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Critique de film
Le film

Si Paris l'avait su

(So long at the fair)

Si Paris l'avait su

Analyse et critique

Avant de devenir le cinéaste phare de la Hammer et dès lors de se spécialiser dans une forme excessive et roborative, Terence Fisher avait eu une carrière britannique plus confidentielle, au cours de laquelle il avait notamment coréalisé avec Antony Darnborough ce "petit" film tout à fait admirable dans lequel une jeune Anglaise voit son frère disparaître au cœur même du Paris de l’Exposition Universelle de 1889. Un peu comme dans Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock (la parenté avec ce dernier pourrait d’ailleurs être prolongée à un épisode de la série Alfred Hitchcock présente…, Into thin Air, réalisé en 1955, et qui présente également de très importantes similitudes avec Si Paris l’avait su), toute trace du disparu semble avoir été effacée comme par enchantement, comme s’il n’avait en réalité jamais existé, ce qui permet de susciter chez la protagoniste principale comme chez son public une forme d’angoisse du délire : devant tant de circonstances défavorables et face au scepticisme de tous ceux à qui elle réclame de l’aide, la jeune Vicky en viendrait presque à douter de ses propres souvenirs, et son plus grand soulagement ne survient d’ailleurs pas tant de la résolution (inévitablement un peu décevante) que lorsque quelqu’un, enfin, la croit.

Merveilleusement juvénile et d’une pureté presque virginale, Jean Simmons incarne la jeune Vicky avec une fraîcheur inouïe, et on ressentirait presque la jubilation (d’aucuns seraient même tentés de parler de sadisme à la lumière de la suite de sa filmographie) éprouvée par Terence Fisher lorsqu’il malmène cette figure absolue de l’innocence. Si Paris l’avait su repose d’ailleurs sur une opposition un peu simpliste, mais finalement assez efficace, entre le rationalisme britannique (dans le personnage de Johnny, dans un premier temps, puis dans celui de George, incarné par un très jeune Dirk Bogarde) et la fourberie de Français experts dans l’art de la tromperie et de la dissimulation : au moins autant que l’humour du film (qui se joue de ces archétypes), la reconstitution soigneuse (et hautement convaincante) d’un Paris d’artifice participe d’ailleurs à définir le ton d’un film redoutable d’efficacité et de malice. Une belle curiosité, indéniablement.

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La fiche IMDb du film

Film réédité en salle par Swashbuckler Films

Date de sortie : 10 novembre 2011

La Page du distributeur

Par Antoine Royer - le 1 janvier 2011