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Critique de film
Le film

Soulèvement en Arizona

(The Stand at Apache River)

Partenariat

L'histoire

Dans les collines du désert de l'Arizona, le shérif Lane Dakota (Stephen McNally) réussit enfin à capturer le meurtrier présumé Greiner (Russell Johnson) qu'il sauve d'une attaque indienne au cours de laquelle il a été blessé à l'épaule. Les voilà repartis, Lane souhaitant ramener son prisonnier en ville afin qu'il y soit pendu. Sur le chemin du retour, ils doivent faire une halte au relais d'Apache River. En même temps qu'eux, s'y arrêtent aussi pour la nuit les passagers d'une diligence, Valeria Kendrick (Julie Adams), une femme de l'Est venue dans ces contrées rencontrer le mari qu'on lui destine, ainsi qu'un officier de cavalerie, le Colonel Morsby (Hugh Marlowe), qui hait viscéralement la race indienne. La propriétaire du relais, Ann, est heureuse d'avoir enfin la "visite" d'une femme ; elle lui raconte ne plus supporter cette vie solitaire dans ce coin sauvage et reculé, son époux étant de plus sans arrêt par monts et par vaux. Elle prépare sa fuite avec le jeune homme qui l'aide à tenir l'endroit. Mais tout ce petit monde va se retrouver bloqué. En effet, un petit groupe d'une cinquantaine d'Indiens échappés de la réserve de San Carlos arrive lui aussi aux abords du relais. Alors qu'ils souhaitent simplement faire du troc pour pouvoir se nourrir décemment, ils vont se trouver confrontés à la haine du Colonel Morsby qui arrive à convaincre ses compagnons de voyage de ne céder à aucune de leur demande mais au contraire de les repousser par les armes, n'ayant aucune confiance en leurs intentions pacifiques. Même s'il est d'un naturel non belliqueux, le chef Cara Blanca ne se laissera pas faire et va organiser un blocus. Et voilà ce petit microcosme de huit Américains confiné dans un relais de diligence avec la menace indienne tout autour...

Analyse et critique

En septembre 1953 sortait un deuxième western signé Lee Sholem après que le réalisateur avait lui même donné le coup d'envoi d'une westernienne dès le 2 janvier avec The Redhead from Wyoming (La Belle rousse du Wyoming), le premier de ses films qui évoluait au-dessus de la série Z puisqu'il avait auparavant réalisé deux Tarzan avec Lex Barker et un Superman à la réputation de ridicule nanar. Ce western, avec Maureen O'Hara en haut de l'affiche et dans le rôle-titre, était un honnête divertissement en Technicolor qui narrait les conflits entre deux groupes d'éleveurs, s'inspirant avec fantaisie de faits historiques connus sous le nom de "The Johnson County War", des évènements tragiques que racontera Michael Cimino en 1980 dans son célèbre et magnifique La Porte du paradis (Heaven's Gate). The Redhead from Wyoming était tout à fait conventionnel mais plutôt efficace grâce à un scénario bien écrit, une intrigue bien menée, une bonne interprétation d'ensemble et une mise en scène honorable. La question que je me posais alors était de savoir à qui prioritairement imputer cette petite réussite : au cinéaste habituellement spécialisé dans la série Z ou bien à son assistant, un nommé Jesse Hibbs qui deviendra par la suite un honnête artisan de série B, un des réalisateurs fétiches d'Audie Murphy ? Les deux hommes étant de nouveau réunis pour Soulèvement en Arizona (titre français encore une fois assez peu approprié à l'intrigue), la réponse me paraît désormais plus claire : à aucun des deux ! Plutôt au scénariste Herb Meadow et surtout au producteur Leonard Goldstein qui n'en était pas à sa première réussite dans le domaine, puisqu'il avait été à l'origine, entre autres, de très bons westerns tournés par George Sherman entre 1948 et 1952. William Alland en revanche, moins aguerri que son collègue, semble n'avoir eu aucune influence sur ce deuxième western de Lee Sholem qui se révèle catastrophique à tous les niveaux alors qu'officie aux différents postes techniques la même équipe habituelle supervisée par la même direction artistique. Alors que s'est-il passé ?

Toute cette équipe aurait-elle trouvé le scénario tellement mauvais qu'elle aurait eu l'idée vengeresse de saborder le film ? C'est bien évidemment une supposition toute aussi saugrenue de ma part ; mais au vu du résultat, il faut bien avouer qu'il m'est arrivé de me poser la question durant une bonne partie du film. Soulèvement en Arizona est un western qui démarque dans les grandes lignes l'excellent Quand les tambours s'arrêteront (Apache Drums) de Hugo Fregonese, l'église au sein de laquelle les protagonistes de ce dernier se voyaient cloîtrés étant ici remplacée par un relais de diligence auquel on arrive d'un côté par un bac traversant une rivière (ce qui s'avère une idée topographique assez intéressante). Après le générique qui reprend la même musique rythmique et tribale accolée sur les mêmes plans de tambours indiens martelés, les premières scènes superbement photographiées par Charles P. Boyle de la poursuite à cheval du hors-la-loi par le shérif dans le désert de l'Arizona pouvaient nous laisser présager un western tout à fait honnête si déjà des erreurs de raccords et un montage parfois incompréhensible ne commençaient à nous mettre la puce à l'oreille : il nous aura fallu quelques secondes pour nous rendre compte que nous ne suivions pas un seul cavalier traversant ces immenses étendues mais deux, l'un étant à la poursuite de l'autre. Le combat qui s'ensuit contre les Indiens se révèle tellement pauvre et sans vigueur, les cascadeurs tellement incompétents, que l'on continue à se poser de plus en plus de questions. Qu'à cela ne tienne, l'intrigue principale ne semble vraiment démarrer qu'à l'arrivée au relais d'Apache River, qu'il nous est donné de découvrir par l'intermédiaire d'une toile peinte pas très discrète. Et dès cet instant, l'ennui s'installe pour ne plus nous lâcher. Il nous aura fallu à peine cinq minutes pour nous rendre compte que ce western serait mauvais et, malgré toute la meilleure volonté du monde pour s'y raccrocher, ce sera peine perdue tant le film se révèle minable à tous les niveaux - seule la garde-robe "technicolorisée" et rutilante de la charmante Julie Adams parvient à nous sortir de notre torpeur à condition d'avoir accepté la "suspension d’incrédulité". Car, qui, au sein d'une situation aussi tendue et aussi dangereuse, aurait pu penser à changer de costume toutes les cinq minutes ?

A part cet élément, il n'y a rien d'autre à sauver de ce western dont les intentions étaient pourtant honorables en traçant un portrait effrayant du colonel raciste, en prenant le parti des Indiens malgré le fait que ceux-ci se trouvent obligés de détruire les occupants du relais, en abordant des thématiques telles la justice, la présomption d'innocence, la condition de vie des Indiens d'Amérique... Les intentions sont bien là mais elles ne font pas forcément les bons films ; et le résultat est calamiteux déjà par le fait d'avoir fait interpréter le chef indien par Edgar Barrier, plus grotesque qu'attachant. Il en va de même pour tout le casting. Si Stephen McNally et Julia Adams ne nous apparaissent que ternes (mais comment ne pas l'être lorsque l'on doit se glisser dans la peau de personnages aussi mal écrits ?), le reste des comédiens nous fait un peu pitié, en tête l'insupportable Jaclynne Greene ainsi que Hugh O'Brian qui joue son époux, mais également un acteur habituellement plutôt bon, Hugh Marlowe, qui a rarement autant mal cabotiné dans la peau de cet officier de cavalerie haineux. Dans tous les autres domaines, excepté les superbes éclairages de Charles P. Boyle (Tomahawk), c'est la même misère à commencer par Frank Skinner qui se révèle être le pendant de David Buttolph pour la Warner, à savoir le compositeur que l'on semble choisir lorsque les autres, plus talentueux, sont déjà pris. Scénario bancal, situations peu crédibles, enjeux dramatiques sans grande conséquence par le fait de ne mettre en valeur aucun des protagonistes dont on a d'ailleurs beaucoup de mal à comprendre les motivations et les réactions (sans que ce soit fait volontairement), dialogues ridicules, montage calamiteux, rythme au point mort, mise en scène indigente, sens de l'espace inexistant (on a beaucoup de mal à appréhender la topographie des lieux de l'action qui a sans doute été très mal étudiée), etc. Et on pourrait continuer de la sorte pendant longtemps à propos de ce western au budget de série B qui fait plus penser à de la série Z ! Mais n'ayant plus grand chose d'intéressant à dire sur un film qui ne l'est jamais, et ne voulant pas causer plus de peine à ceux qui pourraient l'apprécier, je préfère arrêter les frais dès maintenant.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 avril 2013