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Critique de film
Le film

Représailles en Arizona

(Arizona Raiders)

L'histoire

1865. La guerre de Sécession a pris fin. Clint (Audie Murphy), un soldat confédéré ayant tout perdu durant et après le conflit, rejoint les francs-tireurs du massacreur Quantrell (Fred Graham) dans le but de se venger des carpetbaggers qui ont tué ses parents. Durant l’assaut des Quantrell’s Raiders par un détachement de la cavalerie américaine commandé par le Capitaine Andrews (Buster Crabbe), Clint, son ami Willie (Ben Cooper) ainsi que Quantrell sont fait prisonniers. La plupart des autres membres de ce groupe tristement célèbre réussissent à s’enfuir et prennent comme nouveau leader le dénommé Montana. Alors que Clint et Willie sont condamnés à vingt ans de travaux forcés à Yuma, le Capitaine Andrews leur fait une proposition. L’ex-officier de cavalerie vient de former les Arizona Rangers pour tenter de mettre fin une fois pour toutes aux exactions du reste de la bande de pillards ; il aurait besoin de l’aide des deux hommes pour infiltrer le gang, en échange d'une amnistie. Après mûre réflexion, Clint accepte pour avoir le plaisir de tuer le nouveau chef du gang, un traître qu’il avait autrefois pris en flagrant délit de tentative de meurtre sur Quantrell dans le but de prendre sa place, et à cause de qui il fut capturé. Nos deux ex-taulards se rendent donc dans un village habité par des Indiens Yaquis où, après avoir emprisonné ces derniers, les bandits se sont réfugiés...

Analyse et critique

Même si Audie Murphy avait eu l’occasion de jouer dans de bien meilleurs westerns lorsqu’il était lié par contrat avec Universal, La Fureur des Apaches (Apache Rifles), déjà réalisé par le vétéran du serial William Witney, restait un film de fin de carrière tout à fait honorable : une série B certes mineure, prévisible, un peu trop sage et quelque peu en décalage si l’on prenait en compte l’évolution du genre à l'époque du tournage, mais qui s’avérait décemment construite, correctement réalisée et constamment agréable à suivre d’autant que le film avait eu également le mérite de nous replonger dans l’intéressante réalité historique concernant les relations difficiles en Arizona entre Blancs et Indiens alors même que les traités de paix avaient été signés, l’or demeurant encore et toujours le ferment des conflits. Il n’en va malheureusement pas de même pour Représailles en Arizona, le western suivant de la collaboration Witney / Murphy, qui se révèle au contraire bien médiocre !

Arizona Raiders est le remake d’un western de 1951 signé Phil Karlson, The Texas Rangers, la principale différence concerne la personnalité des bandits. Le gang du premier film n’avait évidemment rien à voir avec les Raiders de Quantrell, il comprenait en son sein d’autres véritables légendes tristement célèbres telles Sam Bass, The Sundance Kid, Butch Cassidy ou encore John Wesley Hardin, des outlaws ayant réellement existé et tous précédemment ou ultérieurement personnifiés par de talentueux comédiens comme Howard Duff, Rock Hudson, Paul Newman et Robert Redford dans d’excellents films tels que La Fille des prairies (Calamity Jane and Sam Bass) de George Sherman ou encore le splendide Victime du destin (The Lawless Breed) de Raoul Walsh. Mais revenons à nos moutons... ou plutôt à nos hors-la-loi ! Alors que paradoxalement le film débute par un long prologue de huit minutes - rajouté quelques années après la sortie du film, probablement pour proposer aux chaines de télévision une durée raisonnable par rapport aux standards de l’époque - au cours duquel un journaliste nous conte face caméra la biographie de Quantrell, ce redoutable massacreur n’apparait que durant les dix minutes suivantes du film, une voix off se permettant même de doublonner en remettant une couche sur les mêmes évènements relatés juste auparavant. Autant dire que le film est non seulement loin de démarrer sur des chapeaux de roue mais qu'il s'appesantit également d'emblée sur un personnage n'ayant que peu d'importance dans le reste de l'intrigue ; en l’occurrence, les auteurs et/ou producteurs semblent n'avoir été que très moyennement inspirés.

Le western de Witney perd donc non seulement bien du temps à démarrer mais il a également beaucoup de mal à décoller - si ce n’est durant les toutes dernières minutes - faute à un scénario inconsistant et à une succession de longueurs et de scènes d'action languissantes. Car si le cinéaste a pu être très efficace durant une bonne partie de sa carrière (à ce propos je fais confiance aux fans, n’ayant pour ma part jamais eu l’occasion de visionner ses célèbres serials), ce n’est plus du tout le cas ici où il vous sera assez difficile de vous rendre compte du dynamisme et de la nervosité dont il était parait-il coutumier, de trouver une preuve de son sens du rythme et de l’épure pourtant bien connus. Car non, dans Représailles en Arizona le réalisateur et ses scénaristes sont loin d'aller à l’essentiel comme je l’ai souvent entendu dire et le film s’avère non seulement guère intéressant ni captivant mais se traine puis stagne lamentablement à de trop nombreuses reprises. Il faut dire aussi que les comédiens interprétant les bandits ne sont guère convaincants, que ce soit le cascadeur Fred Graham dans la peau de Quantrell ou plus encore Michael Dante dans celui de son successeur qui ne dégage pas un grand charisme et qui ne semble guère inquiéter Audie Murphy - la tension probablement voulue par les auteurs est en l’occurrence quasiment inexistante.

Alors que faut-il sauver ? Quelques beaux plans sur les canyons proches d'Old Tucson, cinq dernières minutes assez efficaces, une musique à l’orchestration assez moderne signée Richard LaSalle - même si Neal Hefti fera bien mieux dans le style l’année suivante pour sa superbe partition de La Bataille de la Vallée du Diable (Duel at Diablo) de Ralph Nelson -, quelques idées assez originales comme cette attaque par lancer de cactus (sic !) et surtout quelques bons interprètes. Parmi ceux-ci, un Audie Murphy égal à lui-même, Ray Strickling dans le rôle de son frère - les relations entre les deux personnages s’avérant assez attachantes - ou encore Buster Crabbe (l’ex-Flash Gordon, Buck Rogers ou Tarzan de serials des décennies précédentes) dans le rôle du capitaine de cavalerie et enfin Ben Cooper (le jeune second du Dancing Kid dans Johnny Guitar, le Jesse James du très bon La Femme qui faillit être lynchée d'Allan Dwan) dans celui du complice d’Audie Murphy. Concernant les scènes d'action sur lesquelles nous comptions un peu, hormis quelques beaux plans et mouvements de caméra lors de l'attaque de la ville en début de film et lors de la séquence finale, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, la destruction nocturne de la ville de Lawrence étant même constituée de stock-shots d'autres films Columbia de la décennie - dont Feu sans sommation (The Quick Gun) de Sidney Salkow, un western de l'année précédente déjà avec Audie Murphy.

Certains trouvent à Arizona Raiders des qualités dignes d’en faire une très bonne série B ; ce n’est donc pas mon cas ! Le mieux serait donc de vous faire votre propre opinion, d’autant que le film est proposé dans un master presque flambant neuf sur le DVD Sidonis. D’ailleurs Bertrand Tavernier, qui présente le film, fait partie des conquis. Je n’ai pour ma part pas grand-chose de plus à rajouter sur cette production, qui louche bien plus vers celles assez désolantes du producteur A.C. Lyles de cette même décennie pour la Paramount que vers les westerns trépidants et épurés de la Universal des années 50.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 25 juin 2016