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Critique de film
Le film

Storm Warning

Partenariat

L'histoire

Marsha (Ginger Rogers) arrive de nuit à Riverport, petite ville du Sud, dans l’intention de rendre visite à sa sœur Lucy (Doris Day) qu’elle n’a pas revue depuis des années et qui, entretemps, s’est mariée. Dans la ville étrangement (volontairement ?) désertée, Marsha est témoin du passage à tabac et de l’assassinat d’un homme par un groupe cagoulé. Elle a pu aussi voir la figure de deux d’entre eux. Ayant enfin retrouvé sa sœur, elle lui raconte immédiatement ce qu’elle vient de vivre. Quand elle voit son beau-frère (Steve Cochran) pour la première fois, elle découvre stupéfaite qu’il s’agit d’un de deux meurtriers qu’elle a aperçus à visage découvert. Que va-t-elle devoir faire ? Le dénoncer au risque de compromettre le bonheur de sa sœur qui continue à aimer son époux malgré ses "frasques" ? Tout avouer au procureur (Ronald Reagan), le seul homme de la ville à ne pas avoir peur de faire tomber le Ku Klux Klan qui régente la cité et qui pourrait bien être à l’origine du meurtre ?

Analyse et critique

S’étant rendu compte que son beau-frère était un meurtrier, Marsha doit-elle ou non le dénoncer aux autorités au risque de compromettre le bonheur de sa sœur ? Le scénario de Richard Brooks va démarrer et se poursuivre sur ce postulat de dilemme pour son personnage principal et développer à la fois cet intéressant cas de conscience, la description (assez bien rendue) d’une ville sous la coupe d’une organisation qui la régente, une intrigue policière basée sur l’enquête du procureur seul et contre tous (aussi bien les coupables que ceux qui préfèrent se taire par lâcheté) ainsi qu'un drame psychologique opposant les deux sœurs et le meurtrier ; le tout débouchant au final sur un climax prenant de thriller. Cocasse et plutôt sympathique de voir la participation d’un des acteurs hollywoodiens les plus républicains qui soit (le "futur ex-président" Ronald Reagan) dans un film écrit par un scénariste démocrate jusqu’au bout des ongles en la personne de Richard Brooks qui, dans le même temps, entamera sa belle carrière de cinéaste engagé et vigoureux. Il est d’ailleurs un peu regrettable que ce dernier n’ait pas filmé son histoire car si la mise en scène de Stuart Heisler s'avère très correcte, elle ne possède pas la puissance de celle des films de Brooks de cette époque.

Cela dit, rien n’empêche ce "film noir pamphlétaire" de se regarder avec un grand plaisir puisqu'il est remarquablement photographié par Carl Guthrie (le premier plan de l’arrivée nocturne du bus donne d’emblée le ton), doté d'une bande originale puissante signée par le trop peu connu Daniele Amfitheatrof ainsi que d'une interprétation de tout premier ordre et qu'il témoigne dans l'ensemble d’une plutôt appréciable sobriété. On savait Ginger Rogers et Doris Day aussi à l’aise dans le drame que sur des planches ou derrière un micro, en voici de nouveau la preuve. Il s’agissait alors du premier rôle "non chantant" de Doris Day qui a l’occasion pouvait accomplir l’un de ses rêves, tourner avec son idole de jeunesse qu’était Ginger Rogers. [SPOILER] Ce sera également le seul film où son personnage mourra [FIN DU SPOILER]. Steve Cochran, qui a dû être marqué par l’interprétation de Marlon Brando dans Un tramway nommé Désir cette même année, compose un personnage négatif assez angoissant (Storm Warning possède d’ailleurs quelques autres points communs avec le film d'Elia Kazan, que ce soit dans l’intrigue, les personnages et l’atmosphère) même s'il ne peut s'empêcher de rouler les yeux un peu trop souvent. Quant à Ronald Reagan, il est remarquablement à l’aise dans le seul rôle entièrement honnête et incorruptible du film ; les scénaristes ont d’ailleurs eu la bonne idée de ne pas le faire tomber amoureux du personnage interprété par Ginger Rogers (un rôle prévue au départ pour Lauren Bacall), une histoire d’amour inutile nous étant ainsi épargnée. Il ne faudrait pas non plus oublier une belle brochette de seconds rôles dont les excellents Hugh Sanders, Lloyd Gough ou Ned Glass.

Concis, d’une belle efficacité dramatique et optant de plus pour une approche assez réaliste, ce scénario courageux omet cependant de mentionner les idéologies racistes du KKK. En 1936, la Warner avait produit Black Legion d’Archie Mayo qui narrait l’histoire d’un ouvrier (Humphrey Bogart) devenant membre du Klan avant de le dénoncer. Quinze ans plus tard, le studio récidive avec Storm Warning qui, sans prêche inutile, stigmatise à nouveau les méfaits du groupe sans malheureusement jamais parler de ses idées, faisant du Klan une vulgaire organisation mafieuse bigote et haineuse : la dénonciation sociale perd ainsi un peu de sa vigueur. Mais le final reste toujours aussi impressionnant avec cette montée dramatique qui culmine dans une séquence nocturne utilisant une importante figuration de non professionnels, des contre-plongées sur la croix en feu du Ku Klux Klan, le tout nous mettant sous le nez la xénophobie galopante qui gangrène une ville et des gens a priori comme vous et moi. Manquant d’un véritable auteur derrière la caméra mais courageux et rondement mené. Une réussite !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 6 septembre 2007