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Critique de film
Le film

The Land

L'histoire

Sur un texte de Robert Flaherty, des images désolantes d’un sud des Etats-Unis qui voit sa terre, autrefois riche, s’appauvrir et devenir désert. Paupérisation des habitants et exodes sont saisis par Flaherty qui s’attarde longuement sur la détresse de ces hommes qui ont tout perdu.

Analyse et critique

En 1935, Flaherty part aux Indes pour tourner une adaptation de Kipling avec Zoltan Korda, Elephant Boy. Expérience peu concluante qui marque la fin de son périple anglais et son retour aux Etats-Unis où il tourne une commande du ministère de l’agriculture, The Land. Le film est réalisé à la demande du ministre de l’agriculture Wallace, le bras droit de Roosevelt, qui propose à Flaherty de filmer la désertification du centre des Etats-Unis qui de plaines fertiles s’est transformé sous l’action de l’homme en désert aride. Ce sujet, déjà au cœur de La Charrue qui détruisit les plaines de Pare Lorentz, rappelle dans son traitement visuel le dépressif Terre sans pain de Luis Bunuel. C’est un sujet qui passionne Flaherty et pour lequel il écrit un long texte, qu’il lit à l’écran, texte qui résume sa vision de l’homme et de la civilisation : « Voilà comment l’Amérique utilisa les machines pour accroître sa production au détriment de la terre et des hommes victimes de l’érosion et de la pauvreté ». Ce qui impressionne de prime abord dans The Land, ce sont ces paysages griffés, déchirés par l’érosion, ces images d’une terre qui porte les cicatrices de l’action de l’homme et qui semble ne pouvoir jamais guérir. Une terre autrefois fertile, maintenant épuisée par la culture du coton et du tabac. A l’époque, jamais encore la terre n’avait connue une telle transformation, on avait encore jamais vu une telle surface être gâchée, de larges fleuves asséchés, sous la seule action de l’homme.

Et la terre dans sa chute emporte les hommes. Les maisons se délabrent, les habitants s’appauvrissent au même rythme que les paysages. Flaherty nous montre une fois de plus l’étroite imbrication qui lie l’homme à son environnement. Le cinéaste suit l’exode de la population, capte le désarroi et la tristesse dans les regards. Pour une fois, Flaherty se frotte au social. Il parle du chômage et ailleurs, en Arizona, des travaux les plus durs réservés aux Mexicains, du travail de enfants. Il filme les bidonvilles, les conditions de vie et de travail misérables. Flaherty s’attarde longtemps sur les visages de ces hommes et femmes, utilisant sa caméra comme l’objectif d’un photographe. Trop déprimant en cette période de guerre le film ne sera jamais projeté et c’est un film quasiment inédit qui nous est ici proposé. Au-delà du témoignage historique, que reste t-il aujourd’hui de The Land ? Il faut bien avouer que l’on ne retrouve pas la poésie de Flaherty, son sens inné de l’image et de la narration. De facture très classique, The Land est plus une curiosité qu’une étape importante de la carrière du cinéaste.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 22 septembre 2006