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Critique de film
Le film

Rentrée des classes

Partenariat

Analyse et critique

Jacques Rozier, à sa sortie de l’IDHEC, débute à la télévision. Très vite, il souhaite échapper au ronron du monde de la télé, ce monde qu’il décrira si justement dans Adieu Philippine. Il achète de la pellicule, se procure une caméra et tourne son premier film, écrit avec Michèle O’Glor sa compagne de l’époque. Le film est tourné avec une équipe minuscule (trois personnes), sans son direct (pour des questions de légèreté) donc entièrement post synchronisé (l’instituteur est doublé par Paul Preboist) et sans aucune sorte d’autorisation. Après être revenu un an plus tard tourner quelques plans, Rozier a la surprise de voir son film sélectionné au festival de Venise. Rentrée des classes raconte les pérégrinations d’un écolier (René Boglio) qui, le jour de la rentrée et suite à un pari, jette son cartable à l’eau et décide de le suivre le long de la rivière au lieu de suivre les autres élèves. Rozier, comme son personnage, se fiche des règles et le film fait fortement penser à Zéro de conduite. Rozier n’a jamais caché son amour pour le cinéma de Vigo, ni l’influence qu’il a eu sur lui (en 1964, il consacre son premier film pour la télé à Jean Vigo, tournant l’épisode de « Cinéastes de notre temps » consacré au cinéaste). Rozier met en scène l’école comme l’incarnation de l’ordre : architectures strictes et décors biens ordonnés sont filmés par des cadres fixes. Les enfants rentrent en chahutant mais dès le maître s’écrie « silence ! », plus un bruit ne sort, ils rentrent dans le rang. A l’opposé, l’école buissonière c’est la vie, imprévisible, parfois inquiétante (la forêt), parfois magique (la danse avec le serpent d’eau). La caméra devient alors très mobile et bientôt, semblant sortir de la nature, s’élève La Flûte enchantée de Mozart. René va ramener de sa promenade ce serpent d’eau qui sera comme un morceau du dehors s’introduisant dans l’école, semant la panique et la vie dans son enceinte. Lorsque René doit remettre l’animal dans la rivière, c’est un morceau de son enfance qui s’en va, une page qui se tourne. On pourrait dire que tout Rozier est déjà là : l’art de la fugue, l’envie de cheminer hors des sentiers battus, la façon d’étirer le temps et le retour à la normalité à la fin de la parenthèse enchantée. Rentrée des classes est une petite merveille où plane l’ombre de Vigo, mais aussi celle de Renoir, l’autre maître du cinéaste. Jacques Rozier, stagiaire (avec Jacques Rivette) sur le tournage de French Cancan, a souvent dit que c’est en observant le cinéaste à l’ouvrage qu’il a affiné sa conception de la direction d’acteur et de la captation du naturel.

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 23 novembre 2008