendre que grâce à cette nouvelle situation ils pourraient plus rapidement obtenir la somme d’argent nécessaire pour avoir leur propre maison. Et c’est effectivement ce qui se passe. "Alex the Great" devient une star grâce à son puissant lancer jusqu’au jour où il reçoit une balle de base-ball en pleine tête qui lui laisse de graves séquelles ; il voit désormais tout en double, a de fréquentes et puissantes migraines et ne peut ainsi plus jouer. Il retrouvera plus tard une vue normale mais sera toujours handicapé par des vertiges survenant à l’improviste et sa tendance à l’alcoolisme. La "winning team" Alex/Amy survivra-t-elle face à ces difficultés ?

Analyse et critique

The Winning Team est un biopic sur Grover Cleveland Alexander (1887-1950), joueur de base-ball considéré comme l’un des plus grands lanceurs de l’histoire de la National League. En vingt ans de carrière à partir de 1911, il ne comptera pas moins de 373 victoires au sein des équipes de Philadelphie, Chicago puis enfin des Cardinals de St-Louis. Ayant reçu lors d’un match une violente balle entre les deux yeux, il souffrit pendant un long moment de diplopie (double vision), ce qui mit momentanément fin à sa carrière. Ayant retrouvé toutes ses facultés, il fit un come-back très remarqué, n'ayant rien perdu de sa puissance et de sa vitesse de lancer. Mais les séquelles étaient encore là puisqu’il souffrit ensuite de puissantes migraines, de vertiges et de crises d’épilepsie, le tout aggravé par une semi-surdité due aux éclats d’obus alors qu’il était sur le front en 1917. Tout en continuant à jouer, il sombra dans l’alcoolisme (pour lutter contre ses douleurs), divorça deux fois de la même et unique épouse et finit par mourir dans la plus grande des solitudes. Bien évidemment, le film s’arrêtera longtemps avant, lors de la victoire de l’équipe des Cardinals de St-Louis contre les Yankees de New York en 1926, acquise grâce avant tout à la présence rassurante dans le stade de l’épouse du sportif. Car il fallait bien finir ce biopic sur un happy-end afin que la Winning Team du titre soit enfin reconstituée et consolidée. La veuve de Grover ayant été embauchée comme conseillère sur le film, elle a probablement souhaité que le film montrât son époux telle qu’elle voulait s’en souvenir, évacuant tout ce qui s’en est suivi et refusant même que le terme tabou d’épilepsie soit entendu à l’écran.

Ce treizième film de Doris Day (qui n’allait pas tarder à devenir la vedette numéro un de la Warner dès l’année suivante) est réalisé par Lewis Seiler, cinéaste sans aucun talent particulier mais sachant accomplir son travail avec un certain professionnalisme. Il tourna d’abord quelques westerns avec Tom Mix, certains films des franchises Dead End Kids ou Charlie Chan avant d’être le réalisateur qui durant les années 40 à la 20th Century Fox dirigea le plus souvent la chanteuse portugaise "aux paniers de fruits sur la tête", à savoir Carmen Miranda. On retiendra notamment Something for the Boys, Doll Face ou même If I’m Lucky, tous trois assez amusants et colorés. Il signa aussi l'agréable Pittsburgh (La Fièvre de l’or noir), qui tenait surtout sur les épaules de ses trois stars - rien moins que Randolph Scott, John Wayne et Marlene Dietrich - mais surtout un très bon film de guerre, Guadalcanal, superbement écrit par le scénariste attitré de Henry King, l’excellent Lamar Trotti. Excepté ce dernier titre, on ne trouve rien de marquant dans le lot (tout du moins parmi les films que nous avons pu voir en France), soit des longs métrages totalement routiniers et sans aucune ambition formelle mais qui arrivent néanmoins à nous distraire sans trop d’ennui.

On pourra en dire de même du biopic qui nous intéresse ici avec le couple Ronald Reagan / Doris Day, la Winning Team du titre. On pourra rapprocher cette production d’un des précédents films avec Doris Day avec lequel il partage énormément de ressemblances et de points communs, I’ll See you in My Dreams (La Femme de mes rêves) de Michael Curtiz. Exceptée la profession de l’époux (parolier de Broadway ici ; champion de base-ball là), les films sont construits à peu près d’une manière identique et l’actrice tient un rôle quasi semblable, celui d’une femme au caractère bien trempé capable de se dévouer corps et âme à l’homme qu’elle aime et qu’elle a épousé. Une épouse loyale grâce à qui le sportif réussira sa carrière, le remettant sur les rails lorsqu’il partira en vrille, lui faisant retrouver un certain équilibre, lui donnant de bons conseils et surtout arrivant à l’écouter et être compréhensive, y compris lorsqu’il lâchera prise. Ici, et même si elle n’aura pas toujours été un ange de douceur (ce qui la rend plus humaine), si elle se détachera de son époux à plusieurs reprises (avouant même un peu honteuse à sa belle-mère qu’elle avait été contente de l’accident cérébral arrivé à son mari, puisque la lésion avait éloigné ce dernier des stades et ramené auprès d’elle), c’est elle qui contactera un entraineur de sa connaissance afin de le pousser à embaucher son époux rejeté de partout ailleurs. C’est encore elle qui, par sa simple présence, l’empêchera de flancher lors du match qui clôture le film. Il s'agit d'un très beau personnage, jamais mièvre mais toutefois pas aussi bien écrit que celui de Grace Kahn dans le film de Michael Curtiz.

Car malheureusement, si le film méconnu de Michael Curtiz est une très jolie réussite grâce notamment au scénario plein de sensibilité signé par le duo Melville Shavelson et Jack Rose, à la réalisation très léchée du cinéaste d’origine hongroise et évidemment au couple formé par Doris Day et un étonnant Danny Thomas, The Winning Team ne bénéficie pas des mêmes avantages et qualités. Lewis Seiler emballe le tout avec le sérieux qu’on lui connait mais sans aucune ampleur ni aucune idée de mise en scène, le scénario s’avère vite assez laborieux et enfin on a connu direction d’acteurs plus inspirée. Ronald Reagan n’est certes pas un mauvais comédien (il l'a prouvé chez Allan Dwan ou Sam Wood) mais il se montre parfois moyennement convaincant, témoin les séquences où il doit jouer son personnage en état d’ébriété. Les excellents seconds rôles que sont Eve Miller, Frank Ferguson, James Millican - qui pour l’anecdote, avant ce premier rôle au cinéma, fut un joueur de baseball professionnel -, le tout jeune Russ Tamblyn et Frank Lovejoy sont vraiment sous-employés ; quant à Doris Day, on l’a connue plus énergique et irrésistible. Ceci dit, sans faire beaucoup d’étincelles comme cela avait été le cas dans tous ses films précédents, elle s’en sort néanmoins bien mieux que ses partenaires ; grâce à son charme et à sa sensibilité, on aura eu à plusieurs reprises l'occasion de se réjouir de sa présence. Les auteurs auront également eu la bonne idée de la faire au moins chanter une fois, lors de la très jolie séquence familiale de Noël au cours de laquelle elle interprète la délicieuse Christmas Song Ol' Saint Nicholas.

Malgré tous ces défauts, notamment et surtout une mise en scène impersonnelle et une écriture assez terne, The Winning Team n’est pas une catastrophe. Il nous propose la belle histoire d’un couple uni dans l’adversité, d’un homme persévérant malgré tous les obstacles et rumeurs qui se mettent en travers de son chemin ; une histoire certes assez moralisatrice et pas spécialement progressiste (certaines féministes ne manqueront pas de critiquer la place de la femme, destinée avant tout à soutenir son compagnon) mais cependant plutôt attachante. Il faut dire qu’à cette époque les deux vedettes entretenaient une relation à la ville et que les rares séquences qui les voient réunis possèdent un charme certain. Un film moyen mais pas mauvais pour autant.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 octobre 2016