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Critique de film
Le film

Soudain... les monstres

(The Food of the Gods)

L'histoire

Morgan et deux de ses amis s’octroient quelques jours de chasse, sur une île canadienne. Mais l’un d’eux se fait attaquer par d’énormes guêpes. Choqués par la mort de leur amis, ils décident de mener l’enquête.

Analyse et critique


Né en 1922, Bert I. Gordon est toujours vivant. Le maître du gigantisme vit encore. Son parcours, qui commence avec King Dinosaur et se "termine" avec Secrets of a Psychopath, mélange science-fiction, épouvante et comédies frivoles. Beginning of the End, Cyclops, The Amazing Colossal Man, Village of the Giants, Necromancy, L’Empire des fourmis géantes : tout est démesure et mutation dans son œuvre. Lorsqu’il s’attaque à Soudain... les monstres, en 1976, il reste dans son domaine et ne se préoccupe pas de renouveler, formellement du moins, son esthétique. Rentabilisant au maximum le maigre budget qu’il a réussi à réunir, c’est en artisan complet qu’il s’occupera tout à la fois des effets spéciaux et du scénario. Transparences, vrais animaux détruisant des maquettes, faux animaux tout en latex et en mécanique, acteurs en costume de vilaines bêtes... Soudain... les monstres est une pure série B, fauchée comme il se doit.


Le cadre naturel, magnifié par la photographie et les ralentis, construit une ambiance. Un lieu coupé du monde, dont on pressent qu’il va devenir une arène. Mais les deux premiers "adversaires" des hommes ne sont absolument pas crédibles : guêpes extrêmement mal incrustées, extrêmement mal sonorisées, poules et coq géants "nanardesques" au possible. Et que dire du nœud de l’affaire : une substance divine, surgie des entrailles de la terre, et qui contamine les bêtes de l’île. Une substance qui accélère formidablement la croissance, et dont l’idée vient de H.G. Wells. Plus subtilement amenée dans le roman, cette « nourriture des dieux » a tout d’une grosse ficelle : on croirait lire un vieux comics d’avant le Code Hays. Le rythme, aussi, est inégal. On peut passer d’une bataille rangée entre rats et humains à des pérégrinations d’un quart d’heure dans la nature, en jeep. Ce souci d’économies, qui mène parfois à des folies narratives, nous inflige des plans à rallonge, ennuyeux au possible. Quelques péripéties surviennent, sans qu’elles servent vraiment l’intrigue. Par exemple, une longue discussion sur la nécessité de parcourir l’île en jeep ou en voiture blindée se conclut par la décision la plus absurde qui soit : préférer un véhicule ouvert aux quatre vents.


Le spectateur se réveillera finalement vers la fin du film, lors d’une ultime bataille entre rats géants et humains désorganisés qui a tout d’un western. L’attaque à coups de mortiers, la gestion des munitions, la percée, la perte d’un héros : tout est fait pour mettre nos nerfs à rude épreuve. On pourra néanmoins regretter le fort côté moralisateur de quelques échanges, indignes d’un film d’épouvante de cette trempe. Les passages sur la lutte entre l’Homme et la Nature sont extrêmement convenus, et il fallait forcément introduire une femme sur le point d’accoucher pour nous rappeler que nous ne sommes qu’une espèce dont le but est de procréer, dans le respect de la Nature, bien entendu (ce qui n’est pas faux, mais cette prise de conscience des personnages n’apporte rien à l’histoire). Enfin, ce qui achève de rendre le film détestable est cette souffrance inutile infligée aux rats. On le sent à l’image, et on le voit dans leurs yeux, Bert I. Gordon n’a pas été tendre avec eux. Beaucoup ont d’ailleurs été sacrifiés pour le "bien" du scénario. Il y a certaines limites décentes qu’il est utile de garder pour rendre un film appréciable, et sur ce point Bert I. Gordon gâche tout. Ce qui aurait pu rester un sympathique nanar devient un détestable navet.


Le film, par contre, se conclue d’une manière très intéressante. Partant de l’hypothèse que la "divine substance" aurait très bien pu contaminer les sous-sols et rendre notre monde inhabitable, nous voyons un bocal contaminé rejoindre une étendue d’eau où boivent des vaches. Puis les vaches se faire traire. Puis des enfants boire du lait, dans une école. Soutenue par une musique angoissante, cette séquence très subtile, très bien trouvée, est le seul passage véritablement digne d’intérêt du film. Dommage.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 6 mars 2017