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Critique de film
Le film

Tant que soufflera la tempête

(Untamed)

Partenariat

L'histoire

En 1847, une virulente épidémie a provoqué la ruine des O'Neill, une famille d'aristocrates irlandais. Katie, leur fille, accepte de partir en Afrique du Sud avec son mari pour refaire sa vie dans un pays plein de promesses mais dangereux. Sur place, elle retrouve par hasard Paul Van Riebeck, un aventurier dont elle avait été amoureuse plusieurs années auparavant avant que ce dernier ne reparte précipitamment pour une nouvelle mission en territoire Zulu.

Analyse et critique

Pour un certain nombre de réalisateurs "classiques" du cinéma américain, le début de la crise des studios durant les années 50, couplée à l'arrivée du Cinémascope (et ses procédés concurrents), ont conduit à des commandes imposées et impersonnelles, souvent bancales, où il est difficile de retrouver leur style et leur caractère d'antan. Henry King ne fut pas le seul à en faire les frais mais ce champion des chroniques de l'Americana, ce chantre du lyrisme intime, ce héraut de la délicatesse était forcément moins adapté à l'écran large quand le format 1.33 lui permettait une plus grand proximité avec ses personnages.


Après Capitaine King, son premier film en Cinémascope où il parvint à injecter un peu de sa sensibilité, Henry King renoue avec Tyrone Power pour leur dixième collaboration. Cela dit, l'acteur n'est au final que peu présent à l'image, n'intervenant que toutes les 30 minutes, de manière un peu mécanique pour relancer l'intrigue. C'est en fait Susan Hayward qui est au premier plan d'une histoire ressemblant fortement à une pure transposition d'un western en Afrique du Sud, où les Indiens sont remplacés par des Zoulous auxquels doivent faire face des pionniers ayant quitté les famines irlandaises pour des caravanes en pays hostile. On n'échappe même pas aux fameux Basques français et à leur accent redoutable ! La proximité avec le western est d'autant plus prononcée que le scénario possède quelques similitudes avec Le Jardin du Diable de Henry Hathaway, justement signé par l'un des coscénaristes de Tant que soufflera la tempête, Frank Fenton.


Cependant, et malgré ces nombreux éléments, on comprend rapidement que le cinéaste essaye de détourner le genre de l'intérieur pour le tirer vers un drame resserré à un nombre restreint de personnages. Fidèle à son amour sincère de la terre, Henry King fait aussi de l'enracinement (et donc du déracinement) le leitmotiv de son histoire. Ce sont clairement dans ces moments glorifiant le terroir et la culture des champs que l'on retrouve la majesté et le lyrisme du cinéaste. Il y a ainsi une partie assez longue au milieu du film où les héros parviennent à construire une ferme au milieu d'une plaine où trône littéralement un arbre imposant. Il devient un personnage à part entière, ombrageant Tyrone Power pour mieux éclairer symboliquement son tempérament nomade, l'homme étant incapable de s'établir à un endroit donné, même avec la femme qu'il aime. Ce même arbre offre surtout une séquence puissante, quasi biblique, lors d'une impressionnante séquence de tempête où le classicisme du cinéaste renoue avec son inspiration visuelle des grands jours. C'est clairement à partir de ce moment-là que le film parvient à étoffer plus en profondeur son personnage féminin et lui donner une réelle dimension romanesque lors de plusieurs séquences.


Si l'inspiration de Henry King ne fonctionne que ponctuellement, c'est qu'il faut reconnaître que Tant que soufflera la tempête est une œuvre bancale et inégale. Cela provient en partie de la conception du film qui connut une production houleuse durant laquelle, suite à la grossesse de sa vedette féminine, le cinéaste dut se contraindre à ne plus tourner l'intégralité de son film dans les territoires Zulu comme il l'espérait. Le scénario est également mal structuré : son découpage en trois actes donne presque l'impression de coller trois scripts ensemble pour accoucher d'un long métrage. La dernière partie, avec les bandits, semble sortie de nulle part, si ce n'est pour renouer avec l'atmosphère "western" des Zulus / Indiens qui disparaissent un peu rapidement du récit. Ces errances scénaristiques s'accompagnent également de plusieurs seconds rôles caricaturaux qui gâchent son potentiel initial de parabole religieuse.


Enfin, de son côté, Henry King n'est pas exempt de tout reproche. Si l'on perçoit toujours un certain soin dans le choix des tons chromatiques, notamment au travers de l'évolution des costumes de Hayward et Power, ou dans la conception de certains décors volontairement ternes, le metteur en scène est loin d'être à l'aise dans des séquences d'action assez statiques, misant essentiellement sur les plans larges mais loin de pouvoir justifier son budget, conséquent pour l'époque. Par ailleurs, on sent à de nombreuses reprises que King est gêné par un Cinémascope qu'il est loin de toujours exploiter. De nombreux cadres sont fades, platement filmés de manière centrale, sans utiliser l'espace et la profondeur de champ.


Avec des qualités et des défauts à ce point disparates, Tant que soufflera la tempête possède un rythme et une inspiration aléatoires où la présence de Henry King derrière la caméra n'est notable qu'épisodiquement. Mais cette variation autour des cowboys et des Indiens n'est pas dénuée d'un charme désuet, reposant en partie sur son casting principal et l'irruption de plusieurs fulgurances qui prouvent que le cinéaste n'avait pas non plus totalement abdiqué.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Anthony Plu - le 21 mars 2017