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Critique de film
Le film

Robe de sang

(I'm Dangerous Tonight)

L'histoire

En transformant une cape rouge découverte dans une malle en une superbe robe de soirée, une belle étudiante tombe sous le coup d’une malédiction aztèque. Diaboliquement séduisante, elle se métamorphose, sous son influence maléfique, en une dangereuse prédatrice...

Analyse et critique


Il est des parcours particuliers. Celui de Tobe Hooper, par exemple : lorsqu’il sort Massacre à la tronçonneuse en 1974, puis Massacres dans le train fantôme en 1981 et Poltergeist en 1982, tout Hollywood convient qu’il a affaire à un nouveau grand maître du cinéma populaire. Et puis... la cocaïne. Lifeforce (1985), L’invasion vient de Mars (1986), Massacre à la tronçonneuse 2 (1986) : une succession d’échecs commerciaux et de nullité visuelle. Plus personne ne lui demande réellement de tourner, et les maigres projets qu’il soumet aux producteurs sont poliment refusés. Tobe Hooper se réfugie donc dans l’univers impitoyable des téléfilms. On pourrait citer un épisode des Cauchemars de Freddy (1988), un autre des Contes de la crypte (1990), une adaptation (qu’on a tous vue enfants sur M6) des Vampires de Salem (1979) de Stephen King.


Pour ce qui nous intéresse, il faut savoir que c’est la MCA Television qui produit et USA Network qui programme. Le budget et les moyens mis en œuvre sont solides : Bruce Lansbury adapte une nouvelle de William Irish (prolifique auteur de terrific pulps et de polars des années 1940 / 1960). Connu pour son travail sur des séries comme The Wild Wild West, Mission:Impossible, K 2000 ou Arabesque, il reprend l’argument principal de la nouvelle (la robe possédée) et en expurge énormément d’éléments. Les acteurs principaux sont intéressants également : Mädchen Amik, révélée par la série Twin Peaks (1990-1991), R. Lee Hermey, le mythique sergent Hartman de Full Metal Jacket (1987)... et surtout Anthony Perkins ! Ainsi entouré, Tobe Hooper peut se concentrer sur ce qui fait sa force : l’évocation et l’univers plastique. Le cadre télévisuel, dans les années 1990, est encore très strict : pas (ou très peu) de sang, pas de sexe.


L’histoire est très simple, typique de ce genre de téléfilms fantastiques. Un monument de sacrifice aztèque contenant un squelette, une étoffe hantée, un professeur occultiste et illuminé, de l’anthropologie bas de gamme. Par un concours de circonstances un peu tiré par les cheveux (mais c’est le jeu), l’innocente Amy se retrouve avec la « robe de sang » dans sa chambre. Au niveau des points positifs, on peut mettre en avant l’univers musical déployé autour des scènes de possession : tribales et percutantes, elles donnent à l’affreux tissu une contenance particulière. On peut aussi parler de la grand-mère, infirme, mais qui possède un don de prescience. Elle est jouée par Natalie Schafer et sa prestation est assez marquante. Les gros plans précédant sa mort (risible) sont saisissants. Le meurtre dans la douche, enfin, sauve l’honneur : une strangulation suivie d’une émasculation. Tout est suggéré, public oblige, et l’actrice comme le réalisateur s’y donnent à coeur joie. Par contre, l’ensemble des scènes de violence sont ratées : sans aucun suspense, téléphonées et convenues, elles n’influent jamais sur le récit. On peut y déceler des références à Shining (1980) et à Halloween (1978), mais elles ne sont jamais sublimées ou dépassées. Elles sont des jalons, des clins d’œil grossiers.


Si le film se laisse regarder, et si Tobe Hooper nous livre un final esthétiquement travaillé (les tons de rouge et de bleu donnent une atmosphère twin-peaksienne au « combat final »), malheureusement l’atmosphère cède aux poncifs du genre : la Vierge triomphe et l’Amour est une arme. Bien évidemment, le professeur joué par Anthony Perkins donne à la conclusion une teinte gothique : il faut bien qu’on laisse une porte ouverte à une petite suite... Malgré tout, c’est clairement un téléfilm appréciable, sans réelle prétention, qui pourrait se regarder l’après-midi comme à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas dans le génie pur de Massacre à la tronçonneuse, bien évidemment, ni dans l’inventivité d’un Poltergeist, mais, toute proportion gardée, c’est un très bon Trésor du fantastique.


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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 1 avril 2019