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Critique de film
Le film

Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ?

(Sai cosa faceva Stalin alle donne?)

Partenariat

L'histoire

Deux jeunes intellectuels communistes partisans, Aldo et Benedetto, arrivent à Rome où ils vont vivre sous la protection d'un important homme politique de gauche. Benedetto a choisi le communisme uniquement pour des raisons externes et par snobisme. Persuadé de ressembler à Staline, et fasciné par la personnalité du dictateur, Benedetto pousse son admiration jusqu'à en imiter le comportement, les gestes et l'habillement. Lorsque le mythe de Staline s'effondre, Benedetto se trouvera dans une situation de conflit intérieur.

Analyse et critique


Inconnu en France, et totalement oublié en Italie, Maurizio Liverani, journaliste et critique, n’est le réalisateur que de deux films : Sai cosa faceva Stalin alle donne ?, donc, qui date de 1969, et Il solco di pesca, une comédie érotique sortie en 1976. Le reste de sa filmographie est composé d’une série de documentaires tous plus confidentiels les uns que les autres. Engagé au Parti communiste italien (PCI) dès seize ans, résistant et partisan, il place sa première œuvre dans un continuum de films critiques de la gauche italienne. L’histoire est somme toute assez simple : Aldo, qui est un jeune intellectuel communiste, ronflant et poseur, décide de se lancer dans la réalisation d’un documentaire autobiographique, tout en étudiant la trajectoire militante de son ami Benedetto. Il en viendra à se focaliser sur ce dernier, et notamment sur sa ressemblance physique avec Staline. Nous supposerons que Maurizio Liverani a mis du sien dans la construction de son scénario, aidé en cela par Benedetto Benedetti, qui joue le simili-Staline.


Outre l’immense Ennio Morricone, qui propose une partition qui nous rappellera parfois Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, sorti un an plus tard, Maurizio Liverani a pu compter sur une distribution efficace : Helmut Berger, révélé dans les films de Luchino Visconti (Les sorcières en 1967, Les damnés en 1969, Ludwig ou le crépuscule des dieux en 1972, Violence et passion en 1974), en est encore au début de sa carrière et est vu comme un des meilleurs espoirs du cinéma italien. Un bon point, donc. Margaret Lee, une des deux pin-up du film, bien que déclinante, assure le minimum et peut encore compter sur sa plastique pour séduire le public. Silvia Monti, enfin, qui a débuté dans Le cerveau (1969) de Gérard Oury, et qui a notamment tourné pour Pier Paolo Pasolini (Carnet de notes pour une Orestie africaine en 1970), ne mettra un terme à sa carrière contrastée que neuf ans plus tard. Le monteur, le photographe, ainsi que l’équipe chargée des décors, sont également très professionnels et habitués à des genres variés. Tout le problème du film, qui est, disons-le d’emblée, extrêmement mauvais, vient donc de sa réalisation : une impossibilité totale de mettre en scène de bonnes idées et de mettre en rapport des segments d’apparence décousue.


Le générique, par exemple, qui s’appuie sur une musique d’Ennio Morricone, impeccable, pour le coup, mais qui ne fait que présenter des images du film, à la manière des westerns d’une autre époque. Tout ne démarre pas si mal, d’ailleurs : une présentation intéressante des deux personnages principaux, de leur superficialité, de leur duplicité et de leurs névroses. Les manières de citer Marx et Lénine, aussi, comme arguments d’autorité, nous rappellent quelques passages de La chinoise (1967) et critique radicalement la forme « Reader’s Digest » d’une certaine gauche européenne. Seulement toute cette séquence, qui aurait pu déboucher sur quelque chose d’intéressant, et qui est déjà férocement critique, se trouve déstructurée. Nous passons alors d’une époque à une autre (la Libération, l’Inquisition, le Moyen-age…) et d’un lieu à un autre (Venise, Rome, cimetières, appartements…), sans qu’aucune cohérence ne lie le tout. Des films dans le film, des saynètes dans les saynètes, des dédoublements de personnages : le cinéma expérimental n’est pas déplaisant lorsqu’il obéit à un minimum de règles, à savoir : l’accessibilité.


Peu à peu, on se détache du récit, n’ayant plus aucun moyen de s’y rattacher, et les personnages nous insupportent. Il faut dire que leur psychologie est très mal développée, ce qui les rend antipathiques au possible. Certes, quelques scènes nous feront sourire, comme cette partie de baby-foot en pleine réunion du Parti, ou cette manière de justifier la production d’un film érotique par la nécessité de le retirer aux « circuits bourgeois » (ce qui permet de lier dialectique et « jolies fesses » dans une même phrase). Les passages où Staline est imité par Benedetto peuvent également être drôles : des diapositives pour qu’il s’entraîne à « être comme Staline », un mobilier et une literie à l’effigie du « Petit père des peuples », une série de costumes tous plus sado-masochistes les uns que les autres, qui enlèvent toute crédibilité à l’imitation. Une scène intéressante, enfin, qui est d’ailleurs la mieux tournée, voit communistes et curé de campagne se disputer une poignée de paysans italiens à coups d’appels à la prière et de unes annonçant la maladie de Staline : « Priez pour la vie de Staline ! ». Réflexion qui aurait gagné à ne pas être expédiée en une poignée de minutes.


La mort de Staline annonce la fin du film, alors qu’il aurait été plus futé d’en faire un commencement. Car Benedetto se grime alors en Trotski, sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi, et la déstalinisation est l’occasion d’une seule véritable séquence comique. La déprime de Benedetto est noyée dans une série de situations qui n’ont rien de notable et la conclusion n’a pas vraiment de sens. On s’économisera d’ailleurs la peine d’y réfléchir. Sans queue ni tête, même pas dadaïste, surréaliste par accident, Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? n’aboutit à aucune proposition. Catastrophique et énervant, superficiel et incapable de trouver le ton juste, il sombre dans le n’importe quoi. Par bêtise et amateurisme.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 7 décembre 2017