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Critique de film
Le film

Romance à Rio

(Romance on the High Seas)

Partenariat

L'histoire

Un couple de riches américains. La femme (Janis Paige) soupçonne son mari (Don DeFore) de la tromper avec sa nouvelle secrétaire (qui ne sait taper à la machine qu'avec un seul doigt) ! Elle décide de faire croire à son époux qu'elle part en voyage pour mieux pouvoir le surveiller alors qu'il se croira libre et seul. De son côté, le mari émet des doutes quant à la fidélité de sa femme, ayant du mal à croire qu'elle part en croisière sans se faire accompagner. Il engage un détective (Jack Carson) pour la surveiller à bord du paquebot. Mais ce n'est évidemment pas cette dernière qui va partir mais une chanteuse (Doris Day) à qui elle a demandé contre rétribution financière de prendre sa place et d'endosser son identité au cas où son mari demanderait de ses nouvelles. Le détective va tomber amoureux de celle qu'il est chargé d'espionner. A bord du bateau, on croisera un médecin hypocondriaque, l'amoureux éperdu de la chanteuse (Oscar Levant) jaloux du détective. Un sacré imbroglio qui amène son lot de quiproquos et se terminant dans un hôtel à Rio où tous les personnages se retrouvent mais n'y comprennent rien au sac de nœuds qu'ils ont mis en place sans le savoir...

Analyse et critique

En 1947, la Warner réussit à obtenir l’accord de la MGM de pouvoir lui "emprunter" Judy Garland pour jouer dans la comédie musicale qu’elle met en chantier et qui sera dirigée par Michael Curtiz. Mais l’actrice, pour raisons personnelles, ne peut se rendre libre. Betty Hutton, qui doit alors la remplacer, tombe enceinte. Grâce à ces deux désistements de dernière minute, Doris Day put ainsi à 23 ans, alors qu’elle n’y croyait plus, entamer une carrière au cinéma. A cette époque, déjà célèbre dans le domaine musical avec un succès comme Sentimental Journey, ayant déjà travaillé avec non moins que Bob Hope ou Frank Sinatra, sa vie privée mouvementée allait en périclitant. Elle se prépare à retourner à Cincinatti, sa ville natale, quand on la persuade de faire des essais pour le rôle de Georgia Garrett dans le nouveau film de l’auteur de Captain Blood, Robin Hood et Casablanca. Ce sont les compositeurs des chansons de Romance à Rio, Jules Styne et Sammy Cahn, qui lui demandèrent de venir passer une audition devant lui après l’avoir entendue chanter lors d’une soirée à Hollywood. Le réalisateur hongrois tombe immédiatement sous le charme et au final, cela donne une première apparition au cinéma pour Miss Day, immédiatement en haut de l’affiche avec le rôle principal !

Premier essai transformé et même plébiscité puisqu’elle ne déçoit ni ses fans, ni les spectateurs qui ne la connaissaient pas, se révélant être au contraire, sans avoir l’air de se forcer, d’un naturel confondant derrière la caméra. Le célèbre réalisateur la rassura d’ailleurs à ce propos, après qu’elle eut demandé à avoir une formation d’art dramatique, n’ayant que peu confiance en elle, en lui rétorquant : « No, no. You're a natural just as you are - if you learn how to act, you'll ruin everything. You have a natural thing there in you, should no one ever disturb. You listen to me Doris. Is very rare thing. Do not disturb. » Et effectivement, même si elle demeure relativement mésestimée en France, son talent de chanteuse et d’actrice saute aux yeux dans chacun de ses films, même mineurs, et ce dès Romance on the High Seas. Instantanément, elle devint une star du grand écran tout en continuant sa carrière de chanteuse aux multiples hits (la chanson It’s Magic tiré du film sera un succès sans précédent).

Le scénario de ce Musical n’a pour but que de divertir ; il se rapproche des intrigues vaudevillesques que l’on donnait déjà au duo Astaire-Rogers pour la RKO. Mais là où ces derniers manquaient singulièrement de finesse et de drôlerie, celui de Romance à Rio n’en est pas dépourvu. Il faut dire que le trio de scénaristes est composé des frères Epstein, déjà à l’origine du fameux Casablanca et de I.A.L. Diamond, auteur de Chérie, je me sens rajeunir de Hawks puis comparse attitré de Billy Wilder dès la fin des années 50 et pour qui il a écrit, excusez du peu, Certains l’aiment chaud, La Garçonnière, Un, deux, trois, Irma la Douce, Embrasse-moi idiot, La Grande combine, La Vie privée de Sherlock Holmes… Bref, inutile de vous faire un dessin ; vous devriez me croire sans peine si je vous dis que les dialogues du film sont pétillants et que les quiproquos sont croustillants.

Ponctué de numéros musicaux, la plupart d’entre eux chantés merveilleusement bien par Doris Day (le magnifique It's You or No One, le swinguant Put 'Em in a Box qu’elle interprète avec Le Page Cavanaugh Trio, sans oublier le ‘tubesque’ It’s Magic qui a rendu jalouse Judy Garland, et bien d’autres), l’intrigue n’en est pas moins sans réelles surprises mais très bien menée… Et surtout, Michael Curtiz n’avait pas encore à l’époque perdu la main et sa mise en scène se révèle ici toujours aussi élégante, ses mouvements de caméra toujours aussi fluides : il n’y a qu’à admirer les plans séquences du passage cubain The Tourist Trade ou le final "des ballons" (réglé par l’immense Busby Berkeley) pour s’en rendre compte.

Le Technicolor est rutilant, les costumes sont splendides et les seconds rôles s’en donnent à cœur joie, mention spéciale à l’apparition d’Eric Blore (déjà faire valoir de Fred Astaire à la RKO) en médecin hypocondriaque, se sentant devenir malade à chaque auscultation d’un nouveau client. Le partenaire de Doris Day est Jack Carson qui sera surtout connu pour son rôle ingrat dans A Star is Born de Cukor. Ils formeront un couple encore à plusieurs reprises. Mais évidemment, le clou du film est la toute jeune actrice, amoureusement filmée par son "découvreur" et qui dévore littéralement l’écran. Fraîche, charmante, dynamique, délicieuse et pétillante dès son entrée dans le septième art… vous n’avez pas fini d’en entendre parler sur DVDclassik !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 mai 2007