Menu
Critique de film
Le film

Terre damnée

(Copper Canyon)

Partenariat

L'histoire

Au lendemain de la guerre de Sécession, d’anciens Sudistes exploitent des mines de cuivre dans le Nevada. Mais, dans cette petite ville de Coppertown, ils sont rançonnés par les notables et hommes de loi unionistes qui leur achètent leur marchandise à vil prix quand ils ne la dérobent pas. Une délégation de ces mineurs spoliés vient trouver Johnny Carter (Ray Milland), un artiste de music-hall spécialisé dans le tir au couteau et au pistolet. Ils sont persuadés qu’il s’agit d’un ex-colonel sudiste recherché par l’armée des États-Unis pour lui avoir dérobé la somme de 20 000 dollars et qui, au vu de sa réputation héroïque, pourrait leur venir en aide. Si son identité ne fait aucun doute, Johnny Carter fait semblant de ne pas comprendre, préférant désormais empocher l’argent récolté lors de ses tournées et faire un brin de cour à Lisa Rochelle (Hedy Lamarr), la propriétaire du saloon où il vient se produire (« You know, personally, I think there are only three things worth living for : fine guns, good horses and beautiful women »). Cette pulpeuse jeune femme est également courtisée par Lane Travis (MacDonald Carey), l’adjoint corrompu du shérif qui semble tenir la ville sous sa coupe. Ne pouvant plus cacher sa véritable identité, celle du Colonel Desmond, Johnny finit par proposer un plan aux mineurs qui leur permet de convoyer leur chargement à une ville voisine où ils pourraient le vendre correctement. Le groupe ne se doute pas qu’il cache en son sein un espion qui s’empresse d’avertir Travis. Alors que ses hommes tendent un piège aux mineurs, un mystérieux cavalier masqué vient les contrarier et faire échouer leur traquenard...

Analyse et critique

A propos de California (Californie, terre promise), le précédent western signé John Farrow, j’écrivais : « Le scénariste et le réalisateur ont eu du mal à maintenir l’intérêt tout du long, les ambitions de départ se trouvant un peu anéanties par un trop grand dispersement de l’intrigue mais aussi par des options de mise en scène un chouïa prétentieuses. John Farrow, conscient de son talent, en fait parfois trop. » Finalement on aurait bien aimé pouvoir au moins en dire autant de sa deuxième incursion dans le genre mais malheureusement, pour Terre damnée, le cinéaste a abdiqué toute inventivité et n’a pas eu ne serait-ce qu’une toute petite idée originale de mise en scène. J’écrivais aussi, puisque l’acteur était déjà présent dans California : « Ray Milland a beau être un formidable comédien de films noirs, il se révèle ici assez terne. » Sur ce point rien a changé, il ne semblait encore pas fait pour se balader dans l’Ouest américain. De plus, on ne peut plus parler d’un grand dispersement de l’intrigue, cette dernière s’avérant bien médiocre et convenue sans même manifester cette fois la moindre ambition au départ.

Si l'histoire contenait pourtant tous les éléments pour accoucher d'une attractive série B, le scénario qui en a été tiré, souvent invraisemblable, pivote plus souvent du côté de la série Z. Le virage vers The Lone Ranger se situant aux 2/3 du film aurait été sympathique si le film avait possédé la naïveté, la fraîcheur et l’enthousiasme de certains serials, ce qui est loin d’être la cas. Jonathan Latimer avait pourtant écrit de très bons scripts, notamment pour le film noir : La Clé de verre (The Glass Key) de Stuart Heisler ou La Grande horloge (The Big Clock) du même John Farrow. Mais concernant Copper Canyon, rien de bien nouveau sous le soleil du western excepté ce personnage de tireur d'élite saltimbanque interprété par Ray Milland. Avec un humour pince-sans-rire et un second degré constant dans ses répliques, Milland aurait pu tirer le film vers le haut mais ça ne se produit pas car le comédien prouve une fois encore qu'il n'était pas très à son aise dans le genre (mais cela pourrait changer par la suite). Hormis cela, on suitune intrigue bien sage et sans grande surprise qui vient rarement nous sortir de notre torpeur d'autant que la mise en scène se révèle aussi amorphe que le scénario. Molle et sans rythme, la réalisation ne nous encourage guère à nous raccrocher à quoi que ce soit !

Si ! Nous trouvons bien ici et là, sans nous y attendre, quelques plans fulgurants notamment lors des fusillades, un chatoyant Technicolor aux couleurs très chaudes qui rehausse les intérieurs, qui fait briller les costumes d'Hedy Lamarr et les chemises de MacDonald Carey, de beaux paysages (malheureusement pas forcément bien mis en valeur), le joli minois de Mona Freeman, un Harry Carey Jr. qui semble tout droit échappé d'un des derniers films de John Ford et une interprétation assez réjouissante de MacDonald Carey en "bad guy" de service (après ses excellentes prestations dans Streets of Laredo et Comanche Territory, le comédien continue à nous prouver que son jeu était tout à fait honorable et qu'il est dommage qu'il soit aujourd'hui à ce point oublié). Mais c'est bien à peu près tout ce que l'on peut retenir de ce western pataud et peu subtil dans lequel même Hedy Lamarr semble s'ennuyer ; il faut dire que sa romance est bien improbable. La comédienne est par ailleurs bien mal desservie par la maquilleuse qui, non contente d'avoir transformée Hope Emerson en travesti (sic !), nous gâche parfois la beauté d'une des actrices les plus charmantes qui fut durant les décennies précédentes.

Avec un budget qui paraît conséquent, un cinéaste plutôt bien considéré et des comédiens chevronnés, on aurait pu au moins s’attendre à un film rigoureux et plaisant ainsi qu’à de bonnes séquences d’action ; mais pour cela il n’aurait pas fallu un tel manque de conviction dans la mise en scène, une telle inanité du scénario et un montage à l’emporte-pièce. Résultat : même le final mouvementé parait bâclé, brouillon et sans ampleur, jusqu’au duel final grandement attendu mais qui se termine aussi banalement que le reste du film. Un western sans charme (à l’image des girls du saloon qui chantent comme des casseroles et qui ne dansent guère mieux) mais la beauté de la photographie concoctée par Charles Lang et l’interprétation réjouissante de MacDonald Carey arrivent à sauver le film de la totale médiocrité. La Paramount fera vite oublier ce ratage en sortant un autre et meilleur western dans les derniers jours de l’année 1950  : la deuxième incursion d'Alan Ladd dans le genre après le superbe Whispering Smith.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 9 mai 2013