L'histoire

Rosemary et son mari emménagent dans un appartement de Manhattan. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à ce que Rosemary tombe enceinte…
Analyse et critique

Après l’échec de Cul de Sac et du Bal des Vampires, Bob Evans, alors vice-président de la Paramount, appelle Polanski et sachant qu’il aime le ski lui propose un film sur le sujet : Downhill Racers. Arrivé à Hollywood, le jeune réalisateur polonais rencontre Bob Evans qui lui confie le script. Ce dernier en profite aussi pour lui glisser les épreuves d’un livre d’Ira Levin intitulé Rosemary’s Baby. Bob conseille à Roman de commencer par le second…
Epuisé par son voyage et le décalage horaire, Polanski se dit qu’il remettra cette lecture au lendemain. Il feuillette le bouquin et, happé par cette étrange histoire, le dévore d’une traite. « J’avais les yeux qui me sortaient de la tête » dira t-il plus tard. Downill Racers est donc définitivement enterré, et c’est le bébé le plus célèbre de l’Histoire du Cinéma qui entre en gestation…
Porté par une campagne publicitaire intrigante (l’affiche et son célèbre "Pray for Rosemary’s Baby"), le film est un succès retentissant, et à l’instar de Psychose ou de L’Exorciste traumatise toute une génération de spectateur. Pourtant, Polanski aborde l’épouvante comme jamais personne auparavant : en ayant l'air de rien. Même Tourneur, qui jusqu'alors était le cinéaste référence en matière de fantastique suggéré, n'avait atteint un tel degré d'épure. Polanski, non content de ne rien montrer, se permet aussi d'abandonner totalement l'imagerie gothique inhérente au film d'épouvante : point de clairs-obscurs ici, ni de zones d'ombres, encore moins de demeures hantées inquiétantes. Rythmée par la "gentille" berceuse de Kristopher Komeda, l'intrigue se déroule au sein d'un immeuble cossu de New-York, baigné dans une lumière apaisante. Résultat : la peur et le malaise s'en voient décuplés ! Et les spectateurs persuadés d’avoir vu le satanique bébé durant la projection furent à l’époque nombreux. Evidement, il n’en est rien…
En effet, et même s’il trouvait le livre d’Ira Levin parfaitement mené, Polanski s’est vite trouvé face à un problème : agnostique, le cinéaste ne pouvait traiter cette histoire de diablerie au premier degré, à moins de trahir sa vision plutôt rationnelle du monde. Pour la crédibilité, il adopte donc la solution suivante : le doute. Rosemary est-elle victime d’un complot satanique ? Ou victime d’hallucinations liées à sa douloureuse grossesse ? Ce trouble basé sur une vision subjective, et l’adoption d’un point de vue unique, deviendra la marque de fabrique des plus grands films de Polanski. Et fera de lui LE cinéaste de la paranoïa.
Polanski a compris une chose : la peur est un murmure. Il construit son récit par petites touches insidieuses et apparemment quotidiennes jusqu'à atteindre un sentiment de terreur paroxystique rarement égalé. La confrontation finale reste et restera un must : Mia Farrow, "mère courage" en proie aux forces du mal, y est bouleversante. Ne serait ce que d'en parler, la scène provoque encore le frisson…
Qu'on se le dise : Rosemary's baby est devenu, après plus de trente ans, le chef d'œuvre absolu de l'horreur suggestive.






